Puisque ce blog s'adresse à ceux qui aiment l'histoire des Hommes de Ste Livrade,j'ai décidé de re-publier un article que j'avais fait paraître concernant  un livradais d'exception, décédé il y a quelques années: Fernand Laffineur.
Lors de la Journée de la Déportation, qui n'a connu Fernand Laffineur qui déposait la gerbe au monument aux Morts. L'occasion d'en savoir un peu plus sur le passé du retraité qui a toujours eu du mal à digérer les terribles situations qu'il a vécues. Fernand, qui a disparu il y a quelques années, possédait l'accent pointu des gens du Nord. Son enfance, il l'a passée en Picardie, à St Valéry/Somme. Son père, Jean, né en 1900,avec le siècle, y était cheminot.

FERNAND LAFFINEUR

DE LA RESISTANCE A BUCHENWALD:

La guerre éclate et la France est envahie. Jean, le père, fait partie du réseau de renseignements "Arc-en-ciel" qui sera dissout en 1943. Les Laffineur, comme bien d'autres iront donc chez les FTP (Francs Tireurs Partisans). Leur nouveau réseau comprend 90 membres. Avec un sourire, il ajoute,"à la Libération ils seront plus de 500!"! Mais seulement 10 s'occupent de lutte armée." Plus on est nombreux, plus il y a de risques". Et il a bien raison de se méfier, Fernand ... Après une année à faire sauter les trains, il est dénoncé par le cafetier du coin,"Milou".  Le 6 mars 1944.Avec dix autres résistants, il est incarcéré à la prison d'Abbeville où les nervis s'en donnent à coeur joie pour les faire parler. Le nerf de boeuf est de rigueur, et Jean restera paraplégique à la suite de cet "interrogatoire" . Les maquisards sont ensuite conduits à Amiens, puis Compiègne où le 16 août 44, ils embarquent dans des wagons à bestiaux pour Buchenwald. Dans ces cercueils ambulants, tous sont séparés, tassés, asphyxiés, apeurés et certains meurent. Ce faillit être le cas pour Fernand, debout, écrasé et à bout de souffle. Sur le quai, ils sont accueillis par des files de SS armés de mitraillettes. Il retrouve malgré tout son père qu'il avait perdu au départ. Mince soulagement.
PENDUS EN MUSIQUE:
Buchenwald comportait deux camps. Le grand, pour les actifs, le petit pour les malades. Nous avons décidé de rester ensemble avec mon père. Un SS nous a repéré,et m'a demandé si c'était mon père,et si je voulais"partager le même sort?". J'ai dit oui. Il faut savoir que c'est dans le petit camp que les boches venaient chercher leurs sujets d'expérience. Ces pauvres bougres, on ne les revoyait jamais plus. Si on demandait à partager, on partageait çà aussi. Le fils mourrait suite aux traitements, le père devait mourir aussi... On nous a désinfectés dans de l'eau mélangée avec du pétrole et on nous a parqués dans un stalag de 1200 personnes. Dans le"grand camp", les prisonniers travaillaient à la carrière. C'était extrêmement dur. J'y ai été une heure et çà m'a suffit! Un gars ne piochait pas assez vite. Le SS l'a transpercé dans le dos avec la pioche du voisin... Contrairement à ce que l'on pense, nous n'étions pas tatoués, il n'y avait que les juifs à l'être. Notre "pyjama rayé"était barré sur la poitrine avec des triangles et des numéros. Pour mon père et moi c'était 78557 et 78558, triangle rouge avec un F pour les résistants, triangle rose pour les homosexuels, triangle vert pour les droits communs. Tout les matins, appel, par n'importe quel temps,durant deux à trois heures. Il fallait surtout éviter de se faire remarquer! Le délit de sale gueule existait auprès des SS et des gardes , les"kapos" des droits communs qui étaient leurs supplétifs et qui étaient de véritables bouchers... Comble du raffinement,on tuait en musique!
Il y avait un orchestre parmi les détenus qui jouait avant et pendant. J'ai vu ces pauvres bougres la corde au cou, traînés sur un charreton, parcourir le camp jusqu'au lieu du supplice au son de la musique... Atroce! Cela à duré 9 mois.
LE CAMPS SE LIBERE AVANT D'ÊTRE ANEANTI:
Nous sommes le 9 mai 1945.Les alliés avancent. Une compagnie de SS est expédiée pour éliminer les survivants du camp. A l'intérieur, il y avait une usine d'armement. Les détenus sortaient depuis toujours des armes sachant que la libération du camp sonnerait leur glas. Ils se révoltent, maîtrisent les gardes. Les combats font rage durant une heure jusqu'à ce que les américains pénètrent dans le camp et restent pétrifiés d'horreur. Jean, le père, ne pèse plus que 30kg, lui qui en faisait 80. Fernand est bouffi, rempli d'eau. Ils sont rapatriés à la "Salpetrière"à Paris où ils resteront 3 ans. A peine libéré, Fernand, qui à 17 ans, attrape la typhoïde."J'aurais eu çà quelques jours plus tôt, on nous gazait tous les deux ..."Pour raison de santé, Fernand viendra à Penne, où il connaîtra Raymonde son épouse. Il y restera. Dans un souffle, il ajoute:
"J'aime pas parler de tout çà, c'est trop dur, les mots ne peuvent exprimer toute l'horreur, toute la souffrance... Je m'efforce même de ne plus y penser, de ne plus rêver, de ne plus entendre les cris, les regards... Je ne veux plus que cela arrive, on ne peut imaginer ce que c'est, si on ne l'a pas connu... L'homme est capable du pire comme du meilleur."
Jean et Fernand ont été décorés pour"hauts faits d'armes et déportation" par le gouvernement du Général De Gaule, un diplôme signé Debré en témoignait dans sa chambre...
                                  Patrick Garcia