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Martine Wadbled lors de cette conférence.

Il y a quelques années, l'ethnologue Martine Wadbled, avait fait une conférence sur les habitants du CAFI, rapatriés d'Indochine depuis la défaite de la France dans la Péninsule, à Dien Bien Phu en particulier. Cet article que j'avais fait à l'époque pour la Dépêche, mérite de figurer dans ce blog du fait de la connaissance qu'il apporte sur cette communauté qui est devenue bien familière à nos yeux depuis... Nous poursuivrons prochainement avec un autre papier suite à une conférence de Dominique Rolland (ethnologue aussi), il y a quelques semaines, sur le même sujet, ou presque: les Eurasiens.

CAFI VIEUX

La communauté juste après sont arrivée dans les années 60

LE DON DE SE FONDRE: 

Martine Wadbled, ethnologue et auteur d'une thèse sur les habitants du CAFI. L'ethnologue y a démontré que l'influence de cette communauté a été aussi diverse que bénéfique dans de nombreux domaines. L'économie, par exemple:" tous les paysans de la région ont bénéficié de l'aide de cette main d'œuvre  facile et travailleuse dans la cueillette des haricots, des fraises... Mais aussi les usines locales, dont la plus grosse, la "Coplot" en utilisait de nombreux contingents que l'on disposait par ethnie, asiatiques ensemble, les maghrébins ensemble. Au moins une entreprise s'est créée afin de satisfaire cette communauté, c'est un maraîcher de produits exotiques qui expédie, à présent dans toute la France, des produits au départ destinés aux rapatriés. Cette communauté a le don de se fondre dans la société, et de ce fait, on la retrouve dans tous les milieux professionnels, fonctionnaires, commerçants, salariés...

LONGTEMPS ISOLÉE:
"Pendant longtemps, on l'a tenue volontairement isolée. Avec ses écoles, ses lieux de cultes, ses commerces, son administration quasi militaire, son dispensaire... on l'a repliée sur elle-même. Un fossé s'est donc créé entre les populations locale et rapatriée. Les parents restaient repliés sur eux-mêmes, les enfants voulaient sortir de ce cadre et participer à la vie de la ville. Des frictions sévères ont eu lieu vers 68 , qui auraient pu dégénérer gravement. Puis on va essayer d'ouvrir le sas: la MJC s'est installée en 67, l'école a fermé ce qui a sorti les enfants de la cité, on a essayé de mêler les deux populations en créant une usine de chaussures à la place de l'école avec du personnel à parité (local et rapatrié)... Ouvrir le camp, ce fut aussi l'accès de toute cette jeunesse vers le football, dès les années 68.
Localement, il y a une diffusion très rapide de la culture asiatique qui est très vite acceptée et appréciée des locaux. Le têt est devenu une coutume presque livradaise, connue et appréciée. Le Dragon passe chez les commerçants... La cuisine asiatique s'est rependue rapidement autour de Ste livrade qui possède 2 restaurants Vietnamiens
UN ENJEU DÉMOGRAPHIQUE ET POLITIQUE:
La ville comptait 3 500 habitants, elle passe d'un coup à 6 000 vers 56 à l'arrivée de ces migrants. Sur une seule vague, il en est arrivé 1 160 et l'on peu compter que 4 à 5 000 rapatriés sont passés par le CAFI, ce qui se traduit, de nos jours, par un attachement certain, de tous ces expatriés. 240 familles, environ, ont vécu et certaines, vivent encore au CAFI. Dans la majorité, c'était des familles monoparentales, des veuves de soldat avec de nombreux enfants. Il reste 48 de ces mamies, pour 200 à 250 personnes issues de cette communauté. Tous ces enfants ont convolé. Si au départ une majorité se mariait entre eux, très vite eurent lieu des mariages mixtes. Martine Wadbled estime qu'il y eut uniquement sur les registres Livradais, 73 mariages non mixtes et 140 mixtes, dont une majorité de filles mariées à des français. La mixité a été beaucoup plus rapide dans cette communauté que chez les italiens ou les espagnols, par exemple, puisque dès les premières années, elle a lieu.
Enfin, cette population s'est montrée fidèle en politique, et certainement qu' elle a permis des majorités municipales stables sur des décennies.  
 PG