Clément GOULINAT, dont les travaux historiques sont à souligner, publication de plusieurs ouvrages, dont « 1000 ans d’Histoires Livradaise » a eut une longue carrière d’élu local. A ce sujet, il nous a fait passer 3 pages intitulées « Un chapitre oublié » de l’histoire locale.

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Clément Goulinat il y a quelques années, lors de la sortie de son livre (PG)

Chacun est d'accord pour l'insérer dans notre « blog ».

UN CHAPITRE OUBLIE !

« Il aurait pu s'intituler:

 

C'était en 1963, pour élire, après décès d'André Boudard Conseiller Général de Sainte Livrade Sur Lot.

Il eut fallu sous-titrer : Quand le Lieutenant Colonel Daoulas Directeur du CAFI régentait les élections livradaises en 1963

M'efforçant de limiter les minutes accordées je rappelle les intervenants qui ne sont plus !

Les 5 candidats

Minotte : Maire de Dolmayrac

Venaud : Maire du Temple Sur Lot

Samuel : Marchand - Commerçant

De Cacqueray et moi-même Conseillers de Ste Livrade Sur Lot

Autre intervenant, non candidat, mais intervenant extérieur, régentant les 1700 (ou plus) rapatriés d'Indochine inscrits sur la liste électorale livradaise, le Lieutenant Colonel Daoulas Directeur du CAFI (Centre d’Accueil des Français d’Indochine).

Des six précités, je suis le seul survivant sans doute, parce que le plus jeune à l'époque.

Ledit Directeur du CAFI s'était arrogé des prétentions excessives, indues, répréhensibles et méconnues du Préfet et du Commissaire Principal des renseignements Généraux à AGEN, malgré les lettres et télégrammes dont on l'abreuvait de Sainte Livrade Sur Lot.

Les prévisions des sondages :

Elles sont classées en pourcentage des suffrages dont on prévoit l'obtention. Ainsi début février 1963, les sondages donnaient :

MM.   Goulinat             25 %

De Cacqueray      24 %

Samuel              21 %

Venaud              20 %

Minotte              10 %

Avec les supputations :

Si M. Venaud arrive avant le candidat communiste il faut s'attendre à un regroupement en sa faveur de style « Front Populaire »

Et la veille du 1er tour, ignorant ce qui se tramait pour le vote des ressortissants du CAFI le télégramme au Ministère portait :

MM. Goulinat               MRP          27 %

      De Cacqueray  Centre Gauche  24 %

      Venaud                RAD.         19 %

      Samuel                P. COM.     20 %

      Minotte                S.F.I.O      10 %

« C'est en définitive M. Goulinat MRP qui au 2éme tour parait être le mieux placé pour emporter le siège »

C’EST LA QUE SE PLACE L’INTERVENANT EXTERIEUR !!

Il a été détecté, en 5 points pour les activités secrètes indues et répréhensibles auxquelles, s'est livré le Lieutenant Colonel Daoulas

1°) A inscrit directement à son bureau tous les rapatriés d'Indochine : hommes et femmes en âge de voter.

2°) A organisé le transport au lieu de vote (bureau N° 2  Ste Livrade)

3°) A exigé de l'instance municipale, l'inscription à l'unique Bureau 2

4°) A exigé le mélange alphabétique dans la liste municipale des votants provenant des sujets locaux et des rapatriés d'Indochine

5°) A requis d'autorité la présence, dans le dit Bureau N° 2 d'une dame localement inconnue sans doute une dénommée « MINH » de type Européen, s'exprimant tant en français qu'en langage Indochinois qu'utilisait les dames Indochinoises. Elle paraissait très clairement mandatée par le Directeur du CAFI, pour assister et guider les votes, manipulant tant les bulletins de vote, que les enveloppes, allant jusqu'à accompagner dans l'isoloir. Elle garantissait à ceux qui l'avait recrutée le vote obligatoire, impérativement sélectionné.

LA VISITE PROTOCOLAIRE TOURNE MAL

En contact, avec les plus représentatifs et les plus influents, je décidais d'une visite protocolaire au Directeur du Centre d'Accueil des Français d'Indochine !

Le Lieutenant Colonel du CAFI me reçut dans son bureau. Après des échanges de convenance, je lui exposais sommairement mon programme et ce que j'envisageais pour provoquer les améliorations souhaitables de la vie d'un groupe important vivant dans un centre d'accueil installé à quelque 2 km de la Cité Mère.

Le Directeur me remercia de la visite et des intentions exprimées. Puis..., il y eut un puis..., sans que le ton change. Il me dit :

-Je suis au regret de vous dire, M. Goulinat que nous ferons, tout ce qu'il faudra, pour que vous n'ayez pas de suffrages, des votants du CAFI

- Vous pourrez en faire le décompte. Je dis bien, pas un !

Je répliquais : « Votre déclaration à le mérite de la franchise et de la netteté ! J'espère que vous allez compléter en me faisant part des motifs de ce rejet !

- Assurément !Vous êtes coupable d'avoir contribué à la constitution d'un groupe de jeunes agriculteurs, à l'occasion des élections législatives dans le villeneuvois.

Vous aviez pris en grippe Jacques Raphael Leygue qui fut quand même élu.

Vous aviez pris une part importante à cette activité, allant jusqu'à suppléer à l'absence du suppléant (Douzon)

- Nous vous avons sous la main, à l'occasion de cette élection. C'est six cent à mille voix qui sont en jeu !

- Nous n'allons pas vous lâcher. Et vous le faire payer !

- Je tirais la conclusion : « Nous n'avons plus rien à nous dire !! Et je sortis

Le matin du jour de vote, sans le vouloir le boulanger de Saint Etienne de Fougères qui chaque jour, distribuait le pain chez les résidents du CAFI (Alix Lapeyre) me prévint « Goulinat, vous n'aurez pas une voix au CAFI. (Ils sont au garde à vous !) Pas une voix pour vous ! »

J'attendis le résultat du 1er tour !

Celui qui tenait la tête, me distançait de 180 voix

J'avais donc repris sur Sainte Livrade et sur les communes rurales plus ou moins 100 voix !

Je réalisais que placé en 2ème position à 180 voix de celui qui de plus était un de mes colistiers municipaux, précédant 3 candidats qui s'était promis le désistement au mieux placé !

Ne pouvant espérer que le « régenteur » des votants du CAFI change de tactique, je décidais de me retirer. Pire ! N'ayant pas l'assurance que le premier « avait » ou n'avait pas « trempé » dans le montage du plan « satanique », je décidais de me désister pour lui, jouant la « solidarité municipale ! »

Je n'ai pas souvenir, que dans les remerciements publics, il ait ou n'ait pas salué mon geste de désistement en sa faveur !... »

CLEMENT GOULINAT

 

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Les habitants du CAFI ont gardés leurs traditions et leur culture... (PG)

CAFI : LA POPULATION D’APRES LA THESE DE MARTINE WADBLED ETHNOLOGUE :

(Martine Wadbled, ethnologue et auteur d'une thèse sur les habitants du CAFI.)

« …. UN ENJEU DÉMOGRAPHIQUE ET POLITIQUE: (extrait)

La ville comptait 3 500 habitants, elle passe d'un coup à 6 000 vers 56 à l'arrivée de ces migrants. Sur une seule vague, il en est arrivé 1 160 et l'on peu compter que 4 à 5 000 rapatriés sont passés par le CAFI, ce qui se traduit, de nos jours, par un attachement certain, de tous ces expatriés. 240 familles, environ, ont vécu et certaines, vivent encore au CAFI. Dans la majorité, c'était des familles monoparentales, des veuves de soldat avec de nombreux enfants. Il reste 48 de ces mamies, pour 200 à 250 personnes issues de cette communauté. Tous ces enfants ont convolé. Si au départ une majorité se mariait entre eux, très vite eurent lieu des mariages mixtes. Martine Wadbled estime qu'il y eut uniquement sur les registres Livradais, 73 mariages non mixtes et 140 mixtes, dont une majorité de filles mariées à des français. La mixité a été beaucoup plus rapide dans cette communauté que chez les italiens ou les espagnols, par exemple, puisque dès les premières années, elle a lieu.

Enfin, cette population s'est montrée fidèle en politique, et certainement qu’elle a permis des majorités municipales stables sur des décennies. »  

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La pagode et ses offrandes (PG)

 

CLEMENT GOULINAT: HISTORIEN, ECRIVAIN ET ANCIEN ELU:

C'est l’Historien local, connu comme tel, Clément Goulinat est l'auteur d'un "pavé" de 500 pages en format 21 cmx30 qui coiffe l'Histoire de l ' Aquitaine au travers du prisme livradais. Cet ouvrage a nécessité deux ans de travail pour écrire les 30 chapitres qui le composent. C'est le couronnement d'une vie d’amateur d'histoire éclairé. Pour ce retraité du monde agricole qui a bâti Agrilot, devenu " Terre du Sud", c'est un soulagement. Ce savoir dont il est le dépositaire, à l’âge de 88 ans, il lui semblait impossible qu’il ne lui survive pas. Des années à traquer l’information historique, le fait divers historique, la petite histoire de la grande Histoire... Un besoin pressant de léguer ce savoir acquis au cours d'une quête qui aura durée des lustres au crépuscule d'une vie largement remplie. Pour cet ancien élu (42 ans), commandeur du Mérite Agricole, Chevalier de l’Ordre National du Mérite et bien d'autres distinctions, il ne s'agit pas encore de voir figurer son nom sur quelque autre fronton. Non, c’est d'un devoir de mémoire envers un temps qui nous file entre les doigts comme le sable d'un sablier.

Le long de ces 30 chapitres, on découvre " l’Histoire de la Cité au bord de l’Olt (Lot)", le "Catharisme et la croisade des Albigeois", " La vie des petites gens au XVII°, XVIII° et XIX° siècle", " émergence de la prune dans la capitale française du pruneau", la " 2iéme Guerre Mondiale dans notre région".... Et bien d'autres récits concernant toutes les époques, même la notre à travers des anecdotes, des recensements, des toponymies ou des personnages célèbres ou non. Ce retraité modèle a déjà publié plusieurs ouvrages dont une belle biographie de Gaston Carrère, homme politique local de grande envergure.