Avec ce renouveau du printemps, ces journées magnifiques après tant de mois de pluie, nous avons tous envie de bouger, de promener... Je me trouvais sur la butte de Montpezat, sous le moulin qui a retrouvé ses ailes depuis quelques années... L'esprit vagabond pensait on ne sait pourquoi aux "Lettres de mon Moulin" d'Alphonse Daudet... et penché sur la table d'orientation du site du moulin, je pensais à quelques unes de ces nouvelles... du Moulin de Daudet telle: « Les trois messes basses »,un conte de Noël d'Alphonse Daudet publié en en 1870 ou « L’Élixir du Révérend Père Gaucher » une nouvelle publiée dans Le Figaro en octobre 1869... Comme quoi, un moulin ailé peu conduire les songes vers ces images d'abbayes anciennes et aujourd'hui pour la plupart ruinées. Me souvenant que dans la vallée de la Bausse, baignant le village Montpezat, siégeait autrefois une de ces abbayes immortalisées par Daudet dans ces "Lettres de mon moulin", Pérignac.

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Les restes de l'abbaye de Pérignac (Photo PG)

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Dans la galerie (Photo PG)

Je descendais en direction de Prayssas, longeant la très belle école à colonnades de 1830, jusqu'à un carrefour près d'un tennis, je tournais à gauche suivant la vallée de la Bausse, réputée pour ses truites, passant près d'antiques moulins à eau, "Tallive", "Repassat" pour arriver au vieux village de Pérignac. Là, dans un champ, à droite, les restes de l'abbaye siégeaient, tels un cadavre abandonné, masse informe de briques et de lierres intimement mêlés pour le meilleur et surtout pour le pire. Qui pourrait penser que la célèbre abbaye, dont l'histoire est contée par un érudit local, Bellecombe*, est ici? Pareille à une vaste "taupinière"... un amas informe que les passants d'il y a 150 ans, pouvaient encore admirer, du moins dans ses grandes lignes. Cela m'a donné envie de relire Bellecombe*, et de signaler à la communauté des amateurs d'histoire, les grandes phases de cette aventure commencée bien avant les guerres franco-anglaises, de la "Guerre de 100 ans" , à l'aube du Moyen-âge, en 1140, par Flandrine, dame de Montpezat (et oui...on y revient) veuve d’Arnaud Ier de Montpezat.

 

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Détail d'un chapiteau engagé dans la maçonnerie au moment ou les restes de l'abbaye ont été réutilisé(Photo PG)

 

chapiteau encastré

Autre vue (Photo PG)

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Sur le chaînage d'une fenêtre, l'ordre de montage des pierres est symbolisé par des marques de tâcherons du Moyen Âge (dans les cercles de couleur bleu) 

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La même photo avec les détails agrandis, l'ordre de montage, 1,2,3....(photo PG)

 

J'ai retrouvé sur la "Base Mérimée", un site gouvernemental, le plan tracé en 1823 et qui nous restitue le tracé de ce qui restait à l'époque, de l'abbaye. Puis sur "Google Earth", j'ai repris le même encombrement vue d'avion, pour voir ce qui a changé, j'ai précisé sur la carte aérienne, ce qu'il reste et le cours du ruisseau qui fit bien des vicissitudes à l'édifice par ses écarts et ses débordements...

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Amusez vous a retrouver les restes de l'abbaye par rapport au plan de 1823 ci-dessous (Montage PG)

Pérignac

Le plan de 1823 (repro Base Mérimée)

 

Reste dans le hameau un magnifique colombier, celui de l'abbaye, sur quatre colonnes, un édifice du 16ème siècle avec deux girouettes et des fleurs de lys, l'une d'elles est en train de s'affaisser...; autre reste important: le moulin à eau. Heureusement, le propriétaire, M. Boitin, est en train par de patients et longs travaux, de lui redonner son antique splendeur... Il nous précisait qu'on y fabriquait la farine et cuisait le pain pour les environs, jusqu'après la guerre de 1940...

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Le moulin à eau de l'abbaye est en train d'être restauré (photo PG)

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Le très beau colombier de l'Abbaye, monté sur 4 colonnes (photo PG)

 

LES DATES DE L'ABBAYE:

Ste Marie de PÉRIGNAC fut fondée en 1140 (ordre de Cîteaux) par Basin, abbé de BONNEFOND dans le diocèse de COMMINGES et les moines de cette abbaye, par suite d'une concession de terres faites dans ce but par Flandrine, dame de MONTPEZAT (MONTIS PENSENTIS). Flandrine, dame de Montpezat, châtelaine pieuse et bienfaisante, était aussi nommée Flandrine de CLAIRAC, veuve d’Arnaud Ier de MONTPEZAT.
Elle bâtit une autre église au lieu de St ANDRÉ en 1134.
La rivière la BEAUSSE qui baignait les murs du couvent et ceux de l'église de St Vincent (à peu de distance de PÉRIGNAC) détruisirent en partie les édifices réguliers de PÉRIGNAC, ainsi que les guerres franco-anglaises du 14° et 15° siècle.
LES PERSONNAGES :
- Arnaud Ier Mélase, surnommé de Teissac, fut le 1er abbé connu de PÉRIGNAC.
- Norman de MONTPEZAT était ainsi le contemporain de
- Guillaume 1er, abbé de PÉRIGNAC en 1224, dont il est fait mention dans une charte de BORDEAUX en 1236. Ce même abbé Guillaume 1er fut choisi pour arbitre en 1224 entre Amanieu de Noilhan, seigneur de Ste LIVRADE, Pons Amanieu de MADAILLAN, seigneur de Lesparre, Bertrand, abbé de la CHAISE DIEU et les prieurs et le couvent de Ste LIVRADE.
Les coutumes de MONTPEZAT furent promulguées le 9 juin 1279 par Rainfroy 2. Il les fit lire publiquement dans la chapelle de MONTPEZAT en présence de
- frère Bonhomme, prieur de PÉRIGNAC.
GALLIA CHRISTIANA donne le nom de deux abbés de PÉRIGNAC durant cette période :
- Arnaud 2 Guillaume d'Yssautt, mort en 1327 et
- Jean de Timbune Valence qui lui succéda la même année. L'abbaye avait alors 10 prieurés qui dépendaient de sa juridiction.
- 1444: Guillaume de Senneterre est abbé de PÉRIGNAC, récemment installé dans cette abbaye, vacante depuis plus d'un siècle. Charles seigneur de MONTPEZAT de 1463 à 1486, empêcha l'abbé de PÉRIGNAC,
- Jean Vialet, de rentrer dans son abbaye. Peu après la mort de Guy de MONTPEZAT, 1490-1526, mourut aussi
- Guillaume de Balaguier, son ami prieur de PÉRIGNAC. Son successeur fut –Jean de Balaguier, qui fit relever le cloître de l'abbaye et mourut évêque de CAHORS en 1560.
- En 1595, l'abbé est Jean de Manon.
- Vers 1620 Galard de Cornac fut pourvu de l'abbaye de PÉRIGNAC et mourut en 1641.
- N. Willeloin lui succède la même année, puis …
- Jean Cornu de 1648 à 1651 et…
- Pierre de Graves de 1651 à 1653.
- Nicolas de la Grave est prieur en 1683.
- St Amour de Mesplete est prieur de 1738 à 1752.
- Jean Bernard de Passelaigues de 1752 à...1789 où il fut chassé de l'abbaye.
Le dernier administrateur de l'abbaye est…
- André Lormand en 1811.
L’abbaye se trouvait dans une situation florissante au moment de la révolution qui devait l’anéantir à jamais. Flandrine participa certainement à la construction de St Jean de Balerme.

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Autres détails de l'abbaye (Photos PG)

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LES RESTES DE L'ABBAYE:

Ce sont surtout de belles travées de grosses briques avec deux chapiteaux. Suivons les explications de la base Mérimée:

« Chapiteau sud-ouest décoré sur la corbeille de 2 oiseaux stylisés affrontés s'abreuvant dans un vase à long col, et de larges feuilles lisses nervurées en faible relief ; le chapiteau nord-ouest présente un simple décor de feuilles identiques aux précédentes. Un 3e chapiteau, déposé, est orné de feuilles lisses sur les angles et d'une fleur à 6 pétales sur la face.

Plan en croix latine, toit à longs pans ; pignon découvert, plan en croix latine… »

En face, de l’autre côté de la route, un long bâtiment longe le ruisseau; il faisait aussi partie de l’abbaye, son mur Nord, tourné vers le moulin à eau, est typique des constructions du 16ème/17èmesiècle…

En s’approchant des vestiges de l’abbaye -l’endroit est dangereux et privé-, on remarque les deux chapiteaux décrits dans la base Mérimée. Mais en faisant le tour des bâtiments, si on fait attention, on trouve des marques de tâcherons, les tailleurs de pierre du moyen âge sur l’appareillage d’encadrement des fenêtres. Vous les verrez sur les photos.

A vous de découvrir ce village où tous les noms rappellent l’histoire ecclésiastique : « Las Curades », « La Capelle » etc. A noter à l’entrée du hameau, l’église paroissiale Saint-Vincent de Pérignac, avec dans la cour d’entrée, une belle croix d’église ou des chemins(?) sise près de la route…

Après cette visite, vous pouvez pousser jusqu’à la petite église de « Rides » sur la hauteur, qui dépendait de Pérignac. Poursuivez jusqu’au croisement en forme de « T », tournez à droite. Puis un km plus loin, une route s’en va à votre gauche vers « Rides », prenez la. Au bout de deux km, vous êtes arrivés… Bonne visite.

*« HISTOIRE DE MONTPEZAT et de l’ABBAYE DE PERIGNAC » Par A. BELLECOMBE et G. THOLIN 1898.

 Dossier réalisé par Patrick Garcia