0 LIVRE DES COLOMBIERS DU LOT ET GARONNE

Couverture d'un petit livre que j'avais publié il y a 20 ans, avec en photo, "Redon", le plus vieux pigeonnier de Lot et Garonne, XIII/XIVème siècle. (Photo: Patrick Garcia)

 

Je continue ma présentation des plus beaux colombiers du Lot et Garonne. J'ai entamé cette série à la page 58 de ce blog ( elle est toujours consultable) . Pour ceux qui ne l'ont pas lue, je reprends l'essentiel de ma présentation sur ces édifice du patrimoine agro-pastoral, avec aujourd'hui, de nouveaux colombiers qui méritent une attention toute particulière.

Bon voyage au pays des colombiers!

 

LES COLOMBIERS DE LOT ET GARONNE

Avec quelques autres départements alentours, le Lot-et-Garonne possède une grande variété de colombiers (pigeonniers). Ces petits bâtiments agricoles d'élevage du pigeon étaient, jusqu'à la Révolution, l'apanage des« nantis » (nobles, religieux et grands bourgeois...). Posséder un ou plusieurs colombiers donnait la possibilité de pouvoir exploiter en toute rentabilité des terres privées de fumure, puisque notre département n'a jamais été un département possédant beaucoup d'animaux de bétail domestiques, du moins avant le changement de type d'agriculture à l'époque moderne où l'élevage extensif s'est substitué à la petite polyculture. Les terres possédées par les seigneurs étaient partagées en nombreuses tenures, mises en métayage, souvent petites pour rentabiliser des propriétés souvent pas assez grandes pour nourrir tout ce petit monde... Ces petites exploitations étaient trop exigües pour posséder du bétail que les métayers n'auraient d'ailleurs pas pu s'offrir. Sans le fumier pour enrichir les sols, le seul engrais était en dernier recours la « colombine » : la fiente du pigeon que l’on élève dans nos fameux colombiers.

 

LA COLOMBINE COMME SEUL RECOURS :

 C’est ici qu’intervient la possibilité pour les seuls nobles, de posséder des colombiers, et donc la « colombine » par voie de conséquence… le précieux fumier, par qui, « l’émancipation » aurait pu arriver. Qui tenait les cordons des sacs de « colombine » tenait la véritable richesse, le véritable pouvoir. Les petites propriétés, surexploitées voyaient leurs terres s’épuiser rapidement. Pour les régénérer, une seule solution, l’engrais miracle : « LA COLOMBINE ».

 

ÊTRE ET PARAÎTRE :

 Puisque seuls les nobles avaient le droit d’avoir des colombiers, on s’imagine bien qu’ils avaient à cœur d’avoir un regard bienveillant et envieux sur leur propriété. La santé de la propriété devait se lire sur le « fronton » des colombiers !

 Les matériaux employés (pierre, brique, colombage de bois…), les décorations (girouettes fleurdelisées, des épis de faîtage en céramique, symboles de virilité et de fertilité), les moyens d’accès (escaliers en pierre, échelle tournante intérieure qui permettait d’accéder aux nichoirs dont les cuves étaient tapissées, charpentes compliquées et savantes…), mais aussi les tuiles des couvertures participent aussi à la décoration par leurs formes en queue d’aronde, en triangles, plates, ou même remplacées par des ardoises pour les toits pentus …. Les fenêtres d’envols, surnommées «chiens-assis» du fait de leur forme avoisinante avec la position de l’animal quand il est assis, ont aussi, par leurs formes variées et la qualité d’exécution de leur ornementation, leur rôle à jouer, mais aussi par leur nombre. Plus il y en a, plus on a les «moyens» plus il y a de pigeons. Jamais quatre. En principe, il n’y a jamais un «chien-assis» sur chaque côté, on ne met jamais de fenêtre d’envol sur le côté du vent dominant, surtout dans nos régions venteuses. C’est pour cela que le maximum est de trois «chiens-assis». La seule exception que je connaisse, est un colombier de type carré du côté de Sainte-Radegonde. Mais aussi, cette erreur a été corrigée par un mur qui ferme la fenêtre tout en gardant l’aspect général extérieur… En effet, les pigeons ne supportent pas le vent. Pour cela, dans les zones venteuses du midi de la France et du Languedoc, on trouve un type de colombier que l’on nomme « Pied de Mulet », car il ressemble exactement à cette partie de l’anatomie du mulet, mais à l’envers. Le toit est plat, il est entouré d’un mur sur trois côtés qui permet aux volatiles de se prélasser au soleil à l’abri du vent d’Autan ou du Mistral. Seul côté étant dépourvu de ce muret, celui où il n’y a pas de vent et où se trouvent les trous d’envols.

 Parmi les décorations les plus usitées, les motifs géométriques des colombages sont parfois «époustouflants». Les colonnes, par leur nombre plus ou moins élevé, permettent aussi d’étaler la richesse du propriétaire. Généralement 4, elles peuvent aller jusqu’à 9, voire plus, pour les ouvrages les plus fortunés ou tape à l’œil…

6 ELEMENTS ARCHITECTURAUX P8

Toujours tiré de ma publication, les principaux élèments architecturaux d'un colombier. (Plan et photo: Patrick Garcia, reproduction interdite)

 Ces concours «d’élégance» sont aussi des concours d’ingéniosité. En effet, ces bâtiments sont sujets à être envahis par des prédateurs, des nuisibles tels les rats, les fouines et autres belettes. Pour éviter leurs attaques, plusieurs solutions ont vu le jour :

 - La surélévation : ainsi apparaissent les colombiers sur colonnes, sur arches, sur piliers de bois ou de pierre…

 - La pose d’un rebord qui entoure le bâtiment en surplomb, comme un bourrelet, il s’agit du « larmier ». Cet appareillage oblige le nuisible à se trouver en position de marcher pattes en l’air et donc de tomber, ce qui empêche (en principe) tout accès à la cuve qui est au-dessus.

 - Un moyen moins onéreux mais moins durable existe couramment, la «randière». C’est une ceinture d’ardoise, de faïence, ou de tôle vernissée assez large qui entoure la cuve du colombier, faisant une barrière infranchissable, car verticale et glissante.

 - Pour éloigner les nuisibles volants, rapaces ou chouettes, les fenêtres d’envols sont munies d’orifices calibrés au diamètre exact du pigeon.

 

Nous venons de passer en revus les principaux moyens de décoration et de protection des colombiers.

 

LES PRINCIPAUX TYPES DE COLOMBIERS :

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Toujours tiré de ma publication, les principaux  types colombiers. (Plans et photos: Patrick Garcia, reproduction interdite)

5 LES 8 TYPES DE COLOMBIERS P7

Toujours tiré de ma publication, les principaux  types colombiers. (Plans et photos: Patrick Garcia, reproduction interdite)

 

 Après la Révolution, tous les propriétaires ayant les moyens, peuvent bâtir un colombier. Avec cette « démocratisation », apparait le colombier carré, posé au sol, typique de la vallée du Lot.

 Facile à construire, il permet d’avoir un sous-sol qui sert de dépendance agricole. Soit pour y caser les outils agraires, soit les animaux (cochons, volailles). Ils reprennent les éléments de protections classiques,« larmier » et/ou « randière ».

 Si, dans nos vallées , on pose nos colombiers au sol, dans les pays « caussenards » (Lot, Serres, Auvergne…) les colombiers sont « accrochés ou posés » sur les bâtiments, soit la maison, soit la grange. Dans le cas où ils sont accolés à la maison, on dit que se sont des« colombiers Tourelles ». Il peut y avoir, une ou deux tourelles, donnant un petit air de manoir aux fermes de ces régions. Dans l’Est du Lot-et-Garonne, ils sont nombreux dans les causses du côté de Tournon d'Agenais, Masquières… En fait, on « n’accroche » pas les colombiers aux maisons pour faire « château » mais tout simplement par manque de place ou par souci d’économie.

 Parfois, ils sont posés sur le pignon de la grange, au centre de la façade, on en trouve beaucoup du côté de Marmande, Gontaud-de-Nogaret, Aiguillon…

 On trouve de-ci de-là, quelques colombiers de forme ronde. Mais ce n’est pas la spécificité de la région. Souvent ce sont d’anciens moulins à vent reconvertis en pigeonniers. D’ailleurs il suffit pour s’en convaincre de vérifier s’il y a deux portes, comme dans tous les moulins à vent.

 Une dernière variante, c’est le colombier « porche ». Dans les fermes ou propriétés à cour fermée, dans le style des chartreuses périgourdines, apparait ce pigeonnier muni d’un porche et de portes épaisses. Il sert aussi de tour de défense et garde la propriété dans une époque où il était parfois prudent de se barricader.

 A LA DECOUVERTE DES PLUS BEAUX COLOMBIERS DU LOT ET GARONNE :

 Je continuerai à vous présenter de temps en temps, quelques uns de ces bâtiments qui n’ont plus d'utilité aujourd’hui, depuis l’invention de l’engrais chimique. Ils méritent cependant d’être connus pour les services rendus, pour leur architecture savante, et aussi, en témoignage d’une époque à jamais révolue.

AUJOURD’HUI :

 

1     LE CLOS ST GEORGES A LA SAUVETAT DU DROPT :

CLOS ST GEORGES SAUVETAT 1

LE CLOS ST GEORGES A LA SAUVETAT DU DROPT.  Notez ses beaux "capels" en forme de champignon. (Photo: Patrick Garcia)

CLOS ST GEORGES SAUVETAT 2

LE CLOS ST GEORGES A LA SAUVETAT DU DROPT.  Notez l'élègance de sa charpente. (Photo: Patrick Garcia)

CLOS ST GEORGES SAUVETAT 4

LE CLOS ST GEORGES A LA SAUVETAT DU DROPT.  Un paradis pour les peintres. (Photo: Patrick Garcia)

CLOS ST GEORGES SAUVETAT 6

LE CLOS ST GEORGES A LA SAUVETAT DU DROPT.  Comptez ses beaux "capels" en forme de champignon. (Photo: Patrick Garcia)

C’est, avec celui dans Allemans du Dropt, le plus élégant et le plus beau des colombiers du Lot et-Garonne. Quand on arrive dans le village de Miramont, à gauche, il y a une placette face à un beau bâtiment ancien, on peut s’y garer. Il est là.

Du haut de ses 9 graciles colonnes aux admirables « capels », la cuve à colombage est coiffée d’un magnifique toit qui a un débord de plus d’un mètre ! Ce toit possède un incroyable « coyau » permettant de rejeter les eaux très loin des murs. Cet avant-toit est supporté par une série d’arc-boutants extrêmement fins, dont on se demande comment ils peuvent soutenir un tel poids, et qui sont du plus bel effet photographique.

 

2    MIROU : « LES FAUX-JUMEAUX » :

MIROU DAUSSE 1

"Mirou" le rond. (Photo: Patrick Garcia)

MIROU A DAUSSE 1

"Mirou" le Pied de Mulet. (Photo: Patrick Garcia)

Après Penne d’A. Nous arrivons à Dausse, tournons à droite et on sort du village, puis on tourne à gauche en direction de Valeilles sur 2 km environ. Ils sont là, comme deux jumeaux, en contrebas dans un champ de pruniers… Bien sûr, comme tous les faux-jumeaux, ils sont pareils et différents…

A    « Mirou » le rond : Il est tout menu et tout frêle avec son toit presque plat, il possède un très bel épi de faitage (symbole phallique de prospérité).

B    « Mirou » le pied de mulet : circulaire comme l’autre, il est encore plus curieux mais surtout très rare ! Les « pieds de mulet » sont les pigeonniers des « pays du vent ». Le muret qui borde le toit sur trois côtés sert à couper le vent aux pigeons qui peuvent ainsi se prélasser au chaud du soleil sans être importunés par le vent d’Autant. Sauf que généralement, ce sont des colombiers carrés… Ici il est rond, minuscule, mais en a tous les attributs. SAUF… Qu’il surmonte un puits !!! Ce qui est en théorie, incompatible, puisque les pigeons sont sensés « pourrir » les eaux des fontaines et des sources… Comme quoi, dans nos campagnes, rien n’est impossible !

 

3    « SAINT ROMAIN » A BONAGUIL : 

BONAGUIL derriére

Rarissime colombier-gariotte en Lot et Garonne... (Photo: Patrick Garcia)

Ce « St Romain » là se trouve derrière Bonaguil. A un km, on tourne à droite et on monte une route en lacet qui mène vers St Martin et qui offre le plus beau point de vue sur notre « Bonaguil » national. En poursuivant, nous arrivons à un petit carrefour près d’une maison ancienne, tourner à droite et descendre. Le colombier est là à quelques centaines de mètres à droite dans un champ. C’est une « caselle », une « gariotte » « borie » ou « capitelle » selon les termes utilisés dans chaque région. Un édifice bâti en pierre sèche et monté en encorbellement, ce qui donne des intérieurs superbes avec toutes ces pierres enroulées comme un serpentin… Dans ce colombier-poulailler, j’avais vu, il y a quelques dizaines d’années, des paniers-nids suspendus au mur. Et la fenêtre d’envol est cette lucarne qui est le seul éclairage de l’édifice. Rarissime…

 

4   « BERNAT » A MOBALEN :

BERNAT MONBALEN

Un des plus élégants colombiers-balets: "Bernat". (Photo: Patrick Garcia)

Ce beau pigeonnier-balet se trouve sur la commune de Monbalen. On s’y rend à partir de la N21, prendre à gauche vers St Antoine de Ficalba, à quelques km, tourner à droite vers « Bernat » quand on arrive au croisement de l’église qui se trouve (elle) à notre gauche. Ce colombier, qui est placé sur le toit de l’auvent de la maison (le balet) est couronné de deux magnifiques girouettes, ses tuiles en forme de galettes et sa pente aigüe en font un exemplaire splendide et gracile.

 

5 « LE PETIT COULOME » A NERAC :

PETIT COULOME NERAC

Sauvé de la ruine par ses propriétaires,"le Petit Coulomé" à Nérac. (Photo: Patrick Garcia)

Situé juste à droite à la sortie de Nérac en direction de Mézin. Ce petit bijou de colombier est une curiosité. Je n’en connais que quatre ou cinq en Lot et Garonne qui possèdent un toit en forme de dôme qui plus est « Le Petit Coulomé » dispose d’un petit campanile en forme de dôme lui aussi… Très abîmé il y a quelques années, il a été restauré de belle manière et est muni deux superbes larmiers circulaires pour éloigner les nuisibles. Très bien mis en valeur sur sa petite éminence.

 

6 « SAINT PAUL LE VIEUX » CANCON :

ST PAUL LE VIEUX CANCON 1

Gracile comme pas deux! "St paul le Vieux". (Photo: Patrick Garcia)

Sortie de Cancon, continuons vers Villeneuve, une pate d’oie permet de tourner à droite pour aller vers St Pastour, nous l’ignorons et continuons à gauche vers Villeneuve. A un kilomètre, à droite se trouve un château d’eau, immédiatement après, la route de « Saint Paul », la prendre. Quelques mètres après nous découvrons ce bel exemplaire de colombier cylindrique. Il possède quatre étages n’a pas de fenêtre d’envol, de simples fenêtres sont présentes en guise de « chien assis ». Un joli toit en « poivrière » lui confère un petit air de tour de garde. Rare.

 Enfin, pour clore cet article, je rappelle que si la plupart de tous ces édifices sont visibles depuis la route et valent le voyage, il est nécessaire de demander la permission au propriétaire pour s’avancer et prendre des photos.

PATRICK GARCIA