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Les dentelles de Cadouin.... (Photo: Patrick Garcia)

LES DENTELLES DU CLOÎTRE DE CADOUIN

C’est l'un des endroits que je préfère, un de ces lieux où l’on aime se ressourcer quand la fatigue guette, ou se rafraîchir quand la canicule nous étreint. Il s’agit d’un lieu incroyable, un peu comme ces fruits à l’aspect peu engageant, mais qui au goûter se révèlent d’une subtilité et d’une préciosité incomparable. C’est le cas avec l’Abbaye de Cadouin, qui va fêter les 9 siècles du commencement de sa construction, l’an prochain.

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A l'arrivée, nous sommes saisis par cet immense bloc de pierre...(Photo: Patrick Garcia)

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La façade romane, est criblée de balles de mousquets...  (Photo: Patrick Garcia)

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Le beau clocher domine les bâtiments conventuels. (Photo: Patrick Garcia)

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La porte de la ville, la pierre rubéfiée, porte les stigmates de l'incendie.  (Photo: Patrick Garcia)

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Ce plan affiché à l'entrée montre bien la disposition des bâtiments. (Repro: Patrick Garcia)

   On traverse tout d’abord, d’où que nous arrivions, des kilomètres de magnifique forêt, et d’un coup, une longue rue borde la route. Nous sommes enclins à nous garer à l’extérieur du village dans des parkings aménagés.

   La visite commence ici ! En effet, le village est de caractère, avec ses vieilles pierres, sa porte défendue par une tour qui accuse les coups d’arquebusades, lors des guerres de religion, elle en est truffée, tout comme, nous le verrons plus tard, le mur de l’église. Passez, l’entrée, retournez vous et admirez le coup d’œil, la fortification et les maisons avoisinantes forment un bel ensemble, plus en avant, la place de l’église nous attire, à notre droite, une superbe halle ancienne sur colonnes, avec des poutres qui en ont vu et pourraient nous en conter, des histoires de paysans au marché, mais aussi, des histoires de vie, et de guerre….

 

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Une belle halle pour se rafraichir l'été, jouxte l'entrée de l'abbaye.  (Photo: Patrick Garcia)

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La coupole et ses belles et émouvantes peintures.  (Photo: Patrick Garcia)

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La nef nous écrase de sa puissance, à droite la statue de la Vierge.  (Photo: Patrick Garcia)

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Cette belle statue, souriante, patiemment restaurée, est admirable.  (Photo: Patrick Garcia)

UN ENORME « CUBE » DE PIERRES :

 

    Et c’est vrai…. Mea Culpa, la première fois que j’ai admiré l’église de Cadouin, j’ai été déçu…

 « Quoi ? Mais c’est un cube de pierres avec quelques fenêtres ! Il y a tellement d’églises romanes aux formes généreuses, arrondies, presque féminines, ici, j’ai eu l’impression d’être devant un « tombeau ».

   Mais notre illustre ancêtre est du tout début de l’art roman, et les moines visaient ici l’état de grâce, éloignés de tout, plutôt que le tape à l’œil. Avec le temps, on apprend à apprécier cette « rudesse » de l’édifice. Il lui servit d’ailleurs, car l’église fut attaquée plusieurs fois par, les « Anglois » qui détruisirent le premier cloître, puis les protestants, son fronton est truffé de trous provoqués par les arquebuses. Cette masse incroyable de belle pierre jaune est surmontée par un remarquable et inhabituel clocher pyramidal en bardeaux de châtaignier qui veille sur ce lieu chargé d’histoire.

        Entrons par la lourde porte romane. L’impression est déjà différente, dès que nous avons franchi le seuil. Les voûtent culminent à plus de 10 mètres de haut, supportées par des colonnes semi engagées qui donnent à la nef du plus pur style roman, une impression de légèreté qui dément la vision massive extérieure. A la croisée du transept, la coupole culmine à presque 17 mètres de haut ! Les bas côtés, bien éclairés, abondent l’impression de quiétude qui prévaut dans le vénérable monument.

      Une statue de la vierge attire le regard. Un panneau annonce que cette œuvre « a été brisée par des vandales en 1592. En 1865, elle fut patiemment restaurée par les soins du curé de Paleyrac. Bien que mutilée, cette image de la Mère du Christ s’impose au regard par sa gracieuse majesté et la finesse de ses traits. Le visage de la Vierge exprime une telle sérénité, une telle bonté, qu’on ne se lasse pas de la regarder, de la contempler. » « Son sourire est vraiment remarquable de douceur…. » me dis-je, et savoir que les morceaux de l’œuvre sont restés près de 300 ans entassés dans une pièce en attendant une hypothétique restauration…. Le vrai Miracle de Cadouin est là…

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Dans le cloître, de nombreuses sculptures.... (Photo: Patrick Garcia)

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Comme ici cette clef de voûte.  (Photo: Patrick Garcia)

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Ou les montants de cette porte murée. (Photo: Patrick Garcia)

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Ou de cette autre...  (Photo: Patrick Garcia)

  Sans être frivole, l’intérieur de l’église est épuré et semble presque aérien, pour du roman ! Quelques beaux chapiteaux bien dans le style, une grande fresque bleue domine le chevet, les vitraux sont lumineux et il y a quelque chose de supplémentaire que l’on ne trouve pas partout, cette masse de pierre possède une âme, elle dégage un sentiment de vie et bienveillance que de nombreuses églises, souvent plus belles, ne parviennent pas à nous offrir.

Quant aux dimensions, elles sont classiques pour l’époque, 49 mètres de long, hors tout, la largeur de la nef est de 7,70 mètres, chacun de ses bas-côtés mesure 4,60 mètres et la largeur du transept est de 23 mètres.

 

LE CLOÎTRE, UN DES PLUS BEAUX DE FRANCE :

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Entourant le siège de l'abbé, un magnifique chemin de croix!  (Photo: Patrick Garcia)

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Nous retrouvons ici le travail de nos "dentelliers sur pierre".  (Photo: Patrick Garcia)

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Regardez, et admirez l'émouvant cortège...  (Photo: Patrick Garcia)

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Tout comme ici, ce départ de gerbe!  (Photo: Patrick Garcia)

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 De quoi se caler, et photographier à tout và.... (Photo: Patrick Garcia)

     Après cette « mise en bouche », nous allons vraiment rentrer dans le joyau de l’abbaye…. Et pour une fois, oui, on « peut le dire…. » On peut  remercier messieurs les « Anglois » qui lors de la Guerre de Cent Ans, ont dévasté le cloître primitif roman. Cela  nous vaut le cloître renaissance élevé par Pierre de Gaing (1463) sous Louis XI, dans un style gothique flamboyant exubérant !

     Pour cela, il faut ressortir de l’église, allez à gauche, franchir une porte, où après avoir donné notre obole, enfin le « Graal » s’offre à nous ! Passé le guichet les galeries du cloître s’offrent à notre regard. Nous sommes frappés d’émotion…. Comment des hommes, avec les moyens de l’époque, ont-ils pu ciseler une telle parure de dentelle de pierre. Ici, tout n’est que « gerbes », sculptures évocatrices des péchés, chemin de croix hyper réaliste, blasons, clés de voutes sculptées de manière hyper réaliste, meneaux paraissant si fragiles… La pierre est comme brodée, les remplages sont sculptés par des orfèvres qui en ont fait des sortes de lierre de calcaire qui virevoltent autour des baies… Dire que tout cela a plus de 500 ans !!!!!

       Le cloître est un endroit voué au délassement par la marche, la lecture ou la méditation. Si ce n’est pas le cas dans ces lieux, ce ne peut l’être nulle part ailleurs… Lors de notre découverte des lieux, dans  l’aile nord, blottie contre l’église abbatiale, on remarque des couleurs de pierres différentes. Le calcaire jaune témoigne de temps plus anciens, alors que le blanc montre la reconstruction de l’abbaye, au cours de la seconde moitié du XVe siècle. De plus, des travaux de sauvetage et de restauration afin d’éliminer les pollutions qui dégradent cette fragile pierre calcaire, blanchissent actuellement les parties que nous avons connu verdâtre et chargées de salpêtre. « Cette galerie dite de la collation impressionne par son riche décor. Véritable dentelle, la pierre sculptée représente, à chaque chapiteau, un vice ou une vertu. L’envie et l’avarice se disputent une oie, alors que la paresse tient un livre fermé. À quelques enjambées, l’impressionnante précision du bas-relief de la passion, située au-dessus du fauteuil de l’abbé, fait face à l’escabeau du lecteur. C’est ici que les moines se réunissaient pour des lectures à voix haute. »

    Asseyons-nous sur le siège précieux de l’abbé, le seigneur et maître incontesté des lieux…. Rêvons…. Fermons les yeux. Imaginons-nous écoutant les lectures des pages de la bible, mollement installés sur ce trône, entouré de la « cour » des moines essayant de se mettre en valeur face au père abbé. Quelles conversations, parfois futiles, les hommes peuvent être aussi commères,  ou quelques fois d’importance, ont dû se tenir ici même, par exemple, quand la ville était assiégée par les huguenots….

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Les galeries de ce magnifique cloître.  (Photo: Patrick Garcia)

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Notez la richesse des détails et des perspectives... (Photo: Patrick Garcia)

      De l’autre côté des baies, le jardin, illuminé de soleil, baignant dans la verdure. Un havre de paix et de bien être, permettant le repos de l’âme après les travaux journaliers… Le lavabo qui longtemps était transformé en vasque de jardin, est retourné à son état naturel : un évier pour se laver les mains et… l’esprit.

       Après des tours et détours, des dizaines de clichés pour faire jouer les ombres sur les volutes et les gerbes de pierres, il arrive un moment où il faut bien se résoudre à sortir. L’occasion d’aller visiter à droite, la salle-musée du Suaire, ce vrai-faux Suaire, pièce de linge de plus de       1 000 ans, mais qui est simplement une toile d’origine arabe, et non le célèbre linge mortuaire du Christ qui a fait le faste de l’abbaye, tout au cours de son histoire.

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"Les joyaux de la couronne" sont là!!!!! (Photo: Patrick Garcia)

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De la dentelle de pierre. (Photo: Patrick Garcia)

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Harmonie des formes... (Photo: Patrick Garcia)

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Puretée des lignes... (Photo: Patrick Garcia)

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Un univers fragile et précieux.  (Photo: Patrick Garcia)

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Tel un donjon en forme de chapeau chinois, le clocher domine l'écrin de verdure et de pierres. (Photo: Patrick Garcia)

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Au centre le bassin où les moines se lavaient les mains. (Photo: Patrick Garcia)

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Un monde de courbes et de pierres polies.  (Photo: Patrick Garcia)

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La verdure vient rehausser la couleur dorée de la pierre calaire.  (Photo: Patrick Garcia)

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 Splendide galerie!!!! (Photo: Patrick Garcia)

LE COIN TECHNIQUE PAR WIKIPEDIA :

L'abbaye Notre-Dame de la Nativité de Cadouin est un ancien monastère créé en 1115 en Dordogne, sur le territoire de l'ancien village de Cadouin. Cet établissement rejoint l’Ordre Cistercien en 1119. L'abbatiale fut consacrée en 1154.

L'ancienne abbaye de Cadouin est classée M. H. en 1840. Elle est inscrite en 1998 sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO au titre des « Chemins de St Jacques de Compostelle ». 

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On ne s'en lasse pas... (Photo: Patrick Garcia)

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Des siècles de chuchottements , de pensées et de réflexions voilées, ici, sous nos yeux, dans ce cloitre. (Photo: Patrick Garcia) 

 

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Et toujours ces magnifiques gerbes. (Photo: Patrick Garcia)

Fondation de l'Abbaye

L'ermite Géraud de Salles  fonde, au nom de Robert d’Arbrissel,  un établissement de moines dans un vallon à l'écart de la vallée de la Dordogne en 1115. Sentant la fin de sa vie proche, Robert d'Arbrissel cède à son ami les deux lieux situés dans la forêt de Cadouin, le Val Seguin et la Sauvetat. Il l'abandonne à leur pouvoir et à leur volonté ainsi qu'il le manifeste devant des personnalités importantes telles que le duc Foulque V et l'abbesse de l’abbaye, Pétronille de Chemillé.

L’église. 

L'église abbatiale de Cadouin est une église romane de trois nefs avec quatre travées voûtées en berceau brisé. La façade occidentale, à la saintongeaise, se présente comme un grand mur austère et massif, avec un porche à quatre rouleaux en son centre, trois grandes baies, en plein centre et plusieurs arcatures aveugles. L'intérieur est marqué par la sobriété de la décoration. La croisée du transept est dominée par une superbe coupole à pendentifs. Le chœur est décoré de chapiteaux aux motifs végétaux traditionnels dans l'architecture cistercienne primitive. Les chapiteaux de la nef sont en revanche plus frustes.

L'église possède la particularité d'être percée de trois oculi (petite fenêtre ronde) alignées, une sur la façade et deux sur la coupole. À chaque équinoxe ces oculi sont traversés par un rayon de soleil, matérialisant l'orientation symbolique de l'église vers l'Orient.

Le cloître

Le cloître, de fonds roman, est décoré du XVe au XVIe siècle. Des colonnes richement sculptées supportent des voûtes compliquées. Dans la galerie nord, on trouve un magnifique siège abbatial en pierre. Aux angles se trouvent des portes flamboyantes du XVe siècle et des portes Renaissance du XVIe siècle. Autour du cloître se trouvent des bâtiments abbatiaux restaurés au XVIIe siècle et qui abritent aujourd'hui une auberge de jeunesse. 

 

Le suaire de Cadouin

Probablement entre 1201 et 1214 (date de la première mention du Suaire dans un acte de Simon IV de Montfort ), l'abbaye entre en possession du « Suaire du Christ » et le conserve, durant plusieurs siècles. Cette relique insigne vaut à l'abbaye de Cadouin de devenir un lieu de pèlerinage important, sur le chemin de Compostelle.

Le pèlerinage de Cadouin décline pendant les Guerres de Religions, mais est relancé en 1644, par la publication d'un procès-verbal d'authenticité de Mgr de Lingendes. Les abbés profitent de cette embellie, avant un déclin qui dure jusqu'à la Révolution et la dispersion des moines. Le Saint-Suaire est sauvé de l'incendie par le maire de Cadouin, qui le cache sous son plancher, jusqu'à ce qu'il puisse être rendu au culte le 8 septembre 1797. Ce renouveau dure jusqu'en 1934.

À cette date, un historien détermine la date de l'objet grâce à la présence de bandes décoratives ornées d'un texte. Il y relève une inscription en écriture de l’alphabet arabe. Ouvert par la « fatiha », la profession de foi islamique, le texte indique ensuite que le voile fut tissé à l'époque de Al-Musta’li, calife de l’Egypte fatimide, et de son vizir El Afdal, à l'extrême fin du XIe siècle. Dès le lendemain de la publication de cette information, l'évêque de Périgueux annule le pèlerinage à Cadouin, qui perdit là une grande partie de ses revenus.

 

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 AUX ALENTOURS:

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Venant de Villeréal (47) on passe Beaumont avec le château de Bannes à gauche sur la route de Bayac, et on file sur Cadouin. (Croquis: Patrick Garcia)

  A noter qu’aux alentours, une foule de visites vous attendent pour compléter ce voyage, en voici la liste non exhaustive :

- Bastides de Montpazier (une des plus belles), Beaumont du Périgord (et son église défendue), Belvés (sur son piton)…

- Château de Bannes (majestueux exemple de l’art militaire à la croisée du Moyen- Âge et de la Renaissance), Bayac , Lanquais (impressionnant) , Campagne (gracile exemple de la Renaissance)…

 

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Le superbe et imposant castel de Bannes, près de Beaumont du Périgord. (Photo: Patrick Garcia)

                                                 

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Ici, au premier plan, son colombier, semble liliputien... (Photo: Patrick Garcia) 

                                                  

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Une belle promenade tout autour, mais on ne visite pas. . (Photo: Patrick Garcia)

- Les Eyzies (on ne présente plus !) et tous les sites associés…

- Le Bugue avec le village reconstitué tel qu’en 1900 du « Bournat » et « l’Aquarium » d’eau douce.

- Les jardins du château de Marquayssac,

- Le beau village féodal de Laroque Gageac, et son empilage de vieilles maisons et de petits castels…

 

PATRICK GARCIA

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Condensé d’

 

« HISTOIRE DES PAYSANS»

D’EUGENE BONNEMERE 1856

 

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Episode 9

 

18ème siècle

 

 

 

Les philosophes. Les légistes.

 

 

 

La royauté, amoindrie durant les vingt dernières années du grand roi, s'avilit et se vautra dans la fange sous Louis XV, pour s'éteindre entre les mains honnêtes, mais faibles, de Louis XVI la pensée trôna et régna à sa place. L'homme se demanda d'où il venait, ce qu'il était, ou il allait; et lorsque tant de choses étaient mises en doute, le peuple se prit à douter des droits de ses maîtres.

 

Quoi qu'il en soit, nous allons voir, pendant le 18ème siècle, les colonnes restées debout de l'édifice du moyen âge rudement secouées par les esprits intelligents de cette époque féconde, et la critique s'élever à des proportions révolutionnaires. Les derniers vestiges du servage ne disparurent qu'avec la monarchie.

 

Au 18ème siècle, pendant que les publicistes et les philosophes étaient depuis longtemps unanimes à battre en brèche le servage et l'odieuse corvée, des institutions oppressives trouvaient encore parmi les jurisconsultes d'ardents apologistes, témoin le président Bouhier, le célèbre commentateur de la coutume de Bourgogne, qui se fait l'avocat des banalités, de la mainmorte, de la taille haut et bas, et de cette odieuse solidarité contre laquelle tous se déchaînent. Il blâme les seigneurs d'avoir affranchi leurs serfs, et défend pied à pied le terrain que les philosophes ont gagné sur la féodalité, déjà jugée et condamnée :

 

 « On ne saurait sans injustice, dit-il, au sujet de la corvée, lui donner le nom odieux d'usurpation et d'extorsion. C'est, à l'égard des affranchis, le prix de leur liberté, et conséquemment d'une faveur dont l'avantage est inestimable, et dont ils ne doivent jamais perdre le souvenir. »

 

        L'Encyclopédie s’élève avec énergie contre le servage, et signale ses abus persévérants : « Est-il rien de plus effrayant, par exemple, dit-elle, que le droit de suite pendant dix ans sur les taillables qui transportent leur domicile dans une ville franche, ou ils paient les capitations, les entrées, les octrois et autres droits presque équivalents à la taille! Un malheureux journalier qui ne possède aucun fonds dans une paroisse, qui manque de travail, ne peut aller dans une autre où il trouve de quoi subsister, sans payer la taille en deux endroits pendant deux ans, et pendant trois, s'il passe dans une troisième élection. »

 

Quand les vilains ne furent plus taillables à miséricorde, les seigneurs se réservèrent le droit de prendre leurs denrées à crédit, et tel termes qu’ils jugeraient à propos de stipuler.

 

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Comme aux siècles précèdents, on "branche" ou on expédie aux galères, tous les récalcitrants! Gravure de Callot. 

 

Louis XVI. Turgot. -Affranchissement général des serfs. Le paysan plus asservi que jamais. Convocation des états généraux

 

 

 

Louis XVI peut revendiquer d'avoir voulu marcher dans le sens de son époque, franchement, sans regrets et sans arrière-pensée. A son avènement au trône, il parut s'être donné pour mission de faire arriver dans le domaine des faits une révolution déjà accomplie dans les idées, et dont la droiture de son âme lui faisait sentir l'urgence et la légitimité.

 

Et penser que pour accomplir cette œuvre sublime, qui eût fait resplendir le nom de Louis XVI bien au-dessus des noms de Charlemagne et de saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, la Providence avait placé à côté de lui, et sous sa main, un homme plus grand que Sully et que Colbert, doué, au dire de son collègue Malhesherbes, du cœur de L'Hospital et de la tète de Bacon! C'est peut-être parce qu'elle lui avait préparé ce rôle grandiose et qu'elle lui avait fait la partie bien belle et la tâche facile en lui donnant Turgot, qu'elle le punit plus sévèrement d'avoir failli à sa mission, et que, de même qu'il lui avait fallu le sang du Christ pour racheter devant sa justice les crimes des hommes, elle voulut le sang de Louis XVI pour racheter les crimes de la monarchie et de la féodalité. Turgot résumait en lui Sully et Colbert il comprenait l'agriculture comme le premier, l'industrie comme le second; il avait vu de près le peuple des campagnes et ses misères; il avait signalé le mal alors qu'il était intendant à Limoges, et il arrivait au pouvoir avec la volonté ferme de remédier à tous les abus, de donner satisfaction a tous les besoins. Economiste et philosophe, tout ce que le 18ème siècle avait mis en lumière et découvert, Turgot le savait; tout ce qu'il réclamait en fait de réformes, Turgot le voulait; tout ce qu'il avait rêvé de juste, d'humain, de fraternel, Turgot le pensait, le souhaitait, l'aimait. Il ne lui manqua que d'être soutenu par une volonté ferme, comme Sully l'avait été par Henri IV, et Colbert par Louis XIV, contre cette tourbe impie, plus inintelligente encore que perverse, qui tient son arsenal de calomnies toujours prêt contre ces hommes prédestinés qui tentent de faire droites et unies les routes de l'avenir devant les pas de l'humanité qui marche.

 

Turgot voulait, entre autres choses, l'abolition des corvées pour tout le royaume, la suppression des abus les plus tyranniques de la féodalité, corvées, garennes, gabelles, etc.; la conversion des deux vingtièmes de la taille en un impôt territorial sur la noblesse et le clergé, l'égale répartition de l'impôt assurée par le cadastre, la liberté de conscience, le rappel des protestants, la suppression de la plupart des monastères, le rachat des rentes féodales combiné avec le respect des droits de propriété, la libre défense des accuses, un seul code civil pour tout le royaume , l'unité des poids et mesures, la suppression des maîtrises et jurandes, des administrations provinciales pour défendre les intérêts municipaux, l'amélioration du sort des curés et des vicaires, la pensée aussi libre que l'industrie, un nouveau système d'instruction publique, l'autorité civile indépendante de l'autorité administrative.

 

C'est-à-dire que Louis eut fait la révolution au lien d'être emporté par elle, qu'il eût fondé pacifiquement la liberté de son royaume, et qu'il eût été Washington tout en restant Louis XVI.

 

 

 

           Turgot était du petit nombre de ces hommes qui, arrivés au pouvoir, se souviennent des enseignements, des promesses et des engagements des jours heureux de la jeunesse, et font, dès qu'ils le peuvent, passer dans le domaine des faits les généreuses aspirations d'autrefois. Devenu ministre, et encouragé par le succès,  il voulut faire jouir tout le royaume du bienfait dont il avait doté le Limousin, et dicta une ordonnance (1776) qui supprimait le travail gratuit et la corvée, sauf pour les cas de guerre et la défense du pays. Mais cette fois ce ne fut plus une province, ce fut la France tout entière que Turgot eut contre lui. Le peuple refusa de payer. La noblesse, furieuse, objecta au faible Louis XVI que « la suppression de la corvée tendait évidemment a l'anéantissement des franchises primitives des nobles et des ecclésiastiques, à la confusion des états et à l'interversion des principes constitutifs de la monarchie. » Le parlement de Paris déclara « que le peuple de France était taillable et corvéable à volonté; que c'était une partie de la constitution que le roi était dans l'impuissance de changer (IV, 363). » On alla jusqu'à vouloir lui persuader que le peuple se révolterait si l'on supprimait la corvée. Enfin, on lança contre Turgot le grand cri, ce cri suprême qui sauve les capitoles à l'heure de l'escalade on l'accusa de pousser à la haine contre la noblesse et de porter atteinte aux bases sociales on l'accusa de détruire la propriété, et tout fut dit (IV, 229, 253, 279).

 

          Il était dans la destinée fatale de Louis XVI de céder toujours le lendemain aux mauvaises influences, comme il avait cédé la veille aux généreuses inspirations.

 

          M. de Cluny remplaça Turgot; en août de la même année, le roi revint sur son ordonnance, et les routes continuèrent à être faites par corvées dans presque toute la France.

 

         La corvée personnelle fut donc abolie dans la nuit du 4 août; la corvée réelle ne le fut que le 17 juillet 1793.

 

          Les terres étaient très fréquemment accensées par les seigneurs, moyennant des rentes en grains. Lorsque la récolte faisait défaut, ce qui était très fréquent, grâce aux manœuvres du pacte de famine, les seigneurs en exigeaient le paiement en argent, d'après le prix qu'avait momentanément au marché la quantité de grains qui leur était due. C'était légal, mais non juste. En 1769, il y avait eu une disette plus cruelle encore que celles de 1709 et de 1739, de telle sorte qu'en 1770, le prix était quadruple du prix habituel et moyen (VI, p. 60) la famine enrichissait les seigneurs, aussi savaient-ils l'art de l'entretenir.

 

   

 

           La milice contribuait encore d'une manière très puissante à dépeupler les campagnes, en entretenant chez les campagnards cet esprit de migrations incessantes. Le paysan avait eu tant à souffrir du soldat qu'il éprouvait pour le métier de celui-ci un sentiment de répulsion insurmontable. Aussi la milice était-elle une cause continuelle de désordres et le signal d'une véritable guerre civile entre les habitants des campagnes, les uns fuyant au fond des forêts, les autres leur y donnant la chasse pour éviter d'être contraints de partir à leur place. Les meurtres étaient fréquents, les procédures criminelles se succédaient, et la culture cessait dans les campagnes abandonnées. Dès qu'il s'agissait de rassembler les bataillons, les syndics des paroisses se voyaient dans la nécessité de traîner les miliciens escortés par la maréchaussée et quelquefois garrottés comme des bandits pour le bagne (VI, 424). C'est ainsi que l'on marchait à la gloire !

 

    Un mémoire, écrit en 1768, avance que, depuis le commencement du siècle, la population du Ponthieu a diminué d'un tiers (Louandre), et voici ce qu'écrit Legrand d'Aussy en 1788 (I, 82) :

 

« De toutes parts on aperçoit des maisons en ruines ou abandonnées. J'ai vu des villages où ces masures en décombres faisaient plus d'un tiers du lieu. Le même fardeau d'impositions subsistait néanmoins toujours, » « Lisez les voyageurs étrangers des deux derniers siècles, vous les voyez stupéfaits, en traversant nos campagnes, de leur misérable apparence, de la tristesse, du désert, de l'horreur de pauvreté, des sombres chaumières nues et vides, du maigre peuple en haillons. Ils apprennent là ce que l'homme peut endurer sans mourir, ce que personne, ni Anglais, ni Hollandais, ni Allemand, n'aurait supporté (Michelet). »

 

Louis fit plus, et par son édit du 8 août 1779 il abolit les droits de poursuite et de servage dans les domaines royaux.

 

 

 

 

 

Les cahiers des bailliages (de doléances).

 

 

 

           On a prétendu que la révolution de 1789 avait été sans cause et sans but, et que, satisfait de son sort sous la monarchie, le peuple ne la désirait pas, n'ayant rien à en attendre. Cela n'est pas vrai, et les cahiers des bailliages, après y avoir consigné leurs vœux, les cahiers des bailliages, qui sont la voix du peuple, proclament hautement, au contraire, combien était ardent le besoin national d'une révolution que le criminel égoïsme des deux castes privilégiées avait rendue inévitable. La nation la voulait si bien et à tout prix, que l'assemblée générale d'Angers couvrait d'applaudissements frénétiques ces paroles brûlantes de son président, M. de Milscent, qu'elle envoya aux états généraux :

 

          « Choisissez des hommes d'une trempe forte et vigoureuse, capables de soutenir sans émotion les cris affreux de la tyrannie, au moment où la nation va l'abattre à ses pieds et lui porter le coup de la mort. L'abus de la féodalité, dit le cahier de Vannes (24-26), les vexations qui en découlent, sont le plus grand fléau des peuples. Qu'on abolisse toutes espèces de corvées et aides coutumières. Elles sont odieuses, contraires à la liberté naturelle, destructives de l'agriculture. Outre des rentes excessives, le colon est assujetti à des corvées arbitraires. Il est plus que temps de faire cesser pour le colon là cruelle alternative de se ruiner ou de s'expatrier. 

 

Que la féodalité soit abolie, demande Rennes (art. 159). »

 

 

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Avec la Révolution qui pointe son nez, une nouvelle étape de l'émancipation paysanne va entraîner bien des excés de part et d'autres... 

 

     « L'homme, le paysan surtout, est tyranniquement asservi sur la terre malheureuse, où il languit desséché. Rentes fixes et pesantes; poursuites vexatoires pour les exiger; apprécis (fixer la valeur d’un bien) injustes pour les augmenter; rentes solidaires et revenchables ; rentes chéantes et levantes; fumages; rachat à toute mutation et par mort, en ligne directe comme en collatérale retrait féodal; lods et ventes au huitième et même au sixième denier rachats iniques dans leur origine, surtout en Bretagne, plus iniques encore par les extensions qu'on leur a données banalité de moulin, de four, de pressoir corvées coutumières, corvées par titres, corvées par usement de fiefs, corvées établies par d'injustes arrêtés, corvées arbitraires et de fantaisie servitudes, prestations bizarres et onéreuses, cueillettes de rôles incollectibles, aveux, mimes, impunissements, procès ruineux et sans fin, la verge du fisc seigneurial toujours dressée sur nos têtes; vexations, ruines, outrages, violences, servages funestes, sous lesquels les paysans, presque au niveau des serfs polonais, ne seraient jamais que malheureux, avilis et opprimés tels sont les tableaux de désolation que présentent les cahiers des campagnes. »

 

  « Que l'usage des moulins à bras soit libre qu'on proscrive absolument la capitation seigneuriale à raison de ces tristes machines, et que la postérité ignore, s'il se peut, que la tyrannie féodale bretonne, armée du pouvoir judiciaire, n'a pas rougi, dans les derniers temps, de briser les meules à bras, et de vendre annuellement à des malheureux la faculté de broyer entre deux pierres une mesure d'orge ou de sarrasin. Qu'il suffise à la féodalité de son sceptre de fer, sans qu'elle y joigne encore le poignard du traitant. »

 

     Soient à jamais supprimés tous les usements barbares sous lesquels cinq cent mille individus gémissent encore dans une grande partie de la basse Bretagne, tels que ceux des domaines congéables, de motte et quevaise, restes odieux de la tyrannie féodale. Les congéments sont une source perpétuelle de ruine pour les familles, de discorde et de haine, de violence, et même de meurtre et d'incendie. Qu'on abolisse gratuitement les chevauchées, quintaine, soule, saut de poisson, baiser de mariées, chansons, transport de l'œuf sur la charrette, silence de grenouilles et autres usages de ce genre, aussi outrageux qu'extravagants. (Hennés, 57, 70.)

 

    « Qu'on abolisse pour toujours la mainmorte servile, demande le Nivernais, attendu que cet abus, par suite duquel les serfs n'ont ni la faculté de tester, ni celle de changer de domicile, ni celle de choisir un état à leur gré, expose d'ailleurs les gens de cette malheureuse condition à être partagés comme un vil bétail, quand leur père est mainmortable d'une seigneurie et leur mère mainmortable d'une autre; qu'il est, par conséquent, contraire au droit naturel et à la liberté générale des citoyens et à l'intérêt public, et qu'on ne peut, à ce moyen, le considérer que comme le fruit de la violence et de l'oppression. »

 

     « Le droit d'indire (la Taille aux 4 cas), celui de jambage, celui de guet et de garde, de mainmorte et tous ceux qui en résultent, sou quelque titre et dénomination qu'ils existent, seront abolis.»(Dijon, 27.)

 

     « Que toute servitude personnelle, corvée à miséricorde, mi-lods en ligne directe, et retrait féodal et casuel, soient abolis sans indemnité, ainsi que tous les droits insolites, autres que les cens et servis, tels que ceux de leide, couponage, cartelage, barrage, fouage, maréchaussée, banvin, ban d'août, fours, pressoirs, moulins banaux, tabellionages et autres semblables. » (Lyon, 23.)

 

   Portant une main hardie sur la propriété des nobles, Rodez et le Périgord retournent l'axiome féodal: « Point de terre sans seigneur », et demandent que le franc-fief soit supposé, sans titre, ni exprès, ni énonciatif. « Les députés réclameront la suppression des francs-fiefs, disent la Rochelle et Rennes; ce droit, monument de la barbarie féodale, était onéreux en lui-même, injurieux au tiers état, et devenait chaque jour plus vexatoire par les rigueurs de la perception. » (Art. 28, 65.)

 

    La Franche-Comté proteste contre la servitude qui pèse sur elle :

 

« Vous avez, sire, dans vos armées, plus de trente mille serfs francs-comtois. Lorsque quelques-uns d'eux parviennent par leur mérite, au grade d'officier, et qu'après avoir obtenu leur retraite avec une pension, au lieu de retourner avec leurs frères ou leurs neveux dans la butte où ils sont nés, ils vont habiter dans leur village une maison plus commode, ils ne pourront, en mourant, disposer ni de leur mobilier, ni des petites économies qu'ils auront pu faire sur leur pension; tout le pécule appartiendra au seigneur après leur mort. »

 

« Le fléau le plus redoutable pour l'agriculture, dit le cahier de Paris, est l'excès de gibier, excès résultant du privilège exclusif de la chasse; de la, les campagnes dépouillées, les forêts dévastées, les vignes rongées jusque dans les racines; de là les vexations des agents de l'autorité, les  amendes arbitraires et excessives, les emprisonnements inégaux, les violences, les assassinats commis impunément par les gardes; de la loi imposée par le seigneur de distribuer les terres ensemencées, de manière crue le gibier trouve partout sa pâture, la défense d'arracher le chaume pour lui conserver un abri la défense de recueillir les productions au point de leur maturité de là enfin un dommage public et inappréciable, et l'une des principales causes du renchérissement des denrées.

 

  Ces courtes citations suffisent pour démontrer qu'il restait encore à faire, suivant l'expression de l'abbé Grégoire, « un grand abatis dans la foret, des abus ». La cour pressentait la lutte aussi bien que le tiers, et elle était décidée à défendre le terrain pied à pied. Elle renouvela la triste comédie de 1614, eut recours aux grands airs et aux petites insultes, louvoya, recula, ajourna, égarant l'assemblée dans un dédale de discussions d'étiquette, de préséance et de costume, et croyant tout sauvé lorsqu'elle gagnait du temps. Mais il arriva qu'un acteur inconnu, ou plutôt oublié, le peuple, ce Deus ex Machina des situations trop tendues, des solutions impossibles et des dénouements imprévus, il arriva, disons-nous, que le peuple s'élança sur le théâtre et envahit la scène, carrément et brutalement, à sa manière, et changea tout d'un coup la face des choses et la marche des événements.

 

 

 Lu, digéré et condensé par PATRICK GARCIA

 

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Le conte agenais ancien 

 

LA GARDEUSES DE DINDON TROYON m503604_94de61165_p

La gardeuse de dindons.

 

 

 

Il y avait une fois un roi qui aimait beaucoup le sel. Ce roi était veuf, et avait trois filles à marier. Il avait aussi un valet avisé comme il n'y en a guère. Un jour que ce valet était occupé à pétrir dans le fournil, le roi vint le trouver et lui dit :

— Valet, tu es un homme de sens, et je veux te consulter sur une affaire fort secrète.

— Maitre, je n'aime pas les secrets. Si vous devez parler de votre affaire à un autre qu'à moi, ne m'en dites pas un mot. Vous croiriez que c'est moi qui vous ai trahi, et vous me chasseriez de chez vous.

— Je n'en parlerai qu'à toi.

— Alors j'écoute.

— Valet, j'ai trois filles à marier; je suis vieux, et je ne veux plus être roi. Quand tu auras fini de pétrir, tu iras chercher le notaire. Je veux me réduire à une pension, et partager mon bien entre mes trois filles.

— Maitre, à votre place je ne ferais pas cela.

— Pourquoi, valet ?

— Maitre, celui qui n'a plus rien est bien vite méprisé. A votre place je garderais ma terre, et je doterais mes filles raisonnablement le jour de leur mariage.

— Valet, mes filles m'aiment; je ne crains rien.

— Maitre, mettez-les à l'épreuve avant de vous décider.

Le roi remonta dans sa chambre, et commanda qu'on fit venir ses trois filles.

— M'aimes-tu? dit-il à l’aînée.

— Mon père, je vous aime plus que tout au monde.

— Bien. Et toi, ma cadette, m'aimes-tu ?

— Mon père, je vous aime plus que tout au monde.

— Bien. Et toi, ma dernière, m'aimes tu ?

— Mon père, je vous aime autan que vous aimez le sel.

— Méchante langue ! Tu insultes ton père. Rentre dans la chambre, et attends-y que j'ai décidé ce qu'il faut faire de toi.

La fille dernière rentra dans sa chambre : alors ses deux ainées dirent à leur père :

— Notre sœur vous a insulté : elle mérite la mort.

— Elle mourra ; mais vous autres, vous m’aimez, et vous ne tarderez pas à recevoir voire récompense. Attendez-moi ici.

Le roi redescendit au fournil où le valet pétrissait toujours, et lui conta ce qui venait de se passer.

— Maintenant, valet, l'épreuve est faite. Va me chercher le notaire, pour qu'il partage ma terre entre mes deux filles ainées, et le bourreau pour qu'il fasse mourir ma dernière.

— Maitre, les paroles sont des femelles; mais les actions sont des males. Votre épreuve n'est pas bonne, et à votre place je jugerais mes filles sur ce qu'elles feront, et non pas sur ce qu'elles ont dit.

— Tais-toi, valet : tu ne sais pas ce que tu dis. Tais-toi, ou je t'assomme de coups de bâton.

Quand le valet vit le roi brandir son bâton, il fit semblant de changer d'avis.

— Eh bien, maitre, j'ai tort, et vous parlez comme un livre. Faites à votre volonté. Je vais aller chercher le notaire, et je veux servir moi-même de bourreau à voire dernière fille. Je la mènerai dans un bois, je la tuerai, et je vous apporterai sa langue.

— Tu vois bien, valet, que tu es de mon avis. Va-t-en d'abord chercher le notaire.

Le valet alla chercher le notaire , et le roi maria ses filles sur le champ , en donnant la moitié de sa terre à chacune d'elles.

— Notaire, dit-il, je me réserve, pendant toute ma vie, d'aller chaque année vivre six mois chez ma fille ainée, et six mois chez la cadette. Ne manque pas d'écrire cela sur ton papier.

Le notaire était une grande canaille, qui fut condamné, la même année aux galères pour le restant de sa vie. Il avait reçu secrètement de l'argent des deux filles ainées, et il n'écrivit pas sur son papier ce que le roi s'est réservé.

— Maitre, dit le valet, Dieu veuille que ce qui est fait soit bien fait. Maintenant je vais mener votre fille dans le bois, pour lui faire passer le goût du pain et vous apporter sa langue.

— Vas-y, valet; quand tu seras revenu, je te récompenserai.

Le valet alla chercher une chaine et la passa au cou de la pauvre fille. Cela fait, il prit son sabre et siffla sa chienne.

— Allons, insolente ! Allons, malheureuse ! Tu n'as pas longtemps à vivre. Recommande ton âme à, Dieu, à la sainte Vierge et aux saints. Ainsi criait le valet, tant qu'il était à même d'être entendu par le roi ; mais dans le bois ce fut autre chose.

— Demoiselle, n'ayez pas peur. J'ai fait tout ceci pour vous sauver du bourreau. Vos chemises et vos plus belles hardes sont dans ma besace. J'y ai mis aussi des habits de paysanne que vous allez revêtir tout de suite. Avant de me louer comme valet chez votre père, j'ai servi dans le château d'un autre roi. Sa femme ne me refusera pas de vous prendre comme gardeuse de dindons, et là vous serez bien cachée.

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Il y a belle lurette que les contes de Princes et Princesses font rêver les enfants... Que les enfants???? (Image du net)

En effet, le valet amena la fille du roi à ce château. La reine la prit à son service comme gardeuse de dindons, et lui donna son logement dans une chambrette sous un escalier. Cela fait, le valet revint chez son maitre ; mais en traversant le bois, il tira son sabre, tua sa chienne, et lui arracha la langue.

— Maitre, j'ai tué votre fille, et je vous apporte sa langue.

— Valet, je suis content de toi. Voilà cent louis d'or pour ta peine.

— Cent louis d'or, maitre, ce n'est pas assez pour ce travail.

— Eh bien, en voila cent autres.

— Et vous , mesdames , ne me donnerez-vous rien pour avoir tué votre sœur et vous avoir apporté sa langue ?

— Valet, nous te donnerons chacune autant que notre père.

— Merci, maître. Merci, mesdames.

     Le lendemain de cette affaire, les deux filles ainées prirent chacune son mari, et s'en allèrent trouver le roi.

— Père, vous n'êtes plus ici chez vous. La partie droite de ce château appartient à l'ainée, et la gauche à la cadette.

Allez-vous en ou vous voudrez.

— Méchantes filles, vous me payez mal de tout le bien que je vous ai fait. Je ne veux pas m'en aller. Le papier du notaire me donne le droit, pendant toute ma vie, d'aller vivre six mois chez ma fille ainée, et six mois chez la cadette.

— Parle papier ; tais-toi langue.

Le notaire n'a pas écrit cela.

— Le notaire est aussi canaille que vous.

— Allons ! Leste! Allez-vous en, ou gare les chiens.

Le pauvre roi sortit du château : sur le pas de la porte il rencontra le valet.

— Où allez-vous, maître ?

— Je m'en vais à la volonté de Dieu. Ce château n'est plus le mien, et mes filles et mes gendres m'en ont chassé, Pourquoi m'as-tu si mal conseillé quand je voulais partager ma terre entre mes filles ?

— Maitre, Je vous ai dit : « Eprouvez-les. » Vous avez cru aux paroles qui sont des femelles, tandis que les actions sont des males, et vous avez agi à votre tête. Mais ce qui est fait est fait, et le regret ne sert de rien. Attendez-moi un moment; nous allons partir ensemble. Je veux toujours être votre valet.

— Reste ici, pour ton bien. Je n'ai plus de quoi te payer et te nourrir.

— Je vous servirai pour rien, et j'ai de quoi vivre pour nous deux.

— Comme tu voudras.

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Il y a belle lurette que les contes de Princes et Princesses font rêver les enfants... Que les enfants???? (Image du net)

Le valet rentra dans le château, et revint un moment après avec une besace pleine sur le dos.

— Allons, partons.

Au bout de sept jours de marche ils arrivèrent dans un pays où ils trouvèrent en vente une petite métairie, avec une maison de maitre. Le valet l'acheta, et la paya comptant avec les louis d'or qu'il avait reçus pour sa peine, quand on croyait qu'il avait fait mourir la dernière fille du roi.

— Maitre, cette petite métairie est la votre. Buvez, mangez et promenez-vous, pendant que je travaillerai les champs et les vignes.

— Merci, valet. II y a force maitres qui ne te valent pas.

Pendant que tout cela se passait, la dernière fille que son père croyait morte, demeurait toujours, comme gardeuse de dindons, dans le château du roi où le valet l'avait placé. Ce roi avait un fils si fort, si hardi et si beau garçon, que toutes les filles du pays en tombaient amoureuses. La gardeuse de dindons en tomba amoureuse comme les autres ; mais il ne faisait aucune attention à elle.

— Mal appris, pensait-elle souvent, je te forcerai bien à faire attention à moi.

Le temps du carnaval arriva, et chaque soir, après souper, le fils du roi s'habillait de neuf et montait à cheval, pour s'en aller danser jusqu'au lendemain matin, dans les châteaux du voisinage. Que fit la gardeuse de dindons? Pendant la veillée, elle se dit malade, et fit semblant de s'aller coucher. Mais elle descendit secrètement à l'écurie, sella et brida un cheval, et lui donna double picotin d'avoine. Ensuite elle remonta dans sa chambre et ouvrit la besace où étaient les hardes qu'elle avait rapporté de chez son père. Cela fait, elle se peigna avec un peigne d'or, se chaussa de bas blancs et de petits souliers rouges en maroquin de Flandre, mit une belle robe couleur du ciel, redescendit à l’écurie, sauta sur le cheval et partit au galop pour le château où le fils du roi s'en était allé danser.

Quand elle entra dans le bal, les joueurs de vielle et de violon cessèrent de jouer, les danseurs de danser, et tous les invités disaient:

— Quelle est cette belle demoiselle?

Enfin, les joueurs de vielle et de violon recommencèrent leur musique, et le fils du roi prit la jeune fille par la main pour la mener à la danse. Mais au premier coup de minuit, elle laissa son danseur en plan, ressauta sur son cheval, et repartit au galop. Le lendemain elle s'en alla garder les dindons comme de coutume, et le fils du roi qui la rencontra en allant

à la chasse pensa :

— C'est étonnant comme cette jeune paysanne ressemble à la belle demoiselle que j'ai vu au bal cette nuit.

Le soir même, après souper, il s'habilla de neuf, monta à cheval, et partit encore pour le bal. Que fit alors la gardeuse de dindons? Pendant la veillée elle se dit malade, et fit semblant d'aller se coucher. Mais elle descendit secrètement à l’écurie, sella et brida un cheval, et lui donna double picotin d’avoine. Ensuite elle remonta dans sa chambre, et ouvrit-la besace où étaient les hardes qu'elle avait rapporté de chez son père. Cela fait, elle se peigna avec un peigne d'or, se chaussa de bas blancs et de petits souliers en maroquin de Flandre, mit une robe couleur de la lune, redescendit à l’écurie, sauta sur le cheval, et partit au galop pour le château où le fils du

roi était allé danser.

Quand elle entra dans le bal, les joueurs de vielle et de violon cessèrent de jouer, les danseurs de danser, et tous les invités disaient:

— Quelle est cette belle demoiselle?

Enfin les joueurs de vielle et de violon recommencèrent leur musique, et le fils du roi prit la jeune fille par la main pour la mener à la danse. Mais au premier coup de minuit, elle laissa son danseur en plan, ressauta sur son cheval, et repartit au galop. Le lendemain, elle s'en alla garder les dindons comme de coutume, et le fils du roi qui la rencontra, en allant à la chasse, pensa :

— C'est étonnant, comme celte jeune paysanne ressemble à la belle demoiselle que j'ai vu au bal cette nuit.

- Le soir même, après souper, il s'habilla de neuf, monta à cheval, et partit encore pour le bal.

Que fit alors la gardeuse de dindons? Pendant la veillée elle se dit malade, et fit semblant d'aller se coucher. Mais elle descendit secrètement à l’écurie, sella et brida un cheval, et lui donna double picotin d’avoine. Ensuite elle remonta dans sa chambre, et ouvrit-la besace où étaient les hardes qu'elle avait rapporté de chez son père. Cela fait, elle se peigna avec un peigne d'or, se chaussa de bas blancs et de petits souliers rouges en maroquin de Flandre, mit une robe couleur du soleil, redescendit à l’écurie, ressauta sur le cheval, et partit au galop pour le château où le fils du roi était allé danser.

Quand elle entra dans le bal, les joueurs de vielle et de violon cessèrent de jouer, les danseurs de danser, et tous les invités disaient :

— Quelle est cette belle demoiselle?

Enfin, les joueurs de vielle et de violon recommencèrent leur musique, et le fils du roi prit la jeune fille par la main pour la mener à la danse. Au premier coup de minuit, la jeune fille laissa son danseur en plan, ressauta sur son cheval et repartit au galop. Mais cette fois, en s'échappant, elle perdit dans le bal son petit soulier rouge du pied droit.

Dès le premier jour où la jeune fille avait paru dans le bal, le fils du roi en était tombé tellement amoureux, qu'il en avait perdu le boire et le manger. Il ramassa le petit soulier rouge et le fit essayer aux demoiselles du bal ; mais toutes avaient le pied trop grand pour le chausser. Alors, il mit ce petit Soulier rouge dans sa poche et s'en revint au château de

son père.

— Père, je suis tombé amoureux d'une jeune fille qui a perdu ce petit Soulier rouge dans le bal. Si vous ne me la donnez pas en mariage , vous serez cause d'un grand malheur. Je m'en irai loin, bien loin, me rendre moine dans un pays d'où je ne reviendrai jamais.

— Mon fils , je ne veux pas que tu te rendes moine. Dis- moi où cette jeune fille demeure, et nous monterons tous deux à cheval, pour aller la demander en mariage à son père.

— Père, je ne sais pas où elle demeure ;

— Eh bien ! Va me chercher le tambour de la commune.

Le fils du roi partit et revint avec le tambour.

— Tambour, voilà cent pistoles, Va-t-en crier partout que la demoiselle qui pourra chausser ce petit Soulier rouge sera la femme de mon fils.

Le tambour partit, et cria partout comme il en avait reçu l’ordre. Pendant trois jours, le château du roi fut plein de demoiselles qui venaient pour essayer le petit Soulier rouge; mais aucune ne put le chausser. La gardeuse de dindons les regardait faire et riait de tout son cœur.

— A ton tour, gardeuse de dindons, dit le fils du roi.

— Vous n'y pensez pas, Monsieur. Je ne suis qu'une pauvre petite paysanne. Comment voulez-vous que je fasse ce que n'ont pas pu faire toutes ces belles demoiselles?

— Allons, allons, criaient les demoiselles, faites approcher cette insolente qui se moquait de nous tout à l'heure, et si elle ne peut chausser le petit Soulier rouge , qu'elle soit fouettée jusqu'au sang !

La gardeuse de dindons s'approcha, en faisant semblant d'avoir peur et de pleurer. Du premier coup elle, chaussa le petit Soulier rouge.

— Maintenant, dit-elle, attendez-moi ici tous.

Elle alla s'enfermer dans sa chambre, et revint un moment après, chaussée de rouge des deux pieds, et vêtue de sa robe couleur du soleil. — Mie, dit le roi, il faut que tu épouses mon fils.

— Je l’épouserai quand il aura le consentement de mon père. En attendant, je veux toujours garder vos dindons.

    Alors, le roi et son fils se trouvèrent bien embarrassés.

Pendant que tout cela se passait, l'autre roi, chassé par ses deux filles, demeurait toujours, avec son valet, sur sa petite métairie et il disait souvent :

 — Mes deux filles ainées sont des carognes, et mes deux gendres de mauvais sujets. Si j'avais ma dernière enfant avec moi, je ne serais pas si triste. Elle me tiendrait compagnie, tout en me filant des chemises et en rapiéçant mes habits. Valet, pourquoi l'as-tu tuée et m'as-tu apporté sa langue ?

— Maitre, c'est vous qui me l'avez commandé.

— Alors, valet, j'ai eu tort de te le commander, et tu as eu tort de m'obéir. — Je n'ai pas eu tort, parce que je ne vous ai pas obéi.

Votre dernière fille n'est pas morte. Je l'ai placé dans le château d'un autre roi, comme gardeuse de dindons, et ce que vous avez pris pour sa langue était la langue de ma chienne.

— Tant mieux, valet. Nous allons partir sur le champ pour ramener la pauvrette ici.

Ils partirent tous deux sur le champ, et, sept jours après, ils arrivèrent au château du roi.

— Bonjour, roi.

— Bonjours, mes amis. Qu'y a-t-il pour votre service?

— Roi, j'ai été roi moi-même, et j'avais un château aussi beau que le tien. Mes deux filles ainées m'en ont chassé, et ma dernière est chez toi comme gardeuse de dindons. II faut que tu me la rendes.

— Mon ami, je ne peux pas. Mon fils est tombé amoureux de ta fille, au point qu'il en a perdu le boire et le manger. Je te la demande en mariage pour lui.

— Roi, fais venir ma fille pour qu'elle parle librement. Je ne veux pas la marier par force.

On alla chercher la gardeuse de dindons.

— Bonjour, papa et la compagnie.

— Bonjour, ma fille. Parle librement. Veux-tu épouser ce jeune bomme?

Le pauvre jeune homme était blanc comme de la farine , et tremblait comme une queue de vache.

 — Ma fille, parle librement.

— Papa, j'épouserai ce jeune bomme préférablement à tout autre. Mais je veux auparavant que son père et lui vous aident à reprendre le château d'où vous ont chassé mes sœurs ainées.

Alors le roi et son fils firent assembler aussitôt tous les hommes du pays, et les armèrent de sabres et de fusils. Tout ce monde se mit en chemin pendant la nuit, et se rendit maitre du château des deux sœurs ainées, qui ne s'attendaient à rien. Ces deux femmes furent pendues avec leurs maris, et leurs corps ne furent pas portés en terre sainte. On les abandonna dans un champ, et les chiens, les corbeaux et les pies les rongèrent jusqu'aux os.

Voilà ce qui fut fait. Alors le roi dit au père de la gardeuse de dindons.

— Mon ami, reprends ton château, et redeviens roi comme au temps passé. Maintenant il faut songer à la noce de mon fils et de ta fille.

     Jamais les gens du pays ne virent une si belle noce. Cent foudres de vin vieux furent mis en perce ; on tua je ne sais combien de veaux et de moutons, et pendant trois jours et trois nuits, cent femmes furent occupées à plumer les dindons, les chapons et les canards. Mangeait et buvait qui voulait. Le valet tout habillé de neuf et luisant comme un calice, se tenait debout derrière la chaise de la mariée , et ne la laissa manquer de rien.

— Valet, lui dit son maitre, c'est la dernière fois que tu sers à table. Je veux te marier aujourd’hui même.

— Maitre, vous êtes bien honnête.

— Valet, nous ne manquons pas ici de jolies filles à marier.

Choisis celle que tu voudras.

Le valet choisit une fille jolie comme le jour et sage comme une image :

— Maitre, voici ma femme.

— Valet, je veux l’embrasser. Maintenant mettez-vous tous deux à table avec nous, et ne vous laissez manquer de rien. Le curé vous mariera demain matin. Je veux être ton parrain, et ma fille sera ta marraine.

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Et cric, cric,

Mon comte est fini;

Et cric, crac,

Mon conte est achevé.

Je passe par mon pré,

Avec une cuillerée de fèves qu'on m'a donné.

 

D’après

« CONTES POPULAIRES RECUEILLIS EN AGENAIS »

PAR

M. JEAN FRANÇOIS BLADÉ

PARIS LIBRAIRIE JOSEPH BAER

2 RUE DU QUATRE-SEPTEMBRE,

1874.

 

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PATRICK GARCIA