INTRODUCTION

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Du plus profond qu’il m’en souvienne, j’ai toujours aimé la Dordogne, ce Paradis, si agréablement surnommé, à présent « Pays de l’Homme »….

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Bayac (24): Les acteurs inoubliables de Jacquou le Croquant. (Photo: du Net)

      Un nom tellement évocateur quand on sait la présence de notre ancêtre sous les hautes falaises bordant la Vézère, aux tréfonds de notre humanité. Bercée par les découvertes sur notre ancêtre « Cro-Magnon », la visite d’arrogants et extraordinaires châteaux que sont Bonaguil ou Biron, mon enfance le fut aussi par la révélation que fut pour moi la lecture d’un roman d’Eugène Leroy, publié en 1899 : « Jacquou le Croquant ». Ce chef d’œuvre, tiré de faits authentiques déroulés lors des révoltes paysannes dans le Sud-ouest de la France, fin 18ème et début 19ème siècle, m’émut au plus haut point, et la vision de la série tirée du roman par Stéllio Lorenzi, diffusée en 6 épisodes en automne 1969, encra en moi, à jamais, les racines de mon amour pour ce coin de France.

       Il n’est pas, pour moi, de « Pays » plus attachant. Je pense ne pas être le seul dans ce cas, les ressortissants  de la « Perfide Albion » y sont légion, au même titre que les hollandais et les belges, tous amoureux des paysages boisés, des cours d’eau plantureux, et des vallées riantes, chargées de clochers et de toits pointus.

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Bayac (24): Pas un village qui n'immortalise le petit "révolté de Fanlac"... (Photo: Patrick Garcia)

 

 

 

    C’est ainsi qu’un jour, moi, pétri de cette culture chargée de mots raisonnants dans ma tête : « forêts, bastides, les Eyzies, Rivière Espérance, bories, gabares, Lascaux, cèpes, truffes, châtaigneraies »…  Par un de ces miracles imposés par la vie, je pose mes valises dans un petit, tout petit village, perdu au milieu de ces forêts splendides et parfois tristes comme un jour sans pain : «  Bayac ».

     Oh !.... Juste une église fermée le plus clair du temps, blottie contre un talus abritant une petite mairie et une rue bordée de vieilles maisons traditionnelles, rue qui monte telle la « Bombecul » de Penne d’Agenais…. à flanc de pech pour se perdre dans la campagne alentour. La vie est pourtant bien présente dans ce décor champêtre. Un petit groupe scolaire pour les gosses du secteur, rempli nos oreilles de cris stridents et rafraîchissants. Pour un enfant de la riche « Vallée » (du Lot), séjourner durablement dans le « Pays aux Bois » de Bayac, à une portée d’arquebuse de Lalinde, le bourg local, est grisant. Ce pays est chargé d’Histoire avec un « H » majuscule et d’histoires, comme me le divulguera un des adjoints au maire, amoureux de sa terre d’adoption, Jean Claude Le Bourvellec. L’Histoire est ici prégnante, outre « Cro-Magnon » (Env. -35 000 ans) à peu de distance, on a trouvé dans le village même, au lieu-dit « la Gravette » (classé MH depuis 1945), une industrie lapidaire, en particulier, qui a donné son nom à une des premières cultures du Paléolithique supérieur présent dans toute l’Europe, « le Gravettien » (-29 000 ans). Autant dire que ces lieux sont baignés très tôt par le vent de l’Histoire. Mais, si les envahisseurs romains laissent de nombreuses et splendides traces (Domus de Vesunna à Périgueux, tour de Vésone, ensemble de Montcaret…), ce sont les guerres franco-anglaises qui vont enrichir le patrimoine. Patrimoine militaire, avec des châteaux de rêve (Biron, Bannes, Beynac,  Jumilhac…), mais aussi celui des villes, devenues nouvelles et fortifiées (Monpazier, Domme, Eymet, Beaumont-du-Périgord, Villefranche-du-Périgord…), ou des églises, fortifiées aussi (St Avit Sénieur, St Amand de Coly, St Astier, Beaumont….).

     Ce sont ces témoignages de luttes incessantes et de leurs excès qui hantent maintenant tous ces nids d’aigles, forteresses, ou villes fortifiées… parsemés de graphites de templiers, comme à Domme, d’oubliettes ou de machines de guerre comme à Castelnaud, qui font la réputation et l’attrait de cette région…

     Ici, l’Histoire côtoie le moderne, les parcs historiques et thématiques abondent, l’Histoire a su trouver un terreau exceptionnellement riche au point que parfois, au détour d’une falaise, dominée par une de ces vertigineuses « Bastilles », on s’attend à voir déboucher Jean Réno, évadé des « Visiteurs » sur son fier destrier….

    Comment échapper à l’attrait de cette terre qui a tant eu à souffrir des exactions des uns et des autres, au point encore, qu’à l’ère moderne, Eugène Leroy y décrit encore une vie semée de terreur et de loups avides et affamés, nous sommes en 1815, il y a seulement 8 à 10 générations !

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Bayac (24): Même sous une fine pellicule de neige, la contrée possède un charme indéniable. (Photo: Patrick Garcia)

     Pour en revenir à Bayac, ma première impression me laissa un peu perplexe, ces quelques maisons isolées, quoique belles et pittoresques, entourées de forêts à perte de vue, moi qui ne connaissait pas les lieux, et en plein hiver pluvieux…. Je ne pensais pas y trouver de quoi nourrir ma quête de paysages harmonieux pétris de reliques historiques…

    Je me suis, fort heureusement, bien trompé !!!

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Bayac (24): La photo typique de Bayac, son église, sa croix des chemins près de la mairie et du château. (Photo: Patrick Garcia)

Dès les premiers jours, pour assouvir mon besoin quotidien de randonner deux à trois heures, je commençais à explorer les divers chemins et routes pastorales.

POUR Y ALLER

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Bayac (24): Une heure de route depuis Ste Livrade sur Lot. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Le plan de la ville et de son château, en haut à droite, en 1820, en vert, la Couze. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Le secteur qui va nous occuper pour notre balade du jour, il y en aura d'autres! (Photo: Patrick Garcia d'après plan des O.T.)

 

MONOGRAPHIE DE BAYAC

 

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J’ai retranscrit le contenu d’une monographie sur Bayac écrite par un instituteur de la commune en 1912, L. Ganiayre. Elle est une mine d’or en ce qui concerne les  renseignements sur la commune, ses environs, et la vie des gens qui y vivaient à l’époque…

 

« HISTOIRE LOCALE


  On ne sait rien de précis sur les origines de la commune de Bayac, mais des découvertes très intéressantes faites en plusieurs endroits et consistant en silex taillés, outils en os de renne, os gravés, permettent d’affirmer que le territoire sur lequel s’étend la commune, a été habité aux temps préhistoriques par nos premiers ancêtres.

D’autres vestiges, provenant d’une civilisation plus avancée
lieu de sépulture, sarcophages, autel ou table des sacrifices, témoignent encore de l’ancienneté de la localité.


      St Secondin, émule et compagnon de St Avit, y vivait vers le milieu du Ve siècle, dans la grotte de l’Ermite dont nous parlerons plus loin.
Bayac formait autrefois une Châtellenie qui appartenait depuis le XIVe siècle aux archevêques de Bordeaux.
A une époque indéterminée, une demoiselle de Turenne, inspirée par le désir du monarque d’alors, fit céder cette terre à la maison de Grailly. Bannes dont le château est situé dans la commune de Beaumont et qu’on aperçoit de la route, fier et imposant, était à cette époque sous la dépendance de Bayac.
     Cette terre de Bayac devint plus tard la propriété des seigneurs de Serval, du château de Couze. Un peu plus tard encore, une famille de Bosredon, d’Auvergne, détacha un de ses membres pour venir épouser à Bayac une héritière des Serval et ce Bosredon ou ses descendants furent mêlés aux guerres de religion qui désolèrent la France sous les règnes des fils d’Henri II.
      En effet, le 27 janvier 1580, le capitaine protestant, Chaus de Monsac, s’empara par surprise du château de Bayac, massacra le propriétaire Pierre de Bosredon et, après avoir pillé le château, il s’empara de Couze et s’y fortifia.
       En 1635, un membre de la famille de Losse épousa une Bosredon et fonda la seconde branche des Losse. Celle-ci n’eut aucun de ses membres émigré pendant la Révolution. Elle était alors représentée par le colonel de Losse, son frère aîné, religieux au couvent de la Trappe, et Jean-Albert, capitaine de cavalerie, mort sans alliance.
      Tous trois, pendant la Révolution, vécurent paisiblement au château de Bayac et le colonel de Losse fut plusieurs fois élevé par le suffrage de ses concitoyens à la fonction de maire de Bayac et nommé agent municipal de cette commune pour la représenter à la municipalité cantonale de Lalinde. Et en effet, on voit figurer son nom, Losse, au bas de maintes délibérations de cette assemblée. Le citoyen Lachèze père, de Bayac, était adjoint municipal de cette même assemblée et le 30 pluviôse, an IV, 31janvier 1795, prêta à Lalinde, en même temps que le citoyen de Losse, serment de haine à la royauté et d’attachement inviolable à la République.

      La famille de Losse forme aujourd’hui une branche unique dont M. Henri de Losse actuellement âgé de 82 ans, qui était encore maire de Bayac en 1904, est le représentant.
Depuis 1789, la commune de Bayac faisait partie du canton de Lalinde ; ce ne fut qu’un peu plus tard, vers 1803, qu’elle fut rattachée définitivement au canton de Beaumont.

     De même que pour les autres localités rurales que rien ne relève, l’exode vers les villes a dépeuplé Bayac. La commune qui comptait 636 habitants en 1836, 714 en 1866, n’en compte plus aujourd’hui que 421 (en 1912, date de cet article, 350 en 2012), et les terres fertiles restent en friche, la cherté de la vie augmente et la diminution de la natalité est la conséquence désolante de cette désertion des campagnes. Comment faire comprendre au paysan que pour lui, le bonheur et l’aisance ne se trouvent qu’aux champs, que l’avenir de la commune et celui de la France résident entièrement dans la vigueur de ses bras, dans la saine sueur de son front.

 

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

       La commune de Bayac qui appartient depuis le commencement du XIXe siècle au canton de Beaumont et à l’arrondissement de Bergerac est située dans un petit vallon très pittoresque, encaissé entre deux chaînes de coteaux sur lesquels sont répartis la plus grande partie des terres labourables et les bois de la commune. Ce vallon est arrosé par la Couze, ruisseau poissonneux assez important qui prend sa source près de Bouillac, traverse la commune du sud est au nord ouest et va se jeter sur la rive gauche de la Dordogne, au bourg de Couze-et-Saint Front, à 4 kilomètres du bourg de Bayac.
           A la suite de pluies torrentielles, plusieurs fois par an, le ruisseau enfle, déborde et couvre tout le vallon qui présente l’aspect d’une large rivière aux eaux jaunâtres. Alors la route départementale n° 12 (actuelle D660) est quelquefois recouverte d’eau et les communications deviennent difficiles entre Couze et Beaumont. Cependant ces inondations ne sont désastreuses pour les prairies que lorsqu’elles se produisent en mai ou en juin.

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Bayac (24): La belle vallée de la Couze sous Bayac, en allant vers Beaumont. (Photo: Patrick Garcia)


      La route départementale n° 12 ( à présent D660), de Bergerac à Cahors, par Couze et Beaumont, longe constamment la Couze et offre aux yeux du voyageur étonné un spectacle intéressant. Des rochers d’une forme particulière, sous lesquels se sont certainement abrités les premiers hommes, se dressent au bord de la route et, de place en place, des trous béants, parfois barrés d’une muraille, (anciennes carrières abandonnées ou en exploitation), font songer à une peuplade de troglodytes, perdue ou plutôt transportée en pleine civilisation.
     Les autres voies dont les principales sont les chemins de grande communication de Bayac à Lalinde par la Beynerie, sur la rive droite de la Couze et de Bayac à Monsac par Lavergne, sur la rive gauche, montent constamment, à partir de la bifurcation avec la grand’route, jusqu’au sommet des coteaux qui enserrent le vallon. Les autres chemins servant à relier entre eux les divers villages et hameaux sont tous pierreux et plus ou moins mauvais.

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Bayac (24): Il y a tellement de pierres, ici, qu'outre les maisons, les cabanes, les routes et chemins, elles servent de clôtures... (Photo: Patrick Garcia)


     Le terrain est partout calcaire et couvert d’une quantité prodigieuse de pierres avec lesquelles on élève, pour s’en débarrasser, des murs de séparation ou de soutènement.

      Les prairies, 40 hectares environ, couvrent tout le fond du vallon.
Des bois à essences diverses, mais où le chêne domine, couvrent à peu près le 1/3 du territoire de la commune, 370 hectares.
Les terres cultivées (450 ha) sont surtout ensemencées en froment, maïs et pommes de terre.
La vigne, qui viendrait très bien dans ce terrain calcaire, n ‘occupe cependant qu’une surface d’environ 12 hectares.
Les autres cultures sont peu importantes.
     Les landes ou terres incultes couvrent le 1/10 du territoire de la commune et servent de pâturage aux moutons dont l’élevage constitue une partie des ressources de la commune.
Les arbres fruitiers : pommiers, poiriers, cerisiers, noyers, pêchers, figuiers, pruniers, donnent des produits d ‘excellente qualité et en quantité bien suffisante pour les besoins de la population.
Les champignons : cèpes, oronges, chanterelles ou girolles, morilles, s’y trouvent en quantités considérables.
Le pays est giboyeux : lièvres, lapins sauvages, perdreaux et bécasses y abondent.

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Bayac (24): La région est très giboyeuse, pas une randonnée sans rencontrer perdreaux, lapins, cerfs ou chevreuils.... (Photo: Patrick Garcia)

 

Le climat, relativement froid en hiver et un peu humide dans le vallon, est délicieux en été.
     Les eaux potables sont abondantes et d’excellente qualité, bien qu’un peu trop calcaires.
Le pays est généralement sain. La moyenne des décès a été de 2 % environ pendant les dix dernières années (c’était 2 ans avant la grande saignée de la 1ère  guerre mondiale).

 

GÉOGRAPHIE POLITIQUE

   La commune de Bayac, d’une superficie de 1022 ha, 11 ares 20 ca, compte actuellement 421 habitants, (recensement de 1911 [350 en 2012]). Elle est située à 6 kilomètres de Beaumont, le chef-lieu de canton, à 5 kilomètres de la gare de Couze, la station de chemin de fer la plus rapprochée, et à 23 kilomètres de Bergerac, le chef-lieu d’arrondissement.
     Des voitures desservant tous les trains permettent aux habitants de Bayac une communication facile avec Beaumont et Bergerac.
     La commune de Bayac est bornée au nord par Couze-et-Saint Front, au nord-est par Pontours, à l’est par Bourniquel, au sud-est par Beaumont, au sud et au sud-ouest par Monsac et à l’ouest par Lanquais.
     Sur le coteau de la rive gauche de la Couze s’étagent au nombre d’une vingtaine les habitations qui forment le bourg, peuplé d’environ 80 habitants. Une rue montante, pierreuse, bordée sur la droite de maisons irrégulières à l’aspect parfois délabré (cela a bien changé depuis ! PG), escalade le coteau et vous mène au sommet d’où le point de vue, sans être grandiose, est charmant et reposant.
     Le château, l’église et l’école des garçons devenue en 1911 l’école des filles, sontconstruits à mi-côte et forment une succession de terrasses au pied desquelles passe le chemin de grande communication de Bayac à Monsac (actuelle D27. PG). Ce chemin qui traverse la Couze au pont de la Gravette, près du moulin sous le château, bifurque à 100 mètres de la maison d’école, redescend vers la Couze et aboutit un peu au-delà du pont du Colombier, en formant une courbe dont la corde est la route départementale n° 12.

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Bayac (24): Pays de châteaux, environ un tous les 10 kms, Bayac a le sien, un bel exemple d'architecture militaire. (Photo: Patrick Garcia)

 


     Le château qui avait autrefois une certaine importance et dont la grande tour, très bien conservée, date du XIIIe siècle, n’offre aujourd’hui rien de remarquable. Grâce à sa situation sur un rocher, il a encore assez d’allure, malgré une construction banale ajoutée depuis peu et qui le dépare.

     L’église, bâtie en 1839, à laquelle on accède par de larges escaliers de pierre, ne se signale à l’attention que par un mur semi circulaire percé de deux baies dans lesquelles sont suspendues les deux cloches. Sur la plus petite de ces cloches est inscrit le nom de la demoiselle de Bosredon qui épousa un Losse en 1635.
    L’école des filles où se trouve le logement des maîtres et dont la salle de classe sert en même temps de salle de mairie, est une construction très simple mais très agréable.

     Une terrasse placée devant la maison et encadrée de deux magnifiques tilleuls, a vue sur la Couze et sur la grand’route dont elle est éloignée d’environ 300 mètres.
La commune de Bayac, malgré son peu d’étendue, compte un assez grand nombre de villages ou hameaux disséminés dans le vallon ou sur les coteaux qui le surmontent.

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Bayac (24): Bourzac, un quartier de Bayac. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Bourzac, et ses maisons typiques à la belle pierre blonde. (Photo: Patrick Garcia)


    Le plus important de ces villages est Bourzac, à 2 kilomètres du bourg, bâti sur un rocher situé sur la rive gauche de la Couze. Bourzac qui compte 24 maisons et 92 habitants est la plus forte agglomération de la commune. Quelques-uns de ses habitants sont carriers, d’autres cultivent la terre, la plupart vont travailler aux usines de Couze dont ils sont très rapprochés. On remarque à Bourzac, à l’extrémité sud du village, la maison du comique Ouvrard.

 

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Bayac (24): La Gravette, un quartier de Bayac, à quelques mètres de cette maison, on trouva le site préhistorique qui donna son nom à une époque: le "Gravettien". (Photo: Patrick Garcia)


     La Gravette, 60 habitants, en face du bourg, sur l’autre rive de la Couze, comprend la Gravette haute, petite agglomération, et la Gravette basse, composée de maisons échelonnées sur la route départementale.

 

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Bayac (24): Lavergne, un des quartiers de Bayac, sur la partie caussenarde de la commune. (Photo: Patrick Garcia)


    Lavergne, 33 habitants, à 2,600 km du bourg, près de la bifurcation des routes de Monsac et de Naussannes, comprend aussi deux hameaux distincts : Lavergne haute et Lavergne basse. On remarque dans le premier de ces hameaux une ancienne maison d ‘aspect confortable ayant appartenu à la famille de Montaigut et récemment acquise par le maire actuel de Bayac.

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Bayac (24): Le Colombier, un quartier de Bayac frontalier avec Couze, est le siège de très nombreuses anciennes carrières. (Photo: Patrick Garcia)


    Le Colombier et les Caves du Colombier, 30 habitants, situés dans le vallon, font suite à la Gravette, sur la rive droite de la Couze, et comprennent une dizaine de maisons. On y remarque beaucoup de carrières dont quelques-unes ont été transformées en champignonnières.

 

INDUSTRIE


    A une certaine époque, surtout lors de la construction de l’usine de Tuilière, l’extraction de la pierre, dans les nombreuses carrières de la commune, constituait une industrie assez active qui n’est plus exercée que par trois ou quatre carriers. Les piles du Barrage de Tuilière sont construites entièrement avec des moellons de Bayac.

      Quelques-unes de ces carrières ont été transformées en champignonnières et environ 150 kilos de champignons, dits de Paris, sont portés tous les jours en gare de Couze pour être expédiés.

     A Mombrun et au Colombier existaient, il y a une centaine d’années, deux papeteries qui ont été abandonnées. Celle de Mombrun a fait place à un moulin encore exploité aujourd’hui, et celle du Colombier à une forge dont on voit encore le haut fourneau et qui servait à traiter le minerai de fer et les scories qui se trouvent en abondance sur le territoire de la commune.

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Bayac (24): Une des curiosités du bourg, le haut fourneau au lieu-dit "Forge" au Colombier. (Photo: Patrick Garcia)


Le gisement situé à Lavergne est encore exploité et on transporte fréquemment, de ce village à la gare de Couze, du minerai, et aussi des scories contenant encore de 50 à 60 % de fer et qui avaient été incomplètement traitées par les forges rudimentaires qu’on employait autrefois.
Deux moulins à eau situés sur la Couze, à Mombrun et sous le château desservent Bayac et quelques autres communes.

Tuillère, 19 habitants ; Bio, 30 et la Beynerie, 21, s’étendent de l’est à l’ouest sur les coteaux de la rive droite. Ces villages sont exclusivement agricoles.
     Viennent enfin les hameaux de moindre importance qui ne comprennent qu’une ou deux maisons : le Mas de Bonnet, Bureilles, les Jamoutys, Qualong, entre le bourg et Lavergne ; Caillade et les Fumades, près de Monsac ; les Hivernats et la Montade du côté de Bourzac, sur la rive gauche et, presque en face, sur l’autre rive, la Fontaine de Cacarot et le Moulin de Bayac, qui est une épicerie ; enfin Terrefort au-dessus de la Beynerie et Mombrun, sur la route départementale, aux confins de Bayac et de Beaumont.


CULTES

   Le culte catholique est le seul pratiqué dans la commune depuis un temps immémorial. L’église actuelle ne fut bâtie qu’en 1839. Avant cette époque, les offices religieux se disaient dans la chapelle du château qui n’existe plus aujourd’hui.

CURIOSITES ET PARTICULARITES


    La grotte de l’Ermite, ainsi nommée parce qu’elle servait de retraite, au Ve siècle, à St Secondin, est située au lieudit Croix de Laprade, entre le château de Bayac et celui de Bannes. Elle se compose de deux boyaux jumeaux. On ne peut pénétrer dans celui de gauche qu’en rampant, mais celui de droite est d’un accès plus facile ; on y rencontre plusieurs excavations ; l’une d ‘elle située sur la droite, à 60 mètres environ de l’entrée, paraît avoir été agrandie et aménagée pour y habiter et a sans doute servi de domicile au saint. On suppose sur les deux boyaux se réunissent et communiquent avec les caves du château de Bayac.


    Aux Hivernats existait autrefois une ancienne église, aujourd’hui transformée en maison d’habitation. Le cellier de cette maison donne accès dans un couloir tortueux, étroit et très sombre pratiqué dans le roc et qui s’enfonce à une assez grande profondeur, pour aboutir à une espèce de réduit de quelques mètres carrés qui ressemble singulièrement à un in pace ou à une oubliette et qui a eu certainement l’une ou l’autre de ces destinations. Il serait curieux de savoir quels drames ont pu se passer dans ce cachot privé d’air et de lumière.
    A quelques mètres de la maison s’élève un mur percé de deux meurtrières et d’une baie fermée aujourd’hui par de grosses pierres. On prétend que derrière ces pierres se trouve l’entrée d’une grotte longue de plus d’un kilomètre et qui aurait autrefois servi de refuge aux habitants du pays, Gaulois ou Gallo-Romains.
   Un peu plus loin, du côté de Bourzac, est un petit plateau, ancien lieu de sépulture où l’on a trouvé, où l’on trouve encore des sarcophages grossièrement taillés et qui doivent remonter à une époque assez reculée. Il y aurait certainement, pour un savant, des recherches très intéressantes à effectuer aux Hivernats et sur plusieurs autres points de la commune.

A la Gravette basse, avant d’arriver au Colombier, on aperçoit un rocher au sommet duquel se trouvent accolées deux larges pierres formant une espèce de table horizontale qu’on suppose être un autel des anciens.

A Bayac, le 8 août 1912.
L’instituteur,
L. Ganiayre

 

LES MOULINS A PAPIER

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Bayac (24): On comptait 13 moulins à eau quelques kms sur la Couze! . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Certains sont en activité, comme celui-ci à Couze, sur la Couze... (Photo: Patrick Garcia)


    Pour connaître ce que fut la brillante époque des moulins à papier, l’ouvrage abondamment illustré d’Alexandre NICOLAI reste l’ouvrage de référence. La vallée de la Couze en occupe une grande partie et l’auteur indique 13 moulins ; seuls les 12 premiers ont eu une réalité certaine et le dernier, le Moulin de Themolat (ou Trémolat) n’a pas été retrouvé. L’explication de la mention de ce moulin en vallée de Couze vient d’un bail de 1593 d’un certain VIGIER MERLIN, habitant de Couze, pour la location d’un moulin à papier pour trois ans.
Quant aux deux moulins certains, se trouvant sur BAYAC, ce sont
— Le Moulin de BAYAC.
A la limite avec Couze, il appartenait, en 1741, à M. de LOSSE, seigneur de Bayac. Son maître-papetier était Léonard BALLANDE.
Son équipement consistait en
- 2 roues, l’une de 6 piles à 3 battants, l’autre de 4 piles à découvert,
- cuve et pourrissoir, couverts,
- ni auges, ni réservoirs.
Il fabriquait seulement du papier avec le filigrane «Amsterdam».

— Le Moulin de MONBRUN.
A la même époque, son propriétaire était M. MARCAMON de VILLETTE et son maître-papetier, Daniel JARDE L.
Son équipement se résumait en
- une roue de 8 piles à 3 battants,
- cuve et pourrissoir, couverts,
- ni auges, ni réservoirs.
Sa production, aux armes d’Amsterdam, se vendait à Bordeaux pour la Hollande, à Agen pour le Béarn, et aux maîtres cartiers.

    Bien que sur la commune de Couze, le Moulin de la SERVILLE (appelé aussi de Barraux) appartint à «noble Jean de BOSREDON, Sieur de BAYAC». C’est un «aveu et dénombrement» de 1672 qui nous renseigne sur les possessions de ce seigneur qui, outre le Moulin de Bayac, précédemment présenté, et ce Moulin de la Serville, possédait deux «moulins à bled»
- un sous le château,
- un appelé «des Colombier».
D’une enquête faite par LATAPIE, Inspecteur des Manufactures, en 1785, on retiendra que le Château de Bayac, et les dépendances décrites ci-dessus, appartenaient au Marquis de CHAVAN.

     Quant au Moulin des Hivernats, un document publicitaire, émis au début du XXe siècle par la Papeterie PRAT-DUMAS, a pu faire penser que ce moulin fut un moulin à papier. Il ne servit jamais qu’à moudre le grain.
Christian BREMARD

 

LES ACTIVITÉS A BAYAC EN 1985

AGRICULTURE:

Depuis 1912, cette activité a beaucoup décliné du fait de la dépopulation (par exemple, à Tuilière, en 1920 il restait 9 familles là où maintenant 1 seule famille exploite cependant plus de superficie).
La mécanisation, arrivée il y a plus de 20 ans, a permis une rationalisation du travail et un regroupement des exploitations.
Sur la commune, on compte
— 2 exploitations traditionnelles sans problème de succession (50 ha environ) à Tuilière et à Lavergne (Familles BOURGEOIS, AYMARD);
— 1 exploitation traditionnelle en démarrage (M. RIVES)
— 1 exploitation en hors-sol (au Jamouty) en pleine expansion
— 1 production de poulet à petite échelle;
— diverses exploitations dont l’avenir n’est pas certain car leurs propriétaires arrivent bientôt à la retraite (MM. GOUYOU, LANDAT, RUSTANG, SALLES).
Les productions de ces exploitations consistent
— en majorité, en élevage de vaches laitières (frisonne)
— et en cultures légumières (tomates et haricots pour conserves, fraises) ou de tabac. Le tabac récolté est du type «brun» pour 2 exploitations (MM. AYMARD et SALLES) et «blond» pour 1 exploitation (M BOURGEOIS).
— On note aussi 2 exploitations pratiquant l’élevage du veau «sous la mère» et un élevage de chèvres (sans production de fromage).

ARTISANAT ET COMMERCE

 
CARRIERES:

Sur la Commune, plusieurs carrières sont encore exploitées dont celles de M. CRESPY, entrepreneur de terrassement au Colombier.
COMMERCE:
— Au hameau de Bourzac, une épicerie de quartier est tenue par Mme GOUZE (plus connue par son prénom «Angèle»). Cette exploitation durera jusqu’au départ en retraite, imminent, de sa propriétaire.
— A La Gravette, un café-tabac reste le seul commerce de détail près du bourg.
— Au Colombier, les Ets GAVIOTAKIS tiennent entrepôt de vins, bières, boissons gazeuses et eaux minérales.
CONSERVERIE:
Afin d’assurer et de maîtriser l’écoulement de leurs productions, M. et me SPIETTE, au Jamouty, ont démarré, cette année, une activité d’artisan conserveur sous la dénomination « Ferme de Fontagre».

PISCICULTURE:
Installée au Moulin de Monbrun, cette pisciculture produit essentiellement des truites. La commercialisation en est assurée sur place et sur les marchés de Bergerac (mercredi et samedi) et de Lalinde (jeudi).
On peut s’y procurer
— des truites «portion» (en «arc-en-ciel» ou en «farlo»),
— des grosses truites.
Pour les amateurs, un petit parcours aménagé permet de pêcher soi-même les truites. Durant l’été, l’exploitation reçoit les roulottes touristiques qui y trouvent une agréable étape.
Récemment, l’exploitant, M. VALLIERE, a essayé et réussi une autre présentation : la truite fumée. On lui doit aussi un nouvel appareillage électrique pour sacrifier les truites dans les normes.

En complément de ce chapitre «Agriculture», on peut citer l’entreprise de Mme ADAM : «CLOTSEUL», très connue dans presque toute la Dordogne car présente sur de nombreux marchés et toutes les foires du département.
Elle assure la vente de clôtures électriques et de petits matériels de bricolage (genre perceuse). Un atelier de maintenance reçoit les utilisateurs au hameau de Tuilière.

ENTREPRISES DU BATIMENT:
On trouve, sur la Commune, les artisans suivants
— 2 maçons: MM. COURTY et DANIEL au Colombier;
— 1 menuisier: M. MON DON à Bourzac;
— 1 plâtrier: M. VEYSSI au Roc de Capelot.
IMPRIMERIE
Un atelier artisanal de composition à façon (pour les imprimeurs et pour l’édition) et d’imprimerie-minute (on peut apporter son document prêt à reproduire) a été ouvert par M. et me BREMARD, durant l’hiver 1984-1985. Il se situe au Roc de Bourzac, dans un bâtiment neuf, fonctionnel.
La production de l’entreprise, sans négliger les travaux traditionnels (papier à lettre, prospectus) s’oriente plus spécialement sur la fabrication de livres, rapports (thèses, études historiques ou généalogiques), revues et bulletins d’associations.
TRANSPORTS:
— Un service spécialisé de transports internationaux (vers le Portugal notamment) est exploité par M. LIABOT (plus connu sous son prénom «Jérôme» que l’on voit en grosses lettres sur chacun de ses camions).

ACTIVITÉS CULTURELLES
Une salle des fêtes a été aménagée dans le bâtiment de la Mairie. Toutes les associations de la Commune (Chasseurs, Jeunes, ...) utilisent ce local pour leurs activités. En fin d’année, s’y tiennent la fête de l’école et le Noël des anciens.
L’Amicale laïque y organise des représentations théâtrales, des soirées de divertissement (bals, quines, etc.). Des voyages pour les Bayacois et des animations telles que kermesses et journées artisanales sont aussi organisées par cette Association.

 

(Réédité en 1985 sous la direction de Christian Bremard, « Graphie- Services » , le Roc de Bourzac, 24150 Bayac.)

 

RANDONNÉE AU LAVOIR DE LA VERGNE

PUIS AU CHÂTEAU DE BANNES

PLAN BALADE LAVERGNE BANNES couleur fleché

Bayac (24): Le circuit que je vous propose aujourd'hui, il y en aura d'autres. (Photo et plan: Patrick Garcia)

 

     Pour cette balade pittoresque et forestière, je pars du parking du château de Bayac (Voir notice en fin d'article).

Au bas du chemin, face à l’église, je vire à gauche pour remonter la D27 qui traverse le village et serpente vers « Naussannes », en direction d’Issigeac et Bergerac. Sitôt attaquée la côte du « Coualong » (en vieux patois « la côte longue »), la petite route serpente aux milieux des bois. Ici, les paysans-bucherons, dont ces forêts sont un gagne pain essentiel, ne ratissent pas leur richesse patrimoniale. Beaucoup coupent un arbre sur deux, pour préserver le paysage et l’avenir, ce qui donne, malgré un travail incessant de récolte du bois, des points de vue sauvegardés.

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Bayac (24): Des paysans pratiquent une coupe raisonnée, pour préserver la ressource. (Photo: Patrick Garcia)

Dans ce « Pays aux Bois », toutes les maisons sont chauffées grâce à ce combustible, il n’y a qu’à regarder les hautes cheminées de ces toits pentus pour le constater…

29ème minute, j’arrive au sommet de cette longue côte du « Coualong ». Au château d’eau. A ma droite, s’échappe la route de « Monsac », toujours la D27, mais je décide de suivre à gauche vers le hameau de « La Vergne ».

32ème mn, je continue le C203 qui va rejoindre Issigeac ou Beaumont par Naussannes, cette partie est en prairie, mais les zones boisées se précisent.

LE HAMEAU DE LAVERGNE

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Bayac (24): Lavergne, ce quartier se situe sur causse. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): De belles fermes anciennes superbement restaurées. (Photo: Patrick Garcia)

      Cet ancien village n’est plus que l’âme de ce qu’il fut. Habité aujourd’hui par de nouveaux habitants, issus d’horizons bien différents, mais tous amoureux de ce coin pittoresque. Ici se croisent de nombreux chemins de randonnées parfaitement entretenus et parcourus quotidiennement par des amateurs de nature sauvage. J’y rencontre un des habitants, Jean Claude Le Bourvellec, attaché à l’histoire de ces lieux dont il connaît bien des anecdotes.

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Bayac (24): Passionné par son village, JC Le Bourvellec est un des érudits locaux. (Photo: Patrick Garcia)

Il me parle des beaux « camis » qui serpentent dans la forêt. Ils desservent des lieux superbes : le « Rocher du Corbeau », une falaise qui fut certainement un abri sous roche, et qui sert pour les passionnés d’escalade, mais aussi un magnifique château, celui de « Bannes », forteresse splendide, hérissée de toits en poivrières, de mâchicoulis et d’hautes cheminées. Un régal pour les yeux et les appareils photos… Ce personnage attachant me raconte la vie au quotidien des lavandières qui parcouraient avec leurs seaux remplis de linge, les sentiers pentus de la colline boisée pour se rendre, à fond de gorge, au lavoir de « La Vergne ». Certaines avaient une brouette, et l’effort pour parcourir les kilomètres de « camis » rugueux et boueux pour se rendre sur le lieu de leur « calvaire » en était-il pourtant moindre ?

    Il en fallait du courage, pour tremper à longueur de journée, ses mains dans l’eau glacée de la fontaine, puis remonter chargée comme une mule, jusqu’au village, tout là-haut !

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Bayac (24): Maison typique à Lavergne. (Photo: Patrick Garcia)

   Je décide d’aller voir ce site du lavoir. Je descends le sentier balisé de piquets siglés de jaune et de panonceaux « La Bergerie ». Le chemin est bordé de murets en pierre sèches. Une manière de libérer du pacage en retirant les pierres que les pluies et les pieds des bêtes font remonter, tout en créant des enclos et des haies propices à retenir la terre et à protéger du vent. Pas un bruit, pas un symbole de la « civilisation moderne »… Dans ces solitudes boisées, la pensée vagabonde, inutile de la retenir…

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Bayac (24): Le début de la descente vers le fameux lavoir perdu dans les bois. (Photo: Patrick Garcia)

     Nous sommes au cœur de l’hiver, pas vraiment frais, mais très humide, les feuilles ont tapissé le sol, la mousse mange les murets et les ruines. Ici, il y a eut de la vie. Au milieu de cette forêt conquérante s’élevaient des masures, des vignes et des pâtures… Pour gagner sur la pente, les anciens ont bâti en terrasses, des murs permettant de rendre les jardins à peu près plans.

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Bayac (24): Descente au travers des bois à Lavergne basse. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Il y a quelques dizaines d'années, il n'y avait pas d'arbre sur ces terrasses, mais des vignes. (Photo: Patrick Garcia)

Ces lieux étaient le royaume des vignes, bien exposées, elles ont étanchées bien des soifs, avant de retourner dans les nimbes de l’histoire et le souvenir des anciens. Aux grasses pâtures ont succédé les bois et les taillis, la nature reprend ses droits… Enjambant un fossé, le reste d’une passerelle ou d’un pontil, quelques planches vermoulues posées sur deux poutrelles de bois pourri… Trace de vie ! Il y a des générations que ce ponceau n’a vu la trace d’un sabot… 

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Bayac (24): Il y a bien longtemps que les sabots ne claquent plus sur ce pontil. (Photo: Patrick Garcia)

    90ème, Enfin, après deux bifurcations à gauche, le sentier se poursuit à fond de combe pour arriver dans un encaissement, entre à droite, une suite de falaises peu hautes et à gauche, le versant étagé et boisé, qui borde le hameau de « La Vergne ». Là se blotti et se cache, cet ancien lavoir où sept lavandières pouvaient officier sur autant de pierres à laver, striées, comme il se doit horizontalement, avec, au sommet, les encoches arrondies et adoucies, pour accueillir leurs pauvres genoux.

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Bayac (24): Le beau lavoir de Lavergne dans son écrin de verdure. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Au fond, la fosse de la source, puis l'escalier permettant de régler le niveau de l'eau, le bassin du lavoir et le déversoir du trop-plein. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Outre les stries, chaque pierre possède sur le rebord supérieur, 2 arrondis pour poser les genoux. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Vue inhabituelle du lavoir par un des orifices naturels d'un rocher. (Photo: Patrick Garcia)

L’endroit est charmant et romantique au plus haut point. Un pré s’étale au départ du lavoir formé de deux cuves et d’un bassin. La première cuve accueillait les eaux de la source aujourd’hui tarie, le second n’était qu’un escalier de neuf marches permettant d’aller fermer une bonde. Par cette action, l’eau, au lieu de s’écouler, débordait dans le troisième bassin, celui du lavoir.

      Je jette un dernier coup d’œil et remonte sur mes pas. Cette combe moussue et ombragée est poétique à souhait. Elle fut, pourtant à son époque, un endroit fréquenté, pleine de vie, de gens, d’animaux et avec des cultures nobles. Un passage incessant qui a laissé les traces des roues des charrettes sur le sol, et des murets parfaitement entretenus. Revenu au hameau de « La Vergne Basse », où habite notre historien local, je regarde ma montre. Je suis parti à 9h du parking du château de Bayac, il est 10h15. J’ai 1h15 de marche à mon actif. Si je retourne à ma voiture, j’aurai fais le double, soit 2h30, aller et retour, à toute petite allure (4 km/h) et en ne comptant pas les arrêts de toute sorte….

 

 

BALADE AU ROCHER DU CORBEAU ET A BANNES

 

   Je décide de poursuivre. Restant à « La Vergne Basse », et après mes 105 mn de marche, je continue à droite et longe un chemin. A quelques mètres, je laisse la route qui va à « La Vergne Haute » et Bayac, à gauche, pour continuer tout droit un sentier qui se faufile entre deux maitresses propriétés. Sur celle de gauche, se trouve un ancien four banal, un écriteau m’apprend qu’il a été restauré avec l’aide de la « Fondation du Patrimoine ».

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Bayac (24): L'ancien four banal de Lavergne. (Photo: Patrick Garcia)

De là, la vue sur l’ensemble des bâtiments de cette maison de maître est très belle. Les formes sont typiques de la région ; mélange de style quercynois et périgordin. Je poursuis mon chemin vers ce qui va m’emmener à croiser la fameuse boucle du « Rocher du Corbeaux Juste en dessous, à 200 mètres, les restes d’une belle bergerie à droite, heureusement, elle semble en bon état, ce serait bien dommage de la laisser se perdre et rejoindre les tas de gravats moussus qui indiquent, de-ci, de-là, qu’il y a eut de la vie dans ces amoncellement pierreux informes

     Partout la pierre en surnombre a obligé les paysans à la dégager des terres, à s’en servir pour élever des clôtures pour les « pacages », empierrer les « carrerous » et élever des « gariottes », ces belles cabanes de berger où je m’abrite parfois quand des violent abats de grêle ou de pluie me cinglent le visage…

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Bayac (24): Une gariotte bienvenue pour s'abriter parfois, ou simplement poser. (Photo: Patrick Garcia)

 

En cette fin février, le temps est glacial, mais bien emmitouflé et dans mon « goretex », muni de bons souliers de marche, je ne crains rien ! Je passe donc un quart d’heure à admirer le paysage tandis que la cahutte de pierre sèche m’abrite du vent glacial. J’en profite pour noter les temps et plans qui me permettront de commenter ce circuit. Cet abri se trouve dans l’alignement de la bergerie que je viens de décrire, à 100 mètres en-dessous, un sentier à droite y conduit facilement, et un beau chêne a poussé devant l’entrée, sans en fermer l’accès, mais peut-être en menaçant sa survie par ses racines…

   Je reprends ma balade, pour la clarté du chronométrage, j’ai mis mon chrono sur pose. Je le réactive.

112ème, Après quelques lacets et de beaux paysages boisés, je croise le chemin « du Rocher du Corbeau ».

 Il suit un « rieu », sorte de fossé alimenté par un filet d’eau bien agréable l’été.

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Bayac (24): Le site superbe du rocher du Corbeau . (Photo: Patrick Garcia)

 

 

 

 

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Bayac (24): Ici, l'Homme préhistorique a vécu. (Photo: Patrick Garcia)

L’endroit est pittoresque, ce chemin est parfaitement entretenu et au bout d’un quart d’heure, j’arrive à cette petite falaise utilisé pour faire de l’escalade. La falaise a des couleurs chaudes et vives, la végétation luxuriante, et la grande pâture de l’autre côté du ruisseau, par un jour ensoleillé, doit être un tableau splendide.

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Bayac (24): Le sentier est superbe, et bien sûr, plus encore au printemps. (Photo: Patrick Garcia)

    Je continue la « tortille »qui descend en pente douce, toujours bordée par le ruisselet et la pâture d’un côté et le versant rocailleux et boisé à ma gauche.

129ème, Quelques hectomètres plus loin, j’arrive à un « T » avec le sentier qui arrive de gauche, de Bayac.

D’ailleurs, on peut effectuer cette balade en plus court en partant du village de Bayac, et juste avant le pont sur la « Couze », sous le château, on s’engage sur le sentier balisé, en longeant le moulin du «château », et en suivant ce beau « tortille »  bordant la « Couze » on arrive à ce même croisement ou je me trouve.
Mais il est vrai que la distance est bien moins longue pour aller voir le castel en suivant ce parcours. Moi, je préfère passer par le sentier que j’ai suivi par « La Vergne Basse » et le « Rocher du Corbeau », plus touristique et plus dépaysant… Bien sûr, je poursuis à droite, car je veux admirer une fois de plus, le beau château féodal flanqué de nombreuses grosses tours rondes hérissées de toits en poivrières.

   A ma gauche, de petits lacs, des allées de « castine blanche », des cabanons en bois…. Bref tout une infrastructure décorative et du plus bel effet, sur des dizaines d’hectares, montées récemment par le propriétaire fortuné du château de Bannes. Les gens du secteur savent qu’il est passionné de chevaux et de mules de race et que ces chemins de castine ne sont que les  réseaux par lesquels il apprend ces bêtes de valeur à être dressées.

 

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Bayac (24): A mi-pente, une croix des chemins et un banc bien utile. (Photo: Patrick Garcia)

Ce chemin carrossable est agréable et il y a même un petit banc de pierre pour s’y reposer, près d’une croix en fer forgé. Je commence à apercevoir le château posé sur des près blancs de givre que l’on supposerait être un blanc manteau de neige ouatée….

BANNES LE MAGNIFIQUE  (Voir notice en fin d'article)

  

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Bayac (24): Une belle croix des chemin à cette croisée . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Et avec 2 dates, 1716 et 1803 . (Photo: Patrick Garcia)

Le soleil darde ses premiers rayons sur les poivrières du fier castel. Enfin, le toit pentu d’une maison de style se précise face à moi, une autre à droite présente une fenêtre à meneaux, et à la bifurcation du sentier, une croix des chemins indique deux dates 1803 et au-dessous, ce me semble 1716. A  ma gauche le chemin se divise vers la vieille église de Bannes, fermée, comme il se doit, et à droite le « cami » file vers le but de ma balade, le château.

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Bayac (24): Avant de voir le château de Bannes, c'est l'église que l'on découvre . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Puis une belle demeure ancienne à fenêtre à meneaux . (Photo: Patrick Garcia)

149ème, Enfin, j’y arrive ! En fait, la sente aboutie au portail d’entrée de la belle demeure. D’ici une vue à couper le souffle s’offre à mes yeux enthousiastes...

Ici, je bloque mon chrono pour ne pas trahir le temps de marche final.

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Bayac (24): Bannes le Magnifique! Le pont levis fonctionne. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Un cadre préservé et superbe pour Bannes . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Notez la variété du système défensif. (Photo: Patrick Garcia)

     On ne voit que lui ! Planté comme une couronne d’épines, il domine un rocher  que l’on a taillé à la forme de son soubassement. Des fenêtres à meneaux éclairent et adoucissent l’aspect du castel, mais point trop basses pour donner des facilités à un éventuel assaillant. Partout des canonnières croisent leurs tirs, et des mâchicoulis serrés comme des bandes de mitrailleuses couronnent les coursives. Le puissant châtelet d’entrée supporte le pont levis encore en activité, du moins, à ce qu’il me semble depuis mon poste d’observation. S’il n’est pas imprenable, ce château là doit vendre chèrement sa peau ; et son état de conservation, parfait, atteste qu’il n’a pas eu souvent à montrer sa redoutable puissance de feu.  

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Bayac (24): Une vue inhabituelle de Bannes depuis la colline de l'autre côté de la D660 . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Notez le pigeonnier du 16ème siècle . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Gros plan sur les "poivrières" de Bannes . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Entrée secondaire de Bannes, côté D660 . (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Entrée principale, une oeuvre d'art à elle seule. (Photo: Patrick Garcia)

    

     Dans la pâture qui sert d’écrin à la citadelle, un beau pigeonnier de forme ronde, vient parfaire la belle vision d’un ensemble absolument fascinant.

150ème, Je prends le chemin du retour. Je reviens sur mes pas. A la croisée des chemins, j’ignore celui qui retourne vers le « Rocher du Corbeau » et « La Vergne Basse ». Je  continue  droit vers le village. En quelques enjambées je suis au moulin de «  sous le château » à l’aplomb du château de Bayac.

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Bayac (24): A gauche, le moulin du château de Bayac, et à droite le sentier qui mène aussi à Bannes, mais en suivant la Couze . (Photo: Patrick Garcia)

 

180ème, Je suis dans un des faubourgs de Bayac. Je laisse le pont qui va rejoindre la D660 et tourne à gauche pour rejoindre le parking du château, lieu de départ, mais par une route différente de l’aller.  La boucle a duré 190mn a duré en tout 3h15 environ, poses  et photos non comprises. Aucune difficulté  et 12 à 13 kms de marche, la plupart, forestière.

 

Château de Bayac

 

 

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Bayac (24): Le beau château de Bayac. (Photo: Patrick Garcia)

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Bayac (24): Il possède un grand donjon qui en impose . (Photo: Patrick Garcia)

 

Présentation

 

Le château de Bayac est bâti à mi-côte sur la rive gauche de la Couze à l'est du village de Bayac. Il ne conserve aujourd'hui des constructions du XIVe que deux tours qui surplombent la vallée, dont l'une crénelée, semblable à un donjon, abrite encore « la chambre de la Reine », Aliénor d'Aquitaine, à laquelle on accède par un escalier en pierre à vis monumental. L'une de ces tours à mâchicoulis est flanquée d'une échauguette coiffée et encastrée. La tour circulaire du XVIe siècle et le corps du logis construit au XVIIIe puis au xixe siècle, ont fait perdre à l'ensemble son allure défensive initiale.

 

Histoire

 

Bayac formait autrefois une châtellenie qui appartenait depuis le XIVe aux archevêques de Bordeaux. À une époque indéterminée, une demoiselle de Turenne, inspirée par le désir du monarque d'alors, fait céder cette terre à la maison de Grailly.

 

Cette terre de Bayac devient plus tard la propriété des seigneurs de Serval, du château de Couze. Un peu plus tard encore, une famille de Bosredon, d'Auvergne, détache un de ses membres pour venir épouser à Bayac une héritière des Serval. Et ce Bosredon ou ses descendants sont mêlés aux guerres de religion qui désolent la France sous les règnes des fils d’Henri II.

 

Successivement, les Anglais, les huguenots et le sire de Bannes détruisent largement l'édifice. Le coup fatal étant porté le 27 janvier 1580, le capitaine protestant, Chaus de Monsac, s'empare par surprise du château de Bayac, massacre le propriétaire Pierre de Bosredon et, après avoir pillé le château, s'empare de Couze et s'y fortifie.

 

En 1635, un membre de la famille de Losse épouse une Bosredon et fonde une seconde branche des Losse. Celle-ci n'a aucun de ses membres émigrés pendant la Révolution. Elle est alors représentée par le colonel de Losse, son frère ainé, religieux au couvent de Trappe et Jean-Albert, capitaine de cavalerie, mort sans alliance.

 

Tous trois, pendant la Révolution, vivent paisiblement au château de Bayac et le colonel de Losse est plusieurs fois élevé, par le suffrage de ses concitoyens, à la fonction de maire de Bayac et nommé agent municipal de cette commune pour la représenter à la municipalité cantonale de Lalinde. En effet on voit figurer son nom, Losse, au bas de maintes délibérations de cette assemblée. Et le 30 pluviôse an IV (31 janvier 1795) prête à Lalinde en même temps que le citoyen de Losse, serment de haine à la royauté et d'attachement inviolable à la République. Son descendant, Henri de Losse, assure le mandat de maire de la commune jusqu'en 1904. Les familles Armant, Hulin et Ossul se succèdent alors rapidement au château.

 

Vers 1925, Gaboriot, Parisien et directeur du journal l'Ère nouvelle et très introduit dans les milieux politiques devient le châtelain. Le château de Bayac devient alors le séjour de prédilections de nombreuses personnalités des IIIe et IVe Républiques. Présidents du Conseil, chefs de cabinets ministériels défilent : Daladier, Painlevé, Reynaud, etc. Personnage fortuné, Gaboriot séjourne au château trois ou quatre mois de l'année. Il y mène grand train de vie. Dans les derniers mois de la guerre, le Général Gamelin vient se réfugier plusieurs mois chez Gaboriot. Le château est assiégé par la Garde Mobile, Gamelin y est arrêté et conduit à la prison de Riom.

 

Gaboriot meurt dès la fin de la guerre. Sa veuve vend alors le château à un homme du Nord, monsieur Dubois, ébloui par le nombre d'hectares rattaché à la demeure (environ 80 ha). Il ne peut faire face à l'entretien d'une telle propriété et en 1957, il revend le château et la plupart des terres à la ville de Paris. L'AGOSPAP (Association pour la gestion des œuvres sociales du personnel des administrations parisiennes) transforme alors le lieu en un centre de colonie de vacances de la ville de Paris.

 

Les façades, les toitures ainsi que la tour circulaire sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du 5 novembre 1970.

 

En juillet 1998, un spectacle son et lumière est présenté par les enfants de la colonie, retraçant l'histoire du château. Fin 2010, il est proposé à la vente.

(Extrait de WIKIPEDIA)

  

LE CHÂTEAU DE BANNES

 

 

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Bayac (24): Bannes appartint à Bayac, à une époque . (Photo: Patrick Garcia)

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 Bayac (24): Bannes nous écrase de sa hauteur . (Photo: Patrick Garcia)

 

Le promontoire rocheux de Beaumont, en forme de corne, offre un excellent point d’observation et de défense, dominant les vallées de la Couze et du Cousage.

        On y construit vraisemblablement dès le milieu du XIIIe siècle le château de Bannes, aux belles tours rondes. Ce n’est qu’après la guerre de Cent Ans que le château entre dans l’histoire. Son propriétaire est alors Perducat d’Albret, qui y installe en garnison son capitaine Jean de Seignal. Ce dernier et ses successeurs commettent des actions peu louables dans toute la région. Aussi, le 27 septembre 1442, les Sarladais en colère font le siège du château, alors dans les mains de Gantounet d’Abzac. La garnison se rend et verse peut-être même une rançon.

       Le château a beaucoup souffert du siège, mais peut encore défendre sa position. Aussi, le 15 novembre suivant, quinze manœuvres y sont envoyés par les consuls de Sarlat pour démanteler ses éléments défensifs. Le château reste cependant habité par Brandelis d’Abzac, le fils de Gantounet. À la suite d’un procès, Brandelis remet le château dans les mains de Jean d’Esclamat. Par subrogation, il passe ensuite à Jean Faulcon, puis à son fils Albert qui le vend, quasiment à l’état de ruines, à Brandelis de Biron, en novembre 1510.

       Dès le début de l’année suivante (peut-être avec l’aide de son frère Armand, évêque de Sarlat), ce fidèle de Charles IX et de Louis XII entame la reconstruction du château. Il est redevable à Charles IX d’une lettre de rémission de 1489 à la suite d’une affaire de meurtre à Monpazier ; mais c’est surtout à Louis XII et à son épouse, Anne de Bretagne, qu’il rend un hommage appuyé. Ainsi, il orne son nouveau château d’une profusion d’hermines, de cordelières et du monogramme LA, en particulier sur la cheminée monumentale du grand salon, au-dessus de laquelle il fait sculpter ses armes. La construction est achevée vers 1515, car Brandelis de Biron connaît une disgrâce certaine à l’avènement de François Ier. En 1558, le château passe dans les mains de l’un des fils, Armand, qui le cède à Jean de Losse, en juillet 1571. Après bien des péripéties rendues confuses par le chassé-croisé des lignées Losse et une possible usurpation par les Bergues au XVIIe siècle, le château change souvent de propriétaire jusqu’en 1872.

       Les tours rondes du château sont enrichies de lucarnes sculptées et l’on peut apercevoir des trilobés sur les mâchicoulis des chemins de ronde. Le pigeonnier, construit à mi-pente sous le château, date certainement du début du XVIe siècle. Restauré depuis 1882, ce château est aujourd’hui une propriété privée que l’on ne visite pas.

      Après ces vues de l'extérieur du château, on aimerait bien passer le pont-levis mais la propriété est privée.

   Heureusement, il nous reste une description minutieuse faite en 1890 par des membres de la Société Historique et Archéologique du Périgord qui avaient été invités à le visiter :

 

« Un fossé profond, taillé dans le rocher, sépare du plateau le château flanqué de deux grosses tours. Au milieu, un pavillon, auquel on parvient par un pont-levis, donne entrée dans la cour intérieure. [...]

    Après avoir franchi le porche, on se trouve dans une cour intérieure plus longue que large; en face la porte principale (dessin ci-contre publié dans le bulletin de la SHAP, 1896, p. 205), très richement ornée de choux et de pinacles se détachant sur un semis d'hermines et de fleurs de lys, s'ouvre sur le grand escalier, dont le noyau en spirale à nervures est d'une conception aussi riche qu'originale. A chaque angle de la cour, deux autres escaliers à vis desservent chacune des ailes latérales. Nous nous permettons de recommander aux bons soins du propriétaire, dans l'aile droite, deux salles voûtées, dites chambres d'Henri IV, qui conservent encore une précieuse décoration peinte presqu'intacte, du temps de la Renaissance*. Dans la plus grande, des scènes singulières, dans le goût des rébus, si à la mode à cette époque, sont représentées dans deux larges bandes superposées. Un forgeron nègre, un diable qui attise les flammes, etc… paraissent symboliser les éléments; quatre cariatides, en costume du XVIe siècle, soutiennent un cordon d'où descendent des banderoles chargées de devises latines peu compréhensibles; enfin, dans les tympans, sont représentés un hydre, un cheval et une autruche; la voûte et l'embrasure de la croisée sont couvertes d'ornements rouges sur fond blanc, dans le genre de Théodore de Bry. La salle voisine est entièrement revêtue d'une peinture du même temps simulant un brocard. Mais tout ceci disparaît devant la magnificence de la cheminée sculptée de la grande salle, dont le Chroniqueur a, jadis, publié un beau dessin de M. le baron de Verneilh ; au centre du large manteau, l'écusson des Biron, sommé d'un étrange cimier empanaché, termine une accolade à crochets et coupe la décoration générale formée de trois frises fort riches, séparées par des moulures très saillantes. Ces moulures, entre lesquelles se répète un monogramme formé des lettres L A au milieu de fleurs de lys et de rinceaux d'hermines, se prolongent sur toute la façade du mur et offrent ainsi une disposition que l'on rencontre rarement ; mais ce qui frappe le plus, ce sont les deux colonnettes ouvragées qui flanquent la cheminée du haut en bas et lui donnent un cachet tout particulier. C'est une disposition rare, mais qui produit le meilleur effet. Un entablement en quart de rond termine cet ensemble et reçoit les solives, jadis peintes, de cette salle que l'on doit reporter, croyons-nous, au règne de Louis XII. »

  1. 1.    [extrait du bulletin de la SHAP (Société historique et archéologique du Périgord), 1890, p. 478]
  2.  

2.   * Ces peintures murales de la Renaissance ont été récemment étudiées par Pascal Ricarrère dans un article de la SHAP.         ------------------------- 

Causerie du 30 septembre 1962 à la Mairie de Bayac
de M. Fernand LACORRE, préhistorien, sur le gisement de 
La Gravette à BAYAC

  1.  

« … J’ai maintenant à vous parler longuement du gisement préhistorique de La Gravette, qui honore magnifiquement votre localité, dont le nom est par lui universellement connu en Préhistoire. C’est une station d’une importance telle qu’à ma demande elle a été classée comme Monument Historique — station doublement éponyme parce que, la première, elle a révélé deux stades de la civilisation préhistorique, qu’on appelle le Gravétien et le Bayacien, qui rappellent les noms de vos deux localités La Gravette et Bayac.

CIRCUIT DE LA MOTHE 774 copie

Bayac (24): Le gisement qui a tant fait parler de lui! (Photo: Patrick Garcia)

Vous connaissez, la plupart d’entre vous, le gisement de Bayac (nous le reverrons ensemble tout à l’heure). Il apparaît sur un grand talus au long d’une falaise crétacée exposée au midi. Au sommet, une grande corniche dominait de haut un bel abri de 9 m environ de long sur 4/5 mètres de large, où, sur une petite plateforme, se sont établies trois occupations préhistoriques successives. Et cette énorme corniche, épaisse peut-être de 3 m, s’était abattue en pleine occupation, en gros blocs détachés, recouvrant à gauche les deux tiers du gisement.

Exploitation ancienne:

 
          Les premiers fouilleurs en 1880-1881, Coste, bijoutier à Issigeac et Tabanou, instituteur à Monsac, ont exploité le tiers du gisement à droite, qui n’avait pas été recouvert. Personne, ni eux, ni les fouilleurs suivants n’ont soupçonné l’existence de l’autre partie à gauche, en réalité la plus importante, enrobée dans l’amas de blocs et l’amoncellement détritique du talus. Coste et Tabanou, dépourvus de toute notion scientifique, mais pas d’esprit mercantile, n’ont exploré le gisement que pour vendre leurs trouvailles aux étrangers. Ils n’ont publié absolument rien. Et il faut l’avouer aussi à la honte des fouilleurs qui ont suivi, préhistoriens ou pas, aucun d’eux non plus n’a fait la relation de ses fouilles dans une revue quelconque. Nommons l’abbé Landesque, Michel Hardy, Délugin, Féaux, le Professeur Testut et l’abbé Chastaing, qui a offert sa collection au Musée de Latran.

pointes-gravettien

Bayac (24): Outil caractéristique du Gravettien. (Image du Net)

 

       Néanmoins, l’outil caractéristique de l’industrie gravétienne, la lame de silex à bord abattu rectiligne, dite la Pointe de La Gravette, s’était assez répandue et vulgarisée pour frapper l’attention des préhistoriens, au point de faire considérer la station, par sa singularité, comme un gisement éponyme, c’est-à-dire qui, la première, a révélé un type particulier d’outillage préhistorique.
        Après la complète exploitation de la seule partie découverte, le gisement était abandonné depuis environ 20 ans, quand mon ami, Monseigneur Chastaing, me signala le site lors d’un passage en auto. Je fus tellement surpris que, m’engageant sur l’accotement de la route, faillis descendre dans le fossé. Naturellement peu de temps après nous traitions l’achat du gisement avec son obligeant propriétaire, le bon père Bureau. Mais ce ne fut pas sans la vive désapprobation de Monseigneur Chastaing, qui me déclara que tout avait été fouillé et que nous allions perdre notre temps et notre argent.
       Aussi quelle ne fut pas sa surprise, et aussi la nôtre, quand après un sondage effectué le 14 juillet 1930 sous un soleil de plomb, nous trouvions, Madame Lacorre et moi, au bas du talus à droite, sous un monceau de déblais, des restes intacts du gisement. Ils étaient sous l’assiette d’un sentier conduisant à une ferme sur le plateau et passant à travers les fouilles, que le fermier avait alors interdit de fouiller. L’abbé Chastaing ne s’en souvenait plus. Dans le même temps, toujours à droite sur un bout de terrain contigu, loué de M. Ratier, nous mettions à jour un niveau industriel de fines fléchettes, absolument inconnu, que nous avons dénommé Bayacien. Ensuite, épuisant notre chance, après avoir attaqué à gauche le milieu du talus dans les blocs, à coup de cheddite, nous trouvions la riche portion du gisement de La Gravette, que les anciens fouilleurs avaient ignorée. Elle était recouverte de gros blocs, enrobés de sédiments pris par eux pour des pointes de la roche. Nous venions de découvrir à notre tour le gisement de La Gravette, considéré comme épuisé, avec, en plus du Gravétien, 2 autres niveaux qui n’y avaient pas été trouvés, l’Aurignacien à la base et au-dessus le Bayacien, donc trois phases d’occupation préhistoriques.

Localisation du Gravétien dans les temps géologiques:

La Gravette se place à ses trois stades d’occupation dans ce qu’on appelle le Paléolithique supérieur, vers le milieu des oscillations glaciaires du Würm, qui a duré en Europe plus de 35000 ans. Au cours de cette glaciation, il s’est déroulé tout un cycle de climats rigoureux mais d’intensités variables sous une dominante froide.

    C’est dans une phase modérément froide que se situent les occupationsde La Gravette, à des laps de temps rapprochés relativement celle des Aurignaciens d’abord, qui a été de courte durée, puis celle des Bayaciens, d’environ 4 mille ans plus tard, qui n’a guère dépassé deux ans et celle des Gravetiens, succédant sans interruption apparente à ces derniers et qui a pu durer 30 ans…"

Ce dossier vous a plu? Il y en aura d'autres sur le secteur, de temps à autre, avec des cartes mieux élaborées pour des circuits plus facilement répérables et des étapes photos encore plus nombreuses.

PATRICK GARCIA