MARTEL 1796

Je poursuis mon voyage vers l’Auvergne mon second  port d’attache, et après Souillac, je file à quelques kms, vers Martel, la "ville aux 7 tours", juste avant Carrenac….

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Le trajet depuis Ste Livrade sur Lot. (Photo: Patrick Garcia)

   Après une route tortueuse, je débouche enfin sur un haut plateau planté d’une cité médiévale hérissée de 7 tours… Une fois garé le long d’une grande esplanade arborée, je pars à la découverte d’un site que tous les amateurs de cités moyenâgeuses connaissent, au même titre que Sarlat ou Cordes. Je compte y rester deux jours, car, outre la vingtaine de monuments historiques à visiter, Martel possède un train de voyageur et un musée appartenant à une association qui met à la disposition des amateurs, des voyages d’1h20 en train tracté par une loco à vapeur, ou à d’autres moments, le même circuit en train tracté par une puissante loco diesel.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Vue depuis le train vapeur, la ville et ses tours antiques... (Photo: Patrick Garcia)

   Moyennant un euro, l’O.T. me fournit un topoguide succinct avec un plan pas très facile à lire, mais bon, c’est toujours mieux que rien, la cité vaut le coup, et j’y arriverai bien…

   Selon mes informations, glanées sur internet ou dans diverses publications, Martel aurait été fondée au début du XIe siècle par les vicomtes de Turenne, puissants et redoutés seigneurs du bas Limousin comme l'atteste le fait que les plus anciens bâtiments et textes relatifs à Martel sont datés du XIe siècle, probablement pour contrer l'influence de la baronnie de Gramat et de son marché, ainsi qu'endiguer l'appétit féroce des Abbayes d'Obazine, de Souillac, de Donzenac et d'Uzerche. Une certitude, la fondation de la cité ne serait ni d’origine religieuse autour d’une abbaye, ni d’origine militaire autour d’un castrum ou d’une place forte (la Raymondie ne datant que des XIIIe siècles et XIVe, mais aurait été créée et développée par les vicomtes à partir d'un village préexistant (Sainte Madeleine) à l'est et d'un marche au sel à l'ouest, sur la route du sel entre les ports de la Dordogne et l'Auvergne.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Le Grenier d'Abondance : petit immeuble Renaissance adjacent au grand parking. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Depuis ce même parking, une vue de l'église St Maur. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: A l'entrée de la vieille ville, une tour avec échauguette. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Au coeur de la vieille ville, la halle et ses mesures à grains pour les ventes et les impôts.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Une splendide charpente! (Photo: Patrick Garcia)

    Les consuls, élus annuellement au nombre de deux parmi les grandes familles de Martel, établirent un système de gouvernement de la cité extrêmement autonome vis-à-vis du vicomte et des ordres religieux.

Aux XIIe et XIIIe siècles, à la suite de décennies de conflits entre les bourgeois de Martel et le vicomte de Turenne, que l'un d'entre eux parvint même à emprisonner dans la Tournemire, ils obtiennent de ce dernier une charte de franchises en 1219 qui est à l'origine de la prospérité de la cité.

    Les consuls firent construire deux enceintes fortifiées. La première correspondant au tour du centre-ville actuel fut édifiée au XIIe siècle, période pendant laquelle Quercy, Rouergue et vicomté de Turenne furent au cœur des conflits liés au remariage d'Aliénor avec Henri II Plantagenet d'Angleterre et à ses conséquences. Un épisode majeur de l'histoire de la petite cité eut lieu en 1183, où Martel dut accueillir Henri le Jeune, co-roi d'Angleterre, qui y mourut après avoir pillé Rocamadour afin de pouvoir payer ses troupes, on y voit encore le manoir où il rendit l’âme (dite maison « Fabri »).

La seconde enceinte fut construite au XIVe siècle au début de la guerre de Cent Ans. Durant celle ci, la région était infestée de compagnies franches au service du roi d'Angleterre. Malgré la présence des mercenaires anglais, notamment au château de Montvalent avec la compagnie de 600 hommes de Jean Sandos, la cité ne sera jamais prise militairement grâce aux talents de négociation de ses consuls, qui surent acheter la sécurité de la cité comme il était de coutume en ces temps troublés. Les cités voisines, notamment Gramat n'eurent pas cette chance.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Sur un des côté de la halle, les messures à grains, officielles échanges commerciaux. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: De nombreux restes du passé guerrier de la ville.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: En bel exemple de maisons à colombages. (Photo: Patrick Garcia)

Le traité de Brétigny en 1360 la livra cependant aux Anglais. Du Guesclin la reprendra militairement en 1374.

Martel devait vraisemblablement être prospère dès le XIVe siècle comme peut en attester l'implantation de l'ordre des Cordeliers dans la cité, qui construisirent un couvent en bordure nord de la deuxième enceinte et qui fit partie des 284 couvents des Cordeliers fermés en 1790. La tour du couvent qui mesurait 35 mètres fut tronquée à la révolution et ne fait plus que 25 mètres de hauteur aujourd'hui. Ce bâtiment excentré fut investi par la gendarmerie nationale au 19e siècle

Quelques siècles plus tard, Martel prendra le parti catholique durant les guerres de religion, alors que la vicomté sera globalement protestante. Puis Martel dut accueillir et approvisionner l'armée royale d'Henri IV, et dépenser pour ce faire plus d'une année de revenu de la cité, qui mettra plusieurs années à s'en remettre économiquement.

    Lorsque Charles-Godefroy de la Tour d'Auvergne, petit-fils d'Henri de la Tour d'Auvergne-Bouillon, le maréchal de Turenne, vendra à Louis XV la vicomté de Turenne le 8 mai 1738 pour honorer le paiement de ses dettes de jeu, Martel perdra de son autonomie (la vicomté de Turenne était le dernier fief français, c'est-à-dire un État dans l'État; à la suite de cette vente, les viscomtins, devenus rattachés directement au domaine royal, sont alors contraints à l'impôt) et déclinera lentement jusqu'à la Révolution. Lors de celle-ci, la sénéchaussée sera supprimée privant une grande partie de la bourgeoisie de ses moyens de subsistance. La population diminuera légèrement au xixe siècle, puis de façon plus accentuée à partir de 1870, et ce jusque vers les années 1980.

 

    Aujourd'hui, appelée la « ville aux sept tours », Martel comptait au XVe siècle plus d'une trentaine de tours, tourelles et échauguettes pour une population avoisinant les 4 000 habitants.

   Après avoir ainsi survolé l’histoire de Martel, je pars déambuler dans cette cité où l’on doit tourner de nombreux films d’époque, car il n’y a ni poteau, ni fil électrique, les rues sont pavées comme au moyen-âge avec le caniveau au milieu de la chaussée. Nous sommes dans le royaume de la pierre et j’ai un eu l’impression de me retrouver à Salers, dans le cantal, par le style et la qualité des constructions, si ce n’est qu’à Salers, la pierre est du basalte noir, alors qu’ici elle est calcaire et blanche….

    Mais les toits en poivrières, le nombre de tours et d’échauguettes, les tours escaliers, les échoppes et les fenêtres à meneaux, y sont aussi abondants. Comme à Salers on trouve beaucoup de palais privés ou de manoirs qui donnent un cachet romantique à tous les quartiers de la ville… Un peu partout, des passages sous maison donnent un petit air de « chasse-aux-trésor », j’imagine parfois me trouver nez à nez avec Jean Réno et Christian Claver dans les « Visiteurs », au détour d’un des ses passages plus ou moins masqués…

   La première chose à visiter à Martel est le palais de « La Raymondie » siège de l’O.T. Ce palais a été édifié à partir de 1280, mais il faudra 50 ans pour l’achever ! Cette petite merveille est un quadrilatère encadrant une belle cour intérieure pavée. On y pénètre en passant sous une tour-beffroi. Cette haute tour de 35 mètres, surmontée d’un joli campanile, possède une tour-escalier accolée et une grande entrée à ogive avec passage sous tunnel pour accéder dans la cour centrale.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Le palais de la Raymondie, siège actuel de l'O.T. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Face à l'église St Maur, de vieilles demeures aux portes ogivales. (Photo: Patrick Garcia)

   Bernard Raymondie, receveur des impôts royaux et fils présumé du Vicomte Raymond IV de Turenne, lança la construction de l'édifice qui fut achevé vers 1330 par son gendre Pierre Stéphani. Ce bâtiment présente trois niveaux d'élévation, ainsi que de petites échauguettes aux angles des façades sud et est, et symbolisait en son temps, comme tous les palais urbains, différents rôles : résidence aristocratique ou bourgeoise à l'étage, galeries au rez-de-chaussée destinées au commerce, salle de réception pour les manifestations publiques. À la Révolution, il devient hôtel de ville, puis se voit aliéner par le développement de nombreux commerces en rez-de-chaussée, de logements dans les étages et le manque d'entretien. Il faudra attendre les années 1970 pour que l'ensemble retourne dans le domaine public. À noter : la façade sud avec son enfilade d'arcades Renaissance rénovée dans les années 1970 ; fenêtres à meneaux et médaillons, échauguettes, cheminées et bas-relief Renaissance. Au rez de chaussée, se trouve l’office du tourisme. Au 1er étage du palais de la Raymondie, on trouve le musée d'Uxellodunum qui renferme des collections d'objets protohistoriques et gallo-romains provenant des fouilles du Puy-d'Issolud. Intéressantes collections de pots à pharmacie (XVIIe et XVIIIe siècles) et séries de cartes anciennes.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Encore undes palais renaissance de la ville. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Une jolie échauguette. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Restes d'une porte fortifiée. (Photo: Patrick Garcia)

     En continuant quelques mètres, accolée à ce palais, se trouve une magnifique halle sur la place centrale de la cité. Cette halle, de la fin du 18ème siècle est remarquable par sa charpente en châtaignier, afin de la garantir contre les insectes. Mais elle est aussi remarquable par ses 4 mesures à grains, qui titrent 1 hectolitre, ½ hecto, 1 décalitre et ½ décalitre…. Tous les échanges de grains passaient par ces 4 outils « officiels » qui servaient aussi à déterminer les impôts au prorata des volumes.

  Contre la halle, « l’Hôtel Fabri » avec une belle tour-escalier de 23 mètres aux nombreux étages et au toit en poivrière. En 1183 le bourgeois Étienne Fabri y accueille Henri le Jeune, roi d'Angleterre, mourant, après le pillage de Rocamadour par sa troupe de mercenaires. Deuxième fils et héritier d'Henri II Plantagenêt et d'Aliénor d'Aquitaine, gendre du roi de France, frère de Richard Cœur de Lion et de Jean Sans Terre. D'après la tradition, ce roi d'Angleterre, couronné du vivant de son père, aussi appelé Henri Court-Mantel, y mourut en 1183, en expiant ses crimes, alors qu'Henri II était en route aux alentours de Limoges pour se réconcilier avec ce fils terrible.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La Maison Fabri où mourut Henri Court Mantel en 1183. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: partout des témoignages des luttes franco-anglaises. (Photo: Patrick Garcia)

      Près de l’église, l’ « Hôtel et tour de Mirandol » du XVe siècle : dernière tour construite à Martel en 1469 par le seigneur de Mirandol et de Faure, carrée avec échauguette, dotée d'une clé de voûte gothique et d'une salle de guet, demeure en état de ruine avancée rénovée par Louis Blanchard en 1958, créateur et responsable de l'Association de sauvegarde des maisons et paysages de Martel et de sa région.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: St Maur, pôle d'attraction de la ville.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Ici, l'arrière, toujours fortifié. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Bretèche sur la façade de l'église, impressionante! (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Christ en majesté sur le tympan d'entrée. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Le chevet de l'église, très colorée et peinte. (Photo: Patrick Garcia)

 

   Je descends encore vers le clocher de l’église « Saint Maur de Martel ». Tel un grand phare, la haute tour de St Maur veille sur les vieux quartiers, les rues et ruelles sont superbes et ornées de maisons nobles… J’en citerai quelques-unes toute à l’heure, mais l’ensemble est exceptionnel ! Partout des tours, des fenêtres géminées, des meneaux et des entrées  « princières »… Je me présente face à l’église dédiée à un disciple de saint Benoît. Cette église fortifiée possède un tympan roman du XIIe, une nef du XIVe, un clocher du XVIe, rehaussé pour sa partie octogonale au xixe siècle, d'une hauteur de 48 mètres.  De l’église originale romane, il ne reste que le portail d’entrée et ce tympan. Le tympan a été sculpté au 12ème siècle, représentant la « 2ème Parousie » (Avènement du Christ), peu avant le Jugement Dernier dont l’imminence est annoncée par les anges sonnant de la trompette et les ressuscités sortant de leurs tombeaux. L'église fortifiée, à travers ses dimensions et son caractère imposant est un bel exemple du "Gothique du Midi", dont la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi est la plus représentative.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La splendide verrière du chevet, et ci-dessous, son explication. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La légende du vitrail.  (Photo: Patrick Garcia)

Le chevet de l'église est éclairé par une très belle verrière du début du XVIe siècle représentant en 12 tableaux la Semaine Sainte, on l'attribue à l'atelier du célèbre verrier Arnaud de Moles. On trouve aussi dans le chœur un bel ensemble de boiseries et de tableaux du XVIIIe siècle.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: De superbes vitraux dans cette église. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Dans les chapelles latérales, de beaux rétables baroques. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Partout, les reflets multicolores des vitraux sur les murs intérieurs.... (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Croisées d'ogives. (Photo: Patrick Garcia)

Elle est dédiée à un disciple de saint Benoît ; nef du XIVe, clocher du XVIe, rehaussé pour sa partie octogonale au 19e siècle, d'une hauteur de 48 mètres. L’intérieur est totalement peint, et avec des couleurs chatoyantes, ce qui est assez rare à signaler. La chaire est superbe avec de très belles sculptures.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Autre témoignage du passé, une niche de puits. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Et en se penchant, on distingue bien l'usure des cordes à seaux dans la pierre.  (Photo: Patrick Garcia)

 

 

    En remontant par la rue du « Four Bas » et la rue de « La Corde » j’arrive devant la façade d’une maison possédant une niche en forme d’ogive. En m’approchant, je constate que c’est d’un puits qu’il s’agit et que la margelle en pierre est usée par la corde qui a hissé des sceaux par milliers, au cours des âges… Sacré témoignage du passé ordinaire….

  

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La tour Tournemire. (Photo: Patrick Garcia)

    Je reviens vers le début de ma visite, vers les boulevards et la Poste, où trône une grande tour crénelée, visible à des kms à la ronde. Il s’agit de la tour « Tournemire »du nom des bourgeois à qui elle fut confiée, une tour de guet, et également  prison, XIIe  et XIVe, avec créneaux recouverts, une masse de 25 mètres  de haut! Prison seigneuriale, puis royale, puis révolutionnaire et en municipale. Si les enceintes de la ville ne comportaient que des tours de cet acabit, il ne m’étonne pas que Martel ne fut jamais pris !

Je suis sur le boulevard qui a remplacé une des enceintes de la cité de Martel. Je le traverse. De l’autre côté, un grand parking borde un endroit arboré. Dans cet univers de verdure, une belle maison ancienne attire le regard. Il s’agit du « Grenier d’Abondance », un petit immeuble renaissance du 16ème siècle collé contre la seconde enceinte, avec fenêtres à meneaux. Au-dessus de l’une d’entre elles, une expression tirée des « Eglogues de Virgile », « Deus nobis ocia fecit » « Dieu nous a donné ce lieu de repos »…. Cette maison servait à entreposer les grains et les aliments en périodes de récoltes pour secourir les populations en cas de disette…

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Le "Grenier d'Abondance".  (Photo: Patrick Garcia)

    Après un temps de repos devant « un petit noir », afin de digérer toutes ces informations, ces vues superbes, ses monuments si bien conservés, je décide de replonger dans la cité médiévale, conscient que je n’en ai exploré que la moitié, la partie la plus spectaculaire.

    Je me rends dans la « rue Droite » qui me mène à l’église. Là, je me trouve devant l’ « Hôtel de Briance, dit Vergnes de Ferron. » Une très belle entrée renaissance avec colonnade et fronton, à droite une très belle tour escalier donne un beau cachet à cet immeuble  de grande classe. La lourde porte de bois couleur bleu est hérissée de pointe de carreaux d’arbalète pour se prémunir contre les tentatives d’intrusion. Plus rare encore, le massif marteau est accroché si haut que seul un cavalier monté ne pouvait qu’y accéder !

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Porte de l'Hôtel de Briance avec un marteau à hauteur de cavalier monté! (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La même, en vue générale.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Autre belle porte....(Photo: Patrick Garcia)

 

   Dans le même secteur, « La Maison de la Vidalie ou "maison du Silence », avec ses deux entrées fort anciennes, portées par des arcs de décharges. Les murs portent encore la marque des colonnettes et de baies géminées indiquant que cette construction est du 13ème siècle….

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La "Maison des Silences"... (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Les 3 marteaux du blason, pour rappeler le fameux Charles Martel. (Photo: Patrick Garcia)

    La lumière du jour a changé et je repars améliorer certaines de mes photos du côté de la Halle. Je longe le palais de la Raymondie pour me fixer face à « l’Hôtel Condamine » et ses deux tours jumelles à toits en forme de poivrières. C’était l’ancien atelier de frappe des monnaies en usage dans la vicomté de Turenne entre le 13ème et le 14ème siècle.

Il y a encore des heures et des heures de visites pour qui veut ne rien omettre…. La ville est riche d’une vingtaine de monuments historiques classés… Et ce qui n’est pas classé est souvent aussi beau ! Je vais terminer la journée à mitrailler en attendant demain ma balade ferroviaire…

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: De ce musée à ciel ouvert, elle est la vedette, la loco à vapeur de 4oo CV.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Les magnifiques embiéllages des roues.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: La "Vedette" vue de l'arrière. (Photo: Patrick Garcia)

        Le lendemain, je suis comme un gosse devant une boite de « Mécanos », les dépliants touristiques, nos voisins belges au camping, tous nous on dit beaucoup de bien de cette balade hors du temps sur une voie fermée depuis 40 ans, mais reprise par de valeureux bénévoles montés en association. Comme depuis la rentrée des classes, il fait beau et très chaud. J’ai décidé de visiter le musée et de filmer le départ du convoi à vapeur, la première que je vois fonctionner de ma vie. Nous irons l’après midi faire ce même parcours dans un train vapeur.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Le musée possède une remarquable collection d'objets SNCF anciens.  (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Avec des réseaux miniatures superbes. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Des pièces uniques! (Photo: Patrick Garcia)

    Il y a un monde fou. Les cars sont nombreux et il y a la queue jusque dans la cour pour faire composter son ticket…. De quoi rendre jalouse la SNCF !!!! Je profite du temps qui m’est imparti pour visiter à l’étage de la gare, le musée bien achalandé de la SNCF. Tenues anciennes, signaux multicolores et multifonctionnels, tampons diverses, panneaux signalétiques, il a même des circuits ferroviaires miniatures de grande taille ; des maquettes des principales machines qui ont été en service dans le secteur…. Bref, de quoi ravir les passionnés, les grands et les petits….

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: De nombreuses locos vapeur attendent d'être réparées et reprendre du service. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Des diésels rutilantes. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: De quoi rêver.... (Photo: Patrick Garcia)

 

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    Le vapeur commence à s’impatienter et je ne tiens pas à manquer le petit film que tiens à réaliser sur l’envol de la loco…. Un mécano oriente un portique sur la chaudière, ouvre l’eau et expédie 2 000 litres de liquide qui serviront à produire l’énergie motrice à l’aide des 350 kgs de houille qui sont nécessaires pour chaque aller et retour à St Denis Près Martel, soit 1h30 de voyage, arrêt compris… La belle est fière et rutilante, elle est sortie d’atelier français vers 1924 et n’a jamais été aussi chouchoutée…

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Elle fait affluer le monde et tous veulent poser debant elle.... (Photo: Patrick Garcia)

    Les photographies fusent, qui ne se fait pas immortaliser avec cette belle brune, j’y souscris aussi…. « Vanitas…. ». Enfin, la population de voyageurs, souvent des clubs de retraités, arrivent à se caser sur la dizaine de wagons.  Au coup de sifflet, la « pompe à vapeur » de met à bégayer, sa crache, sa tousse mais ça avance doucement sans à-coup, sous les applaudissements des trois cent retraités venus de tout le sud de la France et même d’ailleurs…. En une minute, l’objet de toutes les attentions s’est envolé au loin, seulement visible par son panache de vapeur… Sur le quai, il ne reste que des ahuris, comme moi, encore sous le charme de cette séquence que peu de gens ont la chance de vivre en réel… C’était une aventure, les voyages autrefois, c’est ce qui en faisait la valeur et la rareté…. Les appareils photos se rangent après avoir vérifié le bon cadrage et si le son de la vapeur est perceptible sur l’enregistrement… A 14h30, je serai là pour  faire cette balade dans le 19ème siècle ferroviaire….

    L’après- midi, dès 14h, mêmes queues d’attente que e matin, il y a des cars partout, mais la population est plus rajeunie, il y a beaucoup d’enfants aux yeux ronds… Au bout de 20 mn, j’ai mes précieux tickets en main et part à la découverte de ce nouveau monstre d’acier ronronnant au diésel. Cette machine a un moteur énorme, il doit bien avoir dix mètres de long sur 2 de haut ! Si elle ne « vaporise » pas, comme celle du matin, le ronron du diesel témoigne qu’il y a bien des chevaux vapeurs prêts à cavaler au sifflet du chef de gare !

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Paysage sublimes sur la route de St Denis. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Avec des poses photos où les voyageurs peuvent se défouler les jambes. (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Des viaducs vertigineux. (Photo: Patrick Garcia)

Enfin, les 300 voyageurs sont installés et il ne reste plus une seule place assise à pourvoir. Coup de sifflet et sans à-coup, avec délicatesse, le monstre s’ébranle. Durant le parcours, nous traverserons 5 tunnels, dont un de 550 mètres. Un exploit dans cette ligne qui ne mit que trois ans à être construite et dut être défendue par des gardes armés. En effet, les gabariers et autres matelots savaient bien que ces deux rails signifiaient la fin de leur long règne et tentèrent des malveillances. Tous les 4 kms, une petite maison avait son garde armé chargé d’assurer la pérennité de l’ouvrage. Nous voilà longeant un grand précipice à plus de cent mètres de haut, à cette vitesse de 15/20 kms, les passagers sont à l’aise pour mitrailler et tenter de prendre des photos moins banales, le train en arc de cercle dans une courbe, le précipice et les vallées alentours… Un arrêt à mi-chemin permet de beaux points de vus commentés par le contrôleur. On repart jusqu’à la gare de St Denis Près Martel, mais sans accéder au réseau national.

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Sur le retour, la Vapeur est plus impressionnante que la diésel, car dans les tunnels, la fumée est présente autour des voyageurs... (Photo: Patrick Garcia)

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: Et la pente raide la fait "cracher à toute vapeur".... (Photo: Patrick Garcia)

La motrice repart en marche arrière vers le terminus. A mi-chemin, halte-souvenirs-boissons-photos… Les gens, sous le charme, mitraillent avec tout ce qui leur tombe sous la main, caméscopes, téléphones, appareil photos….Mais il leur en faut plus, des magnets, des cartes postales, des stylos aux armes de la Société Ferroviaire de Martel…. L’association a de beaux jours devant elle, si elle continue à maîtriser son sujet comme cela….

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MARTEL (46): LA VILLE AUX 7 TOURS: L'autre vedette du musée, la "BB" électrique, au long museau. (Photo: Patrick Garcia)

   Puis retour à Martel, avec des vues sur la « ville  aux 7 tours » que l’on ne peut trouver que d’ici… Les yeux pleins d’images, la tête plein du ronronnement de la BB, je retrouve la terre ferme en me disant, « Cela aurait été une ânerie de manquer un tel spectacle ! » Et vous, qu’en pensez vous ????

GARCIA PATRICK