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J’ai visité un site merveilleux, près de Saint Bertrand de Comminges. Un palais seigneurial gallo-romain, immense et très bien conservé qui fonctionna durant près de 350 ans. Il reste de nombreux restes in-situe de ce palais, la visite est exceptionnelle, car c’est une véritable « machine à remonter le temps » que passer sous les colonnades et les piscines chargées de marbres de St Béat, Sarrancolin ou de Campan. J’ai préféré, connaissant un texte merveilleux écrit il y a 50 ans par un conteur-archéologue-historien, Henri Paul Eydoux, qui berça ma jeunesse de ses récits. Tout naturellement j’ai décidé de consacrer cet article à la villa antique de Montmaurin, mais avec l'écrit de cet illustre chercheur à la prose simple, efficace et tellement romantique… Cet écrivain a l’art de faire voyager le lecteur dans le temps avec des phrases dont la lecture génère des images de voyages et des senteurs de thym, de laurier et de romarin, parfois de cris et de guerre, mais n’est-ce pas la vocation des conteurs ?

   J’ai donc passé quelques jours à réécrire son texte pour l’informatiser, afin que vous en profitiez, seules mes photos essayeront d’illustrer cet article pour votre compréhension et vous donner envie d’y aller. J’en profite pour "habiller" cet article d’Eydoux, qui parle aussi de « Lugdunum Convenarum » (St Bertrand de Comminges) et l'illustrer également

   Entrez dans le monde gallo-romain, par le plus beau des voyages, la vie et la mort d’un palais seigneurial immense dans le Nébouzan…

 

 

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         L’histoire que nous allons raconter se passe dans le Nébouzan. Ne cherchez pas dans l’Atlas, vous n’en trouveriez pas mention. Le Nébouzan, en effet, fut une petite terre féodale qui appartint jadis au Comminges : son nom a été conservé pour désigner un groupe de quelques communes de la Haute Garonne, situé à une quinzaine de kilomètres au nord de St Gaudens.

    Aucune route importante ne traverse le Nébouzan, dont les coteaux et les vallons, les bois et les prés, les cultures variées, forment un paysage harmonieux, paisible et sans rigueur. Une rivière le parcourt et l’anime :la Save, venue du plateau de Lannemezan, et dont les eaux bruissantes, qui semblent emprunter aux proches Pyrénées la rapidité d’un cours d’eau de montagne, se jetteront dans la Garonne, après avoir traversé une partie du département du Gers.

    Le Nébouzan et ses alentours sont inscrits en majuscules dans le livre d’or de la Préhistoire. C’est en effet un village de la région, Aurignac, qui a donné son nom à un des étages du Paléolithique, « l’Aurignacien ». C’est à Lespugue, dans le Nébouzan même, qu’a été trouvée la fameuse statuette en ivoire de mammouth qui, popularisée sous le nom de « Vénus de Lespugue », est une pièce maîtresse de l’art préhistorique. On y a trouvé aussi un maxillaire, qu’on avait d’abord attribué à l’Homme de Neandertal, mais qui, d’après ses caractères archaïques, pourrait remonter à 250 000 ans avant notre ère et ainsi être ainsi un des plus anciens vestiges humains connus.

    En 1946, un jeune instituteur, Georges Fouet, frais émoulu de l’Ecole Normale, fut nommé dans un village du Nébouzan. Par tempérament, il ne pouvait accepter délibérément les temps morts qui s’offrent à un maître d’école de village… « Il lui fallait trouver une distraction, j’optais pour l’archéologie ».

    Car la région n’est pas seulement une extraordinaire richesse en préhistoire, elle est également féconde en ressources archéologiques. De prime abord, on pourrait croire que les Pyrénées n’ont pas été le réceptacle d’une riche civilisation, de villes importantes ou de monuments grandioses. Or Rome y a marqué son empreinte comme partout et même avec une belle vigueur.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Cathédrale de St Bertrand. (Photo: Patrick Garcia)

ST BERTRAND DE COMMINGES, ANTIQUE CAPITALE DES CONVENES :

   A une vingtaine de kilomètres au sud-ouest du Nébouzan, à proximité de la route de Toulouse à Luchon, un mamelon isolé se détache sur une toile de fond de montagnes ; il porte une vieille ville déchue, intensément pittoresque, groupée autour d’une majestueuse cathédrale : c’est Saint Bertrand de Comminges, résurrection médiévale de l’antique « Lugdunum Convenarum ». On nous permettra de nous y arrêter quelques instants, bien que ce ne soit pas le sujet principal de ce chapitre.

 

   « Lugdunum » veut dire en celtique « Colline de la Lumière ». Quant aux « Convenae », c’est un nom de population. Un curieux nom même, puisqu’il veut dire, somme toute, « Gens Rassemblés de Partout ». Voilà qui nous plonge d’emblée dans une page importante de l’histoire romaine.  

   Ceci se passait aux environs de 80 avant J.-C. Le chef Sertorius s’était révolté, avait pris pied en Espagne où il s’était organisé un gouvernement démocratique en exil (« Rome n’est plus dans Rome »- lui fera dire Corneille). Il s’était concilié les populations indigènes, avait organisé une solide résistance appuyée sur la guérilla qui, déjà, s’affirmait une primauté guerrière des Espagnols.

   Les généraux de Sylla n’arrivaient pas mater cette rébellion, d’autant que toute la Gaule méridionale, accablée de charges depuis le début de la campagne contre Sertorius, avait pris le parti de celui-ci et s’était insurgée. Il fallut alors l’intervention de « Pompée ».Celui-ci se débarrassa du chef rebelle en le faisant assassiner (en 72 avant J.-C.), puis se montrant habile politique, il joua, au profit des vaincus, la carte de l’apaisement et de la générosité. Plutôt que d’abattre les ennemis de la veille, il les attira dans l’orbite de Rome, organisant des villes, multipliant les concessions du droit de cité.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Plan du Macellum de Lugdunum. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Le Macellum dans son contexte. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Le marché vue générale, notez les box, sont autant de magasins, le toit était soutenu par des colonnes dont on voit encore les bases carrées.  (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Vue à l'opposé du plus grand marché couvert de la région. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Monument fnuéraire près du marché de Lugdunum, au centre de l'enceinte, l'autel. (Photo: Patrick Garcia)

   Pampelune, qui porte le nom même de Pompée, fut créée au sud ouest de la chaîne des Pyrénéenne, tandis que sur le versant des Gaules, la vieille butte celtique de « Lugdunum », déjà citadelle et sanctuaire préromains, devint une ville romaine.

   Quant au « Convènes », ils étaient, comme nous l’avons dit plus haut, un véritable ramassis des anciens partisans de Sertorius, emmenés d’Espagne, des montagnards pyrénéens qui s’étaient rebellés, des aventuriers et des brigands aussi. Pompé s’était payé d’audace en constituant un poste avancé de la civilisation romaine au centre des Pyrénées encore sauvages. Le coup de dés réussit. Les populations brassées s’amalgamèrent, les apports nouveaux se greffant sur le vieux fonds indigène. Les uns et les autres s’empressèrent de troquer leur vieux manteau de laine à capuchon, contre la tunique et la toge. Ils firent preuve d’un zèle de parvenus, tout dévoués à Rome, aventuriers prenant de belles manières, errants transformés en citadins. Les Convènes, formés cependant de gens disparates, devinrent ainsi une population bien caractérisée, avec un pays parfaitement délimité, duquel est dérivé le Comminges, entité géographique qui s’est affirmée au cours des siècles et qui, de nos jours, est encore très vivace.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Plan du théâtre de Lugdunum. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Le théâtre dans sa configuration. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Le théâtre vu de profil, en coupe. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Le théâtre où se pressaaient 5 000 spectateurs. (Photo: Patrick Garcia)

 

   De la butte primitive, la ville s’étendit dans la plaine, avec ses beaux quartiers, ses grands monuments publics. Certes, elle n’avait pas l’ampleur ou la richesse de Nîmes ou d’Arles, mais l’enceinte qui l’enserrait, délimitait environ 4 à 5 hectares, pour la ville haute, seulement, sans compter toute l'aglomération dans la vallée, ce qui aurait représenté, au total une population d’environ   10 000 habitants, si l’on prend comme base le chiffre de  500 habitants par hectare, que Camille Jullian, le grand historien des Gaules, donne comme densité urbaine moyenne dans les villes gallo-romaines. Il faut savoir qu'à l'époque, Toulouse ne comptait que 20 000 habitants!

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Lugdunum, les thermes du forum, plan de situation, très dégradé, car les vandales ont pour jeu de le marteler avec des pierres.... (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Les thermes du forum, avec leurs embases de colonnes carrées, les bassins et en toile de fond, la cathédrale...  (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Les différents bassins et salles des thermes du forum, en petit appareil. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31):  Restes des murs des thermes du forum,  dans leur effondrement, les bases des bâtiments ont été sauvées du pillage, puisqu'ensevelies sous des tonnes de gravats, pour arriver à constituer plus tard un tertre... (Photo: Patrick Garcia)

    La ville dut sa prospérité à son rôle de chef-lieu administratif du pays des Convènes, à sa position géographique, au centre des Pyrénées, sur une grande voie de la Méditerranée à ‘Océan et à l’amorce des routes transpyrénéennes, à la richesse aussi qu’apportaient à la région, non seulement les produits du sol, mais ceux du sous-sol, les marbres fameux qui se vendaient à travers toute la Gaule, sans oublier le thermalisme qui, dès l’époque, faisait de Luchon, une station très en vogue.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Autres thermes, ceux du Nord. Regardez la différence entre les deux photos, ici, celle de 2007 et en dessous, celle de 2013, cet unique et très beau reste d'Hypocauste, est quasiment détruit du fait des vandales et du non entretien. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Ce segment d'hypocauste aujourd'hui détruit, permetait de comprendre le fonctionnement du chauffage des bâtiments et des piscines. L'air chaud des feux alimentés en permanence, circulait entre les pillettes circulaires verticales et chauffait l'épais et étanche radier du sol de circulation ou de la piscine.... (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Thermes du Nord de Lugdunum, une belle piscine circulaire. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Thermes du Nord de Lugdunum, escalier pour descendre dans une vaste piscine rectangulaire.  (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Magasins bordant les Thermes du Nord. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31):  Plaquage de marble in-situe dans cette autre piscine.(Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Les bâtiments étaient bordés de caniveaux pour récupérer les eaux pluviales et les amener par des égouts, dans des citernes... (Photo: Patrick Garcia)

   Et « Lugdunum Convenarum » connu des jours fastes jusqu’à ce que les premières invasions la secouent et que le déferlement « Vandale » ne l’achève dans les premières  années du 5ème siècle. Du moins en fut-il ainsi de la ville basse, qui était le triomphe de la romanité.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Vue de la cité antique qui s'étendait à perte de vue, depuis la cathédrale de St Bertrand. Au centre, en haut, le "Macellum", le marché de la ville. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Cathédrale de St Bertrand. Le saint est ici honoré à bout de bras. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Cathédrale de St Bertrand. Magnifique tombeau de Hugues de Castillon, évêque qui acheva la cathédrale  en 1352. Ce superbe gisant de l'époque, composte 6 panneaux, scènes de ses funérailles, sur les côtés. (Photo: Patrick Garcia

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Le tympan et l'entrée de la Cathédrale de St Bertrand. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Joli manoir dans la ville de St Bertrand. (Photo: Patrick Garcia)

    La ville haute, mieux protégée, survécut encore un siècle et sombra à son tour dans la ténébreuse et sanguinaire période mérovingienne…. Livrée au pillage et au massacre, elle resta morte 500 ans, jusqu’à ce qu’un pieux évêque, « Bertrand de l’Isle Jourdain », la ressuscitât au 12ème siècle, y plantant une magnifique cathédrale.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Dans la plaine de la cité de Lugdunum, l'antique église romane St Just. En ligne de mire, la cathédrale actuelle de St Bertrand de Comminges, l'ancienne Lugdunum. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Dans la plaine de la cité de Lugdunum, l'antique église romane St Just. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Dans la plaine de la cité de Lugdunum, l'antique église romane St Just. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Dans la plaine de la cité de Lugdunum, l'antique église romane St Just. Dans le tympan entouré de billettes romanes, le Christ en Majesté dans une mandorle. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Dans la plaine de la cité de Lugdunum, l'antique église romane St Just. Restes de polychromie sur les magnifiques chapiteaux.(Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Dans la plaine de la cité de Lugdunum, l'antique église romane St Just. Sur tout le pourtour extérieur, de nombreuses plaques funéraires romaines, ou des dédicaces, ont été incluses. (Photo: Patrick Garcia)

Le « Lugdunum » celtique allait se perpétuer sous le nom de « St Bertrand de Comminges ». N’est-ce pas une étonnante histoire que celle de cette cité pyrénéenne, redevenue de nos jours, simple bourgade, paraissant écrasée sous son passé ?

DE LONGUES ANNEES DE FOUILLES :

    Le Comminges était devenu le foyer archéologique de Georges Fouet qui allait s’y incorporer. Il devait lier son nom à une fouille d’une importance exceptionnelle : celle de la villa gallo-romaine de Montmaurin, un petit village du Nébouzan. En 1969, après 20 ans de recherches, il a publié sur ce monument, un ouvrage considérable qui apporte une contribution hors pair à l’archéologie gallo-romaine.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La "Save" qui baigne la Villa de Montmaurin. (Photo: Patrick Garcia)

    Cette villa dont nous allons raconter la découverte, s’étendait dans un beau vallon arrosé par la « Save » qui, quelques centaines de mètres en aval, s’engagera dans les défilés étroits et profonds-ceux de « Lespugue » ou fut trouvée la fameuse « Vénus » préhistorique dont nous avons parlé au début. L’endroit était remarquablement choisi : ce vallon forme une plaine très fertile, point trop large, abritée par des collines élevées qui lui évitent d’être balayée par les vents humides et froids, ou chauds, comme l’Autan. Nulle habitation, aujourd’hui dans ce site livré à la culture et jalonné de magnifiques frondaisons de peupliers, de chênes, d’ormes, et d’érables. Sur l’une des deux collines qui forment le vallon, le village de Montmaurin, qui a à peine 200 habitants, aligne ses maisons basses couvertes de tuiles.

   Des sondages effectués par le curé de Montmaurin à la fin du siècle dernier, avaient déjà révélé que le sous-sol de cette plaine cachait des ruines romaines. Le terrain appartenait à une famille paysanne, les « Miro », qui y porta intérêt. Ce serait beaucoup dire que cet intérêt était strictement archéologique. On rapporte dans le pays que l’hiver, les domestiques de la ferme étaient employés à extraire du sol les déblais qui étaient propres à engraisser les terres pauvres des environs. On raconte aussi qu’un mur romain fut démoli pour faire place à une plantation d’asperges. Puis, la chasse aux objets s’exerçait avec vigueur. Le grand père Miro avait même trouvé un système ingénieux, il faisait creuser des sillons profonds de 30 cm et ensuite, il ratissait le terrain avec une sorte de crochet attelé à la charrue, qui permettait de ramener des objets enfouis plus profondément. C’est évidemment une méthode à faire frémir les archéologues, mais pourrait-on en vouloir à la famille Miro ? Elle eut en tout cas le mérite d’attacher du prix aux trouvailles, de les conserver et, ainsi, figurent-elles aujourd’hui dans le remarquable petit musée qui a été aménagé dans le village de Montmaurin.

    Mais les scrupules des Miro, qui devaient par la suite consentir à vendre leur terrain à l’Etat, n’avaient pas été partagés par tous les paysans voisins. L’un d’eux, qui avait trouvé deux bustes de marbre, les avait vendu avant la guerre de 1914, à un antiquaire, pour la modique somme de 5 francs. Un peu partout, on devait repérer, ayant servi à des constructions, ou épars dans le village proche, des matériaux et des fragments de sculptures romaines. De singulières légendes se racontent le soir, aux veillées campagnardes. On assurait que des hommes rouges hantaient les ruines. On disait aussi qu’une chèvre d’or était enfouie sous des mosaïques ; et de fait, lorsque des dallages ornés furent découverts, ils furent défoncés par des mains mystérieuses qui recherchaient le mystérieux trésor.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Plan de situation bien expliqué. (Photo: Patrick Garcia)

    Cependant, le sol n’avait pas été trop bouleversé, malgré les légendes,  des trésors cachés, malgré les appétits des antiquaires. Le lieu avait des génies protecteurs imprévus : les vipères qui gîtaient dans les ruines souterraines, dans le chaos enfoui. Il arrivait que les labours dussent être interrompus par crainte des accidents, devant le pullulement des reptiles déterrés. Quand les fouilles commencèrent, les ouvriers du chantier durent se transformer en chasseurs de serpents, et ils en inscrivirent plusieurs centaines à leur tableau.

D’IMMENCES DOMAINES AGRICOLES :

    Comment se présentait le terrain lorsque les recherches archéologiques y furent entreprises en 1946 ? De la surface plane émergeaient deux petits îlots montueux où apparaissaient des restes de murs et entre lesquels s’étendait une luzernière. Georges Fouet jouait un coup de dés.

L’ensemble mis au jour est, comme nous l’avons dit, une villa gallo-romaine. N’imaginez pas une villa dans l’acception moderne, avec une senteur de banlieue. La villa gallo-romaine était la résidence d’une grand propriétaire terrien, le centre d’un immense exploitation agricole. Elle était constituée par un grand nombre de constructions. L’édifice principal était la demeure du seigneur des lieux : c’était le plus souvent, un véritable palais. Tout autour s’étendait les communs et les bâtiments d’exploitation.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Vesuna à Périgueux, maquette pour mieux comprendre l'organisation du palais. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Autre vue. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): Plan d'une villa classique pour riche aristocrate. (Photo: Patrick Garcia)

   Si l’on a exploré un certain nombre de villas gallo-romaines, jamais encore on en avait découvert une si vaste, si complète que celle de Montmaurin. Qu’on en juge par quelques chiffres : la villa couvrait une superficie totale de 18 hectares, la demeure seigneuriale (la seule qui ait été presque entièrement dégagée par les fouilles, la « villa rustique » restant enfouie sous les cultures et n’ayant fait l’objet que de sondages) avait près de 4 hectares ; elle ne comportait pas moins de 200 pièces ! A titre de comparaison, signalons que 120 pièces ont été reconnues à la villa de Saint Ulrich, près de Sarrebourg.

     Devant une telle ampleur des bâtiments de résidence et d’exploitation, on se demande qu’elle pouvait être l’étendue du domaine, du « fundus ». Comme nous le verrons plus loin, celui-ci devait couvrir au moins une bonne partie du pays du Nébouzan qui, au Moyen-Âge, ne comprenait pas moins de 8 paroisses.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Vue verticale de la villa. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Vue en élévation. (Photo: Patrick Garcia)

   On doit compter sur une superficie de 1 500 hectares environ de terres arables et en prairies, auxquels il faut naturellement ajouter les forêts. Certes, la villa de Montmaurin devait être une des plus vastes du sud-ouest, bien que les très grandes propriétés fussent de règle ; on verra, en effet, au 4ème siècle, le rhéteur Ausone, qui était de Bordeaux, qualifier de « petit domaine » une propriété de 260 hectares.

   Quant au personnel employé, on a pu l’évaluer à environ 500 personnes. Les seuls communs de la villa de Montmaurin- la « villa rustique »- en abritaient bien 300, mais étant donné l’étendue du domaine, tous les paysans n’y résidaient point. A l’intérieur du « fundus » dans les parties les plus éloignées, il y avait de petites villas annexes- des fermes, pourrait-on dire- cultivées pour le compte direct de la villa centrale ou exploitées par des colons payant une redevance de fermage.

 

UN LUXUEUX PALAIS SEIGNEURIAL :

   La façade était constituée par un grand mur rectiligne de 200 mètres de longueur. On entrait d’abord dans une cour d’honneur, en hémicycle, véritablement démesurée, large de 53 mètres, profonde de 31, bordée d’un portique aux colonnes et aux chapiteaux de marbre. Là encore était élevé le sanctuaire de la villa, un temple dont nous évoquerons le plan original dans la suite. De cette cour d’honneur, on passait dans une cour intérieure, celle-ci couvrait une superficie de près de 600 mètres carrés ; un péristyle l’encadrait. Les principales pièces de la demeure donnaient sur cette cour, mais le propriétaire s’était ménagé, au surplus, un quartier privé, plus intime, groupé autour d’une troisième cour qui occupait, en position surélevée, le fond de l’immense ensemble.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. A l'entrée, à l'extérieur, les logements pour les concierges chargés de surveiller l'arrivée des visiteurs, voir plan. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, a chaque extrémité de l'entrée, et de part et d'autre des logements des concierges, des pavillons carrés, d'où partent la grande colonnade à portiques en demi cercle qui amène à lentrée proprement dite du palais, délimitant ainsi une cour semi-circulaire, où se positionne un fanum, temple dédié aux divinités.  (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, la fameuse galerie circulaire à colonnes (Photo: Patrick Garcia)

 

 

    Le plan est impressionnant par son unité, son ordonnance, son ampleur ; aucun dédale, aucune confusion, aucune subordination d’une partie à une autre. Il n’est pas de construction plus rationnelle, moins complexe, malgré ses dimensions réellement gigantesques. Chaque fois qu’un agrandissement a été décidé, il est venu se juxtaposer, tout naturellement, aux constructions existantes. Ce palais seigneurial qui, a-t-on pu écrire, « préfigure curieusement nos manoirs rustiques » n’était pas la simple maison de campagne d’un aristocrate venant y séjourner à certaines époques de l’année. Il était l’habitation d’un grand propriétaire vivant en permanence sur ses terres.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, le "fanum", le temple du palais, l'entrée est face à nous, un escalier de pierres devait mener au sanctuaire polygonal, protégé par un second mur.  (Photo: Patrick Garcia)

 

   Cette villa était dotée du confort moderne, comme on dirait aujourd’hui. Non seulement le chauffage central était appliqué aux termes- ce qui était naturel- mais également à plusieurs pièces de réception et d’habitation. L’air brûlant circulant sous les planchers et derrière les parements des murs. On peut supposer qu’il y avait, d’autre part, une glacière, où l’on conservait les blocs amenés des Pyrénées ; une cuve dégagée près es termes servait apparemment à cet usage qui, on le sait, été répandu dans le monde romain. Qui plus est, la villa était dotée de l’eau courante.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Hypocauste, le systéme de chauffage des sols passagers et de ceux des piscines. De grands feux sont alimentés en permanence, la chaleur circule entre les pilettes circulaires et chauffe le radier recouvert de marbre.  (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, grande salle à manger chauffée par hypocauste. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, autre partie de la salle à manger, conduits de chaleur. (Photo: Patrick Garcia)

    Les fenêtres étaient garnies de vitres, comme le prouvent les débris considérables qui ont été retrouvés. Certes le verre à vitre était connu à l’époque, mais son emploi restait fort dispendieux. Le luxe architectural se doublait d’un riche décor mobilier : statues et bibelots devaient être abondants. On en a retrouvé un certain nombre : une Vénus drapée, qui pourrait être une copie de Phidias, en marbre pyrénéen ; une danseuse en ivoire qui garnissait un coffret ; une tête d’Hélios-Sérapis en bronze, un buste d’adolescent, une biche votive, ainsi qu’un marbre sur lequel a été gravée à la pointe, une caricature : le profil-charge d’un patricien qui, chose curieuse, rappelle étonnamment le portrait d’un banquier pompéien « Lucius Cecilius Jucundus » dont l’on possède un buste en argent. Ce butin de sculpture, pour être qualité, est cependant encore maigre. Les envahisseurs barbares ou les chrétiens en haine du paganisme, ont du se débarrasser des bustes qui ornaient la villa et, sans doute les jeter dans un trou, en fait un dépotoir, comme cela est souvent arrivé. Peut-être un jour les découvrira-t-on ? On pense qu’une mare proche, pourrait à cet égard, se révéler un véritable musée de statuaire.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, les thermes personnels du seigneur, avec de grandes colonnades de marbre. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, piscine tout de marbre vêtue.  (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, abside d'une piscine marbrée. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, colonnes des thermes. (Photo: Patrick Garcia)

    Le propriétaire s’était fait aménager tout un quartier thermal, dont les pièces, les piscines, les vasques, les escaliers, les latrines, le promenoir, nous sont parvenus en assez bon état de conservation. Des revêtements de marbres polychromes ornaient cet établissement, dont la partie centrale était constitué par un nymphée que l’on a pu qualifier de « joyau archéologique ». Celui-ci était encadré par un péristyle dont les colonnes ont été retrouvées sur place et redressées ; leurs chapiteaux sont d’un curieux dessin inconnu dans l’architecture romaine et qui pourrait être d’inspiration orientale. Il est important de souligner que ce nymphée reproduit en réduction, celui de la fameuse villa impériale d’Hadrien au Tivoli.

   Dans toute la villa abondaient les marbres venus des proches carrières pyrénéennes de St Béat, de Sarrancolin et de Campan que les romains avaient mises en exploitation et qui assuraient leur vente dans toute la Gaule et même dans l’ensemble de l’Empire romain. Le bâtisseur de St Montmaurin avait même poussé le luxe jusqu’à faire venir du porphyre vert de Sparte. C’est en marbre qu’étaient pavées les pièces, qu’étaient lambrissées les salles d’apparat. Plus rares étaient les sols de mosaïques, aux simples dessins géométriques ou aux motifs végétaux stylisés, mais qui rachetaient leur monotonie par une grande vivacité de coloris.

    Le seigneur avait même ses jeux. A cet égard a été faite une curieuse découverte : celle d’une plaque de marbre allongée, dans laquelle sont aménagés 9 trous, dont 7 sont en fond, disposés en triangle. C’est ni plus ni moins qu’un billard…japonais.

    On connaissait, jusqu’à présent, bien des jeux romains qui se sont perpétués jusqu’à nos jours- les dés, les osselets,le tric-trac, les dames, d’autres encore- mais un tel billard est une trouvaille inédite qui prouve la pérennité des distractions humaines…

    C’est au nord du palais que s’étendaient les vastes bâtiments, les grandes cours qui formaient la « villa rustique ». Là, logeait le personnel de l’exploitation, généralement dans des maisons simples, en torchis avec couverture en chaume, qui étaient la tradition locale. Là étaient distribués les écuries, les étables, les hangars, les ateliers, les greniers. L’outillage qui a été découvert dans les fouilles est singulièrement évocateur de la vie rurale et artisanale des Gallo-romains. Il est présenté au petit musée aménagé dans le village même. On trouve tous les instruments des cultivateurs, maçons, charpentiers, menuisiers, marbriers, forgerons, bourreliers, cordonniers, peaussiers. C’est tout un matériel dont les formes et l’emploi ont traversé les siècles et que l’on pourrait croire extrait d’un actuel bazar de village. L’outillage pour le soin des animaux d’élevage est particulièrement complet. On a exhumé en particulier des outils de chirurgie vétérinaire, tels qu’un bistouri de castration et jusqu’à un appareil pour raser le poil des bovins.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, ici l'atrium, cour avec galerie de portiques, les eaux pluviales s'écoulaient dans le bassin central en orange.  (Photo: Patrick Garcia)

    Il est prouvé que l’immense domaine vivait en autarcie. Les fouilles ont révélé abondance de scories et de morceaux de métal impur : les minerais de fer étaient traités par le procédé des « forges Catalanes ». De même, les tuiles et briques, carreaux, dallages étaient fabriqués sur place. Les nombreux pesons de métiers à tisser, de toutes tailles, qui ont été découverts, montrent que l’on faisait des étoffes de différents modèles.

UN SYBARITE : LE MAITRE DE MONTMAURIN

    Le seigneur de Montmaurin se nourrissait d’une façon raffinée ; on en a trouvé dans les fouilles. Il avait une prédilection pour les « fruits de mer ». Cela n’est point fait pour nous étonner, car on connait la passion  qu’avaient les romains pour les coquillages. La culture  des huîtres avait même, en Gaule une telle importance qu’on peut la supposer antérieure à conquête romaine. Le poète Ausone, au 4ème siècle, en distinguait avec raffinement les différentes espèces, plaçant en tête- comme il se doit, car il était bordelais- celles du Médoc. : « A mon avis, écrivait-il, les meilleures de toutes, nourrissons de l’Océan médocain, ont porté le nom de Bordeaux, grâce à leurs admirateurs, sur la table des Césars, qui les a rendues aussi fameuses que notre vin. Elles ont la chair grasse et blanche, un jus doux et délicat, où une légère saveur de sel, se mêle à celle de l’eau marine. Derrière elles, mais très loin, viennent celles de Marseille. Il y a des amateurs pour les huîtres de la mer armoricaine, pour celles que ramasse l’habitant de la côte des Pictons (Vendée). »

47 COLLECTEUR EAU PLUIE ET BASSIN 662 copie

Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, dans les jardins, des collecteurs d'eau pluviales et de bassins, amènent dans des citernes ou dans des égouts.  (Photo: Patrick Garcia)

      Mais en dehors des huîtres, le châtelain de Montmaurin s’offrait des coquillages les plus variés. Comment tous ces fruits de mer étaient-ils transportés et conservés ? Certes, la côte bordelaise n’était pas loin, et les huîtres y étaient cultivées pouvaient être amenées en quelques étapes, dans toute leur fraîcheur. Mais les envois de la Méditerranée, par exemple de l’étang de Berre, dont Strabon vantait les huîtres au 1er siècle ? Le problème du transport était certainement résolu, puisqu’on a trouvé des écailles très loin à l’intérieur de la Gaule et que, si l’on en croit Ausone, Bordeaux exportait ses huîtres jusqu’à Rome.

    Une découverte faite dans la villa de Montmaurin peut nous éclairer sur ce point : celle de viviers où se trouvaient encore des fruits de mer, y étaient, selon toute vraisemblance conservés dans une saumure, dont la composition, donnée par un auteur de l’Antiquité, reconstituait les principaux éléments de ‘eau de mer. Le transport devait se faire dans des jarres remplies de cette saumure.

   Les escargots étaient également en faveur sur la table de ce seigneur, aussi bien les gros escargots de Bourgogne que les petits gris. On a même retrouvé un instrument perfectionné, à la fois pince et cuillère, qui était employé pour les manger.

    On doit, sur la nourriture à Montmaurin, beaucoup de renseignements à la paresse des serviteurs de jadis qui, partisans du moindre effort, se débarrassaient des ordures et des déchets en creusant des trous dans les cours ou aux abords des bâtiments, au lieu de les porter au loin.

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, N° 49 et 50, portiques circulaires des promenoirs du jardin des appartements privés du maître, tout en haut du palais. (Photo: Patrick Garcia)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, l'autre partie du N° 49 et 50. (Photo: Patrick Garcia)

    Les hôtes de la villa étaient grands chasseurs et on a retrouvé dans les fouilles des fragments des armes dont ils se servaient, telles que pointes de flèches et traits de fer. Le soin avec lequel les moindres vestiges osseux ont été recueillis et analysés a permis une identification du gibier. C’était en première ligne le sanglier, dont on a retrouvé sur place les restes de plus de 115 individus. Venaient ensuite les cerfs, les chevreuils, les ours aussi, qui hantaient les régions pyrénéennes, où l’en en trouve encore de nos jours. Les lièvres étaient également chassés et appréciés. Parmi les autres animaux sauvages, il faut citer le renard, le castor, le blaireau, la fouine, la loutre, la belette. Point de reste de loups, qui devaient cependant abonder mais qu’on laisser certainement sur les lieux où on les avait abattus.

    Les sujets d’élevage étaient les bœufs (les veaux sont restés une spécialité du Nébouzan), le porc, le mouton, la chèvre, le cheval, sans oublier les oies et les poulets. Notons, au sujet des animaux, que les fouilles ont résolu un problème qui était très controversé : celui de l’existence du chat domestique en Gaule romaine, on a en effet trouvé 2 squelettes de cet animal, ainsi que l’empreinte d’une patte sur l’argile molle d’une brique.

      La pêche, plus particulièrement celle d’une truite, qui peuple toujours la Save, devait être un passe-temps recherché. On a trouvé dans les fouilles un trident pour harponner le gros poisson, des hameçons de différents calibres et un tesson qui semble bien avoir appartenu à quelques « bouteille » employée pour la pêche au menu fretin.

    Les fruits ? On sait qu’aux pommiers et aux noisetiers qui fournissaient les fruits traditionnels de la région étaient venus s’ajouter les cerisiers importés de l’Orient et les châtaigniers venus d’Italie. La vigne avait été, elle aussi, importée par les Romains, mais le vin ne détrônait pas pour autant le cidre, qui restait une boisson très en faveur. Les fromages devaient tenir une large place sur les tables. Martial mentionne, dans une épigramme, les fromages carrés, dits « de Toulouse »,casei tolosani, qui s’ils étaient vendus dans cette ville, étaient produits dans les pâturages pyrénéens. Il faut croire qu’ils avaient une bonne renommée car on les expédiait même sur les marchés de Rome.

QUI ETAIT LE SEIGNEUR DE MONTMAURIN ?

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Voir plan, Vue depuis le N°54, le triclinium, la salle à manger surélevée particulière du seigneur, d'où il pouvait admirer et surveiller toute la surface de son palais, jusqu'aux portiques d'entrée, à 125 mètres de là! (Photo: Patrick Garcia)

      La question vient à l’esprit : quel était le propriétaire si fastueux, si raffiné, de Montmaurin ? Ou, plus exactement, quels furent la famille ou les propriétaires successifs de ce domaine- car celui-ci eut une existence assez longue ? On ne le saura sans doute jamais. On peut cependant supposer un nom : « Nepos ou mieux, Nepotius », d’où serait venu le nom de Nébouzan.

    On sait que lorsqu’Auguste ordonna la confection du cadastre, les domaines furent alors strictement délimités et inscrits sous un nom. Celui-ci fut, d’habitude constitué du nom du propriétaire suivi d’un suffixe qui était fréquemment, dans le Midi, le suffixe « anum ». Nombreux sont les villages qui perpétuent de nos jours le nom d’un propriétaire terrien de l’antiquité. Dans la région des Pyrénées centrales, Aureilhan, près de Tarbes, n’est autre qu’Aurelianum, le domaine d’un certain Aurelius ; Barbazan, petite ville d’eaux des Hautes-Pyrénées, conserve le souvenir d’un certain Barbatius. Non loin de Montmaurin, les villages de Frontignan, de Polignan, de Siradan, d’Antichan rappellent les noms de propriétaires qui s’appelaient Frontinus, Paulinius, Siradus, Antistius.  Le Nébouzan aurait reçu ainsi le de « Nepotianum », le domaine de « Nepotius » et sans doute, la magnifique villa de Montmaurin était le centre de ce domaine, le château du seigneur de ces lieux.

     Ce « Nepotius » était-il un riche marchand de « Lugdunum Convenarum » ? N’était-il pas plutôt un grand fonctionnaire impérial ou un officier heureux comblé par le régime et devenu gentilhomme campagnard ? On le croirait volontiers, car son luxe même, les dispositions qu’il adopta pour son palais semble prouver qu’il fréquenta la cour, en tout cas celle de Trèves qui supplanta Rome, passée sous la menace barbare. Mais rien n’exclut non plus que ce « Nepotius » fut un gaulois enrichi par l’occupation romaine et qui, par flagornerie ou snobisme, avait tenu à s’installer comme un grand seigneur romain.

       Quelle était la vie de cet homme ? Il est facile de l’imaginer. Il demeurait sur son domaine, au moins la plus grande partie de l’année. Mais sa vie était celle d’un châtelain et il ne devait guère s’occuper des problèmes agricoles. De temps en temps, il allait faire le « tour du propriétaire agricole » en montant un de ces chevaux de race dont l’élevage était déjà réputé, avant même la conquête romaine, dans les plaines au pied des Pyrénées. Cette promenade lui demandait une longue journée, tant ses terres étaient immenses. Sa villa ne désemplissait pas ; il offrait bon gîte, avait table ouverte et recevait avec faste. On venait volontiers faire étape chez lui en se rendant aux eaux dans l’unes de de ces proches stations thermales des Pyrénées qui étaient le rendez-vous de la « gentry » de l’époque. Bagnères-de-Bigorre (Vicus Aquensis) ou, plus près, Luchon (Aquae ou Thermae Onesiorum). On admet aujourd’hui qu’Auguste fit des « saisons » dans ces deux stations. Quelle publicité, cette impériale présence dut leur assurer !

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Le plan, pour suivre la visite.  (Photo: Patrick Garcia)

      «  Nepotius » entretenait aussi des relations avec les grands propriétaires de la région, installés eux-mêmes dans des villas qui, pour n’avoir pas l’ampleur de la sienne, offraient elles aussi confort et luxe. Non loin, un certain « Aconius Taurus », propriétaire de la villa de « Chiragan » (près de l’actuelle petite ville  de Martre-Tolosane), accumulait sans vergogne et jusqu’à la saturation, statues d’empereurs et de personnages officiels. Les fouilles qui ont été effectuées au siècle dernier ont été révélatrices à cet égard. Il y avait ainsi, jadis, entre les châtelains, de singulières concurrences dans le tape à l’œil, de vives surenchères dans les collections d’art. Le phénomène n’est pas d’aujourd’hui…

georges fouet

 

Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Le grand archéologue Georges Fouet qui mit à jour l'essentiel de la villa. (Image du net)

mosaïques

Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Ici une mosaïque. (Photo du Net)

     Enfin, « Nepotius » résidait fort près de « Lugdunum Convenarum » et il lui fallait pour s’y rendre, tout au plus une heure et demi de cheval. Les fonctionnaires et les marchands qui y habitaient, regardaient avec considération et envie ce grand seigneur terrien qui les éblouissait de son luxe, devait avoir son fauteuil au théâtre dans les gradins réservés aux personnalités et donnait certainement au bon peuple, à ses frais, des spectacles à l’amphithéâtre : combats de gladiateurs ou combats d’animaux. Il ne manquait point de bêtes sauvages dans les Pyrénées- ours, loups, sangliers, cerfs- et on peut imaginer que « Nepotius » fournissait des animaux pour les « venationes » d’une partie de la Gaule. A ce titre, son nom devait être connu parmi le grand public des jeux de l’arène, de même que tel grand propriétaire espagnol a aujourd’hui renom par sa « ganaderia ».

     Le seigneur de Montmaurin aimait certainement les voyages. L’Espagne était proche grâce aux routes très pratiquées qui traversaient alors les Pyrénées centrales. Une inscription découverte à « Lugdunum Convenarum » rappelle qu’il y avait dans la ville, un « Galliarum »- le « quarantième des Gaules »- et correspondant à un droit de 2,5% sur toutes les marchandises entrant en Gaule ou en sortant.. Soit dit en passant, un bureau des Douanes comprenait notamment, à l’époque un préposé, un contrôleur, une brigade. Rien n’a changé à cet égard, depuis 2 millénaires. On aimerait savoir si la formule : « N’avez-vous rien à déclarer ? » était déjà en vigueur…*

DE L’ECLAT A LA DECHEANCE

      Les fouilles ont permis d’établir les étapes de la vie et de la mort de cette villa. Georges Fouet est arrivé à des conclusions certaines. L’emplacement avait été très anciennement habité ; on y a retrouvé une station préhistorique de l’époque néolithique. Puis il y eut alentours, des groupements gaulois importants.

      Un premier établissement gallo-romain s’éleva au milieu du 1er siècle, sous le règne de Claude ou de Néron. Il fut conçu d’emblée avec ampleur : la construction centrale mesurait, en effet, 178 m sur 130 m et elle était entourée d’un certain nombre de bâtiments d’exploitation.

     Cette première villa connut un siècle et demi de prospérité, puis une période d’abandon dont on ne connait pas la raison. Peut-être une grande crue de la « Save » avait-elle ravagée le domaine. Vers le milieu du 3ème siècle, le grand édifice central devient essentiellement la demeure du maître, de petites fermes se dispersant aux environs. Vers 330, la maison seigneuriale est aménagée et embellie. Une vingtaine d’années après, une nouvelle campagne de travaux, qui voit la construction, notamment, du grand portique d’entrée et du temple : c’est alors que la villa prends les allures d’un palais, avec une ampleur et une somptuosité qui ont peu d’équivalents.

     Notez bien que les premières grandes invasions avaient déferlé entre-temps. Une bande de Francs ou d’Alamans avait dû passer dans le Comminges et y causer des dévastations, car semble prové qu’une partie de « Lugdunum Convenarum » (St Bertrand de Comminges) fut alors détruite. Quoi qu’il en soit, les châtelains de Montmaurin ne cessèrent de vivre dans une quiète sérénité, qui confinait à l’imprudence car, nulle part, on n’a trouvé de système de défense ou même de simple protection. Ils étalaient leur luxe et l’offraient sans cesse aux tentations.

      La villa ne conserva pas longtemps l’éclatant visage que lui avait donné les derniers grands travaux du milieu du 4ème siècle. Quelques années après, en effet, un incendie occasionna de graves dommages. Fut-il provoqué par le passage d’une nouvelle horde de barbares ? On ne sait. Les bâtiments se resserrent alors et el domaine se contracte, la vie se déroule dans un cadre appauvri, réparé tant bien que mal. Le propriétaire a dû abandonner les lieux. C’es est fini du luxe, de la grande culture ; de pauvres paysans continuent de vivre à Montmaurin, mais il y végète dans une saleté repoussante.  Au début du 5ème siècle, c’est la grande invasion Vandale, elle engloutit l’œuvre romaine : la horde germanique, qui a forcé le passage du Rhin à la fin de l’année 406, serait arrivée d’un seul élan aux Pyrénées, au pied desquelles elle aurait cantonné 2 ans, avant de poursuivre sa marche vers l’Espagne et l’Afrique du Nord.

     Il y eut pillage systématique lors de la destruction finale de la villa. Les sculptures furent brisées et les débris éparpillés. Les barbares destructeurs capèrent en trois points des bâtiments ; on a retrouvé les grands foyers dans lesquels ils brûlèrent toutes les boiseries (c’est là qu’on a découvert toutes les ferrures et les gonds des portes et volets). Ils firent festin : un groupe mangea un gros bœuf et un autre, à la fois un bœuf et un cerf.

LE RETOUR A LA TERRE

    Voilà donc quelques étapes de l’histoire de Montmaurin. Celle-ci eut ses fastes et ses déchéances, ses facettes brillantes et ses revers ternis. Et cela est normal, car elle porta sur 3 siècles. Quand nous plongeons dans un passé lointain, nous avons quelque peine à imaginer le temps dans sa plénitude. Une sorte de contraction des périodes se fait en notre esprit. Montmaurin a vécu 300 ans. Reportons nous à une échelle contemporaine et imaginons une grande propriété actuelle qui aurait été constituée au début du siècle de Louis 14. Aurait-elle aujourd’hui tous ses biens-fonds d’origine ? Toute son étendue, tous ses bâtiments dans leur état ? C’est douteux. On est même étonné que Montmaurin soit resté aussi longtemps prospère, surtout quand on considère les immense dimensions du domaine et l’ampleur fastueuse des constructions. Certes les invasions lui ont porté des coups et, notablement, celle des Vandales…

    On entrevoit mal, en vérité, l’organisation économique d’un tel domaine. De quelle fortune immense devait disposer cet homme, qui, d’emblée, se tailla cette propriété de 1 500 hectares et s’y fit construire une demeure aussi luxueuse ! C’est trop commode d’invoquer le régime du travail de l’époque, l’esclavage et le colonat, la main d’œuvre à bon marché. Il n’en fallait pas moins des capitaux d’exploitation importants et tout un système économique et financier. Tout cela suppose une gestion très stricte. En admettant que la propriété ait toujours appartenue à la même famille « Nepotianus », c’est au moins une quinzaine de générations qui s’y succédé durant 3 siècles. Dans le nombre, il y a eu certainement un ou plusieurs « fils de famille » qui, fuyant l’existence campagnarde, si fastueuse fût-elle, sont allés mener la vie à grandes guides à Toulouse ou à Arles, sinon à Rome et qui, pour cela, ont largement entamé le patrimoine familial. Les fils prodigues sont de toutes les époques….

     Les barbares ont souvent bon dos et les révolutions interviennent à point pour donner à une déchéance familiale ou sociale, le lustre de l’adversité politique.

      Une des conclusions les plus intéressantes des fouilles est de nous prouver que le plein essor de Montmaurin fut atteint au 4ème siècle, sous le règne de Constantin et des ses fils. Il apparait bien que sous ses empereurs, il y eut en Gaule, un extraordinaire regain de richesse et de prospérité. Certes, il y avait eu, au siècle précédent, invasions et ruines, mais les dommages furent réparés rapidement et, à la faveur des temps troublés, des personnages habiles réussirent à agrandir leurs domaines. Les grandes fortunes se portaient maintenant sur les terres. On abandonnait volontiers les villes qui avaient été l’objet des convoitises des barbares, et qui, maintenant enfermées dans une enceinte étroite, devenaient peu habitables. C’était le retour à la terre mais dans un cortège de luxe.

reconstitution de thermes privés

Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Reconstitution d'un therme personnel de propriétaire de villa. On distingue bien les hypocaustes chargés du chauffage des bassins... (Image du Net)

     Grâce au travail de l’archéologie qui fait intervenir l’examen attentif de tous les déblais (tous passés au tamis), l’étude des matériaux, des objets et monnaies trouvées sur place. La méthode stratigraphique est appliquée aujourd’hui, dans les fouilles avec une extrême rigueur, elle permet de distinguer les différents niveaux d’habitat et de civilisation et de remonter le fil de l’histoire.

éphèbe de bronze

 

Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Objets trouvés sur site et exposée au musée de la Mairie de Montmaurin. Ici, un éphèbe de bronze. (Photo du Net)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Objets trouvés sur site et exposée au musée de la Mairie de Montmaurin. Ici une Vénus. (Photo du Net)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Objets trouvés sur site et exposée au musée de la Mairie de Montmaurin. (Photo du Net)

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Palais Gallo-romain de Montmaurin et de St Bertrand de C. (31): La Villa de Montmaurin. Objets trouvés sur site et exposée au musée de la Mairie de Montmaurin. Diverses statues. (Photo du Net)

    L’archéologie, nous a dit en riant, Georges Fouet, est le plus passionnant des romans policiers ». C’est en effet, toute la chaîne d’une histoire complexe qu’il faut retrouver, en partant souvent de simples indices, en lançant des hypothèses fragiles qui, parfois, seront sanctionnées par des certitudes intervenant après de longs découragements. Répétons-le : une vingtaine d’années de patientes recherches ont été nécessaires à Montmaurin pour arriver à des conclusions.

         Rien n’est nostalgique comme d’errer aujourd’hui à travers les ruines de la villa de Montmaurin. Les fondations, les pans de murs, les objets trouvés sont suffisamment importants pour que l’on puisse évoquer la somptuosité du palais seigneurial, toutes ces constructions qui nous paraissent aujourd’hui démesurées, mais qui étaient cependant toujours marquées par un goût sûr, par le souci de l’ordonnance et la recherche de la beauté. L’ensemble de Montmaurin constitue une puissante évocation de la vie gallo-romaine en même temps qu’il représente une belle leçon de foi et de méthode archéologiques.

 Texte tiré de l’ouvrage d’HENRI PAUL EYDOUX «  La résurrection de la Gaule » aux éditions François BEAUVAL (1976).

PATRICK GARCIA