Il y avait beaucoup de monde, malheureusement, peu de jeunes, salle des fêtes de Montpezat, pour une très belle après-midi dédiée à l’histoire de la cité.

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    C’est la maire de la commune, Mme Jacqueline Seignouret, qui accueillait les participants et présentait le sommaire de cette édition :

- M. Alain Lafage, ancien médecin de la commune, historien local, pour passer en revue les évènements de la commune, « De l’origine, jusqu’à la Révolution ». Depuis la parution de cet article, et quelques mois après cette réunion, le Dr Alain Lafage nous a quitté, lui qui souffrait depuis longtemps d'un mal incurable.

- M. Jean François Garnier, archéologue et Pt de la Société d’Archéologie et d’Histoire de Villeneuve sur Lot, pour une présentation des divers objets anciens trouvés lors de la construction du château d’eau, près de l’église paroissiale en 1976.

- Évocation des personnalités natives de Montpezat, auxquelles certaines rues du village rendent hommage, par les historiens locaux.MM Alain Lafage et Roland Sorin.

- Présentation, par M. Rémi Constant, maire de Layrac, de son ouvrage : « Le Dictionnaire de l’Agenais et du Lot et Garonne »

- MM Alain Lafage et José Malbec feront des dons à la commune.

- Mme Florence Baie, biographe privé, donnera une évocation du Montpezat contemporain au travers du fruit de ses recherches, collecte des témoignages des anciens de la commune (ouvrage à paraitre).

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Montpezat(47) Journée Histoire: Alain Lafage accueillit par ses amis et admirateurs. (Photo: Patrick Garcia)

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Montpezat(47) Journée Histoire: Alain Lafage, a tenu son auditoire sous le charme par son éloquence et son esprit vivace. (Photo: Patrick Garcia)

   C’est donc M. Alain Lafage qui débute cette communication. Cet éminent historien, aborde son exposé en précisant qu’il a fait pour ses auditeurs du jour, un synthèse de l’ouvrage de référence, pour Montpezat, écrit par André de Bellecombe, et publié en 1898 : « Histoire du château, de la ville, de ses seigneurs et barons, de Montpezat, et de l’Abbaye de Pérignac », et qui, par ailleurs, est réédité par la municipalité où il est à la vente pour la somme de 20 euros. Gros travail de lecture et de mise en forme de cet énorme pavé, très documenté. Il rappelle que les débuts de Montpezat sont certainement liés au « Pech de Lafage », le coteau qui borde la commune, route de Dolmayrac, où l’on trouve de nombreuses traces d’habitats anciens, de fosse pour recueillir les eaux, ainsi que des restes de trous de boulins sous des petites falaises, prouvant que l’homme a habité ici il y a fort longtemps, et certainement avant de se réfugier sur le promontoire « du Moulin » qui supportait un grand château fort. Pendant une heure, le savant docteur va captiver son auditoire en laisser comme un goût de regrets, dans toutes les têtes, quand il évoquera les richesses passées, celle du château, vendu aux temps modernes, à un carrier, pour trois fois rien, mais aussi, à la riche abbaye de Pérignac, dont il ne reste rien, et qui rayonna dans toute la région. Enfin, car je ne peux tout narrer, il aborda la « Guerre de 100 Ans », dont l’un des détonateurs fut  la prise de St Sardos, à une portée de flèche de Montpezat. Au début, les barons de Montpezat était fidèles aux anglais, puis revinrent vers le roi de France, plus tard, combattre leurs anciens alliés, avec la même férocité avec la quelle ils combattaient pour les anglais. Alain Lafage tint ainsi en haleine son public par de nombreuses anecdotes… Qui a dit que l’Histoire était ennuyeuse ?

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Montpezat(47) Journée Histoire: Jean François Garnier, éminent archéologue et historien, a commenté les trouvailles archéologiques trouvées sur l'esplanade du château. (Photo: Patrick Garcia)

Jean François Garnier, raconta avec sa faconde habituelle, le sauvetage, fait en catastrophe, effectué lors de la construction du château d’eau en 1976, il y a 40 ans… Vu l’urgence des travaux, l’équipe d’archéologues bénévoles ne put vraiment étudier le terrain dans de bonnes conditions, réduite, parfois, à ne récupérer les débris archéologiques sur le tas de gravats. Malgré tout, dans les silos détruits, des reliefs de repas, une serrure du 12ème siècle, une clé, un fer de sabot d’âne….

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Montpezat(47) Journée Histoire: reliefs de repas trouvés dans les terrassements du château d'eau. (Photo: Patrick Garcia)

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Montpezat(47) Journée Histoire: outils métalliques dont un marteau en haut à gauche et les restes d'une serrure... . (Photo: Patrick Garcia)

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Montpezat(47) Journée Histoire: Un joli pichet recueilli dans les mêmes déblais. (Photo: Patrick Garcia)

Et surtout un très beau vase à servir, de la même époque ont été retrouvés. J.F. Garnier expliqua le pourquoi de silos, à quoi il servaient (à maintenir la nourriture en parfait état), comment on les rendait aseptisés (en faisant bruler des fagots de bois à l’intérieur), et ce qu’ils étaient devenus avec le temps : des dépotoirs. Dans ces dépotoirs, on peut trouver de tout, et ils permettent souvent de remonter le tems, pour peux que l’on sache déterminer ce que sont les objets découverts et leur âge…

    L’archéologue lança un appel, pour retrouver des éléments de la fameuse météorite signalée au début du 20ème siècle, et dont les morceaux tombèrent entre la rivière le Lot et Prayssas. Pouvoir les recenser géographiquement, permettrait de savoir à quel niveau du sol est tombé le noyau.

     Alain Lafage revint sur scène pour évoquer la vie des 3 illustres « Manec » famille de grands médecins du 18/19ème siècle, qui furent de grands chercheurs et travaillèrent dans les plus grands et renommés hôpitaux parisiens, et, après avoir édité de gros volumes de découvertes scientifiques, finirent leurs jours dans la commune qui les vit naître, honorés par toute la professions et leurs concitoyens. A noter qu’un des trois revint exercer à Montpezat.

 

 J’ai réussi à trouver dans les annales de Jules Andrieux, quelques renseignements sur la vie des deux plus éminents Manec, que je glisserai à la fin de compte rendu.

UN DON A LA MUNICIPALITÉ:

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Montpezat(47) Journée Histoire: Alain Lafage offre la fameuse épée à la municipalité. (Photo: Patrick Garcia)

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Montpezat(47) Journée Histoire: Une photo pour l'Histoire . (Photo: Patrick Garcia)

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Montpezat(47) Journée Histoire: JF Garnier vint expliquer les décorations de la garde. (Photo: Patrick Garcia)

Pour terminer, le docteur Lafage offrit à la municipalité, l’épée de Polytechnicien de Pierre Joseph Manec. Un très bel objet superbement décoré et commenté par Jean François Garnié. On imagine la joie des élus de Montpezat qui vont se réunir pour réfléchir à la meilleure manière de mettre en valeur ce bel objet.

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Montpezat(47) Journée Histoire: Roland Sorin, historien local nous fit revivre "l'épopée" d'un natif de Montpezat . (Photo: Patrick Garcia)

Puis ce fut au tour de Roland Sorin, natif de Montpezat et historien amateur de narrer avec beaucoup d’émotion la vie d’Henri de Lacaze-Duthiers, savant zoologiste. Il l’a dit lui-même : « J’ai une tendresse particulière pour ce grand homme, natif de Montpezat », il a même suivit en quelque sorte son parcours, en visitant les deux laboratoires consacrés à la biologie marine, celui de Roscoff de 1872,  et le laboratoire Arago en 1882 à Banyuls sur Mer où, d’ailleurs, sa dépouille est enterrée à l’intérieur de l’établissement. Voir la notice de Wikipédia, ci-dessous.

    Après la présentation, par M. Rémi Constant, maire de Layrac, de son ouvrage : « Le Dictionnaire de l’Agenais et du Lot et Garonne », un ouvrage de référence pour les amoureux du Lot et Garonne, l’après-midi se poursuivait un don à la bibliothèque de la commune, par M. José Malbec, si j’ai bien compris des photos anciennes….

   Mme Baie Florence, évoquait le village, tel que nous le connaissons actuellement, avec ces petits détails que nous ne savons pas voir, pressés que nous sommes toujours… Cette biographe a aussi présenté son ouvrage à venir, une compilation de témoignages d’anciens de la commune, un gros travail de recherche pour graver à jamais le savoir et les souvenirs d’un monde que nous n’avons pas connu et nous découvrirons au travers de ces nombreux commentaires, certainement passionnants…

Avant les passionnantes notices, et en relisant l'oeuvre d' André de Bellecombe, et publié en 1898 : « Histoire du château, de la ville, de ses seigneurs et barons, de Montpezat, et de l’Abbaye de Pérignac », j'y ai retrouvé cette évocation d'un hiver particulièrement rude en 1829. 

La belle écriture de l'auteur fait revivre le Montpezat d'Agenais d'il y a 200 ans de manière fort réaliste. J'ai donc décidé de recopier à partir de mon exemplaire, ce petit bout de texte afin que l'on se souvienne qu'il y a peu, la vie était dure pour nos ancêtres, même chez un grand notable rural. J'espère que cela vous plaira...

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L'ouvrage en question.

"   C’était pendant le terrible et mémorable hiver de 1829-1830, qui dura du 1er novembre au 15 mai ! 

Au dehors, un froid sibérien de moins trente-cinq à quarante degrés; la campagne couronnée d’une blanche et épaisse couche de neige; les arbres fléchissant sous le poids du givre: les eaux des ruisseaux et des rivières couvertes d’une glace solide et persistante; les chemins, durs, raboteux et impraticables; un temps sombre et gris, triste et monotone; un jour obscur et douteux; un vent du nord pénétrant et chargé de frissons; quelques rares oiseaux dans les airs cherchant en vain leur pâture ordinaire; quelques mendiants grelottants ou à demi- gelés sous leurs haillons pauvres et sordides; quelquefois, le pas régulier du piéton faisant son service ordinaire en dépit des éléments et portant à domicile les journaux et les lettres.

     Il faut remonter bien loin dans la légende des siècles pour retrouver un hiver pareil et si longtemps prolongé.
J’ignore ce qui se passait alors dans les villes où l’on pouvait du moins réunir et se grouper dans les cafés,les théâtres et les bals publics; mais dans les campagnes, tout était morne, désert et silencieux. On ne parlait guère que de voyageurs égarés et perdus dont on avait retrouvé les cadavres dans les montagnes qu’ils n’avaient pu traverser ou franchir, des troupeaux de bœufs ou de moulons engloutis dans les tourmentes et les avalanches, de bergers surpris dans leurs cabanes et mourant de faim ou de froid sur des rochers escarpés ou dans des précipices inaccessibles. Les prières et les offices religieux étaient suspendus et interrompus, et des malades expiraient au milieu des plus cruelles souffrances, abandonnés à la fois des médecins de l’âme et des médecins du corps qui ne pouvaient venir leur secours.


    Au dedans, où l’on avait réuni par mesure de précaution des provisions de bouche et de ménage qui s’épuisaient facilement (quand elles n’étaient pas organisées sur une large échelle), tout était triste, grave et silencieux aussi; mais de grands feux flambaient dans toutes les cheminées et réjouissaient l’âme en réchauffant le corps.

   On entendait le beuglement des vaches, le hennissement des chevaux et le grognement des porcs installés chaudement et confortablement clans les granges, les écuries et les étables bien garnies de foin et de paille, où l’on ne pénétrait que pour renouveler leurs mangeoires et leurs râteliers. Les pigeons ne sortaient plus de leurs pigeonniers, et les servantes de la maison leur portaient des graines et des baquets d’eau tiède. Seuls, plus audacieux ou moins sensibles à la température, quelques canards, quelques oies et quelques poules sortaient de leurs volières pour venir picorer dans les cours quelques tronçons de raves, quelques graines de blé ou de mais, ou quelques miettes de pain qu’on leur distribuait en dehors de leurs rations privées et ordinaires.
   Je me rappellerai toujours, tant que je vivrai, le grand salon de la maison paternelle, décoré d’une belle et riante tapisserie à personnages coloriés, très chère pour l’époque, où étaient représentés les environs de Constantinople et les rives du Bosphore.

   Tout autour, les boiseries en noyer, garnies de fauteuils ou de chaises à écussons également sculptés par un artiste ébéniste du pays, qui y avait incrusté les principaux oiseaux ou animaux de la création; un grand placard scellé dans le mur, aussi en bois de noyer et agrémenté d’une serrure en fer ouvré d’assez belle apparence et d’une assez jolie exécution, où mon père tenait ses livres de comptes et ses papiers d’administration comme maire; une petite table, recouverte d’un drap vert ou bleu, servant pour sa correspondance.

   Puis la vaste cheminée, décorée d’une glace, consommant environ deux arbres entiers de moyenne grandeur par journée, découpés en troncs ou en bûches de proportion colossale et cyclopéenne, bien posées sur des chenets de fer, appuyées sur une large plaque du même métal, qui rougissait au contact de la flamme ou plutôt du brasier pétillant; l’âtre, contenant des crédences de fer blanc soutenant un vigoureux soufflet, des pinces gigantesques pour rapprocher les bûches ou les tisons, une immense pelle à feu et une petite lieue en fer; aux deux côtés, deux petits caissons en bois, où ma tante mettait son fil, ses dés, ses aiguilles, ses bas, la « Vie des Saints » et son livre d’église, flanqués de deux larges fauteuils recouverts de housses bleues.

 

maison

 

La demeure de Bellecombe n'a pas changé depuis qu'il y vécu!

   

 

      La grande porte vitrée donnant sur le jardin et laissant voir au loin les vallons, les coteaux et la campagne blanchie; une table àtrictrac, d’assez bonne façon, ou l’on jouait aux cartes, aux échecs, aux dames ou aux dominos, surmontée d’une seconde glace; la fenêtre donnant sur la rue, décorée, comme la porte vitrée, de grands rideaux blancs.  

       Dans l’un des coins du salon, un petit guéridon tourné et sculpté par mon père, qui était très adroit de ses mains, guéridon qui supportait les mouchettes et le chandelier d’argent pour la lecture du soir et était juxtaposé à la porte d’entrée le grand tabouret vert damassé où je m’asseyais d’ordinaire, dans la soirée à côté d’un beau chat blanc que l’on avait surnommé « Marquis » et dont la douceur et la gentillesse égalaient la beauté; des tabourets plus petits pour les pieds ; le paravent à fleurs, qui servait pour s’enfermer en petit comité et se garantir du vent qui s’infiltrait par les portes et par les fenêtres….

 
        Dans l’angle le plus obscur et le plus noir de la cheminée, mon père, assis dans un des deux fauteuils bleus, le bonnet de laine sur la tête, enfoncé jusqu’au-dessous des oreilles, les lunettes sur le nez et tournant dans les doigts de sa main gauche sa tabatière ou son passe-partout, expédiait les affaires et donnait des ordres aux domestiques ou aux métayers.
     Dans l’angle opposé, du côté de la porte vitrée du jardin, ma tante Ursule, dans l’autre fauteuil bleu, dévidant du fil au rouet et donnant des ordres à la femme de service et à la cuisinière, Cadette et Jeanneton ; entre les deux, ma mère filant sa quenouille ou brodant un ouvrage de tapisserie…

      Au milieu de la pièce, une large table chargée de livres classiques, de plumes et de papiers; moi, alors âgé de sept ans, et mon camarade Mathieu Galtié, plus âgé que moi de six ans, placés en face l’un de l’autre, grelottant de froid et nous levant souvent pour aller au foyerréchauffer nos doigts ou l’encre qui gelait à mesure dans l’écritoire, composant un thème, une version, ou écrivant les premières régies de l’arithmétique en attendant que mon père vint examiner nos travaux et corriger nos devoirs.

Un véritable temps de travail et d’intérieur, en effet !

     Levés à six heures et demie du matin, en quelque sorte avant le jour, nous prenions à sept heures une bonne tasse de lait bien sucré et accompagnée de bonnes tartes de pain grillé, en compagnie de « Saphet » et de « Marquisou »; nos devoirs duraient ensuite depuis huit heures du matin jusqu’à onze heures, où nous prenions notre première récréation.
     A midi et demi, le dîner, accompagné d’une seconde récréation durant jusqu’à deux heures. A deux heures, exercices d’histoire, de grammaire ou de dessin jusqu’à trois heures et demie.

    A trois heures et demie, copie des lettres diverses que mon père nous faisait écrire jusqu’à la nuit, occupations qui furent modifiées l’année suivante, quand mon père eut repris possession de la mairie, par l’expédition des travaux administratifs. C’étaient, en effet, Mathieu et moi, aidés souvent par le fils du secrétaire de la mairie, Alphonse Jacumy, qui répondions au préfet et tenions en ordre les registres de naissances, de mariages et de décès, en même temps que les passeports et les procès-verbaux.
      A la nuit, c’est-à-dire vers cinq heures du soir, liberté complète et absolue. J’allais jouer dans la cuisine ou sous la galerie avec les fils de quelques voisins du nième âgeque moi environ, Aubine et Auguste Tannuque, Pierre Molère, Alexandre et Achille Jacomy, frères d’Alphonse, mon condisciple Mathieu se trouvant trop âgé pour jouer avec moi.

    Quelquefois même, nous allions dans le jardin, où nous faisions des boules de neige que nous lancions de toutes nos forces contre l’arbre de mai pyramidal planté à l’une des extrémités le jour de ma naissance; parfois, enfin, mais plus rarement, nous allions jouer aux boules (fourialos) et à la gausdufo ou toupie, sous l’ancienne halle aujourd’hui démolie, ou bien à l’amusante et gymnastique partie de bancs, les jours de clair de lune, sur la plateforme.
     A six heures et demie, je rentrais pour le souper, qui avait lieu un quart d’heure après; àsept heures et demie j’étais libre et je commençais avec mes jeunes voisins, qui venaient passer la soirée à la cuisine avec les domestiques, des parties de cache—cache et de colin-maillard, qui duraient souvent jusqu’à dix heures, entremêlées parfois de contes de veillées et de parties de jeu de l’oie, de dominos, de batailles, de pigeon-vole et de mariage


      Quand le vent du nord grondait dans les couloirs de la maison, dans le grand escalier qui conduisait au premier étage et dans l’escalier noir qui aboutissait à la farinière située au rez-de-chaussée, on entendait dans le salon un sifflement violent, lugubre et prolongé.


    Il est vrai que bien souvent je délaissais volontairement ces récréations frivoles et bruyantes pour m’asseoir sur le tabouret vert, dont j’ai déjà parlé. dans un coin de la cheminée du salon, où, niché comme Cendrillon, j’écoutais attentivement et religieusement la lecture des « Mille et une Nuits » que le chirurgien Ménigault, l’ancien adjoint de mon père, venait nous faire régulièrement deux ou trois fois par semaine; mon père faisant le commentaire, ma mère faisant tourner son fuseau, et ma tante Ursule, placée à son éternel dévidoir, entourée de ses deux chats blancs favoris, Figaro et Saphet, installés souvent sur ses genoux ou sur ses épaules.

     Ainsi s’écoulaient les dernières heures de nos journées. Ce tableau sincère de notre vie patriarcale paraîtra peut-être dénué de vraisemblance aux Parisiens et aux habitants des villes d’aujourd’hui, tout saturés de festins, de fêtes, de théâtres, de bals et de concerts.

 
    Et ce furent l cependant les soirées les plus agréables et les plus délicieuses de ma vie.
    Parfois aussi ces veillées intimes et familiales étaient remplacées par des soirées de réception auxquelles assistaient le vieux curé Dessoliès, le notaire Lambert et quelques autres habitués ou privilégiés de la maison.
Alors la scène changeait et offrait quelque variété. Mon père s’installait à la table de travail et commençait une partie d’échecs avec le notaire Lambert, que j’aimais beaucoup. Je me plaçais près d’eux, et mon plus grand plaisir était de ranger les pièces de l’échiquier et d’étudier les coups (les deux joueurs, qui ne parlaient guère que pour proclamer Échecc à la Reinee! Échec au Roi! Echec et mat! Je trouvais ensuite un grand charme recueillir, pendant la partie, les prisonniers blancs ou noirs, tours, fous, cavaliers et pions que j’entassais près des mouchettes en argent. Le guéridon tourné par mon père supportait le chandelier d’argent â la chandelle de suif qui seule éclairait la salle. Quant aux mouchettes, elles reposaient sur un plateau de tôle construit en forme de bateau, orné d’une petite mosaïque en couleur représentant une bergère habillée de rouge et la quenouille au côté, appelant et sifflant les moutons.

 
     J’ai toujours présent à la mémoire ce tableau tout intime et tout instructif de ma première enfance....."

 

LES NOTICES  DES SAVANTS DOCTEURS:

MANEC (Pierre-Joseph anatomiste

Montpezat(47) Journée Histoire: Pierre Joseph Manec. (Photo du net)

MANEC (Pierre-Joseph  anatomiste, né à Montpezat le 15 octobre 1799,  mort au même lieu le 15 février 1884.  

Lauréat de l'Académie des Sciences, chevalier de la Légion d'honneur.   Nommé en 1818 second prosecteur et en 1822  chef des travaux anatomiques des Hôpitaux de  Paris, il devint chirurgien de la Salpétrière en  1835 et de la Charité en 1856.   Après un séjour de 66 ans à Paris,  il vint demander au pays natal, vers la fin de  1882, un repos noblement gagné.  

Ce savant docteur a laissé les travaux suivants :

 — Recherches sur la Hernie crurale. — Paris, 1826, in-4°.   Thèse inaugurale très remarquable.   — Anatomie analytique : 1° Axe  cérébrospinal , avec l'origine des  nerfs;

2° Nerf grand sympathique.—  Paris, Crochard, 1828, 2 ff. gr. in-f°,  dessins de Jacob, tirage en noir et  en couleur.   Ces tableaux ont eu plusieurs éditions. — La  3° est de 1836.    

Traité théorique et pratique de  la Ligature des artères. — Paris,  Crochard, 1832, in-f°, av. 13 pi. color.   2 e éd., aurjm. d'une nouvelle pi. (Paris,  ibid., 1836, in-f°).   Savant ouvrage couronné par l'Académie des  Sciences en 1832 et trad. en anglais et en  allemand.   Le docteur Joseph Manec collabora au Traité  d'Anatomie descriptive de J. Cloquet (Paris,  1825-31, 3 vol. in-4°).  

MANEC THESE de MANEC (Pierre-Adrien), chirurgien

Montpezat(47) Journée Histoire: si je n'ai pas trouvé de photo du Dr, j'ai la couverture de son ouvrage. (Photo du net)

MANEC (Pierre-Adrien), chirurgien, frère  du précédent, né à Montpezat le 6 septembre  1807.   Sous-aide aux Hôpitaux d'instruction de Metz  et du Val-de-Grâce, puis aide-major au 1er régiment de lanciers, il quitta le service en 1834  pour venir s'établir à Montpezat, auprès de son  père, officier de santé.   Il n'a publié que ce volume :  

— Lettres sur l’Homœopalhie, ou  Réfutation de cette méthode curative.

— Paris, V. Masson (Agen, impr.  J.-B. Barrière), 1855, in-8° de 240 pp.   Recueil de vingt-sept lettres imprimées d'abord en 1854-55 dans le Papillon, petit journal  littéraire agenais.

— Ces lettres donnèrent lien  à une polémique fort vive, dans laquelle intervinrent M. J Tessier, médecin de l'Hospice Beaujon, et un docteur P. Jousset, ancien interne des Hôpitaux de Paris. Celui-ci publia même à cette occasion une brochure personnelle : Réponse aux Lettres de M. Manec sur l'Homœopathie (Paris, J.-B. Baillière , 1856, in-8°).

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Montpezat(47) Journée Histoire: caveau des Dr Manec à Montpezat. (Photo du net)

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Montpezat(47) Journée Histoire: inscription funéraire des trois savants. (Photo du net)

 

 

Henri de Lacaze-Duthiers

 

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Montpezat(47) Journée Histoire: HLD. (Photo du net)

Félix Joseph Henri de Lacaze-Duthiers est un anatomiste, un biologiste et un zoologiste français, né le 15 mai 1821 à Montpezat (Lot-et-Garonne) et mort le 21 juillet 1901 à Las Fons (Dordogne).

Henri de Lacaze-Duthiers étudie la médecine à Paris. Il assiste aux cours d'Henri-Marie Ducrotay de Blainville (1777-1850) et d'Henri Milne-Edwards (1800-1885) et devient, après sa licence, son préparateur à la Sorbonne. Il est interne à l’hôpital Necker auprès d’Armand Trousseau (1801-1867). Il obtient son titre de docteur en 1851 avec une thèse intitulée De la Paracentèse de la poitrine, et des épanchements pleurétiques qui nécessitent son emploi. En 1852, il doit quitter ses fonctions après avoir refusé de prêter serment après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873). Il obtient le doctorat ès sciences l’année suivante. Lacaze-Duthiers part alors aux Baléares pour y étudier les animaux marins, et est accompagné par son ami Jules Haime (1824-1856).

Il revient à Paris en 1854 et obtient, grâce à Henri Milne-Edwards un poste de professeur de zoologie à la faculté de Lille. Le doyen de la faculté n’est autre que Louis Pasteur (1822-1895) qui le recommande en 1863 comme maître de conférence à l’École normale supérieure, où Alfred Giard et Edmond Perrier sont ses élèves.

En 1864, il commence à remplacer Achille Valenciennes (1794-1865) au Muséum national d'histoire naturelle et obtient sa chaire d’histoire naturelle des mollusques, des vers et des zoophytes l’année suivante. Il est élu à l’Académie des sciences en1871. Il fonde deux laboratoires consacrés à la biologie marine: le laboratoire de Roscoff en 1872 et le laboratoire Arago1 en1882 à Banyuls-sur-Mer. Sa dépouille est enterrée dans l’enceinte de cet établissement.

Il est l’auteur de plus de 250 publications, notamment :

  • Recherches sur l'armure génitale femelle des insectes, Paris, L. Martinet, 1853 (lire en ligne)
  • Histoire de l’organisation, du développement, des mœurs et des rapports zoologiques du dentale (Paris, 1858).
  • Histoire naturelle du corail, organisation, reproduction, pêche en Algérie, industrie et commerce (Paris, 1864).
  • Faune du Golfe du Lion : coralliaires, zoanthaires sclerodermés (Paris, 1897).

Il est le fondateur de la revue intitulée les Archives de zoologie expérimentale et générale, qui sera ensuite dirigée par son élève Georges Pruvot (1852-1924), celle-ci joue un rôle considérable dans l'orientation de la recherche zoologique de son époque. Il participe également à la fondation de l’Association française pour l'avancement des sciences.

JOSE PATRICK GARCIA