COL D'AULAC 665

 

     Je sillonne mon Auvergne jolie, comme depuis toujours, quand un jour, lors d’une étape au dernier village sous le Puy Mary, à l’ « Auberge des Voyageurs », après les Tripoux et la Truffade, j’allonge mes pieds fourbus de rocailles et d’escalades, j’étais alors dans la force de l’âge, quand le couple d’hôteliers vint, après la cohue du service, prendre le café avec moi.

    Ces jeunes gens (à l’époque) et natifs du pays, ont de tout temps, exploré les moindres recoins de la vallée du Mars, le ruisseau qui arrive du Puy Mary et traverse la forêt domaniale du Falgoux, passe sous le village et suit la vallée en direction de Mauriac, la belle sous-préfecture du Cantal.

trajet

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Trajet depuis Ste Livrade sur Lot. (Photo: Patrick Garcia)

étapes

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Le circuit à effectuer sur place. (Photo: Patrick Garcia)

     Leur plaisir est de me faire raconter les endroits visités, les monuments photographiés et pendant que le feu crépite, de ressasser les beautés de la Haute Auvergne, de ce Cantal hérissé d’aiguilles et de crêtes, recouvrant des versants abrupts qui résonnent de mille sonnailles agrippées aux cous des magnifiques vaches Salers aux cornes de taureau.

    Je leur offre les photos de l’année précédente sur un DVD, et eux qui n’ont plus le temps de parcourir ces endroits magiques, le font par procuration, devant leur ordinateur.

    Ce soir là, l’hôte me demande : « Êtes vous monté au col d’Aulac, juste au-dessus de notre village ? »

COL D'AULAC 665 B

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Vie en montant vers le col d'Aulac, 1200 m. (Photo: Patrick Garcia)

COL D'AULAC 665

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): La chaîne des Puys à partir du col d'Aulac. (Photo: Patrick Garcia)

   Ce col, permet de passer une muraille montagneuse, par Trizac, puis de remonter vers Riom, une des capitales touristique de la région, pour aller visiter la distillerie qui produit la liqueur de gentiane Avèze, ou de suivre la vallée qui part d’Apchon et va aboutir au pied du puy Mary par la vallée de la Cheylade, un « Eden » pour les amateurs de paysages grandioses.

LE FALGOUX MONTS NEIGEUX2

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): La vallée du Mars et les monts enneigés depuis Le Falgoux. (Photo: Patrick Garcia)

LE FALGOUX MONTS

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Grange au toit en lauzes avec le Puy Mary en arrière plan.(Photo: Patrick Garcia)

LE FALGOUX PAYSAGE HAUTEUR1

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Cirque volcanique autour du village du Falgoux. (Photo: Patrick Garcia)

LE FALGOUX VG3

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): le village du Falgoux, dernier village avant le Puy Mary, la route s'y termine pendant les 6 mois d'hiver, c'est donc un peu "le bout du monde". (Photo: Patrick Garcia)

    J’acquiesce. Quand mon hôte poursuit : «  Avez-vous visité les cases de Cotteughes, le village de l’an 1000 ? » Tout de suite émoustillé, je demande des précisions, et il me répond : 

«  C’est un lieu un peu magique. Adossé à une forêt profonde, à mi versant d’une montagne, il y a les restes de nombreuses habitations, plus de 30 rien que dans cet endroit là, mais il y en a d’autres un peu partout. Certains prétendent qu’elles remontent au gaulois, car c’est un peu leur manière de construire à cette époque en auvergne. Puis, qu’au fil des siècles, ces villages se sont perpétués, malgré le froid, les invasions, ou peut être à cause des invasions, jusqu’à la Guerre de 100 ans, où ils ont subitement été abandonnés sans qu’on sache pourquoi…. »

     Son épouse poursuit : « Je me suis toujours demandée, comment les hommes pouvaient survivre dans de telles conditions, à flanc de montagne, en communauté avec les animaux sous le même toit, et avec de la neige et des températures glaciales durant des mois ? Quelle force les poussait à rester là, ou plutôt, qu’elles angoisses avaient-ils pour ne pas quitter ces taupinières ».

   Je devise ainsi sur les incertitudes de l’époque avec mes amis et je me promets d’aller visiter cet endroit dès le lendemain.

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Le seigneur des lieux, le Puy Mary.(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Le puy Mary, et son col, le pas de Peyrol (1589m) à droite, la route redescend vers Aurillac, en face, elle file vers St Flour et Riom, dans mon dos la route des Crêtes et Salers, mais aussi le Falgoux. (Photo: Patrick Garcia)

 

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Depuis le col, la route qui suit la vallée de la Jordane et Mandailles, et va à Aurillac. (Photo: Patrick Garcia)

Le lendemain, après un solide petit déjeuner, il fait beau en cet automne, mais frisquet, le vent qui vient du Puy Mary est par moment glacial, et pourtant, nous ne sommes que fin octobre, mais Dieu que les couleurs sont belles !!!

     Ici, nous sommes entourés de montagnes, mais le village de carte postale du Falgoux s’est lové sur une petite éminence au creux du cirque, et il baigne dans le soleil, toute la journée, quel qu’en soit la saison.

    De plus, ici, le ciel est pur de toute pollution, diurne ou nocturne, pas de fumées le jour, et la nuit, les télescopes sont roi, pas de lumières parasites….

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): sur les pentes du Puy Mary, le paysage est immense. (Photo: Patrick Garcia)

 

 

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): à son sommet (1783m), les visiteurs ont posés de nombreux cairns. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Depuis le sommet, le col, et au fond la route des Crêtes qui file vers Salers et le Falgoux, à droite, la route de St Flour et Riom, à gauche, celle d'Aurillac, et au milieu, le chemin qui grimpe au sommet.(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): 200kms de vue, au premier plan, le village du Falgoux.(Photo: Patrick Garcia)

   Le Falgoux est le paradis des randonneurs. C’est le dernier village avant le « Pas de Peyrol », le col qui est sous le Puy Mary. Il y a 11,3 km du village au Puy, soit 18 mns en auto et 2h15 à pieds, pour un bon marcheur.

    Pour cela, il suffit de redescendre la route devant « l’auberge des Voyageurs », à l’épingle au bas du village, on continue tout droit, le chemin est superbe avec des points de vue magnifiques sur le village et le Puy Mary.

LE FALGOUX VU DU COL DE NERONNE 7

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Le village du Falgoux, vu depuis le col de Neronne, au téléobjectif. (Photo: Patrick Garcia)

LE FALGOUXBERGERIE

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): belle grange caractéristique de l'Auvergne.(Photo: Patrick Garcia)

LE FALGOUXORGUES1

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): dans le cirque volcanique du Falgoux, les"Orgues", sont des coulées de laves solidifiées en forme de cristaux. (Photo: Patrick Garcia)

LE FALGOUXPAYSAGE1

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): ce petit ruisseau qui serpente au fond et descend du puy, c'est le Mars qui donne son nom à la vallée... (Photo: Patrick Garcia)

    Sur la gauche, les « orgues » volcaniques de la montagne dévalent la longue pente pour s’arrêter près des maisons. Ces orgues, sont de gros cristaux de basaltes qui en se désagrégeant, constituent des morceaux polygonaux aux faces bien planes. Pour les maçons, rien de tel pour construire des murs sans quasiment de mortier, tellement cela s’ajuste de manière impeccable. Puis la route serpente longe de belles granges anciennes, puis entre dans la forêt de sapins du Falgoux.

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): sous le Puy Mary, le superbe village de Fontanges, du nom de la dernière favorite du roi Louis XIV, la marquise de Fontanges. (Photo: Patrick Garcia)

FONTANGE GROS CHATEAU 153

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): très joli château près de Fontanges.  (Photo: Patrick Garcia)

 

FONTANGE MAISON162

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Belle dépendance dans le bourg de Fontanges sous le Puy Mary. (Photo: Patrick Garcia)

FONTANGE PETIT CHATEAU 143

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Castel dans le bourg de Fontanges, tout de basalte vêtu... (Photo: Patrick Garcia)

    On passe devant une station de ski de fond avant de rejoindre un « T » avec la D680 qui arrive par la « route des Crêtes », de Salers, la bienheureuse…

    Il suffit de tourner à gauche, deux ou trois lacets nous mènent au « Pas de Peyrol ». Ce col est dominé par le plus beau des Puys d’Auvergne, le Puy Mary. De là haut, on aperçoit, par beau temps, à plus de 150 kms à la ronde, jusqu’à (par exemple) Labastide-Murat au-dessus de Cahors ! Ici, tout est grandiose, à ma gauche, au fond de la gorge, la vallée de la Cheylade et la route qui file vers la « Cité des 1000 Vents », St Flour ; à ma droite, qui longe le Puy Griou, la descente vers Aurillac et la route du Plomb du Cantal, par la vallée de la « Jordanne » ; derrière moi, la « route des Crêtes », va à Salers, Mauriac et Brive…

PAYSAGE PRES DE SALERS 081

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): chaine des puys vue depuis le col de Néronne, en venant de Salers.  (Photo: Patrick Garcia)

PUY MARY VALLÉE DE NÉRONNE1

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): burons fromagers et puy enneigés.  (Photo: Patrick Garcia)

SOUS BOIS1

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): la route des"Fromages" d'Auvergne, ici en venant de Mauriac. (Photo: Patrick Garcia)

ST MARTIN VALMEROUX 15 MAISON 181

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Village de Haute Auvergne, près du Falgoux: St Martin Valmeroux, sa belle église et ses maisons de pierres brunes.(Photo: Patrick Garcia)

ST PAUL DE SALERS MAISON 207

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Une belle Vierge domine le hameau de St Paul de Salers. (Photo: Patrick Garcia)

ST REMI DE SALERS 15 EGLISE 166

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): autre village romantique: St Rémi de Salers. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): la véritable reine des lieux, la vache de race "Salers", une montagnarde recherchée pour sa viande et son lait qui donne le fameux fromage Cantal de Salers. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): partout dans les montagnes tintent les "sonnailles" pendues au cou des vaches Salers.(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Mais il n'y a pas que les Salers et les moutons, on trouve aussi d'autres habitants peu farouches. (Photo: Patrick Garcia)

   Bon tout çà n’est pas pour aujourd’hui, il faut avant tout, faire connaissance avec mon village disparu.

     Je mets mes chaussures de randonnées et je monte dans mon véhicule, je reprends la route de Mauriac, la D12 et juste à la sortie du village, à une patte d’oie, je prends à droite la D30, qui mène à Trizac et au col d’Aulac, à 5,7 kms.

    Sous un ciel d’azur, j’emprunte cette route qui serpente mollement au milieu d’une végétation flamboyante… Puis, très vite, les pâtures prennent le relai. Les pâtures à droite, le versant à ma gauche, avec une vallée puis en face une autre montagne, et un paysage superbe qui s’élargit au fur et à mesure que je gravis la pente douce du col.

gros plan

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): secteurs à visiter"d'office".  (Photo: Patrick Garcia)

     Au bout de 10 mn, j’aperçois le bâtiment du restaurant panoramique, seul édifice autour de ce col d’Aulac où un panneau indique « Col d’Aulac 1228 m ». Je m’arrête au parking, et décide faire quelques photos de ce beau paysage. Dès que j’ouvre la portière, le son familier des « sonnailles » est présent, alors que je n’avais même pas remarqué les brunes aux longues cornes dispersées le long du versant du buron des « Chaussediers ». Ma foi, il y en a une soixantaine, disséminées et toutes splendides, avec les montagnes, les « Salers », sont le symbole du Cantal. Magnifique race à viande, produisant un fromage réputé, robustes bêtes de montagne, elles sont l’autre étendard de la haute Auvergne…

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): "C'est la fleur" des volcans d'Auvergne, la gentiane, qui donne une liqueur réputée...(Photo: Patrick Garcia)

    Dans les près, les innombrables fleurs de gentianes, sont desséchées et il ne reste que les grandes tiges. Cette plante médicinale est l’objet de toutes les attentions. Elle produit bien des solutions pour la pharmacopée, mais aussi, la liqueur régionale produite à 15 kms d’ici, à Riom, chez Avèze, comme je l’ai dit plus haut. Il faut 15 ans, environ, pour que la racine se refasse… Il est alors temps à l’homme, armé de sa grande fourche de fer, elle parait la fourche du Diable, de creuser ans la terre rocheuse, pour extraire cette racine, tout en préservant une partie du rhizome, afin qu’il se reconstitue, dans 15/20 ans… Travail harassant, travail de bagnard, travail de montagnard…

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): quelques fleurs de Haute Auvergne: la Brunelle à grandes fleurs. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): on y trouve aussi la Digitale Pourpre....(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): mais aussi le Lys Martagon. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): ou l'Oeuillet des Bois...(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Ici une Grande Astrance... (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Au beaux jours, la montagne est un univers floral.(Photo: Patrick Garcia)

    Je tourne le dos à la pâture, m’approche du versant. Que le monde est petit, vue de 1200 mètres !!! Mais qu’il est beau… Je fais quelques belles photos, la vue porte au moins à 150 kms, c'est-à-dire, que dans cette direction plein Ouest, l’horizon doit être à Brive-la-Gaillarde !

    Je remonte dans mon véhicule, franchis le col à 1220 mètres, mais la route ne redescend pas, elle est plane quasiment jusqu’à ma destination qui se trouve à quelques kms, 2ou 3, sur ma gauche.

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Vue depuis le col d'Aulac, 1220 m, la vallée qui fuit vers la sous préfecture de Mauriac. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): En montant vers le col d'Aulac.(Photo: Patrick Garcia)

PRESENTATION DU VILLAGE DE L’AN 1000, COTTEUGHES

    J’aperçois un parking à gauche et me gare. Je suis entouré de forêts, je suis dans le « Bois de Marilhou », un joli nom pour un lieu magique… Un rieu glougloute, il a toujours existé à cet endroit là, c’est le « Marilhou » du nom de la forêt, tandis que certaines cartes le nomment « ruisseau du Puy d’Allac »… Je longe le rieu, cette partie est à l’ombre, le soleil n’est pas assez haut pour l’inonder de ses bienfaits… Je commence un petite montée, soudain, au détour du chemin, je suis ébloui par la beauté du paysage qui à cet endroit est éblouissant de lumières vives sous les rayons de Phébus. L’automne est splendide ici…

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): le sentier qui mène aux cases en automne, les couleurs sont superbes.  (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): l'automne auvergnat sur le site de Cotteughes. (Photo: Patrick Garcia)

     Les sapins aux verts profonds s’entremêlent avec les hêtres et les bouleaux aux feuilles mordorées ou rougeoyantes, le ciel est d’un bleu intense à cette altitude, pas le moindre nuage, les mousses et les lichens sont d’un vert émeraude presque phosphorescent… Les froids nocturnes ont enneigé le sol d’un doux tapis de feuilles jaunes à dorées racornies par les frimas… Les rayons du soleil percent la voûte végétale de rayons puissants tels des lasers qui soulignent et mettent en valeur des formes géométriques : les cases… Mes cases !

COTTEUGHES PLAN GENERAL - 513

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): plan général du site. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): type des murs qui constituent les cases du village de l'An 1 000...(Photo: Patrick Garcia)

     Il vous arrive parfois, je dirai même souvent, de sur-côter une visite dont on vous a vanté la beauté ou l’intérêt… Déçu, vous pensez : « Tout çà, pour çà ????!!! »

   Ce n’est pas le cas ici ! L’endroit est majestueux, d’un calme olympien, si ce n’est au loin, les sonnailles que l’on finit par ne plus entendre, avec l’habitude. Bien que dégradées, par endroit, le temps a fait son œuvre, je me trouve devant une série de « cases » rectangulaires plus ou moins grandes, plus ou moins préservées, parfois entières, avec de beaux murs de basalte aux parements intacts et réguliers, parfois ébréchés. La hauteur des murs est d’environ 1,70m, parfois bien plus haut, parfois plus bas… Elles sont toutes précédées d’un long couloir  courbe, parfois en équerre, surement destinées à préserver la cabane du froid…

 

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): panneau expliquant le site des cases de Cotteughes.  (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): vue d'une case en "aérien", difficile de penser qu'ici vivait une famille dans des conditions très rudes, il y a 1000 ans...(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): Entrée d'une case, avec signalé, l'embase d'un poteau d'encadrement de porte sur le seuil. (Photo: Patrick Garcia)

   « Mon Dieu, comment a-t-on pu vivre là, plusieurs siècles, à des époques où il faisait bien plus froid que maintenant, où le chauffage était rudimentaire, les habits, plus que rustiques… ? »

    Pour que les visiteurs ne restent pas idiots, les cabanes sont commentées par des panneaux très bien documentés, dont je publie, un peu plus loin, les explications. Chaque case, numérotée, est rapportée sur un plan général, où elle s’inscrit au sein de la communauté, et pour la plupart, les commentaires notent les trouvailles archéologiques qui s’y rapportent et les éléments d’architecture.

   Si je comprends bien, les gaulois ou les hommes du haut moyen-âge ont décaissé la montagne pour faire des fonds de cabane à peu prés horizontaux, et assez profonds. Arrivé à 2 m de profondeur, ils ont monté les murs en pierres sèches, sans mortiers, en trois ou 4 assises (rangées) de pierres de grosses dimensions. Pour que les murs soient assez costauds et isolants, ils sont doublés à 0,80 par un mur identique. Au milieu, dans l’espace entre les deux murs, ils ont déversé des pierres des cailloux et du sable, ce que l’on nomme aujourd’hui le « Blocage » et qui assure solidité et étanchéité. La « case » ainsi délimitée est à peine émergeante du sol originel.  Pour la couvrir, des poteaux sont posés sur le pourtour de la case, avec un toit pointu au centre et couvert d’une épaisse couche de chaume qui coule jusqu’au sol, des 4 côtés.

    Il ne reste plus qu’à déverser de la terre et des pierres sur le bas de la couverture de chaume pour que cette coiffe soit parfaitement isotherme et imperméable (VOIR CROQUIS).

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): montage d'une case, de ses murs et de son toit.  (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): explicatif de la case 1.(Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): seuil de la case 1 avec en bas à droite, sur le seuil, un petit cercle, la"crapaudine", axe de rotation de la porte. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): case 1 en vue générale. (Photo: Patrick Garcia)

   Ces cases sont souvent groupées en îlots (« Barriade ») de 4 ou 5, voire 6, correspondant à ce que l’on pourrait nommer de nos jours un « hameau ». Mais ici, ces îlots sont très rapprochés et inscrits dans les 5 hectares du village proprement dit.

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): explicatif de la case2. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): case2 en VG, au fond, la plaque du foyer. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): case 2 entrée.  (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): case 2 la pierre de seuil et la fixation de l'axe de la porte.  (Photo: Patrick Garcia)

    Certaines cases sont plus longues, comme la N°17. Son sol est en légère pente pour éviter d’éventuelles flaques. Dans la moitié haute vivaient les humains. Le mobilier fait de bois a disparu, mais il reste les pierres du foyer, et le long des murs, l’emplacement des pieux-poutres, supports de la toiture. Face à la porte d’entrée, latérale, il y avait la séparation (cloison) avec en bas, les 3/5ème de la surface pour les 4 ou 5 animaux domestiques, et en haut, la partie réservée aux humains. Ceux-ci bénéficiaient ainsi de la tiédeur dégagée par les animaux, ce qui en période hivernale, n’était pas un mince avantage ! Le toit recouvert de neige gardait la chaleur comme un igloo, et les épais murs bénéficiaient aussi de la tiédeur de la terre du fait d’être bâtis sous le niveau du sol.

   S’il y avait des avantages, au point de vue de la survie, je n’arrive pas à m’imaginer durant de longs mois, enfermés dans cette « taupinière » à attendre le dégel, sortir chasser ou pour amener le bois…. rentrer tremper et sans pouvoir trop sécher ses habits, quels qu’ils soient…

     La mortalité devait être grande ! Où était le cimetière, il parait qu’il n’y avait pas, où l’on n’en a pas encore apporté la preuve, d’église… Ces pauvres gens vivaient comme des « rats ». Aux beaux jours, les lieux devaient être rayonnants et actifs, car il fallait exploiter la terre pour faire pousser le seigle et les légumes, préparer les stocks de bois de chauffage… Vu la mortalité de ces époques, il devait y avoir beaucoup d’enfants pour maintenir une population renouvelable…

    Quel contraste entre les périodes chaudes où la vie explosait, après l’engourdissement général de l’hiver, dont nous savons qu’à cette époque, il était bien plus intense que de nos jours.

   Ainsi, durant des siècles, ce flanc de montagne totalement atone aujourd’hui, était fréquenté par des centaines de rudes montagnards, moitié hommes des neiges, moitié gaulois… Humains, mais totalement isolés des centres de vie que sont les villes et les villages, vivants au moyen-âge, quasiment comme leurs aïeux préhistoriques : chasseurs, cueilleurs, un peu jardiniers…

    Je déambule au milieu de ces « bastions »… Comment ne pas avoir l’imagination vagabonde et fertile ? Comment ne pas être transporté à cette époque ? Rien n’a vraiment changé, les rochers sont là, toujours stoïques, les mêmes que les gosses de l’époque gravissaient comme des félins pour conquérir leurs premiers trophées. Les sentes damées par les allées et venues sont restées les mêmes, il n’y a plus qu’à espérer croiser au détour d’un couloir, l’un de ces fantastiques ancêtres….

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): on voit bien ici le couloir enterré d'accès à la case. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): J'ai représenté une case et sa porte et son couloir coudé afin de la protéger du froid. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): un lieu où rôdent les esprits.... (Photo: Patrick Garcia)

   Je déambule ainsi des heures dans le village. Je m’y sens bien, un peu comme chez moi… Peu à peu je m’identifie à ces hommes. Je retrouve les levées de terre du rempart, long de près d’un km ! Il devait être couronné de planches ou de poteaux ligaturés. J’ai même lu quelque part que les arvernes avaient l’habitude de planter serré, des pieds de houx, afin que la palisse soit infranchissable et  serve de coupe-vent au village.

    Sans être maçon, il m’est facile de comprendre le fonctionnement des portes. Les seuils d’entrée des cases ont un rebord qui bloque le ou les battant(s) de celle-ci. La (ou les portes), selon la largeur du passage, pivotent sur un axe. Cet axe est maintenu en haut et en bas, par un petit orifice nommé « crapaudine » et qui sert, en quelque sorte de charnière à ce pivot où est clouée la porte, un peu comme les portes des bars du Farwest. Ce qui en impose aussi, sont les longs et énormes couloirs faisant angle au milieu ; il fallait avoir beaucoup de force pour lever ces gros blocs taillés jusqu’à près de 2 mètres de haut, recouverts de chaumes, ils permettaient de protéger, comme dit plus haut, l’accès à l’habitation des frimas.

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): explications sur le couloir unique des 2 cases 7 et 8. (Photo: Patrick Garcia)

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L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): un couloir unique pour deux habitations... (Photo: Patrick Garcia)

     Je remarque que les visiteurs, il y en a toujours quelques-uns, sont respectueux des lieux, qui ont une âme, car il n’y a pas un mégot, pas un papier gras… Ce qui de nos jours est rare ! Le site est dans son jus, il y flotte comme un parfum de spiritisme, il y a une âme en ces lieux, peut être plus…. Je passerai encore quelques heures à méditer en ces lieux, espérant que le miracle s’accomplisse, tout en sachant  à l’avance, que je n’en saurai pas plus….

    En milieu d’après midi je redescends au véhicule, je quitte à regret cet endroit à nul autre pareil… Au col d’Aulac, je m’arrête faire quelques photos. C’est à présent l’après midi, le soleil est sur la pente descendante et les couleurs sont plus mordorées… La vue est, à perte de vue sublime, pas un nuage, c’est à couper le souffle. Je décide de prendre un café au restau-bar du « Col d’Aulac ». L’endroit est simple, chaud, familial et a bonne réputation pour les plats régionaux cuisinés ici, sur place. Je sirote mon café maison, le regard perdu sur ce chaos minéral flamboyant sous le soleil du soir…

PANNEAUX COL D'AULAC

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): la montée vers le col à partir du Falgoux.  (Photo du net)

     En partant, je me dis qu’il faudra que je revienne ici en juin, quand les fleurs de montagne sont à foison… Ce que je ferai deux ans plus tard, avec un plaisir encore plus intense, j’avais oublié que la montagne est criblée de fleurs multicolores. La gentiane qui pousse partout comme chiendent est présente partout et attire les papillons comme nulle autre fleur ! Je glisse dans mes photos, quelques images de cette flore et de cette faune exceptionnelle en ces lieux.

       

DES VESTIGES CLASSÉS MONUMENTS HISTORIQUES

DESCRIPTION PLANS ET PHOTOS DE QUELQUES CASES,

DONT LA 17, ET DU REMPART


Les « Cases de Cotteughes » dont l’intérêt avait été souligne en 1911 par l’archéologue Joseph Déchelette (1862-1914) ont été classées Monuments Historiques le 12 Septembre 1924.
Grâce aux fouilles menées depuis 1990, à l’initiative de la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Auvergne, de la Commune de Trizac et avec la participation du Conseil Général du Cantal, les vestiges de Cotteughes sont mieux connus.
Le village de Cotteughes, oriente suivant un axe Est-.Ouest, s’étend sur environ 4 hectares et comprend plus de 30 habitations ou « cases » que l’on peut regrouper en douze « cellules » villageoises. Ces habitations, construites en pierres sèches - on n’y trouve aucune trace de chaux ou de ciment - sont semi-enterrées et bordées de talus pour se protéger du froid.

(VOIR PLUS BAS LES PHOTOS ET LES PLANS DE LA CASE 17, LA PLUS BELLE)

(ci-dessous, 2 liens à copier dans votre navigateur pour visiter les cases en réel sur votre PC)

https://www.youtube.com/watch?v=dYzMNFcd27g

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=JmA6CY3k8uc

 

 

   Elles sont pourvues d’une seule ouverture constituée d’une porte étroite précédée souvent d’un couloir d’accès curviligne. Les empreintes visibles sur les pierres de seuil - alvéoles cavités rectangulaires feuillures - permettent de connaître le fonctionnement des portes. Les toitures étaient en chaume - des plaques de chaume calcinées ont été retrouvées -. Divisées en deux parties, certaines de ces « cases » servaient à la fois d’habitation et d’étable.
     Le village est limité à l’Est - côté ruisseau du Puy d’Allac - par un mur de pierres sèches de 95 m. de long, pourvu de plusieurs entrées, au Nord - côté bois - par une rupture de pente naturelle bien marquée, à l’Ouest par un alignement de blocs assez lâche. La limite Sud - côté montagne de Girazac - est complexe : elle est matérialisée par un chemin creux ou « draille », d’une largeur variable (de 6 à 12 m), délimité par plusieurs alignements de blocs et de talus, et dominé côté village, sur une grande partie de sa longueur, par un ensemble de plates-formes bordées de levées de terre. Ce dispositif forme un véritable rempart servant de protection contre les prédateurs et marquant la cohésion sociale du village.


La datation au carbone 14 d’échantillons de charbon de bois prélevés dans deux cases situe la construction de ces habitations entre l’extrême fin du Xème siècle et la première moitié du XIIème siècle. Un censier donne vers 1300 la liste des habitants de Cotteughes. Ils devaient cultiver le seigle et le froment, pratiquer l’élevage de vaches, de bœufs, de moutons et aussi de porcs, comme le faisaient déjà au début du IXème siècle sur ce plateau de Trizac, les « tenanciers » des « villae », possessions du prieuré de Mauriac, rattaché à l’abbaye St-Pierre-le-Vif-de-Sens. On retrouve encore dans les montagnes environnantes des vestiges de ces « villae ».


Un village déserté.
Des causes multiples peuvent expliquer l’abandon progressif de Cotteughes, à partir de la deuxième moitié du XIVème siècle : le choc de la Peste Noire de 1348, La guerre de Cent ans (1337-1453) qui toucha particulièrement l’Auvergne de 1356 à 1392 avec ses ravages causes par les opérations militaires et les pillages des compagnies de routiers. La dépression économique du Moyen-Age (1317-1460) qui vit tomber La population de La France de 20 à 10 millions personnes est à prendre en compte. La situation du site a la limite de la zone d’habitation et un refroidissement du climat peuvent aussi être des facteurs de l’abandon définitif du village. Par ailleurs les couches de charbon de bois trouvées lors des fouilles témoignent que Cotteughes a été ravagé par le feu sans que l’on puisse actuellement préciser la date et les circonstances de cet incendie. En 1456, le village de Cotteughes était réduit à l’état de « communal », intégré à la montagne de Girazac.
Le bois de Marilhou abrite d’autres cases en pierres sèches notamment à « Freydefont » et au lieu-dit de la « Plounque ».

CASE N° 17 UN EXEMPLE D’HABITAT MIXTE

COTTEUGHES CASES 17- 516

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): plan de la case la mieux conservée, la 17, une case où hommes et bêtes vivaient ensemble. (Photo: Patrick Garcia)

COTTEUGHES CASES 17 - 372

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): la case 17 en VG. Entréeen haut à gauche, foyer contre le mur du bas...(Photo: Patrick Garcia)

COTTEUGHES CASES 17 - 548

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): ici les hommes, au fond les bêtes. (Photo: Patrick Garcia)

COTTEUGHES CASES 17 SEUIL - 551

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): détail dela fixation de la porte. (Photo: Patrick Garcia)

COTTEUGHES CASES 21-22-23 ET 24- - 554

 

L'Auvergne profonde, Cotteughes, près du Puy Mary(15): couloir curviligne.  (Photo: Patrick Garcia)


Cette case rectangulaire semi-enterrée, qui possède des dimensions intérieures de 11 m. sur 4,50 m, a fait l’objet de fouilles archéologiques exhaustives en 1990 et 1991 dans le cadre des opérations réalisées en Auvergne pour célébrer l’année de l’Archéologie.

Les murs sont conservés sur 4 à 6 assises, soit une hauteur de 1,50m. à 1,90 m. D’une largeur moyenne de 1,50 m, ils sont constitués de deux parements avec un blocage interne et ne comporte aucun liant.
L’entrée du bâtiment, située dans le mur ouest, est soigneusement dallée et protégée au sud-ouest par un gros bloc de basalte inclus dans un talus gazonné.
La pierre de seuil a la particularité de comporter une feuillure très nette et deux cavités rectangulaires perpendiculaires à cette feuillure. Ces cavités peuvent être interprétées comme étant des mortaises servant à la fixation des montants en bois du cadre de la porte.

La porte s’ouvrait vers l’intérieur par un système de gonds et se fermait par un verrou en fer qui a été retrouvé avec sa gâche.

    Cette case constitue un bel exemple d’habitat mixte. Elle comprend en effet deux pièces de surface équivalente (environ 24 m2)
- La partie haute correspond à la zone d’habitat proprement dit.

Son sol constitué par l’arasement du substrat rocheux comprend deux foyers:
• Le foyer principal est limité par un bloc volumineux de basalte  et par deux dalles sur chant et a pour sole deux dalles posées à plat sur
le substrat légèrement surcreusé.


• Le foyer secondaire, plus rudimentaire, est situé en avant du gros bloc de basalte du foyer principal et comporte uniquement une
sole constituée de dalles posées à plat.

• Une hotte en bois permettait peut-être la récupération des fumées et leur évacuation à travers les combles et le toit.


- Cette partie haute peut se décomposer en deux zones. L’une destinée aux activités domestiques située entre les foyers et le mur ouest (zone où l’on a trouvé le maximum de tessons). L’autre destinée au couchage située dans la partie Sud- Est où aucun mobilier archéologique n’a été trouvé.

 - La partie basse, quant à elle réservée au bétail se trouve en contrebas d’environ 0.50 m, par rapport à l’autre partie dont elle était séparée par une cloison en bois. Son sol possède un dallage constitué de grandes dalles jointives laissant subsister un espace libre le long du mur sud-est, où s’écoulait le purin par une rigole dans le substrat ici surcreusé. Cette étable pouvait abriter trois ou quatre bovidés.

La charpente du bâtiment était du type « crük » et comportait sept travées comme en témoigne la découverte, le long des murs gouttereaux,d’ancrages susceptibles de supporter des poteaux porteurs et l’absence de tels ancrages au centre du bâtiment.


      La couverture était en chaume, comme le prouvent la découverte de plaques de chaume brûlé et l’absence lauzes. Un alignement continu de blocs de basalte assurait, côté du mur sud-est, l’ancrage de la toiture et son raccordement avec le talus gazonné, ce qui permettait une meilleure isolation contre le froid et le vent.
     Sous l’éboulis, constitué de gros blocs de basalte, est apparu pratiquement dans toute l’habitation unniveau noir, très riche en charbon de bois qui paraît témoigner d’un incendie. L’analyse au carbone 14 d’un échantillon de ce charbon de bois qui appartenait à des branchettes de hêtre constitutives de la couverture, situe la construction de la case entre l’extrême fin du Xème siècle et la première partie du XIème siècle de notre ère.

CASE N°1

     Cette case est proche de l’entrée sud du village, laquelle est délimitée par un bloc volumineux qui s’appuie sur le bourrelet de pierres constituant la limite Est du village et par un talus de terre très visible formant rempart, et appartenant aux confins méridionaux du site. De type monobloc, dite « élémentaire » (espace intérieur unique), cette case se présente sous la forme d’un rectangle de dimensions intérieures de 5.90m. sur 4.00 m.

     Semi-enterrée, elle est bordée sur trois côtés d’un talus gazonnée. Les parements intérieurs des murs sont conservés sur une hauteur de 3 à 4 assises, soit sur 1.20 m. à 1.65m. Le sol, en terre battue, est en partie recouvert d’un dallage.
    L’entrée se fait à l’ouest par une porte étroite (0.90 m.) dont les pieds droits subsistent sur une hauteur d’environ 1.10 m. La pierre de seuil, dont le niveau est supérieur de 0.25 m. à celui du sol, comporte une crapaudine avec rainure qui permettait de rentrer ou sortir le montant de la porte qui pivotait dans la « crapaudine ».
A l’extérieur de la case, des éléments de pavage subsistent devant la pierre de seuil.

 


CASE N° 2


        De type monobloc, dite « élémentaire », cette case rectangulaire de dimensions intérieures de 6.70 m. sur 4.30 m, est semi-enterrée. Les côtés Nord et Est sont talutés, les côtés Ouest et Sud sont au niveau du sol naturel. Les parements intérieurs des murs, constitués de blocs d’assez grande taille, sont conservés sur une hauteur de trois à quatre assises, entre 1.10 m. et 1.90 m.

       L’accès se fait au sud par un couloir curviligne, large de 1.80 m, à son entrée, de 5.50m de long, légèrement en pente (plusieurs marches sont nécessaires), qui précède une porte étroite (0.90 m.).

      La pierre de seuil qui est suivie d’une petite marche par laquelle on accède au niveau du sol, comporte à une extrémité une crapaudine avec rainure et à l’opposé un simple trou circulaire qui pourrait appartenir au système de blocage de la porte.

Le sol est dallé en utilisant le substrat rocheux.

CASE N° 6


       Cette case rectangulaire, de dimensions intérieures de 3,60 m sur 4.00 m, appartient aussi au groupe des « habitations élémentaires ».
     Les parements intérieurs des murs, constitués de blocs relativement importants sont visibles sur une hauteur de 3 à assises, entre 1,20 m et 1,70 m. Le mur sud s’appuie sur le talus formant la limite méridionale du village. Le parement extérieur du mur est resté visible sur 3 assises. Le sol est en terre battue, revêtue partiellement d’un dallage.
L’accès se fait au nord-est par un couloir dallé curviligne d’une longueur de 4.50m. Sa largeur est de 0.70 m à l’aplomb du seuil.

       Les pieds droits de l’entrée subsistent sur une hauteur de 1.30 m. La pierre de seuil comporte également une crapaudine avec rainure ; à la verticale de celle-ci se trouve une feuillure qui servait au blocage de la porte et à l’isolement de la pièce.
      En 1998, lors de la consolidation de la case, une couche importante de charbon de bois a été trouvée à l’angle sud-est et sous la souche de l’arbre encastré dans le mur sud. L’analyse d’un échantillon de ce charbon de bois, qui appartenait à des branchettes de hêtre, constitutives de la couverture, permet de situer la construction de cette habitation entre l’extrême fin du Xème siècle et la première moitié du XIIème siècle.

     Cette case fait partie d’un ensemble comprenant également les cases N° 7, 8 et 9, limité par une enceinte quadrangulaire a une seule entrée, mesurant 30 m du Nord au Sud contre 20 m dans l’autre axe. Cette enceinte est constituée d’une levée de terre et de maçonnerie contre laquelle s’adossent les quatre cases, dégageant ainsi un espace central sur lequel elles s’ouvrent.

CASES N°7 ET 8 AVEC COULOIR D’ACCES COMMUN

    Ces cases n’ont pas été fouillées. Seul le couloir d’accès a été dégagé puis consolidé en 1998. Ce couloir, à l’entrée monumentale, est remarquable par sa construction (utilisation de blocs de dimension), par son importance (longueur 5,20 m, hauteur 1,20 m à 1,40 m, largeur de 1,30 m à l’entrée et 0,70 m au niveau de l’entrée de la case N° 8) et par fait qu’il dessert non pas une seule case, mais deux ce qui constitue à ce jour un cas unique à Cotteughes. Ce couloir est légèrement curviligne et un dallage est visible par endroits.

    La case N° 7 possède des murs d’une largeur de 1.70 m et sa pierre de seuil comporte, comme dans le cas de la case N° 2 vue précédemment, une crapaudine avec rainure et à l’opposé un simple trou circulaire.

LES « REMPARTS » OU LA LIMITE SUD DU VILLAGE

 

     La limite sud du village de Cotteughes est remarquable et jouait un rôle important. Son existence, qui a été reconnue très tôt par les premiers visiteurs, et son ampleur ont conduit certains d’entre eux à voir dans ces structures les ruines d’une enceinte fortifiée avec remparts et fosses. Cette hypothèse purement défensive n’est pas confirmée par l’étude archéologique.

 
     La coupe ci-dessous donne une bonne idée de la complexité de cette limite sud décrite ci-après.
    1) Limite bordant la draille ou chemin creux au sud ; elle est constituée soit d’alignements de blocs, soit d’un mur à double parement dans sa partie centrale, soit de talus bordes de blocs.
    2) La draille, nettement en contrebas des terrains environnants (plus de 2 m dans certains cas), sa largeur varie de 6 m. dans la partie est à pratiquement 12 m dans la partie ouest.
   3) Bordure nord de la draille marquée par un ensemble de structures: murs de pierres sèches, soit alignements de gros blocs, soit parements de blocs, soit talus de terre interprétés comme des remparts.
   4) Ensemble de plates-formes : ces espaces, d’une largeur de 10 à 13 m, sont relativement plats et dominent le chemin creux.
   5)Limite du village même : elle contient les plus beaux exemples de terre qui conduit à interpréter cette limite comme une enceinte. On constate la présence de houx sur certains talus ce qui augmentait la protection contre les prédateurs et le vent.
      Cette limite sud comprend dans sa structure des ouvertures permettant l’accès au village. Certaines sont associées à des blocs volumineux qui leur confèrent un caractère monumental.

 

CASES N°13,14 ET 15


     Ces cases, semi-enterrés qui n’ont pas été fouillées, forment une rangée de trois maisons élémentaires, une petite et deux grandes, accolées les unes aux autres. C’est un bel exemple de « barriade », appellation utilisée en Auvergne pour désigner ces alignements d’habitats pouvant comprendre jusqu’à 9 habitations.
    Cette « barriade », orientée est-ouest, a une longueur totale d’environ 23 m. et une largeur de l’ordre de 5a 7 m. Les cases ne communiquent pas entre elles, leurs entrées se situent dans le mur méridional. Ceci délimite un espace commun marqué au sud par un talus de terre qui fait partie du village. A l’est une autre case forme un « L » avec la « barriade. »
       Les parements intérieurs sont visibles suivant les cases sur une hauteur de 1 à 4 assises. Les murs sont talutés à l’extérieur sur une hauteur d’environ 1 m.

PATRICK GARCI