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Introduction :

Du plus profond qu’il m’en souvienne, j’ai toujours aimé la Dordogne, cette Dordogne si agréablement surnommée à présent « Pays de l’Homme »….

      Un nom tellement évocateur quand on sait la présence de notre ancêtre sous les hautes falaises bordant la Vézère, aux tréfonds de notre humanité. Bercée par les découvertes sur notre ancêtre « Cro-Magnon », la visite d’arrogants et extraordinaires châteaux que sont Bonaguil ou Biron, mon enfance le fut aussi par la révélation que fut pour moi la lecture d’un roman d’Eugène Leroy, publié en 1899 : « Jacquou le Croquant ». Ce chef d’œuvre, tiré de faits authentiques déroulés lors des révoltes paysannes dans le Sud-ouest de la France, fin 18ème et début 19ème siècle, m’émut au plus haut point, et la vision de la série tirée du roman par Stéllio Lorenzi, diffusée en 6 épisodes en automne 1969, encra en moi, à jamais, les racines de mon amour pour ce coin de France.

       Il n’est pas, pour moi, de « Pays » plus attachant. Je pense ne pas être le seul dans ce cas, les ressortissants  de la « Perfide Albion » y sont légion, au même titre que les hollandais et les belges, tous amoureux des paysages boisés, des cours d’eau plantureux, et des vallées riantes, chargées de clochers et de toits pointus.

    C’est ainsi qu’un jour, moi, pétri de cette culture chargée de mots raisonnants dans ma tête : « forêts, bastides, les Eyzies, Rivière Espérance, bories, gabares, Lascaux, cèpes, truffes, châtaigneraies »…  Par un de ces miracles imposés par la vie, je pose mes valises dans un petit, tout petit village, perdu au milieu de ces forêts splendides et parfois tristes comme un jour sans pain : «  Bayac ».

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le château de Bayac. (photo : Patrick Garcia)

 

     Oh !.... Juste une église fermée le plus clair du temps, blottie contre un talus abritant une petite mairie et une rue bordée de vieilles maisons traditionnelles, rue qui monte telle la « Bombecul » de Penne d’Agenais…. à flanc de pech pour se perdre dans la campagne alentour. La vie est pourtant bien présente dans ce décor champêtre. Un petit groupe scolaire pour les gosses du secteur, rempli nos oreilles de cris stridents et rafraîchissants. Pour un enfant de la riche « Vallée » (du Lot), séjourner durablement dans le « Pays aux Bois » de Bayac, à une portée d’arquebuse de Lalinde, le bourg local, est grisant. Ce pays est chargé d’Histoire avec un « H » majuscule et d’histoires, comme me le divulguera un des adjoints au maire, amoureux de sa terre d’adoption, Jean Claude Le Bourvellec. L’Histoire est ici prégnante, outre « Cro-Magnon » (Env. -35 000 ans) à peu de distance, on a trouvé dans le village même, au lieu-dit « la Gravette » (classé MH depuis 1945), une industrie lapidaire, en particulier, qui a donné son nom à une des premières cultures du Paléolithique supérieur présent dans toute l’Europe, « le Gravettien » (-29 000 ans). Autant dire que ces lieux sont baignés très tôt par le vent de l’Histoire. Mais, si les envahisseurs romains laissent de nombreuses et splendides traces (Domus de Vesunna à Périgueux, tour de Vésone, ensemble de Montcaret…), ce sont les guerres franco-anglaises qui vont enrichir le patrimoine. Patrimoine militaire, avec des châteaux de rêve (Biron, Bannes, Beynac,  Jumilhac…), mais aussi celui des villes, devenues nouvelles et fortifiées (Monpazier, Domme, Eymet, Beaumont-du-Périgord, Villefranche-du-Périgord…), ou des églises, fortifiées aussi (St Avit Sénieur, St Amand de Coly, St Astier, Beaumont….).

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : maison traditionnelle de Bayac. (photo : Patrick Garcia)

 

     Ce sont ces témoignages de luttes incessantes et de leurs excès qui hantent maintenant tous ces nids d’aigles, forteresses, ou villes fortifiées… parsemés de graphites de templiers, comme à Domme, d’oubliettes ou de machines de guerre comme à Castelnaud, qui font la réputation et l’attrait de cette région…

     Ici, l’Histoire côtoie le moderne, les parcs historiques et thématiques abondent, l’Histoire a su trouver un terreau exceptionnellement riche au point que parfois, au détour d’une falaise, dominée par une de ces vertigineuses « Bastilles », on s’attend à voir déboucher Jean Réno, évadé des « Visiteurs » sur son fier destrier….

    Comment échapper à l’attrait de cette terre qui a tant eu à souffrir des exactions des uns et des autres, au point encore, qu’à l’ère moderne, Eugène Leroy y décrit encore une vie semée de terreur et de loups avides et affamés, nous sommes en 1815, il y a seulement 8 à 10 générations !

     Pour en revenir à Bayac, ma première impression me laissa un peu perplexe, ces quelques maisons isolées, quoique belles et pittoresques, entourées de forêts à perte de vue, moi qui ne connaissait pas les lieux, et en plein hiver pluvieux…. Je ne pensais pas y trouver de quoi nourrir ma quête de paysages harmonieux pétris de reliques historiques…

    Je me suis, fort heureusement, bien trompé !!! Dès les premiers jours, pour assouvir mon besoin quotidien de randonner deux à trois heures, je commençais à explorer les divers chemins et routes pastorales.

 

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 Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le "Rocher du Corbeau" à Bayac. (photo : Patrick Garcia)

VERS MOLIERES EN PASSANT PAR BOURNIQUEL 

 

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Trajet de Ste Livrade sur Lot à Bayac (24) puis à Molières (24)

 

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Trajet plus précis

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : plan précis de la rando pédestre ou cycliste. (photo et plan : Patrick Garcia)

 

Après avoir arpenté le secteur sud-ouest de Bayac, je décidais de tenter une reconnaissance vers le nord-est, par la voie qui prend racine à « la Gravette », le C9, en direction de Lalinde, par le lieu-dit « La Mothe ».

    Comme de coutume, je quitte le parking du château de Bayac, départ des principales randonnées alentours. Passé l’église au bas, je tourne à droite, franchis le pont sur la petite rivière de « la Couze » et j’arrive au croisement avec la « D660 » qui court de Bergerac-Couze à Beaumont du P. en passant par Bannes et son castel.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Depuis le pont sous le château, la rivière "Couze", et l'ancien moulin à eau du castel. (photo : Patrick Garcia)

 

     Face au stop, une maison avec un beau portail ouvragé, je franchis le passage à piéton et en me retournant, bénéficie d’un beau point de vue sur le donjon du château de Bayac. Je continue à droite vers « La Gravette », une petite route goudronnée m’y amène de suite, sans passer par la départementale surbookée.  Au bout d’une centaine de mètres, à ma gauche, entouré d’une barrière grillagée, le site du fameux « Gravettien », notre ancêtre commun d’il y a 27 000 ans…

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Le site de "la Gravette" à Bayac, siège la découverte de ce lointain ancêtre qui a donné son nom à une époque préhistorique: "le Gravetien". (photo : Patrick Garcia)

 

   En voyant ce talus, difficile à penser que dans ces ronces, gît un emplacement reconnu dans le monde entier pour sa fabrication particulière de flèches et d’outils préhistoriques !!! Son cousin, « Cro-Magnon » a laissé des traces bien plus tangibles, et surtout….plus impressionnantes quant à leurs visibilités.

   Je continue ma balade et j’arrive au hameau de « La Gravette », quelques maisons, superbes, des toits pointus, immenses, des murs cossus, d’une pierre patinée et ocre du plus bel effet… Je suis toujours estomaqué de la beauté de certains sites qui pour les riverains, paraissent tellement « banals ». Face à moi, les restes d’une forge, les outils agraires forgés main sont accrochés comme des lustres en façade…

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Maison traditionnelle dans le quartir de "la Gravette". (photo : Patrick Garcia)

 

Je tombe sur la route qui monte à « La Mothe », le C9.

   J’attaque une belle et longue montée qui va me conduire de la vallée de « la Couze » (Alt. 45 mètres), au sommet de la colline vers « La Mothe » à 150 mètres de haut. Une centaine de mètres de dénivelé en 3,5kms, autant dire que si des portions sont un peu plus pentues, l’ensemble est très accessible et en pente très douce mais soutenue. De chaque côté, des carrières de cette belle pierre qui est la matière de tous les édifices locaux.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : de carrières comme celle-ci, sont sorties les belles pierres blondes qui font le charme des constructions périgourdines. (photo : Patrick Garcia)

 

      18ème mn, j’arrive à un départ pour le lieu-dit « Bio », de chaque côté, les flancs de la route sont boisés et l’été, la promenade doit être splendide. Je continue le C9. Les bois laissent place à des pâtures de chaque côté de la route. Il y a des élevages bovins et de canards dans le secteur.

    36ème, une route quitte à droite vers « Bourniquel, via Couyracou » et le  C101.

     Au « T », de « Couyracou », je prends à gauche et longe un élevage bovin et de canards. Il y a des centaines de foies gras en devenir sur des pâtures gazonnées… Je me rappelle le générique du film, « l’Amour est dans le Pré »…. Enfin, je croise l’arrivée par la gauche du sentier de randonnée au débouché d’un grand bois.  Si je le suis, je remonte par les feuillus à l’entrée du beau hameau de « La Mothe » (à voir !).

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : un des très nombreux élevages de canards à foie gras de race mulards, ici, à "Couyracou". (photo : Patrick Garcia)

 

    Je continue ma « Tortille » qui serpente entre bois et pâtures à vaches et canards.

     55ème mn, j’arrive au « T » avec le C5, je vais à gauche. Je suis au milieu des pâtures, des haies et des bois en arrière plan. Pas ou peu de véhicules, cette balade sur macadam, réservée aux jours où les sentiers sont boueux, m’offre des paysages très beaux.

    58ème Je suis à un croisement avec le C1 : à gauche, je vais à « Bourniquel » et « Molières », en face, une bâtisse  au « Bellanger » et à droite, retour vers la D660 (Bergerac-Beaumont du P.).

J’attaque la montée vers « Bourniquel » au beau milieu des bois de châtaigniers. Plusieurs sentiers de randonnée croisent cette voie dont un GR.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Maison récente à Bourniquel, bien dans le style du pays! (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : autre maison, bien plus anciennne, à Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 

    63ème Je suis à « Bourniquel ». (Voir la description de la vie à Bourniquel en 1912, au-dessous de mon article)

Au sortir des bois, le paysage change. Ici, je suis sur un petit plateau et les pâtures moutonnantes qui ondulent à perte de vue me rappellent les paysages de l’Aubrac. Comme dans cette Auvergne là, au sortir de cet hiver pluvieux, des filets d’eau tissent une toile d’araignée sur le doux vert de l’herbe printanière… Les maisons, que dis-je ? Les bâtisses sont impressionnantes…

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : beau petit plateau de pâture, à Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : au beau mileu de la forêt, ce plateau verdoyant est parcouru par de grands troupeaux bovins en liberté. (photo : Patrick Garcia)

 

    Sur la douzaine d’édifices du hameau, il y a bien (au moins) 2 « chartreuses » ou manoirs… Même les demeures classiques sont « énormes » et très hautes, avec des toits comme des jours sans pain ! Partout la belle pierre ocre à jaune d’or, ces murs couleur de miel posés sur un tapis vert tendre et sous un ciel d’azur… Au loin, quelques « limousines » brunes, elles déambulent moelleusement à la recherche d’un coin de liberté où se coucher et ruminer en paix… Ce lieu est beau ! Je continue ma découverte et avance à la recherche de l’église, si elle pouvait être ouverte ?....

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : une des chartreuses de Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : autre superbe chartreuse. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : entrée secondaire d'une chartreuse à Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 

     A ma gauche, une chartreuse refaite à neuf, immense et accueillante… et au fond dans son prolongement, une autre, bordée par des bâtiments agraires. Quelques mètres plus bas, un escalier sous des cèdres, permet d’avoir une vue sur l’ensemble…. « Oups…. Je ne voudrais pas être la femme de chambre, il y a de quoi astiquer ! ».

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : la jolie petite église romane de Bourniquel, ainsi qu'une très belle maison typique. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Autre très belle demeure en continuité de l'église Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : la même, vue de face. (photo : Patrick Garcia)

 

J’arrive enfin à l’église. En fait, ce hameau n’est qu’une longue rue. De chaque côté de l’église, une magnifique bâtisse de style périgourdin. Je m’avance, mais la porte est fermée, un voisin me dit qu’il « y a tellement de vols, de nos jours, que maintenant, les portes sont fermées hormis les jours de messe ! » Terrible constat…

   Cette petite cure n’a beau être qu’une petite romane toute simple, j’aurai bien aimé contempler son intérieur, parfois, il y a des chapiteaux historiés ou des témoignages intéressants. Je fais le tour, sur un médaillon circulaire au sommet d’un fronton, un cœur. Ce symbole de  l’amour fraternel est réjouissant, même ici, dans ce lieu perdu devant une église fermée. Il y a trois maisons en tout et pour tout, dans ce quartier de l’église. La 3ème est située face au lieu de culte. Même simple, même ancienne, elle a du charme, avec ces deux niveaux et son toit à 4 eaux…

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : jolie fontaine surmontée d'une petite Vierge en bordure de route. (photo : Patrick Garcia)

 

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : jolie grange en sortie de Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 

Poursuivant je passe à gauche devant une nouvelle chartreuse. Je poursuis le C1 vers un carrefour. Mais auparavant, face à une vieille ferme dont la grange est superbe, je constate une jolie fontaine, ou un puits couvert de lauzes au sommet duquel est cimenté une petite Vierge.

 

EN ROUTE VERS MOLIERES

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : petite croix des chemins au carrefour en sortie de Bourniquel. (photo : Patrick Garcia)

 78ème J’arrive à un « T » avec à droite « Vers la D27 », au milieu, sur le talus un Christ et à gauche, le C4 qui va rejoindre un autre carrefour. A ma droite des bosquets, à ma gauche une prairie vaste et grasse….

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Belle, très belle croix des chemins, certainement antique, au "T" avec la route qui monte à Molières, juste au bout de l'allée d'un petit castel, le château de Cardoux, qui appartint à la famille de l'aviateur St Exupéry. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : la superbe croix des chemins "fleur-de-lyssée" au pied de la montée vers Molières. (photo : Patrick Garcia)

 83ème Je suis au carrefour.  A ma gauche, le C3 indique « 4 km Lalinde » et à droite, le C6  «  Molières 6km ». Au milieu, une allée privative amène à une sorte castel, ou grande chartreuse, dissimulée au centre de cèdres. J’apprendrai que château appartint à Saint Exupéry.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Le Château Cardoux, dont l'allée est marquée par cette belle croix. (photo : Patrick Garcia)

   Là aussi, une croix des chemins. Mais celle-ci, au contraire de la précédente, est intéressante, en fer forgé. Aux extrémités, le forgeron a riveté des fleurs de lys, tout comme à son pied. Simple, mais une belle œuvre d’art.

    J’attaque la petite côte, de chaque côté, des bois, à perte de vue.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : La montée vers Molière est bordée de belles forêts. (photo : Patrick Garcia)

 

    90ème J’arrive à un drôle de nom, « Derrière les Vignes ». Je comprends mieux, Un grand terrain herbeux en pente, m’apprend qu’ici, il y avait auparavant une vigne.

    J’arrive bientôt à un panonceau «  Terrières ». Juste une maison au beau milieu de la nature des près et des bois…. Le calme, quoi !

Un virage avec un embranchement indiquant « Pontours », moi je reste sur la voie principale, après le virage, autre bifurcation qui va rejoindre elle aussi Lalinde face à un abri bus bien isolé, mais accueillant s’il venait à pleuvoir ! Je continue mon périple vers Molières. Je laisse une voie à gauche aux « Petits », elle deviendra un jour une zone pavillonnaire. Je rentre à nouveau dans une zone boisée. Cette route est vraiment agréable et reposante. Je croise souvent des animaux sauvages, mais pas facile de dégainer avec mon super téléobjectif, le temps que l’informatique se mette en œuvre, biches et chevrettes ont détalé….

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : il y en a beaucoup.. pas facile de les "croquer".... (photo : Patrick Garcia)

 

   Mais j’apprends vite…. Et un jour, je les aurais….

Je laisse « Les Galages » à gauche, autre lieu-dit et je commence à entendre au loin la « civilisation », un bruit de moteur !

    124ème Soudain, j’y suis ! Un croisement venu de nulle part, des panneaux flambants neufs, du macadam comme on aimerait en voir partout, ce croisement m’apprend que je suis au pied de « Molières » et qu’à gauche, la voie est conseillée aux P.L.

    Je continue donc en face la route des véhicules légers (lol), après un dernier « T » avec le C204 qui part à gauche vers « Badefols sur Dordogne » et « Lalinde », je m’engage sur les derniers hectomètres qui mènent à ma vieille Bastide. Juste avant le panneau, une croix des chemins moderne à droite, permet de situer une petite curiosité.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : contre un talus, un petit abri sous roche, bordé par un escalier qui monte on ne sait où.... Une partie importante de cet abri a dû s'écrouler où être démolie. Mais ces restes sont intriguants... (photo : Patrick Garcia)

 

En effet, face à elle, de l’autre côté de la route, à flanc de versant et contre le champ, une cavité m’interpelle. J’y vais voir, il s’agit d’une cavité creusée pour abriter quelqu’un ou des objets. Mais ce qui est curieux, ce sont les marches taillées dans le roc calcaire à gauche qui montent vers quelque chose qui n’existe plus ou que je ne sais voir….

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le carrefour du centre ville, en face, je vais sur Cadouin et son abbaye, à gauche, en longeant la façade de l'église, je me dirige vers la place du centre ville et le château, à droite, je vais sur les grands centres touristiques par la grande route. (photo : Patrick Garcia)

 

     130ème J’arrive enfin dans le village. Si les abords m’ont permis de faire quelques beaux clichés, je réalise tout de suite qu’ici, j’ai de « la matière » et de quoi disserter un peu sur les charmes du site.

VISITE DE MOLIERES

      Molières n’est plus qu’un tout petit village, perdu au beau milieu de la forêt de la « Bessède ». Cette bastide anglaise fut fondée en 1284 par le sénéchal du roi d’Angleterre, Jean 1er  de Grailly, le même qui bastida en Lot et Garonne, Ste Livrade sur Lot, un bourg qui existait déjà. De cette époque reste peu de chose, si ce n’est des rues qui se coupent en angle droit, une place centrale qui a perdu ses cornières, sauf une maison, celle « du Bayle », le représentant du roi de France. Elle est dans un angle de la place, majestueuse, avec ses deux baies géminées, à l’image de celles de la bastide de Monflanquin en Lot et Garonne ou de Monpazier, bien mieux conservées, et surtout dont les bourgs sont restés des centres d’économie et de vie. 

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Au centre du village, la place centrale bordée par la seule maison sous couvert, construite, par manque d'argent, la bastide ne fut pas terminée et les traditionnels couverts, aussi. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : autre vue de cette belle, mais unique maison contemporaine de l'édification de la future, mais visiblement inachevée, bastide. (photo : Patrick Garcia)

 

      Pour le reste, déambuler au beau milieu de ces maisons séculaires, dont beaucoup ne sont que des résidences secondaires, est bien agréable. Elles sont souvent séparées par des chemins gazonnés, et les formes des constructions sont très traditionnelles. Elles allient comme ailleurs, les formes acérées des maisons du Quercy, si proche, aux toits mansardés et plus généreux de la maison périgourdine. Au bout d’une de ces ruelles, j’aperçois un « mai », un de ces arbres qui saluent l’élection d’un conseiller, tradition bien vivace par ici. Il est décoré de drapeaux et de fleurs de papiers tricolores… Visiter ce village est une manière de remonter le temps. Ici on a joué, on a vécu, on s’est battu, on s’est marie et au terme de sa vie, on s’est fait ensevelir dans le petit cimetière…

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : magnifique demeure ancienne en restauration.(photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Molières sur la route des grands lieux de pélerinages jacquaires,  et étapes que sont Cadouin et St Avit Sénieur... (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : petite mairie de Molières. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : chemins de randonnées suivant les étapes jacquaires. (photo : Patrick Garcia)

 

      Pourtant tout ça est dans les cartes postales, car à présent, pas de magasin, peut-être un bar…. De grandes et belles demeures qui pourrissent doucement pour servir un jour de carrière, à leur tour. Près de la maison « du Bayle », une bâtisse a su garder les formes de l’échoppe ancestrale. Une grande ouverture gothique bordée de deux murets encadrant le passage du client. La façade est très belle et donne une image de ce que devait être le commerce dans les bastides.

 

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 Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : l'autre côté de l'église donne accès à un joli jardin public. (photo : Patrick Garcia)

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : côté de l'église avec l'entrée des "cagots"... Notez des corbeaux en forme de crochets, disposés tout au long de la nef.... (photo : Patrick Garcia)

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : voici ces crochets en gros plan. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : voici à quoi ils servaient, il y a les même à l'abbaye d'Aubazine en Corrèze. (photo : Patrick Garcia)

  Derrière la mairie, une très belle promenade nous amène vers l’arrière massif de l’église. « Notre Dame de la Nativité » est un grand vaisseau gothique, imposant par ses formes et sa taille, mais qui a tellement subi les assauts du temps et des guerres que le visage qu’elle nous offre actuellement n’a aucune chaleur, et à l’intérieur, que peu d’intérêt. Construite à l’image de celle de « St Avit Sénieur », fortifiée avec deux tours… Elle a perdu sa voute en ogives en novembre 1771, et en 1846, l’église est à demi détruite. Elle perd une de ses tours et finalement reste un peu sans âme. Reste une belle série de vitraux réalisés vers 1886 par Henri Feur qui signe (DVCHAMP). Cette église est visitable en demandant l’autorisation à la personne qui habite face au proche d’entrée. Comme de nombreux autres édifices, elle possédait une porte latérale pour les « cagots », lépreux ou autres pestiférés et « mal-dégrossis »…

    Une série de corbeaux en forme de crochets court tout le flanc de l’église, elle devait permettre de soutenir des hourds mobiles où les défenseurs pouvaient espérer protéger les 800 personnes qui pouvaient s’abriter dans ses murs. On rapporte que des massacres furent commis en nombre dans ces lieux ou alentour, lors des prises successives du bourg, surtout au moment ou le « célèbre boucher » Monluc (au nom des catholiques), s’empara de la ville.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : restes du donjon du château de Molières, certainement antérieur à la bastide. (photo : Patrick Garcia)

 

 

 

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le côté du rempart Nord du château... (photo : Patrick Garcia)

 

 

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le rempart Est de Ce château qui ne se visite plus. (photo : Patrick Garcia)

photo aérienne du château

 

Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : photo aérienne du château... (photo : Google)

   Vous allez me dire, mais il n’y avait pas un château ? Si, mais il fut inachevé et ce qui reste de nos jours est tellement informe et pitoyable que le propriétaire, pour préserver les éventuels visiteurs des chutes de pierres, l’a bouclé. Ce n’est plus qu’une ruine, qui a servi de carrière, mais dont les abords permettent de continuer notre balade dans un cadre romantique. Le château est appelé "le château de la Reine Blanche", Blanche de Bourbon y aurait été emprisonnée et jetée au fond d’un puits. Selon la légende son fantôme hanterait les lieux en ruines qui restent très dangereux.

    Son histoire ? « Ce château est appelé d'après une légende le « château de la Reine Blanche ». Il ne reste que l'enceinte avec remparts et un donjon carré, isolé au milieu de l'enceinte. La construction du château a commencé après 1314 par le sénéchal de Périgord, Guilhem de Toulouse. À cette date, il avait choisi de faire de Molières une base fortifiée pour exercer son autorité. Il se plaint alors de n'y avoir aucune maison forte pour s'y protéger, sauf une tour qui sert de prison, édifiée à l'angle de la bastide au moment de sa construction. Il entreprend alors la construction du château avec ses propres deniers. Il demande le remboursement de la dépense au roi qui accepte en mai 1315. Mais en1318, l'administration centrale de Londres lui demande de s'adresser au connétable de l'Ombrière. Sa construction s'est alors arrêtée comme l'indique un acte de mars 1320. Le mur d'enceinte à base carrée de 50 mètres de côté a été terminé jusqu'au niveau du chemin de ronde. Au milieu se trouve une tour de six mètres de côté qui est la tour contemporaine de la création de la bastide… »

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : l'intérieur de l'église est modeste et sans plafond. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : quelques belles verrières sont à signaler... (photo : Patrick Garcia)

 

     Je reviens en longeant les ruines du castel, puis l’arrière de l’église. Partout, des panneaux de sentiers de randonnées et certains, dédiés aux « Jacquaires », les pèlerins de St Jacques, qui passent par ici pour rejoindre leur prochaine halte à « St Avit Sénieur », distante de 5kms.

       Deux retraités me demandent si je trouve l’église à ma convenance ? Me sachant curieux de l’histoire et des sujets intéressants, ils me conseillent de descendre cette rue « des Fontaines » de quelques mètres. Là, à droite, ils m’assurent d’une vieille source qui en alimente d’autres plus loin ; mais aussi que le cadre vaut le coup d’œil. Je les remercie et descends de quelques mètres. Un panneau de croisement de boucles de randonnées m’indique que je suis sur la bonne route. Un sentier gazonné court entre deux vieilles demeures. Je l’emprunte 30 mètres et à gauche j’aperçois la fameuse source.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » :  face à l'église, sur le côté de la porte des "Cagots", une voie sans issue mène à une superbe source qui alimente, sur son parcours, bien d'autres sources. (photo : Patrick Garcia)

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : la jolie et fraiche source à l'Ouest de l'église. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : 1874 est inscrit sur le linteau de la source. (photo : Patrick Garcia)

 

      Elle est desservie par une volée de marches et couverte par un toit en forme de dôme. Sur le linteau de la porte, une date : « 1834 ». Je me retourne, une magnifique demeure de maître borde la source. Une haute et belle  bâtisse aux nombreuses « capucines » (fenêtres mansardées à croupes), possédant un « bolet » d’accès, et au toit en forme de « coyau », attire mon attention. Sacrée maison de maître ! Je reviens à la rue et remonte en quelques enjambées au-devant de l’église.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : cette belle demeure traditionnelle est blottie contre la source. (photo : Patrick Garcia)

 

     Je décide de visiter un peu les extérieurs du bourg.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : ici, la tradition du "mat" en l'honneur des élus, est toujours vivace. (Photo: Patrick Garcia)

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : très jolie échoppe fort ancienne, encore en activité. (photo : Patrick Garcia)

 

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 Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : restes d'un fort belle échoppe. (photo : Patrick Garcia)

 

    De la place centrale, je redescends un carreyrou opposé en diagonale à la « maison du Bayle ». Plusieurs belles maisons anciennes, souvent abandonnées, et de l’autre côté du mur d’enceinte, une magnifique propriété campagnarde, cossue… De beaux points de vue sur la campagne et les forêts alentours… Mais il est temps de reprendre ma route, le soleil se couche « à bonne heure » en février… Et je ne voudrais pas finir les derniers kms à tâtons. Je suis ravi de ma visite dans ce joli bourg tout proche de St Avit et d’un autre lieu magique, « Montferrand du Périgord ».

CONCLUSION

C’est une des plus belles balades du secteur, qui plus est, forestière et sur macadam. Pas beaucoup de voitures rencontrées. Une balade familiale qui dure au total 260 minutes (4h20mn), aller et retour, arrêts de toute sorte non compris. Il faut donc partir le matin et revenir l’après-midi pour profiter du paysage et des lieux. Ou ce que je fais quand j’ai peu de temps,  la faire en deux parties. La seconde en laissant la voiture sur le parking du hameau de « Bourniquel ». 

Tiré de la réédition des :

« MONOGRAPHIES
HISTORIQUES ET GÉOGRAPHIQUES
DES COMMUNES

DU CANTON DE BEAUMONT
établies par les instituteurs respectifs
des différentes commune en 1912 »

 

 MOLIERES EN 1912

 

"Située à l’extrémité nord du canton de Beaumont dont elle fait partie, la commune de Bourniquel est limitée au nord par la commune de Pontours, à l’est par la commune de Molières, au sud par les communes de Saint Avit-Sénieur et de Beaumont et à l’ouest par la commune de Bayac.

    Entre les communes de Saint Avit-Sénieur, de Beaumont et de Bourniquel et séparant cette dernière des deux premières, coule un délicieux et frais petit cours d’eau renommé par le volume et la qualité de ses écrevisses. Ce ruisselet, appelé le « Roumaguet », prend naissance à l’extrémité occidentale de la forêt de la « Bessède » ; il suit une direction constante de l’est à l’ouest et va se jeter dans la Couze, juste en face du château de « Bannes » au lieu du « Malpas » ou du Mauvais pas.
    En dehors du « Roumaguet », « Bourniquel » ne possède qu’une fontaine d’eau potable ; aussi recueille-t-on avec soin l’eau des pluies dans des citernes, pour les personnes, et dans des mares infectes pour les bestiaux qui, abreuvés de cette eau contaminée par toutes les immondices des cours et des étables sont sujets à une foule de maladies.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : Au Nord du village de Molières, près du cimetière, une profonde caverne servit de refuge aux habitants. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : un abrevoir pour les animaux est creusé dans le rocher de la grotte-refuge. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : tout comme des traces de murs et ici d'une porte avec sa "crapaudine"(petit creux permettant à l'axe pivot de la porte de jouer et ainsi de manoeuvre le battant), démontrent que cette cavité abrita un temps des habitants.  (photo : Patrick Garcia)

     Accidentée dans les 4/5 de son étendue et légèrement plate dans tout le reste, la commune de Bourniquel, mise aujourd’hui, par de nombreuses routes, en relation avec les communes voisines, offre une superficie de 896 hectares dont 400 de terres labourables, 22 de prairies, 50 de châtaigneraies, 330 de bois et le reste en bruyères ou en friche.

 
      Comme beaucoup de communes rurales, mais peut-être en plus grandes proportions, la commune de « Bourniquel » se dépeuple tous les ans ; une foule de maisons, grouillant de marmots autrefois, sont aujourd’hui inhabitées. La commune ne compte actuellement que 150 habitants, soit un habitant par 6 hectares.

 
     Son sol, calcaire en grande partie, mal travaillé, mal engraissé, n’arrive pas à nourrir ses habitants dont la majeure partie vivent misérablement et sont pourtant attachés, ceux d’un certain âge surtout, à ce sol plus délaissé qu’ingrat, où leur vie s’écoule au milieu des privations de toutes sortes.

 
   Nulle industrie dans cette commune où l’eau est presque aussi rare que le vin ; on ne fait même pas d’élevage, ce qui serait pourtant une source de revenu. Mais, plus que partout ailleurs, la sainte routine est en honneur à « Bourniquel » : les pères faisaient ainsi, les fils doivent faire de même : un peu de blé qui ne rend pas quatre pour un, un peu de maïs et quelques pieds de tabac dans les meilleurs terrains où on apporte tous les engrais ; tels sont les produits récoltés ; il est vrai que les habitants de « Bourniquel » ont la ressource des châtaignes, l’aliment principal pendant l’hiver.
    « Bourniquel » devait autrefois se trouver sur le passage des hordes celtiques, peut-être même avoir été le séjour de quelque tribu d’Ibères, ainsi qu’en témoigne une station préhistorique découverte ii y a une quarantaine d’années dans les masses rocheuses de l’extrémité occidentale de la Commune, surplombant la délicieuse vallée de la « Couze », au-dessous du « Malpas » (ou du Mauvais pas), surnommé ainsi sans doute, parce que, dominé par le château de « Bannes », c’était en ces lieux que les seigneurs de ce château s’élançaient comme des vautours sur les malheureux voyageurs, les pillant et les massacrant.

      Des fouilles inconscientes opérées par un profane dans la station du « Malpas » firent découvrir des armes et ustensiles de l’âge de la Pierre, tels que : haches, flèches, couteaux, racloirs, etc. en silex brut ou poli. Mais que de richesses archéologiques auraient pu mettre au jour des recherches intelligentes et méthodiques Ces fouilles sont aujourd’hui reprises d’une façon plus scientifique par des archéologues experts comme M. Peyronny, instituteur, mis en congé dans ce but et M. Chastaing, curé de la commune de « Bourniquel ». II faut espérer qu’elles donneront les résultats attendus.

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » :  sur le plateau de Bourniquel, d'immense troupeaux de limousines cohabitent passivement; (photo : Patrick Garcia)

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » :  les belles "limousines" de Bourniquel . (photo : Patrick Garcia)


     Non seulement « Bourniquel » a été le séjour de tribus préhistoriques ; mais plus tard les légions romaines durent y séjourner, peut- être même y eut-il une population sédentaire, puisque, paraît-il, l’église et le cimetière actuels se trouvent sur l’emplacement d’un cimetière païen où se pratiquaient les incinérations, ainsi que le prouvent des armes ou fragments d’armes que l’on met parfois au jour en creusant les fosses pour les sépultures.
   Plus tard, aux environs du 13e siècle, ce même emplacement paraît avoir été occupé par des forges assez importantes révélées par des vestiges de constructions trouvés dans le sous-sol ; par un soc de charrue en fonte de fer et un épieu de chasse de cette époque découverts au même lieu à une certaine profondeur.
   C’est également du 13e siècle que date le château de « Cardou » élevé sur un terrain en dos d’âne entre deux petites vallées, aboutissant l’une et l’autre à la vallée arrosée par la rivière Dordogne. Ce château, destiné à défendre le pays contre les Anglais et qui, plus tard, devint leur proie, fut occupé d’abord par le sire de Cugnac, remplacé au 14e siècle par un seigneur Beaudet, seigneur de Cardou, dont la descendance directe ne s’éteignit qu’au 18e siècle. A cette époque, le dernier des Beaudet épousa une demoiselle de St Exupéry dont la famille était originaire du haut Limousin dans la commune de ce nom et dont les descendants sont encore possesseurs du château de Cardou. Chaque époque apporta au château des changements appropriés aux circonstances : le 14e siècle ayant amené la découverte de la poudre à canon et révolutionné l’art de la guerre, les seigneurs, malgré eux, furent contraints d’adapter leur système d’attaque et de défense aux exigences nouvelles. Les tours et poivrières du château de Cardou furent des premières aménagées pour le service de l’artillerie et, des premières, de leurs bombardes, encore à peu près inoffensives, mais extraordinairement bruyantes, elles portèrent au loin la terreur parmi les paisibles et rares habitants.

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : près de la grotte refuge de Molières ce beau colombier cylindrique avec son joli larmier. (photo : Patrick Garcia)

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le même, dans un angle différent. (photo : Patrick Garcia)


    Au 17e siècle, le château de « Cardou » se modifia intérieurement suivant les exigences du luxe apporté à cette époque dans les demeures seigneuriales ; enfin au 18e siècle, les tours, désormais inutiles, furent rasées, l’intérieur aménagé suivant le confort moderne, et le château prit l’aspect qu’il a de nos jours une vaste et massive construction quadrangulaire, n’offrant rien de bien remarquable, de même qu’il n’avait rien offert jadis de particulièrement intéressant au point de vue historique et archéologique.
   Tout récemment, le propriétaire actuel, au cours de réparations, a trouvé sous le badigeon qui la recouvrait et qui s’était ajouté d’âge en âge, la trace de l’ancienne bâtisse qu’il va, dit-on, sur une certaine surface, conserver telle quelle.
On disait autrefois des émigrés rentrant en France « qu’ils n’avaient rien appris, rien oublié». On pourrait en dire autant de la très grosse majorité des indigènes de Bourniquel. Tels ils étaient aux temps anciens, tels ou à peu près, ils sont aujourd’hui. Il n’y a encore, pour ces pauvres gens, que deux personnes, et, partant, deux principes : le seigneur et le curé, le dernier même bien au-dessous du premier. Le seigneur de « Cardou », maire, bien entendu, de la commune est une personne sacrée pour eux et absolument indispensable à leur existence «Qué fayant, si nosté ségnour nous quittaros !!» (Textuel dans la bouche d’un des rares propriétaires de la commune que sa situation de fortune pourrait rendre indépendant.)

 

MOLIERES GARIOTTE SOURCE GAULHIAC 177

 

Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » :  MOLIERES, GARIOTTE SOURCE GAULHIAC . (photo : Patrick Garcia)

 

MOLIERES GARIOTTE SOURCE GAULHIAC 179

 

Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » :  (MOLIERES, GARIOTTE SOURCE GAULHIACphoto : Patrick Garcia)

 

MOLIERES LAVOIR SS GROTTE 182

 

Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : toujours près de la grotte et du cimetière de Molières, un superbe lavoir.  (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : vu dans l'autre sens. (photo : Patrick Garcia)


   Le seigneur peut mépriser ces malheureux, laisser sans pain des métayers à son service de temps immémorial ; il peut laisser en friche ses immenses propriétés qui se peuplent de rongeurs dont la dent meurtrière détruira en herbe les blés et les avoines du paysan, il peut défendre de tuer un de ces lapins malfaisants, il peut défendre d’aller ramasser une branche de bois mort qui se perd dans ses taillis, il peut même défendre de ramasser quelques champignons dont la vente leur rapporterait quelque menue monnaie ; ces pauvres gens trouvent cela très naturel, c’est son droit, ils ne sont pas éloignés de dire que c’est son devoir. Et si quelque frondeur (il s’en trouve partout, mais combien rares à « Bourniquel » !) si quelque frondeur voulait trouver à redire à cette manière d’agir, ils seraient capables de le lapider.

    Que viennent des élections, le seigneur aura, à quelques exceptions près, tous les suffrages. On pourrait presque dire que la servitude a été abolie partout sauf à Bourniquel où elle a conservé des racines profondes.
Courbée sous le joug seigneurial, la population de Bourniquel est encore soumise à toutes les idées du moyen âge : dévote sans savoir pourquoi ni comment, superstitieuse comme aux âges les plus reculés et avec cela possédant tous les défauts, on pourrait dire tous les vices inhérents à la plus grossière ignorance, elle ne fait nul effort pour se soustraire à ces pratiques abêtissantes et secouer le joug qui, de tous temps, a pesé sur elle.

    Crevant de faim, mais attaché à la glèbe originaire, le paysan ne veut pas s’arracher de ce sol ingrat où sa vie s’écoule dans des labeurs improductifs ; on en a vu même qui, contraints d’une façon ou d’une autre, à aller habiter des communes voisines, demandent qu’au moins, après leur mort, on y rapporte leur dépouille, pour dormir à côté de celles d’ancêtres qui ont été aussi malheureux qu’eux. La pensée de Chateaubriand «qu’on s’attache par le malheur aux liens qui nous ont vus naître» est particulièrement vraie pour Bourniquel.

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : le charme des vieilles fermes à Molières, rue de Cadouin. (photo : Patrick Garcia)

 

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Rando en Périgord Noir, « de Bayac à Molières » : et comme partout en Périgord, la joie de tailler la route de ces merveilleux sentiers de randonnées balisés. (photo : Patrick Garcia)

 


Cependant depuis que l’école laïque a remplacé l’autre, à « Bourniquel », on sent qu’il se produit un sourd travail d’émancipation quelques rares esprits ont osé lever l’étendard de l’indépendance et déposer dans les urnes électorales des bulletins libellés sous l’inspiration satanique, quelques jeunes gens ont appris à l’école laïque que les limites de la France n’étaient pas celles de Bourniquel, qu’on pouvait remplir ses devoirs de citoyen et de Français ailleurs que dans l’orbite du seigneur de « Cardou », qu’au lieu de manger des châtaignes et du pain de maïs à « Bourniquel », on pouvait ailleurs manger du bon pain blanc et de la bonne viande, qu’au lieu de boire l’eau contaminée de l’unique fontaine communale où, côte à côte avec leurs bestiaux, s’abreuvaient les aïeux, on pouvait ailleurs, boire d’excellent vin ; aussi l’émigration vers les pays plus fortunés a-t-elle commencé, et Bourniquel se dépeuple de jour en jour.

 
       Puisse cette école honnie par le trône et l’autel faire remonter le courant ; puisse-t-elle surtout, au lieu de donner aux jeunes gens des idées d’émigration, leur inspirer, mais d’une toute autre façon, l’amour du sol natal qui est un des éléments de vitalité d’un pays, mais l’amour d’un sol natal affranchi de toutes les servitudes morales et matérielles, d’un sol natal travaillé avec ardeur et avec intelligence, avec les nouveaux procédés de culture et les nouvelles notions d’élevage ; Bourniquel alors nourrira sa population et l’école laïque aura bien mérité de la France et de la République.

 

Texte écrit par l’instituteur de Bourniquel en 1912…. "

 JOSE PATRICK GARCIA

 

 

 

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