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Au sortir d’un hiver particulièrement humide et long, sans soleil, même s’il fut un des plus doux de l’histoire météorologique, je décide  aux premiers rayons d’un frileux soleil de mars, de « bouger ». Pour ce premier rendez-vous avec l’Histoire, je prends la route du Gers, où « le Bonheur est dans le Pré » et où, je désire visiter quelques lieux charmants et méconnus…. Dont Simorre où trône une église fortifiée unique !

   Le Gers, que je traverse dans mon vieil « Autostar » poussif, me découvre des petites routes ondoyantes, ses montées et ses descentes au milieu d’un pays vallonné et bocagé. Ici, la campagne est lâche, pas de fermes ou de maisons concentrées le long du ruban bitumé, des fermes isolées… Un pays reposant, calme et chaleureux. Riche aussi, on sent que cette terre nourrit bien son homme, les labours sont propres et net, les haies bien fournies et bien taillées, les pâtures proprettes et le bâti bien entretenu.

    Les noms fleurent bon le terroir, Gimont, Mauvezin, Beaumont de Lomagne… Ici le pays de l’ail, là, le pays de d’Artagnan. Au terme d’un petit trajet de deux heures, j’arrive à mon premier « port », Simorre, où l’on me promet une église des plus anciennes, fortifiée, qui plus est, sauvée au 19ème par un homme qui ne laisse pas indifférent, Viollet le Duc.

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Trajet Simorre (32) à Ste Livrade sur Lot (47)

      Sous ce glacial premier soleil de l’année, la ville ma parait agréable et comme « ramassée » sous les ombres des tours de son lieu de culte en briques cuites, qui donnent, sur le ciel azuré, des tons ocres qui réchauffent le cœur, qui en a bien besoin, après ces deux mois de pluie ininterrompue. Je me gare sur les extérieurs, la place est à revendre ici, nous ne sommes pas dans la banlieue d’une grande ville, et la circulation est ténue.

     En cette fin d’hiver, l’O.T. est fermé, mais j’ai téléchargé sur le Net, un maximum de renseignements sur la bourgade et son bâtiment religieux. En fait, l’ouvrage n’est que le reliquat d’une abbaye qui fut vendue à la Révolution, comme bien national. Comme partout ailleurs, les marchands de matériaux ont dépecé les bâtiments dont il ne reste plus que le « trésor », l’église. Mais quel chef d’œuvre, quasiment tout de briques, à  part quelques chainages d’angles, les supports des verrières, les magnifiques gargouilles…. Ou le portail à voussures et les grands arcs qui supportent les voûtes…

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Simorre(32) la Médiévale : Voyage dans une ville médiévale typique. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Des quartiers remplis de maisons à colombages. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Une ville proprette et parfaitement entretenue. (Photo : Patrick Garcia)

     Je me précipite depuis le parking, près de la salle des fêtes, car de gros nuages  lourds de menaces, semblent rouler vers nous ? Je tiens à mes photos, avec un peu de ciel azuré, car il avantage les murs de briques auquel je tiens beaucoup, étant natif d’un village (Ste Livrade sur Lot), où ce matériau est roi. Les rues sont agréables, avec de belles maisons anciennes, souvent à colombages munis de nombreuses croix de St André. Elles possèdent souvent  au dernier étage, de grandes balustrades avec des terrasses dominant la cité et l’été, pouvoir s’y restaurer doit être bien agréable, avec des vues imprenables… Si certaines sont en briques, d’autres, sont à colombages et torchis, mais généralement avec un  rez de chaussée en pierres, on sait jamais, la rivière est proche…. Le torchis ne supporte pas les inondations !

    Les couleurs du village sont vives, autant dans la gamme des ocres, que des couleurs plus vives, bien dans les tons des peintures murales découvertes dans la fameux église.

Un peu d’histoire :

     « La tradition veut que l'abbaye bénédictine de Simorre ait été fondée par Clovis à l'emplacement d'un oratoire édifié par Saint-Cérats qui fut l'évangélisateur de la région au Vème siècle. Après les ravages des Sarrazins, en 722, elle dut aliéner ses dîmes et ses biens afin de réparer ses désastres.
Elle n'est cependant mentionnée pour la première fois qu'en 817 ; avec sa voisine de Saramon, elle fait partie des établissements religieux que le synode d'Aix-la-Chapelle exempte d'impôts en raison de leur grande pauvreté. Cependant, grâce aux Carolingiens elle retrouva une partie de sa splendeur, et les Normands, en 920, purent faire en ses cloîtres une abondante moisson de richesses.
Elle connut une prospérité notable au cours des Xème, XI ème et XII ème siècles grâce à d'importantes donations.

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Simorre(32) la Médiévale : ND et son air martial, un véritable château! (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Outre son abbatiale fortifiée, les maisons à colombages sont à explorer. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Le village est coloré, par la brique, le bois, les torchis et les enduits multicolores. (Photo : Patrick Garcia)

… L'accroissement de la puissance des moines… provoqua la jalousie des comtes d'Astarac dont la "capitale " se trouvait à quelques kilomètres en amont de Simorre, au lieu dit Castillon sur le territoire de la commune actuelle de Villefranche d'Astarac.
Il s'ensuivit une querelle qui prit parfois un tour violent et se prolongea jusqu'à la fin du XIIIème siècle. Alors même que cette querelle battait son plein, les religieux avaient entrepris la reconstruction des bâtiments de leur abbaye dont ils achevèrent la chapelle capitulaire en 1244.
Le conflit terminé par le déboutement du Comte d'Astarac en 1287, l'abbaye rentra en possession des terres et des revenus dont elle avait été spoliée et connut alors une nouvelle ère de prospérité. Onze ans plus tard l'archevêque d'Auch, Amanieu II, consacra la nouvelle église le 8 octobre 1309.
L'histoire de l'abbaye fut ensuite relativement calme ; épargnée par le Prince Noir en 1355, elle resta hors de portée des protestants qui assiégèrent SIMORRE en 1573. Mais depuis 1558, elle était tombée en commende, c'est à dire aux mains d'un abbé nommé par le roi et souvent plus soucieux de ses intérêts que de ceux de l'abbaye.
A la Révolution, le cloître et les bâtiments conventuels furent vendus, puis démolis.
Seule l'église abbatiale fut épargnée car elle servait, depuis 1141 aux habitants comme aux moines. »

Premières impressions :

      Je m’y dirige, et je suis subjugué dès que j’en suis proche. Cette construction est à la fois « petite » mais impressionnante par son caractère à la fois « massif » et « aérien »… Ses 5 tourelles défensives coiffées de pyramides, paraissent n’être que les « boosters » d’un vaste vaisseau galactique pointé vers l’Azur, et échoué ici en pleine Gascogne. Ces « obélisques » de briques accolés au pourtour crénelé d’un toit polygonal, donnent un air élancé au monument contrasté par l’aspect guerrier et massif des défenses omniprésentes.

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Simorre(32) la Médiévale : Une entrée protégée par une bretèche. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Simorre(32) la Médiévale :isolée sur la place, ND est bien mise en valeur. (Photo : Patrick Garcia)

 

    De larges baies, munies de grandes verrières, de grandes ouvertures circulaires, sont autant d’yeux dans ce cyclope aux dents aigües, l’extérieur est constellé des trous de boulins laissés par les échafaudages, et le périmètre aérien est parsemé d’une douzaine de gargouilles menaçantes, du plus bel effet…

    Face au chœur, une partie en pierres, signale, face à l’essentiel de briques, l’endroit où les dépeceurs ont arrêté leur travail de mort…

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Simorre(32) la Médiévale : Non ce n'est pas un château, et la seconde porte gothique n'existait pas! (Photo : Patrick Garcia)

 

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Simorre(32) la Médiévale : Autre vue de ND et sa couronne  crénelée.(Photo : Patrick Garcia)

     « Un chef d'œuvre de la brique égaré dans l'Astarac de la pierre. Dédiée à Notre Dame, elle fut élevée sur l'emplacement de l'église précédente qui s'étendait peut-être davantage vers l'ouest car des travaux effectués en 1900 mirent au jour des restes de construction dans le prolongement de la nef actuelle.
On pénètre dans l'église par une porte placée au midi et dont les voussures en arc brisé reposent sur des colonnettes à moulures semblables disposées dans les ébrasements ; elles sont encadrées par un bandeau à la base duquel se détachait un visage humain ( il ne reste que celui de l'ouest). Seuls deux des huit chapiteaux recevant les voussures ont conservé leur décor formé pour l'essentiel de deux animaux ailés affrontés ; on reconnaît également un oiseau dont les pattes et la queue sont dévorées par des monstres, un animal ressemblant à un hippocampe mais pourvu de pattes et dont la queue se termine par une tête dévorant les pattes.

 

 

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Simorre(32) la Médiévale : Couronne crénelée et tourelles fières.  (Photo : Patrick Garcia)

D'importants travaux de restauration furent effectués entre 1844 et 1858 sous la direction de Viollet-le-Duc. La toiture, qui portait sur les murs fut abaissée de façon à reposer directement sur les voûtes et un crénelage fut établi autour de l'édifice ; le dernier étage à petites fenêtres du clocher et de la tour lanterne fut écrêté pour réaliser un crénelage ; les contreforts du chevet et du bras du transept furent pourvus d'une échauguette et coiffés d'une pyramide à l'imitation de celles qui existaient déjà sur les contreforts du bras sud du transept. D'après P. Mesplé (1975), ce grand théoricien, qui a fait tant de mal à ce qu'il a souvent prétendu parfaire, a réalisé ici un petit chef d'œuvre.
Sous l'impulsion de l'abbé H. Ramakers (1917-1977) des travaux de restauration et de consolidation ont été entrepris : le chevet et le transept furent débarrassés de leur crépi et la remise en état du sacraire permit la découverte de peintures murales en 1964. Ensuite, le service des Monuments Historiques a fait réparer le crénelage de la tour-lanterne et réviser la toiture.

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Simorre(32) la Médiévale : Belle vue sur le couronnement crénelé.(Photo : Patrick Garcia)


Le sol est situé trois marches en contrebas par rapport à la place dont le niveau a été exhaussé au cours des siècles par l'accumulation de matériaux divers destinés à l'assainir. L'église est d'une parfaite unité car bâtie en peu de temps, et présente un plan très simple en forme de croix latine de dimensions :
- Longueur totale : 23,80 m
- Longueur du chevet : 8 m
- Longueur du transept : 25,50 m
- Largeur du chevet, de la nef et du transept : 12,10 m

La nef primitive avait été conçue à 4 travées. Des fouilles, exécutées à l'ouest en 1901 révélèrent des soubassements qui ne supportèrent probablement jamais de murailles. Un mur provisoire a du être élevé après l'achèvement de la 2ème travée.
Il est également permis de supposer que la lanterne constitue la base d'un clocher octogonal inachevé, peut-être par crainte de compromettre la solidité du vaisseau non étayé.
C'est vers 1350 que furent édifiés le clocher et la sacristie, obstruant les quatre baies au Nord, mais qui sont bien dans le style de l'église.
Son aspect sévère n'est atténué que par les arcs simulés de ses murs criblés de trous de boulin et par les nombreuses baies fenêtres à lancettes tribolées et roses de grand diamètre qui l'éclairent.

Le matériau utilisé est la brique sauf pour :
- les croisées d'ogive
- quelques chaînages d'angle
- les réseaux des baies
- le cordon qui la ceinture au niveau des impostes
- les voussures et piédroits de la porte du sud qui sont en pierre.

Tous les supports sont constitués de pilastres sur dosserets avec angles chanfreinés ; à la croisée du transept, des trompes soutiennent une coupole nervée que surmonte une tour lanterne octogonale dont chaque pan est percé d'une baie en mitre.
Le décor sculpté est réduit, il se limite aux chapiteaux des fenêtres, aux clefs de voûte, aux pilastres de la croisée de la nef et du transept où figurent les symboles des évangélistes :
- Taureau de Saint Luc au nord-ouest
- Aigle de Saint Jean au nord-est
- Homme de Saint Matthieu au sud-ouest
- Lion de Saint-Marc au sud-est.

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Simorre(32) la Médiévale :2 vues de la nef, ici vers le chevet et la coupole. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : L'autre côté vers la nouvelle travée et la nouvelle entrée. (Photo : Patrick Garcia)

En 1442, la nef qui ne comportait que deux travées reçut une travée supplémentaire un peu plus courte pour laquelle on employa la pierre qui venait de l'abbaye « fille » de Sarrancolin, rompant ainsi assez fâcheusement l'harmonie générale de l'édifice.

Au début du XVIème siècle, on rebâtit la chapelle de Sainte Dode (la 1ère construite en 1356 avait disparue) mais on la fit au midi précédée d'un vestibule en l'honneur de Notre Dame qui cachait la belle porte du XIIIème siècle et la galerie crénelée qui la surmonte.
En 1901, la chapelle Sainte Dode et son vestibule disparurent, ce qui dégagea dans toute sa beauté la porte du midi. »

Un trésor d’architecture :

    Après avoir tourné et retourné autour du sanctuaire, je rentre dans l’édifice, qui est toujours ouvert et accueillant. J’y suis accueilli par une musique douce de chants grégoriens.

    Les restes de la nef sont malgré tout impressionnants de grâce aérienne. Le chevet est plat et éclairé de 4 verrières étroites surmontées par un vitrail plus massif et plus large. L’ensemble est clair, spacieux et sain, bien entretenu et chargé d’unité. La brique s’associe très bien aux tons pastels de la pierre des arcs qui supportent la coupole et la toiture. Au fond, des stalles, classées aussi monument historique. J’avance vers le chœur, à la croisée du transept, j’aperçois à ma gauche, « une Mise au Tombeau » à 6 personnages.

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Simorre(32) la Médiévale :La délicate et très belle Mise au Tombeau. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Simorre(32) la Médiévale : Autre vue de l'oeuvre. (Photo : Patrick Garcia)

Le Christ, allongé sur les genoux de sa Mère, a la tête posée sur un linceul tenu par un personnage masculin avec à sa gauche, une femme en prière aux long cheveux nattés, peut-être Marie-Madeleine.  La Vierge, coiffée d’une « cornette » au joli drapé, a la bouche  et à la mâchoire serrée, semble à la fois, éplorée et pleine d’une rage intérieure. C’est le personnage phare de cette œuvre, par son charisme et son réalisme.

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Simorre(32) la Médiévale : le Christ en Croix du 14ème siècle. (Photo : Patrick Garcia)

 

     Derrière le maître-autel, une croix de bois supporte un Christ en bois polychrome du XIVe siècle polychrome aux traits amaigris, aux bras vidés de leurs chairs, au visage ascétique.  Cette œuvre en est d’autant plus criante de vérité. À noter les sandales tombantes aux pieds qui indiquent que le maître d'œuvre est Catalan.

 

   

Les stalles :

   Derrière le Christ, les stalles. Ce sont les sièges des religieux, en bois de chêne, décorés dans le plus pur style gothique flamboyant.

«Elles sont classées Monuments Historique depuis 1962. Elles ont été exécutées sous l'abbé Roger de Labarthe (1492-1519) grâce à la générosité de Jean Marre. Elles se trouvaient, à l'origine, sur une tribune au fond de la nef, selon la mode basque ou espagnole et ont été transférées dans le chevet en 1780. Pour éviter de les détériorer, par une ouverture parasite, on ferma la porte de la sacristie que l'on ouvrit sur le transept ; on avança l'autel, agrandissant le sanctuaire que l'on entoura d'une balustre en fer forgé de style Renaissance qui ne s'accorde guère avec l'intérieur austère de l'église.

Les stalles, au nombre de 38, sont sur deux rangées, disposées symétriquement par rapport au siège de l'abbé qui est situé en léger décalage par rapport à l'axe de l'édifice.

Surélevées de deux marches, les 26 stalles de la rangée supérieure possèdent de hauts dossiers séparés par des pilastres moulurés, elles sont surmontées d'un dais continu se terminant par une corniche sobrement moulurée pourvue d'une balustrade ajourée avec pinacles peu développés et sans crochets.

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Simorre(32) la Médiévale : les superbes stalles couvertes. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Des sculptures très réalistes, ici St Pierre. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Simorre(32) la Médiévale : Le baptême de Clovis.  (Photo : Patrick Garcia)



Le décor de la cage ajourée du siège abbatial a fait l'objet d'un soin particulier. Un blason tenu par deux anges figure à sa partie supérieure. Il a été mutilé à la Révolution mais celui de la miséricorde, qui est intact, montre les armes de Roger de Labarthe.

Une Annonciation est représentée sur les côtés :
- à droite : l'archange Gabriel, les ailes repliées, désigne le phylactère enroulé autour de son bâton de messager et sur lequel figurait la salutation angélique.
- à gauche : Marie qui lisait au moment de son arrivée, l'accueille d'un geste de la main. 
Sur le dossier de la stalle située à gauche de l'abbé, on remarque un " tableau de service " orné de rangées de trous permettant au frère " hebdomadier " de marquer à l'aide de chevilles la présence des religieux aux offices. Un second tableau s'observe sur le dossier de la première stalle à gauche de la rangée supérieure.

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Simorre(32) la Médiévale : Sur cette jouée, le Baptême du Christ. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : ici en gros plan, le Baptême du Christ. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Le siège abbatial, mutilé à la révolution. (Photo : Patrick Garcia)

Les miséricordes des stalles réservées aux moines sont simplement pourvues de pendentifs de facture assez raide. Le décor sculpté ne concerne que les accoudoirs où sont installés de petits personnages religieux (évêque, prêtre en prière, moine dans la même attitude ou tenant un livre) ou laïques ( paysan muni d'une faucille ou portant une hotte emplie de fruits, bourgeois en prière ou tenant des cartes à jouer, joueur de flûte, de cornemuse…). On y trouve également des motifs végétaux et surtout des animaux réels ou fantastiques. A noter l'humour du personnage qui, transformé en cornemuse, fait de la musique avec sa tête devenue tuyau ou du cynocéphale prêchant dans une chaire au pied de laquelle se trouvent deux aigles.

Les jouées, c'est à dire les panneaux extérieurs d'une série de stalles ou ceux marquant un passage entre ces dernières, sont toutes occupées par une scène placée sous un arc trilobé.

La jouée de gauche du passage conduisant à la stalle abbatiale montre le baptême du Christ, elle est surmontée de Saint Jean-Baptiste désignant l'Agneau couché sur son genou gauche et de Saint Jean rédigeant son Évangile avec, à ses pieds l'aigle qui est son symbole ; l'oiseau tient un écritoire dans son bec.
La jouée de droite, montre le baptême de Clovis qui, selon la tradition, fut le fondateur de l'abbaye. Au-dessus figurent Saint Pierre reconnaissable à sa clé et Saint Paul tenant serré contre lui le glaive qui le décapita. L'un et l'autre présentent un livre ouvert.

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Simorre(32) la Médiévale : Sur cette jouée, la "Tentation", le fameux trio entre Adam et Eve et le serpent. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Les très jolies statues des accoudoirs des stalles. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Autre vue des motifs de la statuaire des stalles.(Photo : Patrick Garcia)

La jouée extérieure gauche des stalles basses est occupée par le martyre de Saint Sébastien qu'un archer s'apprête à transpercer d'une flèche. Au-dessus figure une lapidation de Saint Etienne, malheureusement fort endommagée.
La jouée extérieure de droite montre le Péché originel. Saint Matthias qui tient à deux mains la hache de son supplice, est assis sur le couronnement (par une singulière ironie, la statuette a été décapitée à la Révolution) il se tourne vers Saint Jacques le Majeur qui, dans la même position, tient son bourdon à la main droite et désigne de l'autre le livre ouvert posé sur son genou.

Bien que flamboyant, le décor des stalles se signale par une remarquable sobriété, surtout lorsqu'on considère l'époque à laquelle elles furent exécutées. Elles semblent pour cela devoir être attribuées à un atelier local qui, insensible aux nouveautés venues d'Italie ou d'Allemagne, était dans la pure tradition du gothique français.
À l'exception de la Vierge et de l'archange Gabriel du siège abbatial qui se distinguent par un canon plus élancé et par le modelé délicat de leur visage, les figures des accoudoirs et des jouées sont très trapues, mais cependant d'un réalisme savoureux laissant une large place à l'humour. »

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Simorre(32) la Médiévale : Jolie représentation de Jésus en Bon Pasteur, qui porte un agneau sur ses épaules, bref, protège ses ouailles.  (Photo : Patrick Garcia)

    Cet ensemble est d’une unité remarquable et a trouvé sa vrai place dans le fond du chœur, avec cette parfaite symétrie autour d’un siège surélevé du père abbé, est de facture peut-être plus naïve que ma référence qui est celle d’Aubazine (en Corrèze) où les miséricordes sont toutes des œuvres d’une grande perfection avec des visages sublimes, mais elles ont l’avantage d’avoir gardé tous leurs dais, elles sont presque dans l’état d’origine. »

Les verrières :

     Je n’ai qu’à lever les yeux, du chœur ou je suis, pour admirer les 9 verrières de Notre Dame. Elles sont superbes et forts anciennes. Parmi les plus anciennes que je connaisse. Elles datent de 1357, près d’un siècle avant Jeanne d’Arc !!!!! Leurs couleurs sont profondes et puissantes, les bleus à nul autre pareils… Il y a longtemps que le secret  de ce bleu nuit est éteint et que nos maîtres verriers actuels n’arrivent pas à en fournir d’aussi profonds. Il faut se munir de jumelles pour les apprécier à leur juste valeur. Les scènes sont nombreuses dans chaque œuvre, donc les personnages sont assez petits pour bien les apprécier à la hauteur où ils sont, même si on les devine bien, on a du mal à en explorer tous les registres. Par contre, c’est un véritable plaisir de les saisir avec un bon appareil photo, le résultat est remarquable si on baisse d’au moins un diaphragme l’exposition, les couleurs nous arrivent saturées et les tons clairs et les pastels des visages prennent de l’envergure.

« L'église conserve huit verrières anciennes qui furent plusieurs fois restaurées au cours du siècle dernier. Celles des quatre lancettes de la baie supérieure du chevet datent de 1357, elles furent offertes par Bernard de Lafitte qui était "pitancier et prieur claustral".
D'une tonalité claire, elles comportent deux registres superposés de composition similaire :

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Simorre(32) la Médiévale : La grande et belle verrière...(Photo : Patrick Garcia)


- au registre inférieur : une Vierge à l'Enfant, placée sur la seconde lancette à partir de la droite, est encadrée par des personnages debout ou agenouillés qui se tournent vers elle (Saint Louis portant la couronne royale et la palme du martyre, Saint Benoît accompagné d'un disciple et Saint Cérats).

- au registre supérieur : le motif central est une Crucifixion, placé sur la même lancette que la Vierge à l'Enfant. A la Vierge et Saint Jean au pied de la croix est venu s'ajouter Saint Cernin qui fut le premier évêque de Toulouse. Tous ces personnages sont placés sous des dais d'architecture qui se rapprochent de ceux des verrières de la cathédrale de Narbonne exécutées également au XIVème siècle, les fonds sont alternativement bleus et rouges comme c'était la mode.

Les verrières des trois baies inférieures ont la même disposition en deux registres superposés. Elles ont été exécutées au XV ème siècle et se distinguent par la forme des dais qui sont alternativement polygonaux avec balustrade ajourée et à galbe aigu. Les fonds sont damassés et l'illusion de la perspective est donnée par les dallages.
- au registre supérieur : les personnages sont de droite à gauche : Othon et Mayeul qui furent tous deux archevêques d'Auch, une Vierge à l'Enfant, Saint Benoît avec un disciple, Saint Michel terrassant le démon et saint Jacques de Compostelle.

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Simorre(32) la Médiévale : Montage d'une moitié des verrières latérales.  (Photo : Patrick Garcia)


- au registre inférieur : on distingue : un personnage féminin couronné tenant la palme du martyre et un livre, Sainte Marie Madeleine, Saint Pierre et Saint Paul, Saint Barthélemy (?) , un personnage masculin avec une colombe posée sur la main gauche et une main tranchée dans l'autre.

Des verrières de même type ornent les deux lancettes des baies du mur sud du chevet et du mur oriental du bras du transept, on y voit d'une part :
- au niveau supérieur: Saint George et Sainte Catherine
- au niveau inférieur: un moine palmigène et un évêque non identifié.
Et d'autre part :
- au niveau supérieur: une Vierge à l'Enfant et un Christ en croix entouré par la Vierge et Saint Jean.
- au niveau inférieur: un évêque palmigène et Saint Jacques.

La verrière du bras sud du transept représente Saint Cérats entouré de motifs appartenant au répertoire décoratif de la Renaissance. C'est l'abbé Roger Labarthe qui la fit exécuter : son blason, dérivé de celui de la famille de Labarthe y figure sur le soubassement.

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Simorre(32) la Médiévale : Montage regroupant les autres verrières(Photo : Patrick Garcia)

La verrière de la deuxième travée de la nef, en face de l'entrée sud est presque contemporaine de la précédente. Elle représente la Vierge à l'Enfant accompagnée de Sainte Dode -sœur de Quitterie la martyre du mas d'Aire- et porte les armes de Jean Marre et celles de l'abbé Jean de Galard mort en 1536.

L'attribution de l'une ou l'autre de ces verrières à Arnaud de Moles qui réalisa celles de la cathédrale d'Auch, est à rejeter. Il y avait au XVIème siècle un grand nombre de maîtres verriers comme l'attestent certaines de leurs œuvres conservées dans de modestes édifices proches de Simorre comme l'église de Villefranche d'Astarac ou celle de Pis à Bellegarde-Adoulins.

La verrière du bras Nord du transept date de 1880. Bien que son auteur se soit efforcé de l'harmoniser avec celles du chevet, elle est loin d'avoir leur qualité. »

    Je continue mon exploration, quand j’entends des ouvriers qui viennent d’entrer. Je me dirige vers eux  pour leur demander s’il est possible de monter sur le toit pour admirer les tours et le crénelage. Ils me donnent un nom, celui d’un des responsables de la municipalité qui joint par téléphone, accepte, malgré qu’il soit midi, de me servir de guide.

    L’homme qui se présente à moi est très sympathique et membre de la Société Académique du Gers. Il propose des visites guidées lors des journées portes ouvertes et participe à la restauration du monument en participant à la souscription ouverte par la « Fondation du Patrimoine » pour la restauration de Notre Dame. Il en fait la publicité lors de ses portes ouvertes.

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Simorre(32) la Médiévale : Escalier à colimaçon qui monte aux toitures. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Notez l'usure des marches, 700 ans de vas-et-vient... (Photo : Patrick Garcia)

    Par un escalier en colimaçon, nous montons sur les combles. Cet escalier possède des degrés très étroits, la pierre calcaire est usée à moitié hauteur, c’est dire s’il a été fréquenté au cours des 8 siècles passés !

     D’en haut, je suis impressionné par les deux sommets crénelés du toit de la coupole et du clocher. Les tourelles d’angles sont agrémentées d’échauguettes couronnées de pyramides effilées, avec sur chaque face une fenêtre pour observer et se défendre. Ces réalisations ont été complétées et accentuées par Eugène Viollet le Duc, en 1846.

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Simorre(32) la Médiévale : Le créneaux et le chemin de ronde des toits de ND. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Les tourelles aux angles des crénelages de ND. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Sommet d'une tour, pareille à un donjon.(Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Bien des châteaux seraient heureux  de la défense passive de ND. (Photo : Patrick Garcia)

L’étanchéité est parfaite dans tous ces coins et recoins et les décrochements des différents étages des toitures. Tous ces chainages sont recouverts de plaques métalliques qui aboutissent dans nos 11 gargouilles, puis dans la rue, loin des murs, pour les garder hors d’eau. Je me régale de la vue qui s’offre à moi, sur les ruelles et les places de la ville. La vue sur la campagne du Gers est plus qu’agréable. Mais il faut bien redescendre sur le plancher des vaches, je pense que mon cicérone doit avoir faim,  cette heure !

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Simorre(32) la Médiévale : Depuis le chemin de ronde, une belle vue sur l'intérieur de la cité médiévale et les abords. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Tourelle escalier d'accès au sommet du donjon, ce me semble.(Photo : Patrick Garcia)

Je dis merci aux Smartphones qui possèdent des lampes de poches, car le boyau en colimaçon qui me ramène dans la nef, est en totale obscurité.

     Je remercie mon guide et je continue mon exploration.

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Simorre(32) la Médiévale : Les voûtes et la coupole. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Les lignes géométriques très pures de la coupole. (Photo : Patrick Garcia)

Je reviens à la croisée du transept. Profitant qu’il n’y a personne à cette heure, je m’allonge sur le dos, pour pouvoir faire la photo de la coupole hexagonale, en étant à l’aplomb de la croisée. Ainsi, sans flash, je parviens à immortaliser les lignes pures et géométriques des voutes de Notre Dame.

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Simorre(32) la Médiévale : Un personnage très réaliste, certainement étonné de voir un photographe s'alonger sur le dos pour immortaliser les voûtes. (Photo : Patrick Garcia)

En tournant la tête, j’aperçois, alors que je suis couché sur le dos, la statue de calcaire d’un saint religieux au regard, figé… « Il ne doit pas en revenir, me dis-je en me levant un peu confus car si quelqu’un était entré, il aurait été surpris…

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Simorre(32) la Médiévale : Objets précieux et reliquaires dans le Sacraire. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Autre Mise au Tombeau dans le Sacraire. (Photo : Patrick Garcia)

     Je me dirige vers une salle cadenassée et munie d’une grille inviolable par où l’objectif de mon Nikon ne peut se faufiler. C’est le sacraire, l’endroit où l’on déposait toutes les pièces de valeurs, les reliques, les objets sacrés, bref, tout ce qui faisait la renommée d’une abbaye. Il y a quelques temps, lors de travaux, on a découvert des peintures cachées sous la chaux. Entre les grilles protectrices, je me décarcasse pour essayer d’admirer les œuvres, tant picturale que d’orfèvrerie religieuse. Mais pas facile ! Dommage ! Mais je comprends, il y a tellement de pillages qui entrainent de plus en plus d’églises fermées aux visiteurs, que je m’estime heureux de pouvoir apercevoir ces trésors liturgiques…

 Les peintures du sacraire

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Simorre(32) la Médiévale :  Un trésor, les peintures du 14ème! (Photo : Patrick Garcia)

   « Des peintures murales ont été découvertes en 1964 au cours des travaux de restauration de l'ancien sacraire utilisé comme sacristie depuis 1901 ; elles datent du premier quart du XIVème siècle et sont donc postérieures de peu à la construction de cette annexe.

La voûte, qui est croisée d'ogives, montre un semis d'étoiles noires et de fleurettes rouges ; un galon blanc timbré de quadrilobes noirs borde les arcs et la clef de voûte ornée d'une marguerite à pétales jaunes. Les murs sont couverts d'un faux appareil tracé en noir (les pierres portent chacune une fleurette rouge en leur centre) et sur lequel se détachent des panneaux traités comme s'il s'agissait de tapisseries ou de tableaux sur bois. Le programme iconographique a été sans doute dicté par le désir de représenter certain des Saints dont les reliques étaient conservées ici, et par la nécessité de peindre une Crucifixion sur le mur oriental contre lequel était adossé un autel. 
Cette Crucifixion se présente comme un triptyque dont la partie centrale, mutilée par l'ouverture d'une fenêtre en 1901, montre le Christ en croix encadré par la Vierge et saint Jean, dans chacun des panneaux latéraux, un ange richement vêtu balance un encensoir de la main droite et tient une navette à encens de l'autre.

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Simorre(32) la Médiévale : St Michel tue le démon. Photo : Patrick Garcia)

Le mur Nord comporte deux scènes historiées disposées de part et d'autre de la fenêtre.
A gauche: la tempête que Dieu envoya pour prolonger la dernière rencontre de Sainte Scholastique et de Saint Benoît dont la mort survint peu après.
Au centre du panneau, Scholastique, tout de noir vêtue et nimbée, est encadrée par deux moines bénédictins ; la violence de la tempête est indiquée par l'inclinaison à angle droit -et en sens inverse- du feuillage des arbres de part et d'autre des personnages.
Sur le panneau opposé, saint Michel foule aux pieds le démon dont il ne subsiste que le mufle, une patte arrière et la queue. Il enfonce dans sa gueule la pointe de la lance surmontée d'une croix qu'il tient dans la main droite ; de l'autre main, il interpose un bouclier marqué d'une croix rouge, entre la créature et lui.

Trois évêques sont représentés en pied sur le mur sud, sous des dais d'architecture inclus dans un panneau rectangulaire. Figés dans la même attitude conventionnelle, ils font un geste de bénédiction de la main droite et tiennent leur crosse de l'autre ; la seule inscription conservée permet d'identifier le personnage central comme étant Saint Sernin.
Ce décor peint, rappelle par certains aspects celui de la chapelle Saint-Antonin du couvent des Jacobins à Toulouse. »

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Simorre(32) la Médiévale : Délicatesse de ces oeuvres contemporaine (presque) de la construction de l'abbatiale, ici, la rencontre des deux saints...(Photo : Patrick Garcia)

     Dans l’après-midi, je reviens visiter les lieux, entre deux giboulées. La promenade est agréable dans ce petit bourg de quelques centaines d’habitants, mais qui possède encore de nombreux commerces. Bien entretenu, dans un cadre verdoyant,  avec peu de circulation intempestive et bénéficiant d’un calme relatif, d’un cadre historique et touristique charmant, je me dis que l’été, il doit être le rendez-vous des touristes attirés par la nature et le calme. Près de grandes ou moyennes villes, il bénéficie de la proximité des grands centres mais aussi du charme discret de la campagne plantureuse. Je conseille à tous de venir passer une belle journée dans ce havre de paix où chacun trouvera à exercer son loisir !

 

Avant de clore le chapitre Simorre, voici de nouveaux éléments tirés d’une monographie publiée en 1939 par Louis Saint Martin : « Monographie de Simorre », je rajoute que vous retrouverez tous ces renseignements et bien d’autres, sur le portail internet de la ville de Simorre.

« SAINT MARTIN, Louis.- Monographie de Simorre - (1939) quelques extraits

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Simorre(32) la Médiévale : Parmi les superbes gargouilles. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Parmi les superbes gargouilles. (Photo : Patrick Garcia)

…Au XIIème siècle, Simorre présentait l'aspect d'une ville corsetée de murailles, et, au couvre-feu, à neuf heures du soir, les portes étaient closes, les herses baissées jusqu'à l'aube.
L'Abbé avait gardé les clefs de la ville et désignait lui-même les portiers de la cité.

Les comtes d'Astarac et l'Abbé de Simorre
Les comtes d'Astarac se montrèrent favorables à l'Abbaye de Simorre jusqu'en 1141, date de la reconstruction de la ville. A partir de ce moment, ils devinrent jaloux de la puissance de l'Abbé.

…Coutumes de Simorre (1268)
Le 5 mai 1268 l'Abbé d'Asté accorde les " coutumes et lois " aux habitants de Simorre.
Il donne et concède aux habitants la " récolte des eaux ", des poissons, oiseaux et animaux sylvestres, il leur donne le droit d'user des voies publiques " faites ou à faire ". Il se réserve le droit d'investir les consuls après leur serment de fidélité. Les consuls doivent rétablir la paix et la concorde en cas de rixe, désigner un ou plusieurs gardiens pour surveiller les récoltes.
La police : les meurtriers, suborneurs ou voleurs seront tenus d'indemniser leurs victimes. Tout meurtrier sera jugé et expulsé du territoire s'il n'est pas mis à mort… L'Abbé est chargé de faire exécuter les malfaiteurs… La loi sera appliquée à tout étranger établi dans la communauté depuis moins d'un an et un jour ; après ce délai, il devra prêter le serment de fidélité.
Si quelqu'un a frappé un homme ou une femme, il sera tenu de payer l'amende et de quitter la ville pendant un mois… Si un étranger frappe un autre étranger, l'amende ne sera infligée qu’après une plainte. 
Si quelqu'un a tué un habitant de Simorre, qu'il ne rentre ni dans la ville ni dans l'alleu. S'il y pénètre, n'importe qui aura le droit de le tuer sans risque d'être poursuivi.
L'adultère, homme ou femme sera puni d'une amende de 65 sous morlaas…

Réglementation du commerce et du travail
Le boucher doit avoir comme profit par porc le sang et le ventre… et de chaque mouton la peau et le ventre ou un denier par sou.
S'il vend un porc lépreux (ladre), il doit prévenir les clients, sinon la viande sera saisie et distribuée aux pauvres.
Le boulanger aura comme profit 4 deniers et le son. Si son gain est supérieur le pain sera saisi et donné aux pauvres.
Le marchand de vin doit vendre sa marchandise au prix et mesure fixés.
Le teinturier doit prendre 4 deniers par drap, un denier par " virgan " …
Les maîtres charpentiers recevront de la Toussaint à la Saint-Jean trois deniers et la nourriture et de même les scieurs de long.

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Simorre(32) la Médiévale : Parmi les superbes gargouilles. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Parmi les superbes gargouilles. (Photo : Patrick Garcia)

Police
Celui qui sera trouvé avec feu et lumière après le couvre feu sera puni d'une amende….
Le propriétaire a le droit d'enfermer chez lui les animaux trouvés dans les récoltes ; il ne doit pas les maltraiter sous peine d'indemnité et d'amende.
Le vendeur de viandes malsaines ou pourries sera condamné à une amende de 65 sous morlas. Si quelqu'un est mort après avoir consommé de ces viandes, le vendeur sera condamné à mort.

Historique des fortifications

Les remparts 
Lors de la construction de la ville, l'étendue de terrain limitée par les remparts était plus que suffisante pour permettre à chaque famille d'y construire sa demeure. Mais l'abbaye était riche et puissante. Simorre offrait à ses habitants une sécurité parfaite et une vie plus large qu'à la campagne.
…La population s'y accrût rapidement, les emplacements pour construire vinrent à manquer et les maisons escaladèrent les remparts. On permit d'utiliser ces derniers pour y appuyer les planchers du premier étage et les colombages du second… Certains habitants élevèrent leurs demeures sur les vieux remparts en pisé ; d'autres les démolirent et les remplacèrent par des murs bâtis en pierre avec de la chaux et du sable, d'une épaisseur de 1,40 m en moyenne.
On trouve encore aujourd'hui (1935) ces murailles dans les maisons Daran, Duffard, Abadie, boulevard du Midi …les maisons Cauhepé et Bégué, boulevard du Nord.

Les fossés
Des fossés de 4 mètres de largeur et d'une profondeur de même dimension formaient la deuxième ceinture de la ville…
…Ces fossés présentaient de graves inconvénients. En été, leurs eaux stagnantes répandaient des odeurs forts désagréables; elles favorisaient  l'éclosion de nuées de moustiques. Aussi, chaque année, de nombreux habitants étaient atteints de fièvres intermittentes dont ils se débarrassaient difficilement. Les fossés comblés, ces fièvres ont disparu…
…En 1817, dans son rapport au conseil municipal sur les chemins de Simorre, le maire s'exprime ainsi " Le chemin qui fait le tour de ville peut être considéré comme une promenade, il a été considérablement rétréci, c'est la faute du cadastre (1741) qui fixe la contenance des terrasses. Les particuliers ont avancé les fossés outre mesure et y conduisent les égouts et immondices de leurs maisons et comme il n'y a aucun courant qui puisse les emporter, elles y croupissent et leur fermentation fait échapper des miasmes putrides qui occasionnent des maladies annuelles et des fièvres d'un caractère nerveux et tenace. Nous proposons au Conseil d'ordonner la suppression de ces profonds fossés, de ne conserver que celui qui part de la terrasse de M. l'Abbé de Labarthe et qui conduit à la rivière parce qu'il est destiné à recevoir les eaux pluviales qui s'échappent des rues de la ville lequel reçoit les eaux qui viennent de la colline de Saint-Nicolas ".
La délibération resta sans effet.
Tous les propriétaires confrontant aux fossés de l'Ouest de la ville avaient comblé ces derniers et s'étaient appropriés le terrain.
Le conseil municipal désigna M. Monferran, géomètre à Villefranche pour mesurer le terrain usurpé et fixer l'indemnité à payer par les propriétaires.
…Dulerm Blaise a usurpé un fossé profond près de la ville depuis 7 ans, surface 79 centiares somme due, 14 fr….
…Par la suite, les fossés furent comblés et nivelés, une voie d'eau a été détournée du " Gourgot " et conduite dans le fossé du midi pour en balayer les ordures….

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Simorre(32) la Médiévale : Parmi les superbes gargouilles. (Photo : Patrick Garcia)

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Simorre(32) la Médiévale : Parmi les superbes gargouilles. (Photo : Patrick Garcia)

Les ravelins
Entre les remparts et les fossés s'étendait une bande de terrain d'une largeur approximative de quatre mètres.
Pour en rendre l'accès plus difficile, on avait donné à ce terrain une pente d'autant plus accentuée que le pied des remparts était à un niveau plus élevé que le bord des fossés.
Cette disposition portait le nom de ravelins en terme de fortification.
Dans le cadastre de 1741, les arpenteurs avaient désigné cette sorte de tertre sous le nom de « couston » et en attribuait la propriété aux confrontants.
…Les conséquences furent fâcheuses pour la ville de Simorre comme le fit observer le maire en 1817.
Les propriétaires confrontants s'emparèrent des ravelins et d'une partie des fossés. Les uns y établirent des terrasses, d'autres des jardinets ; plusieurs y construirent des granges, des écuries. Tout cela donne un bien triste aspect à la ville, vu des boulevards du nord et du midi.

Les portes de la ville
Les deux portes de la ville étaient construites en briques ainsi que chacune des tours qui les surmontaient. La voûte en arceau formait un abri, un emban (hangar) comme on disait autrefois.
Les murs en pisé n'auraient pu supporter un poids aussi lourd, on avait eu la sage précaution de les renforcer avec des piliers en briques reposant sur des pierres taillées.
Les dimensions …sont inconnues ; mais elles permettaient de faire entrer en ville les denrées nécessaires aux habitants, blé, vin, bois de chauffage, marchandises diverses, fourrage pour les chevaux.

…Cependant en 1793, Jacques Tando, maire, d'accord avec la majorité des officiers municipaux, prit un arrêté ordonnant la démolition de la tour de la porte " de débat " qui exigeait des réparations (sa maison était attenante à la porte). 

Les habitants de Simorre opposés à cette mesure se réunirent et signèrent une protestation qu'ils firent remettre à la municipalité.
…Cette tour avait besoin de réparation urgente mais rien ne justifie la suppression entière de ce couvert qui est de plus grande utilité et même d'indispensable nécessité.
…Les pétitionnaires obtinrent satisfaction et la tour resta debout.
Mais le 17 février 1806, le maire demande l'autorisation de " démolir les deux portes d'entrée de la ville de Simorre inutiles et très préjudiciables à la commune soit par rapport aux réparations qu'elles exigent à raison de leur vétusté soit parce que les ouvertures sont si étroites qu'elles gênent le passage des chars ou voitures principalement les jours de foire et marchés, et qu'elles empêchent la libre circulation de l'air et rendent surtout la ville malsaine pendant les grandes chaleurs. D'un autre côté notre ville présentera un aspect bien plus agréable lorsque nous aurons fait disparaître ces tours qui deviennent très dangereuses surtout pendant la nuit.
D'ailleurs il y a une infinité de raisons qu'il est inutile de vous rappeler ".
Après ce discours du Maire, le Conseil municipal, à l'unanimité, décide que « les deux tours du levant et du couchant seront démolies depuis le sommet à la base »…

 

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Simorre(32) la Médiévale : très belle fenêtre renaissance .(Photo : Patrick Garcia)

…Les matériaux en provenant seront spécialement affectés à la construction des ponts à établir sur la route de Saramon à Villefranche, aux réparations du presbytère, de l'église et de la place couverte de la commune…
…A la porte du couchant, on laissa un pilier de chaque côté de la rue. Ils furent démolis vers 1836.

Faits de guerre
Les fortifications de Simorre, grâce à la vigilance des guetteurs, et à la discipline des habitants rendirent de précieux services à la population dont elles garantissaient la sécurité.
Dans la lutte entre l'abbé de Simorre et le comte d'Astarac (1268-1303), les troupes de celui-ci ravagèrent les terres de l'Abbaye et molestèrent les vassaux.
Elles ne purent jamais entrer dans la ville.
Il en fut de même des bandes de gens armés qui profitant des désordres provoqués par la guerre de Cent ans parcouraient le pays dans tous les sens pour le piller.

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Simorre(32) la Médiévale : Très belles maisons médiévales garnies de croix de St André. (Photo : Patrick Garcia)

Passage du Prince Noir
Le prince de Galles, fils aîné du roi d'Angleterre, surnommé le Prince Noir, à cause de la couleur de son armure, avait débarqué à Bordeaux avec une petite armée en 1355. Elle fut bientôt renforcée par des bandes de gascons des Landes vivant de vols et de pillages.
Le Prince Noir et ses troupes ravagèrent la plupart des villes de l'Armagnac et puis se dirigèrent vers Toulouse.
Le seigneur Abbé et les consuls de Simorre… avertis de leur arrivée… ne se sentirent pas assez forts pour résister aux anglais, ils décidèrent de laisser ouvertes les portes de la ville et les habitants de Simorre, abandonnant leurs maisons vides allèrent se cacher dans la forêt de Larrouy entre le hameau de Saintes et Saramon.
Le 24 octobre 1355, un samedi, le prince Noir quitta Seissan après avoir pillé et incendié la ville, et arriva à Simorre avec son armée et de nombreuses charrettes chargées de butin.
Il logea dans la ville avec le gros des troupes ; un détachement alla cantonner à Villefranche, un autre à Tournan. Les maisons étaient désertes, mais les soldats trouvèrent des vivres en abondance.
…Après le départ de ces pillards, les malheureux habitants rentrèrent dans leurs demeures qu'ils retrouvèrent intactes mais beaucoup d'objets avaient disparu.

Siège de Simorre par les Protestants
En 1573, les protestants établis au château de Mauvezin, près de Capvern, sous la conduite de M. de Vivès, vinrent à Simorre avec l'intention de surprendre les catholiques à la procession de Saintes, le lundi de Pâques.
L'Abbé, prévenu, contremanda la cérémonie et les habitants de la ville nommèrent Jacques de Brugèles commandant de la place. Celui-ci donna promptement avis à l'intendant de Police dans la généralité de Montauban et à Carbon de Labarthe de Lasségan, un Simorrain, gouverneur de la Province et lieutenant du roi en Guyenne, qui envoyèrent promptement des secours.
Les protestants arrivèrent devant Simorre le 23 mars 1573 et trouvèrent les portes fermées. Ils levèrent le siège le 15 avril suivant, lorsqu'ils apprirent l'arrivée des secours et partirent après avoir détruit la chapelle de Saint Nicolas et l'église de la Molère.

Passage des Anglais en 1814
Dans les premiers jours d'avril de l'an 1814, les habitants de Simorre revirent dans leurs murs une armée anglaise.
C'était un groupe de soldats de Wellington qui allaient rejoindre devant Toulouse l'armée du général en chef.
A Simorre, les Anglais se conduisirent correctement et ne se livrèrent à aucun excès ; mais on parla longtemps de ces soldats " en jupons ", allusion à leur costume militaire.

Les deux halles
Situées à 45 mètres à l'ouest du centre de la ville, « les deux places couvertes » qu'on nomme aujourd'hui (1935) les deux halles constituent une curiosité archéologique de Simorre.
Celle du nord a joué le rôle le plus important dans la vie communale.
D'après le cadastre de 1741, elle confrontait : midi, couchant, nord, rues publiques, levant, maison de sieur Charles Lacroix. Au septentrion, elle donnait sur la rue Saint Cérax et la place Polastrou, en face de la porte à deux ouvrants du cloître de l'abbaye.
Aucun document ne nous fait connaître la date de sa construction qui paraît remonter à la fin du XIIIème siècle ou au commencement du XIVème.
Primitivement, cette place couverte fut bâtie et élevée sur douze piliers en cœur de chêne, fort bien travaillés, d'une forme carrée de 0m 40 de côté, aux angles abattus. Les piliers extérieurs reposent sur des socles en pierre : ceux de l'intérieur sont posés à même le sol.
Ils sont reliés par des fortes poutres en bois de chêne sur lesquels est établie la charpente qui soutient la toiture.
On remarque que l'ensemble manque de légèreté, d'élégance ; mais il faut considérer qu'au-dessus de la troisième travée s'élevait un premier étage en pans de bois constituant la " maison de ville " de Simorre.
A l'angle sud-est de la place se trouvait une haute tour en bois où l'on montait par l'escalier de la maison commune. C'était la miranda de notre Midi qui rappelle le beffroi des villes du Nord. De l'autre côté, le seigneur Abbé avait fait construire une tour carrée, en briques, à quatre étages d'une quinzaine de mètres de hauteur. Elle confrontait rue droite, avait la porte d'entrée en face de la " halle au blé " dont elle était séparée par une rue fort étroite.
…En 1705, la maison de ville, la tour et sans doute la toiture de la place exigèrent des réparations urgentes… Le Me Charpentier a… démoli la tour, …la maison de ville ; la toiture a été mise à trois eaux…
La place couverte, ainsi transformée comptait en 1741 une surface d'une place et demie…Sa hauteur mesurait 3m 82 du niveau du sol aux poutres transversales.
Chaque année, en novembre ou décembre, les habitants de la Communauté se rassemblaient sous la place du nord pour dresser la liste de huit " hommes probes, habiles, capables et sages " parmi lesquels le seigneur Abbé choisissait les quatre consuls.
Le dimanche, à l'issue de la messe paroissiale, le valet des consuls y faisait toutes les publications intéressant la population de la Communauté.
Les consuls, aux enchères publiques, y vendaient le premier foin de la Picarde, prairie communale…
Le baile y vendait à l'inquant (l’encan) les biens saisis sur la demande du collecteur au détriment du contribuable défaillant…

Foires et marchés
Les jours de foire et marchés la place couverte se transformait en "halle au bled" (blé). Les cultivateurs des environs y mettaient en vente les produits de leurs champs : blé, mixture, avoine, gros millet (maïs), fèves, lentilles, haricots. Le marché conclu, les denrées vendues étaient apportées " à la pierre " pour y être mesurées.

Boucherie
Au coin nord-ouest, dans l'espace limité par quatre piliers de la place, se faisait l'abattage des animaux de boucherie.
Deux de ces piliers portent encore les trous où l'on plaçait les tours pour suspendre à la poutre, disposée en diagonale, les animaux sacrifiés. Cet usage pernicieux ne prit fin que vers la moitié du siècle dernier, époque où fut construit l'abattoir.

La place couverte du Midi
La place couverte du midi fait face à celle du Nord dont elle est séparée par la rue Droite. Elle est construite sur douze piliers en cœur de chêne la divisant en trois travées d'égales dimensions…
…Mieux abritée contre le vent et la pluie que la halle du Nord, d'un accès bien plus facile elle était utilisée pour les réjouissances publiques. On y organisait les bals publics les jours de fêtes patronales, les fêtes du mardi gras, des fêtes nationales. Pendant de bien longues années, la jeunesse simorraine y a dansé les rondeaux gascons, entraînée par la musique rustique de la flûte et du tambourin, du joueur de " tountoun " ou par les sons plus mélodieux du violon d'un ménétrier.
Les jours de foire et marchés, les marchands de drap, de toile, de lainage établissaient leurs bancs sous la halle du midi et y faisaient l'étalage de leurs marchandises.
Sur le troisième pilier nord, les autorités communales firent fixer solidement un mètre en fer divisé en décimètres et en centimètres pour permettre de contrôler les mètres utilisés par les marchands…

La ville de Simorre au commencement du XVIème siècle
La période de tranquillité qui suivit la guerre de cent ans avait permis aux bourgeois de Simorre d'acquérir une certaine aisance. Ils employèrent une partie de leur fortune à faire édifier des maisons plus confortables.
…La pierre à bâtir de bonne qualité était rare dans la contrée ; les constructeurs employèrent surtout la brique et le bois de chêne pour la construction de ces maisons.
Il faut cependant observer que les murs des rez-de-chaussée sont construits avec de la pierre et du mortier fait de sable et de chaux. 
Au contraire, le premier étage et le second lorsqu'il existe sont établis en pans de bois de chêne, les pièces verticales reliées par des panneaux rectangulaires aux diagonales boisées, ou par des croisillons disposés en X formant des losanges d'un fort joli effet.
Cette façon de construire se nommait dans le pays "en croix de Saint-André "ou "massécanat". Les vides étaient remplis avec des briques, les unes posées à plat, les autres placées sur champ.
…L'étage supérieur de certaines de ces constructions surplombait le rez-de-chaussée et formait saillie sur la rue. Les poutres de cet encorbellement, appelées cornières, étaient simplement équarries à leur extrémité (maisons au couchant du presbytère) ; parfois ces poutres disparaissaient, artistiquement travaillées sous des consoles (magasin Cortade).
Les fenêtres étaient en bois de chêne, ornées de fines sculptures, style Renaissance.
Comme on n'utilisait ni gouttières, ni gargouilles pour protéger les murs et les fenêtres, les toitures formant saillie jetaient les eaux très avant dans la rue.

Les rues de la ville
La rue la plus importante, nommée la Grande Rue, orientée de l'ouest à l'est, avait pour point de départ la porte du couchant. Sa largeur mesurait 6 mètres en moyenne, sa longueur 95 mètres. Elle se terminait à la ruelle qui réunissait la rue Bourgeoise à la rue Droite.
Dans la Grande Rue habitaient à cette époque les plus anciennes familles bourgeoises de Simorre : les Marre, les Ducor, les Brugèles.
La rue Bourgeoise, très étroite, avec sa rigole d'écoulement au milieu, était très irrégulière.
…On remarque dans cette rue la maison presbytérale et quelques vieilles façades en « massecanat » fort primitif…
…La rue Droite était fermée à l'ouest par l'antique maison, propriété de la famille Nassans et désignée en 1594 sous le nom d' "Ostau Nassans ".
Cette rue, à peu près droite, d'où son nom, se terminait à la porte du levant. Elle passait entre les deux halles ; ses habitants étaient surtout des marchands, des chirurgiens, des artisans.
La rue Saint Cérats formait un cul-de-sac à l'ouest de la halle du nord…
…Au levant de la halle, la rue se continuait, rigole au milieu, largeur 3 mètres. Aussi toutes les maisons, à gauche, avaient tourné leurs façades du côté du nord sur la place de l'église.
Un passage tortueux venant de la rue Droite et se dirigeant vers l'église coupait en deux la rue Saint Cérats. La partie du levant, d'une largeur de plus de quatre mètres avait ses façades exposées au midi.

Aspect de la ville au XVIème siècle
Les rues étroites, tortueuses, formaient surtout dans la partie orientale un « lacis compliqué, un véritable dédale ». Un étranger risquait de s'y égarer en plein jour, un simorrain pendant une nuit sans lune. Les enseignes étaient parlantes puisque la plupart des habitants ne savaient pas lire. C'était une botte chez le cordonnier, le gril du tavernier, l'énorme clé du serrurier, le plat à barbe du Me chirurgien. Tous ces objets, en tôle peinte « se balançaient, grinçaient au vent » et menaçaient de tomber sur la tête des passants.
Les rues n'avaient ni trottoirs, ni pavés : boueuses en hiver, poussiéreuses en été. Les ménagères y jetaient les eaux de leurs cuisines, les bouchers y laissaient couler le sang des bêtes qu'ils abattaient.
Les eaux croupissantes des fossés, l'absence du soleil et du vent dans certaines rues, la malpropreté des rigoles, les inhumations dans le cimetière de la ville, dans l'église, le cloître et dans la chapelle capitulaire, tout contribuait à l'insalubrité de la cité, aussi les maladies épidémiques y exerçaient de cruels ravages. »

 

PATRICK GARCIA