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    Depuis ma jeunesse (il y a bien longtemps), j’ai dévoré de nombreux livres, vu bien des films ou entendu raconter, l’histoire de la « Bête du Gévaudan ». Un loup énorme, ou un animal hybride y sévit de juin 1764 au 19 juin 1767, soit 3 ans, presque jours pour jours, dans les provinces auvergnates du Gévaudan, de la Margeride et de l’Aubrac.

      J'ai voulu m'imprégner de l'Histoire et visiter quelques-uns des  principaux lieux où se déroulèrent les principaux faits marquants. Tout cela, bien servit par un parcours parfaitement balisé par l'association « Au Pays de la Bête du Gévaudan », basée à Auvers, anciennement « Nozeyrolles », le village ou Jean Chastel tua « la Bête » (la vraie).

 

ITINERAIRE STE LIVRADE-SAUGUES

 

Trajet jusqu'à Saugues depuis Ste Livrade sur Lot.

 

        Arrivé un 15 octobre parce que l'on nomme communément « l'Été Indien » et des températures avoisinant les 30° à 1 000 mètres d’altitude, hauteur moyenne du plateau, je me dirige vers « la Capitale (autoproclamée) de la Bête du Gévaudan », « Saugues » petite ville frontière autrefois, entre les provinces du Languedoc, dont dépendait la Lozère, et de l’Auvergne, dont est « St Flour ». C’est en effet à l’est de « Saugues », dans la partie cantalienne de ce secteur, donc en Auvergne, que, sur la fin, « la Bête » avait prit ses quartiers, à la confluence exacte de 3 départements : la Lozère, la Haute-Loire et le Cantal.

      Il faut dire que « Saugues » possède le seul musée dédié à la « Bête » (attention, ouvert seulement l’été puis sur RDVS) dont le responsable, Jean Richard, a dédié sa vie aux travaux de recherches. Il a même participé à compléter une réédition de la bible de la « Bête », le livre de l’abbé François Fabre « La Bête du Gévaudan » (édition de Borée-2006). Ce livre, de Fabre s’inspire d’ailleurs, mais avec de nombreux témoignages et documents nouveaux, du premier livre publié par un autre abbé, l’abbé Pourcher « La Bête du Gévaudan "Véritable fléau de Dieu" » Edition Abbé Pourcher - 1989 Revue et corrigée Edition Jeanne Laffitte – 2006…. Il y en a bien d’autres, mais ces deux sont les plus réputés.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Plaque à l'entrée du Musée. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Il n'y a qu'à suivre les panneaux... (Photo : Patrick Garcia)

 

    Mais si « Saugues » est connue pour son musée, malheureusement trop souvent fermé, il n’en demeure pas moins que de nombreux moments de la tragédie s’y sont déroulés, c’est en particulier dans cette petite ville que les deux loups tués y ont été autopsiés par le chirurgien local, le sieur Boulanger. Nombres d’actes et procès verbaux y ont été écrits et les principaux protagonistes de l’affaire en sont proches, que ce soit le Marquis d’Apchier (ou d’Apcher) qui organise les dernières battues et chez qui le corps de « la Bête » sera transporté, les officiers municipaux, le logement des troupes y sera occasionnellement cantonné, puisque le monstre agit dans le secteur.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Représentation fantasmagorique de la"Bête" au-dessus de Saugues, en arrivant par le Puy en Velay. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La même, vue de 3/4, dominant le village de Saugues. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Le village de Saugues où se déroula un grande partie du drame... Au fond, les montagnes où se conclurent les faits...(Photo : Patrick Garcia)

 

     Quand on approche de la bourgade par la D589, qui arrive du Puy en Velay, on croise à droite, un petit belvédère avec un tout petit parking. Si d’ici nous avons une très belle vue sur le bourg, et les monts environnants, c’est surtout ici qu’est installée une grosse sculpture de bois. Elle représente « la Bête » !  Une bête effrayante, certainement loin de la réalité, mais qui reprend tous les canons de la vision fantasmagorique des paysans de temps là… Internet, la T.V. n’existaient pas, et les témoignages des rescapés ou des témoins de ces scènes terribles se transmettaient oralement, la plupart du peuple ne savait écrire… La tradition orale a fabriqué cet imaginaire, ici reproduit de manière extraordinaire, dominant le lieu de ses crimes les plus horribles.

    Il est vrai qu’on y voit ce que l’on veut, moi j’y vois un « crocodile » haut perché… D’autres, le lieu où il faut absolument aller se faire prendre en photo pour évoquer à leurs proches « la Bête » et ses méfaits. Sachez que la meilleure représentation de « la Bêtes » est située à 15kms de là, dans le bourg où elle fut abattue, à « Auvers », anciennement nommée « Nozeyrolles ». Elle y est représentée de fort réaliste manière, en bronze, luttant avec une bergère qui lui planta sa lance dans le poitrail, pour sauver le groupe dans lequel elle se trouvait, nous verrons plus loin.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La magnifique et très réaliste statue de la Bête lors de son combat contre la jeune Marie-Jeanne Valet, est située à Auvers, sur les lieux mêmes où la Bête fut tuée. (Photo : Patrick Garcia)

 

    Le début de ma quête est de visiter le musée, mais bien sûr, en cette mi-octobre, il est fermé, même si plusieurs personnes attendent dans la petite rue qui l’abrite. J’ai eu le temps de visiter ce petit village où tout est dédié à « la Bête », même une « Deudeuche » porte sur le capot moteur une grande effigie du monstre, tout comme sur le macadam, et suprême invention, des pas « Del Bestio », peints sur le goudron, guident le visiteur, le long des rues pour aboutir devant l’antre du musée, désespérément fermé.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Ici, la"Bête" est partout présente, même sur des voitures! (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Elle est même peinte dans les carrefours.  (Photo : Patrick Garcia)

 

    L’église est belle avec un mobilier des plus intéressant ! Son porche voûté plein cintre, possède 5 voussures, et le clocher est parfaitement typique de la Haute Auvergne, avec sa tour hexagonale aux nombreux étages rythmés par les fenêtres campanaires romanes. Sur la place, trône une magnifique croix en fer forgé aux multiples entrelacs et rameaux de vigne.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La très jolie église de Saugues et son clocher auvergnat typique. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Magnifique croix de fer aux multiples entrelacs. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Porche conséquent aux nombreuses voussures. (Photo : Patrick Garcia)

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Le jolie choeur de l'église avec a gauche, St Médard, en face, le Christ en Croix, et à droite St Privat. (Photo : Patrick Garcia)

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La Nef dans son ensemble, l'entrée est à droite. (Photo : Patrick Garcia)

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : St Médard. (Photo : Patrick Garcia)

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : L'autel et le Christ en croix. (Photo : Patrick Garcia)

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Jolie chaire en forme d'échauguette, en pierre. (Photo : Patrick Garcia)

 

     Dans l’église, une jolie chaire en pierre, semble à une échauguette tronquée, mais, comme souvent c’est la petite « Piéta » polychrome du 15ème siècle qui m’a beaucoup séduit, le Christ, sur ses genoux est famélique et les couleurs sont encre très belles….

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Très jolie Piéta polychrome du 15ème siècle. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La caractéristique de cette belle Piéta est l'extrême maigreur du Christ. (Photo : Patrick Garcia)

 

Il y a un trésor dans l’église, incontestable et que l’on retrouve un peu partout dans les collégiales et les grandes églises de Haute Auvergne, c’est  « La Vierge en Majesté Notre Dame de Saugues » appelée aussi « Trône de Sagesse », du 12ème siècle (900 ans ! que n’a-t-elle pas vu ???) en bois polychrome. Pour en avoir visité, lors de mon périple une bonne douzaine, elles sont toutes identiques, la tête droite, assises à l’équerre, dos appuyé sur le dossier, le regard haut, portant l’Enfant Jésus assis sur leurs genoux, pieds pendants et dans la même position que la mère, mais avec le bras droit levé, bénissant, mais ici, ces 2 doigts sont mutilés et sectionnés… L’ensemble est saisissant.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Pour moi, le véritable trésor de l'église, le "Trône de Sagesse". (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Ce regard haut et droit, nous contemple depuis 900 ans! Que n'a-t-il pas vu? Surtout ici....(Photo : Patrick Garcia)

 

    Parmi les autres curiosités de cette église, le gisant hyperréaliste de St Bénilde, le saint local, né à Thuret en 1805 et mort à Saugues en 1862. La statue de cire le représente sur son lit funéraire, comme s’il dormait bréviaire en main…. Impressionnant !

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Le très réaliste gisant du saint local, St Bénilde. (Photo : Patrick Garcia)

 

       A voir aussi, une très grosse et belle tour du 13ème nommée « Tour des Anglais », elle se visite, mais bien sûr, en période estivale… 

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : L'impressionnante tour-donjon, dite, des "Anglais".(Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Dans ce village, comme partout en Auvergne, la religiosité du terroir s'affiche aux frontons des demeures.(Photo : Patrick Garcia)

 

Mais j’avais préparé mon voyage et j’avais de la doc… Avec mes livres sur la « Bête », dont le dernier acheté au « Parc des Loups du Gévaudan » à Ste Lucie , sur la commune de Saint-Léger-de-Peyre près de Marvejols, en Lozère, et surtout une carte de la Lozère et un bon GPS, car avec un véhicule de 7 mètres, sur ces petites routes étroites et pentues où on ne peut se croiser, il fallait être paré ! 

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Le hameau où vécu le tueur de la "Bête", Jean Chastel: La Besseyre-St-Mary.(Photo : Patrick Garcia)

 

     Je décide de poursuivre de me rendre au village natal du « vrai » héro de cette histoire, Jean Chastel, le vrai tueur de la « Bête ». Je prends la D589 sur 12 kms et au lieu-dit « Pompeyrin », je  tourne à droite sur la D30, une petite route qui mène à « Auvers ». Au terme de 3 km, je suis à « La Besseyre-Saint-Mary »(43170). Un hameau de 4 ou 5 maisons, une petite église, un cimetière… Et une vue…. sur cette fausse vallée, ici nous sommes à 1100 mètres, entourée de plusieurs montagnes qui font le dos rond, mais qui culminent quand même à 1500m ! 

    C’est l’automne, le moment « paradis » de la Haute Auvergne, les paysages sont somptueux, et il fait en cette après-midi 25° !

 Ici vécu Jean Chastel, mi-braconnier, cabaretier, brassier (il loue ses bras), né en 1708 et décédé en 1789, à la veille du grand bouleversement révolutionnaire. Gageons qu’il aurait bien aimé cette époque, sur le peu que nous savons de lui, un peu rebelle, il est connu sous le surnom de « la Masca » (en langue d’Oc : le fils de la sorcière), et il sait lire et écrire, ce qui à cette époque est si rare, que cela en devient étrange pour certain. Son frère, Jean-Pierre est en fuite et condamné à mort pour avoir tué Joseph Pascal, son neveu….

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Ce petit monument est dédié à ce redoutable chasseur, redouté par le gibier comme par ses voisins... (Photo : Patrick Garcia)

 

     Jean Chastel, un sacré fusil, un chasseur hors pair, est toujours « limite » avec les gens de pouvoir. Il y ira même en prison suite à une altercation avec les gardes-chasses envoyés par Louis15.

 « Deux gardes-chasses (Pélissier et Lachenay), à cheval, cherchent un passage dans un bois. Ils tombent sur Jean Chastel, accompagné de ses deux fils, et leur demande si l'endroit ne cache pas de tourbières. Les paysans répondent qu'ils peuvent y passer en toute sûreté.

 

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Jean Chastel et sa famille sont une énigme pour beaucoup de chercheurs et de passionnés.(Capture d'écran du "Pacte des Loups)

 

    Pelissier et Lachenay font avancer leurs chevaux, qui aussitôt s'embourbent. Les Chastel sont hilares devant la scène. Trempé, Pelissier empoigne le plus jeune des fils et le menace de le conduire en prison pour cet outrage. Le père et l'aîné le couchent aussitôt en joue avec leurs armes. Lachenay se jette sur Jean Chastel et détourne son fusil. Les gardes s'en vont faire leur rapport à leur commandant. Sur la base du procès verbal qu'ils rédigent, François Antoine fait incarcérer les Chastel en la prison de « Saugues ». La consigne suivante est donnée aux juges et consuls de la ville : « Ne les laissez sortir que quatre jours après notre départ de cette province ! »

    « Dès les années 1930, des auteurs voient en ces paysans des meneurs de loups suspectés d'avoir commis les meurtres par pur sadisme ou justice privée

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La Stèle de Jean Chastel ne le représente pas de manière fort sympathique, avec lui, il fallait filer doux, on le disait sorcier, et pas étranger à tous ces crimes...(Photo : Patrick Garcia)

 

     Le nom de deux des fils de Jean Chastel reviennent souvent dans l'affaire : Pierre et Jean-Antoine (plus communément appelé « Antoine »), gardes-chasses, âgés alors respectivement de 26 et 20 ans. Selon la tradition orale déformée par le travail de certains romanciers comme Abel Chevalley et Henri Pourrat, Antoine, ayant fuit très jeune la région, aurait été fait prisonnier des pirates musulmans en Méditerranée.

       Revenu au pays, ce jeune marginal aurait dressé « la Bête » à tuer. Mais aucun argument valable n'accrédite ces accusations.  Des auteurs comme Michel Louis pensent que les Chastel n'ont pas hésité à menacer les gardes-chasses de Versailles (en 1765) car ils se sentaient protégés par un personnage haut-placé. Ce même mystérieux individu aurait convaincu M. Antoine de libérer les prisonniers après son départ.

      Le constat d'une diminution des attaques, le temps de l'incarcération, est souvent relevé comme étant troublant. La théorie veut que ce soit le comte Jean-François Charles de Morangiès qui ait tiré les ficelles. Mais encore une fois, ces affirmations ne reposent sur rien de concret. 

      Selon la tradition orale, Jean Chastel aurait été bouleversé par la mort de la jeune Marie Denty, qu'il considérait un peu comme sa petite-fille. Sa présence à l'inhumation (le 17 mai 1767) a donné lieu à de nombreuses discussions de la part des historiens, certains l’interprétant comme le repentir du criminel. Car un mois plus tard, Chastel fait bénir ses balles et tue la Bête qui, curieusement, attend calmement que le chasseur la mette en joue comme par familiarité. » Étrange, non ? C’est cette théorie que défend avec brio le film: « Le Pacte des Loups »…

    Pour rendre hommage au tueur de « la Bête », une stèle de Jean Chastel est apposée à l’entrée du hameau. Représentée avec son tricorne et son célèbre fusil à percussion, l’Homme  qui approche les 60 ans y est de profil, et franchement, n’inspire pas d’empathie, avec son visage anguleux, les traits taillés à serpe…

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Face à la stèle de Chastel, une fausse vallée, mêne de 1100m, à Nozeyrolles et Auvers, dont aperçoit le clocher, au-dessus du hangard, à 1200m. Les Montagnes qui entourent, sont celles où se déroula plus de 70% du drame, elles culminent à 1500 mètres malgrès leurs dos ronds. (Photo : Patrick Garcia)

 

    Curieusement, le tout petit parking du village est occupé par 2 ou 3 autos dont les occupants font leur "pèlerinage" aussi. Après avoir visité le cimetière, ils n’ont pu trouver la tombe de Jean Chastel, mais ont noté, sur le monument aux morts,  de nombreux Chastel tombés aux divers champs d’honneurs. Il faut dire que l’homme avait une nombreuse lignée, pas moins de 5 filles et 4 garçons…

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : A 5 ou 6 kms au-dessus, le village d'Auvers (anciennement "Nozeyrolles"), domine tout le secteur, ici, vu de La Besseyre-St-Mary. (Photo : Patrick Garcia)

 

        Ne trouvant pas la tombe dudit Chastel, je vais à « Nozeyrolles », à 4,3 kms, vers Auvers, où l’on me dit que Chastel est inhumé dans l’ancien cimetière se trouvant en contrebas, à droite, face à une grosse ferme. En chemin, je m’extasie sur les paysages de ces différentes montagnes où se déroula l’essentiel du drame. On a du mal de nos jours à imaginer que ces pâtures, ces versants flamboyants sous les couleurs de l’automne, avec ce ciel bleu, furent le théâtre d’un épouvantable carnage. Quand ces montagnes sont enneigées et parcourues par la bise d’hiver, souvent 6 mois de l’année, quel calvaire de survivre ! Et ces pauvres paysans dont le Sieur Antoine, « Porte Arquebuse du Roi » signalait dans sa correspondance, que ces pauvres, sans nourriture, harassés de fatigue, lors des nombreuses battues, tombaient d’inanition et de froid…

      Enfin, mon « Pépère » qui peine (vu son âge et son poids) sur ces tortilles pentues, me conduit vaillamment au hameau de « Nozeyrolles », ancien village, et dont il ne reste que cette grande ferme qui parait être  des gîtes. Je demande à la propriétaire où est le cimetière, elle me dit de descendre le petit chemin goudronné à droite et qu’à quelques centaines de mètres, je trouverai ce que je cherche. Pas question de descendre avec mon camping-car où alors, il y finira sa vie, car il y a une pente à 15% et la voie fait à peine 2 mètres… Mais à l’époque, on se déplaçait à pied et en cheval, on n’imaginait pas que de nos jours… 

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Il n'ya plus que 2, voire 3 maisons, au temps de la Bête, il y avait ici, 5 à 600 âmes. "Nozeyrolles" église et village à l'origine d'Auvers, 2 kms au-dessus.(Photo : Patrick Garcia)

 

    J’essaye de me garer au mieux en faisant attention de ne pas verser, car si je bloque le chemin, je vais me faire tirer l’oreille !

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : A "Nozeyrolles", le paysage est splendide, surtout en cet été indien.(Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Ferme ancienne sur le chemin du cimetière de "Nozeyrolles".(Photo : Patrick Garcia)

 

     Enfin, j’attaque la descente. Le cadre est magnifique. Une première maison ancienne dans un virage, puis une ferme, ancienne, elle aussi un peu plus bas. Mais où est ce cimetière ? Pourtant, je suis sûr d’être sur le bon chemin, comme partout, le panneau de l’association (dont je vous ai déjà parlé, à Auvers) « Sur les Pas de la Bête du Gévaudan » m’indique que je suis proche… 

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Ce panneau indique que je suis sur la bonne route, a gauche une ferme transformée en résidence secondaire, à droite, ses dépendances, j'arrive au cimetière.(Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Il faut contourner cette maison pour arriver sur ces lieux historiques...(Photo : Patrick Garcia)

 

       J’arrive derrière cette ferme où se trouve une petite esplanade bordée vers le bas par un muret de soutènement, dotée d’une jolie croix du 17ème siècle, tournée vers la vallée…

      Au milieu de cette esplanade, plantée dans un amoncellement de pierres et de terre mangée par de mauvaises herbes, un panneau : « Emplacement de l’ancienne église et de l’ancien cimetière de la paroisse de Nozeyrolles. Ici reposent notamment, 7 victimes de la Bête du Gévaudan »

 

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Derrière cette bâtisse, une esplanade et un amoncellement de pierres et de terre, un panneau planté au milieu. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Cet amoncellement fut une église et un cimetière, ici, c'était le "Nozeyrolles" de l'époque de la "Bête", où reposent 7 des victimes du monstre.  (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Dernières élévations de l'église...(Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Emplacement du petit cimetière, avec une croix ancienne dressée vers la vallée.(Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Cette jolie croix du 17ème veillait sur les ouailles alentours. (Photo : Patrick Garcia)

 

      L’église et le cimetière d’un des moments cruciaux du drame sont rassemblés ici, sous cet amas informe… C’est donc ici ! Je suis déçu, je pensais qu’il y avait encore l’église et le cimetière où je pensai trouver sur les tombes, des noms qui me sont devenus familiers depuis des années que je relie ces livres sur la calamité qui a frappé, ici, et ailleurs, mais surtout ici.

   Tant pis, un dernier regard sur le cadre fantastique et je remonte péniblement vers mon « destrier » en espérant que je n’ai pas provoqué de bouchon…

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Un joli chemin arboré part des restes de l'église vers l'ancien village du "Besset". (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Les restes de l'église et du cimetière, témoins de tant des méfaits de la "Bête". Bien en dessous, le "Besset" et la "Besseyre-St-Mary", où vécu Jean Chastel. (Photo : Patrick Garcia)

 

    Il ne me reste plus qu’a faire les deux derniers kms pour arriver à « Auvers » nommée avant 1900 « Nozeyrolles ». Il y a deux ou trois cent ans, elle comptait 5 à 600 habitants, et était le chef-lieu  d’un quartier nommé « Nozeyrolles », mais aussi des lieux-dits « Chanteloube », « Lair », « la Valette », toutes très touchées par le fléau.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Vue d'Auvers, depuis"Nozeyrolles". (Photo : Patrick Garcia)

 

     Enfin j’arrive au village, ici nous sommes à 1200 mètres ! Le clocher de l’église se voit de très loin au milieu de la sapinière, un endroit bien choisi par les anciens, bénéficiant, malgré son altitude, d’un ensoleillement de toute la journée, ce qui compte en ces pays…

     Je me gare contre la petite mairie, face à l’église. Contre celle-ci, un panneau : « Au pays de la Bête du Gévaudan : Près d’ici, à la « Sogne », fut abattue la bête, le 19 juin 1767 ». Je suis donc arrivé au terme de ma « quête » du jour. Et pour finir en beauté cette balade, je découvre enfin « La Statue » en bronze que j’ai aperçu un peu partout dans les guides et sur internet.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Joli croix datée de 1826, à l'entrée du village. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : La nouvelle église d'Auvers, anciennement "Nozeyrolles" . (Photo : Patrick Garcia)

 

    Cette superbe sculpture, impressionnante de réalisme, est très grande, elle représente la « Bête » telle que décrite dans les rapports d’autopsie. Ce monument de la « Bête du Gévaudan » en bronze, on la doit à l’artiste Philippe Kaeppelin, installée en 1995. Il  commémore le combat de Marie-Jeanne Valet, 20 ans, servante du curé Bertrand-Louis Dumont de « Paulhac », contre la Bête du Gévaudan (11 août 1765). Vous trouverez ce magnifique combat dans l’article qui suit et qui raconte « L’Histoire de la Bête du Gévaudan » tiré des témoignages recueillis à l’époque.

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Diverses vues de la statue représentant le combat de Marie-Jeanne Valet contre la"Bête", statue située au bout de l'esplanade de l'église dominant la vallée, à Auvers, 1200 mètres d'altitude. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Diverses vues de la statue représentant le combat de Marie-Jeanne Valet contre la"Bête", statue située au bout de l'esplanade de l'église dominant la vallée, à Auvers, 1200 mètres d'altitude. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Diverses vues de la statue représentant le combat de Marie-Jeanne Valet contre la"Bête", statue située au bout de l'esplanade de l'église dominant la vallée, à Auvers, 1200 mètres d'altitude. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Diverses vues de la statue représentant le combat de Marie-Jeanne Valet contre la"Bête", statue située au bout de l'esplanade de l'église dominant la vallée, à Auvers, 1200 mètres d'altitude. (Photo : Patrick Garcia)

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Diverses vues de la statue représentant le combat de Marie-Jeanne Valet contre la"Bête", statue située au bout de l'esplanade de l'église dominant la vallée, à Auvers, 1200 mètres d'altitude. (Photo : Patrick Garcia)

 

    On comprend le saisissement, la réaction de panique des victimes à la vue de ce monstre, mi-loup, mi-hyène, mi-chien de guerre….

    Voila, mon préambule au véritable récit est terminé, place à « LA BÊTE DU GÉVAUDAN »

 

carte du gevaudan

 

Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : Carte du Gévaudan. (Photo : du Net)

 

PEREGRINATIONS DE LA BETE DEFINITIF LEGENDE

Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan :Carte personnelle où j'ai recensé tous les méfaits de la Bête durant ces 3 ans. Pour mieux l'observer, il faut la télécharger et vous pourrez mieux suivre le chemin du monstre au fur et à mesure de ses crimes. J'y ai épinglé tous les faits, relatés dans les divers récits et chronologies, car toutes et tous ne citent pas les mêmes crimes et les mêmes lieux. (Conception-réalisation : Patrick Garcia)

 

 

AVANT TOUT UN BREF RÉSUMÉ POUR MIEUX COMPRENDRE

 

     En quelques mois, la « Bête » allait créer un climat de peur que seule la peste surpassait. La peste s’attaquait à toutes les couches de la population, sans distinction… Mais, si la « grande faucheuse » liquidait universellement, consciencieusement, avec rigueur et de manière classique (symptômes, fièvres et quelques jours après, famille disparue), on avait finit par « s’habituer » à ces crises épisodiques qui supprimaient jusqu’à 1/3 et parfois ½ de la population nationale ou régionale en quelques mois… Puis le « mal » s’essoufflait, la « faucheuse » était fatiguée à force de trop moissonner… Bon gré, mal gré, la vie reprenait et égoïstement, on était heureux de vivre, et on s’empressait de repeupler la Nation.

     Mais ici, c’est aux plus faibles, aux enfants, aux femmes, aux vieux, parfois aux hommes, mais plus rarement, que la "Bête" s’en prend, et à la catégorie la plus faible : le monde paysan. Disséminés, souvent isolés, peu armés, obligés de travailler dans des conditions pénibles, de manière solitaire, on n’allait pas aller garder 3 moutons à plusieurs (!), des pauvres gens furent des proies faciles et ont lourdement payé de leurs personnes.

 

LE PACTE DES LOUPS 2

 

Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête.

 

    De toute la France, des chasseurs de loups, des apothicaires, des « experts ».... envoient  des propositions de méthodes, plus ou moins farfelues  pour se débarrasser du fléau. Des représentations plus ou moins réalistes, tirées des rapports établis après chaque attaque de la part des témoins ou des victimes ayant survécus sont imprimées et envoyées à la cour et dans toutes les juridictions concernées, les gazettes s'en emparent, et dans toute la France, mais aussi dans toute l'Europe, chacun suivra tous les épisodes de cette « Malédiction ».

      Dans les campagnes, on dressera les chiens de chasse à pourchasser  « la Bête » grâce à des effigies à son image en carton et les gravures du monstre seront distribuées aux habitants pour qu'ils apprennent à ne pas avoir peur et à ne pas se méprendre sur « la Bête ».

     Celle-ci se rit des chasses ou des subterfuges, des pièges ou des battues!

    Le 1er mai, près du « Malzieu », vers 18h30, un jeune homme, un des frères Marlet l'aperçoit, prévient ses deux frères qui s'arment de leurs fusils. La « Bête » touchée deux fois, tombe en hurlant deux fois, et deux fois se relève! Bien que blessée au cou, elle parvient à s'échapper. Le capitaine Duhamel, prévenu, poursuit la traque le lendemain avec une vingtaine de dragons... Tous espèrent que la bête touchée est allée se terrer pour mourir. Dans l'après-midi, près de « Venteuge », terrible déception, une nouvelle femme est tuée: « Calamistas »!....

     Et cela va durer, durer, durer, au point que l'on ne sera plus à quel saint se vouer, quelle manifestation de piété pratiquer, quel pèlerinage effectuer, combien de messes, de cierges, d'invocations...?

 

battue aux loups

 Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête. Ici une battue.

 

      Les battues succèdent aux battues, par tous temps... Malgré les travaux des champs, les hommes sont mobilisés, au détriment des récoltes et par voie de conséquence, de leur alimentation... les courses des chevaux dans les récoltes n'améliorent pas leur situation... Ils obéissent et vont aux battues, souvent le ventre vide,  et « tombant d'inanition »... Durant les 6 mois de grands froids, mal vêtus, mouillés jusqu'aux os, gelés par la bise lors des stations à l'affût, beaucoup tomberont gravement malades!

     Mais les victimes se succèdent à un rythme effréné...

  Duhamel et ses Dragons seront renvoyés par le roi Louis 15, pour cause inefficacité. Le Sr Denneval et son fils, louvetiers Normands sont expédiés par le roi avec équipage et valets pour prendre sa place. Ce grand chasseur de loups, au palmarès extraordinaire, ne fera pas mieux, malgré sa science. Les battues reprennent, les crimes aussi.

    Comment « la Bête » parvient-elle à deviner tous les pièges, éviter les lieux de battues? La théorie d'une bête guidée par la volonté d'un homme maléfique commence à circuler. Durant des mois, les Denneval  vont essayer de vaincre, mais en vain... Ils vont tuer de nombreux loups, souvent des gros, mais quand on leur ouvre l'estomac, on n'y trouve que des os de moutons, même si parfois on y trouve des reliquats de chiffons... Et les monstruosités continuent de plus belles.

    La nouvelle des tueries grandissantes vont faire tomber en disgrâce Denneval qui sera remplacé par le Sieur Antoine de Beauteme, Porte Arquebuse du Roi Louis 15! Cet homme au grand cœur et à la science experte, utilisera moins les battues, et se concentrera sur la traque des indices et des traces pour trouver le lieu où se terre « le Monstre ». Payant de sa personne, il est dans les bois et sur les routes jours et nuits, passant des nuits entières à l'affut, dans le froid, la neige, la pluie et le vent, malgré les victimes toujours aussi nombreuses, il ne baissera jamais les bras...

 

battue preparation

 

Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête. Ici, préparation d'une battue.

 

     Après des mois, sa patience sera récompensée, le 17 septembre 1765, il va ajuster enfin « Sa » bête. Persuadé que ce loup extraordinaire est le bon, il le fait empailler, tue sa femelle et ses louveteaux et est accueilli en triomphateur à la cour où il est anobli... Tous les seigneurs se pressent pour se faire une frayeur à bon compte en admirant cette créature qui a terrorisé les provinces pendant si longtemps...

     Puis on oubliera la créature et l'affaire sera close, même si de mauvaises nouvelles arrivent depuis quelques temps comme quoi, les attaques auraient repris! Mais le roi a dit: « La Bête est morte, je l'ai fait tuer par mon Porte-arquebuse... » Et, comme un roi ne peut se tromper, on étouffe l'affaire et on fait comme ci....

      En Gévaudan, on sait que l'on ne peut compter que sur soi-même. On fera distribuer des lances un peu partout, mais en nombre limité, pour que les pâtres essayent de se défendre.... Mais cette bête quasi surnaturelle échappe aux coups de fusils les plus puissants, aux coups de baïonnettes portés vigoureusement par des hommes ou des femmes de toutes leurs forces, elle évite les pièges et les poisons les plus invisibles, car on laisse les restes de cadavres sur place après les avoir empoisonnés et avoir placé des tireurs émérites... Rien n'y fait, la population est abattue.

     Les semaines passent, les mois aussi, les exactions semblent  se multiplier, atteignant une violence et un rythme jamais égalé, une frénésie rageuse de meurtres, comme si le « malin », présidant aux destinées de ce monstre, voulait se venger après l'annonce de la mort de la bête de M. Antoine....

 

loup enragé

 

 Quand il n'y a plus de ressource pour vaincre la Bête, dans l'imaginaire, elle devient loup-garou. 

 

    A cette époque où la science balbutiante n'est la propriété que des élites, et encore... Les esprits font vite la relation entre ces évènements   cruels, mais étranges, et l' « Étrange » tout court! Toutes les suppositions y passent, loup-garou, croisement d'un chien de guerre avec un loup, esprit satanique... La France de 1766 compte environ 20 000 loups, et dans toute l'Histoire de France on ne recense qu'une centaine d'attaques de loups (!), alors qu'en Gévaudan elles se multiplient de manière exponentielle...

 

Werewolf-Backgrounds-Is-Cool-Wallpapers

 

 

Dans la tête des paysans du Gévaudan, ce loup était surnaturel, il encaissait les coups de feu, les coups de baïonettes, de hache, de lance...

 

    Après un hiver 1766/67 très rude, mais assez calme, avec le printemps et les travaux en extérieurs, la « Furie » reprend... N'ayant plus d'aide officielle de la cour, c'est le marquis d'Apcher (ou d'Apchier) qui à la lourde tâche de protéger ses paysans. Un messager lui rapporte que la veille, « la Bête »  avait été vue dans la paroisse de « Nozeyrolles » où à « Desges », elle aurait tué Jeanne Bastide, âgée de 19 ans.

     Le marquis décide alors de mener une battue sur le « Mont « Mouchet », dans les bois de la « Ténazeïre », lieu ou depuis quelques semaines, elle semble se cantonner.

     Il est accompagné de quelques volontaires voisins, dont Jean Chastel, réputé excellent chasseur et... Braconnier. Le vieux Chastel a chargé son « canardier » d'une balle et de 5 chevrotines. La balle a été fondue dans une médaille de la Sainte Vierge que Chastel avait toujours porté sur son chapeau, et bénite par l'évêque.

 

LE PACTE DES LOUPS 3

 

Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête. Ici une chasse de nuit.

 

      Un coup suffira,il abat un animal de grande taille ressemblant à un loup, mais avec quelques différences (voir l'article plus complet en suivant), au lieu-dit « la Sogne d'Auvers » (à Auvers). Elle fut portée au château de « Besque », paroisse de « Charraix », dans le Gévaudan, près des frontières du Cantal. Le chasseur, vous le verrez plus loin, ne fut guère payé de retour pour son coup au but, mais le pays était enfin débarrassé  de ce monstre dont les descriptions suivent dans le récit complet qui suivra cette présentation.

 

CARTE DU GEVAUDAN EN 1767 + copie copie

 

Pour bien lire cette carte, téléchargez-là et vous pourrez suivre les déplacements de la "Bête".

 

L’ÉNIGME DE « LA BÊTE DU GÉVAUDAN »

 

   Nous sommes en l’an de grâce 1764, la saignée de la « Guerre de 7 ans », 1756/1763, plus de 200 000 soldats français, est à peine achevée et l’on se prend à espérer en des jours meilleurs.

  Le pouvoir royal  est dans la main de Louis 15 « le Bien-aimé », et la France vit plutôt une époque assez prospère…

       Cependant en ce bel été, une sourde rumeur commence à poindre, comme un « goutil » issu d’une roche … Cette nouvelle, colportée par les voyageurs, les pèlerins (nombreux à traverser cette région) ou les contrebandiers…  Devient torrent et inonde le pays entier au travers des grands journaux de l’époque qui s’en emparent, la publient sous forme de feuilletons, et, pour finir, franchit les portes de la cour et arrive aux oreilles de Louis 15 : « En Gévaudan, une bête malfaisante et sournoise s’attaque aux pâtres avant de les dévorer….. »

    La malédiction de la Bête du Gévaudan venait de débuter ! Elle durera, 3 ans, presque jour pour jour et va donner lieu à profusion de livres, de films et d’émissions où l’on s’aperçoit, que chacun a son idée qui n’est pas forcément la bonne et surtout la version officielle…

    Cette région de moyenne montagne est assez inhospitalière, faite d’un grand plateau dont l’altitude moyenne est de 1000 m, constellée d’avens, de falaises, de gouffres, de pitons, de rochers épars, de taillis parfois épais, de buissons épineux, mais aussi de vastes prairies où les bêtes sont contenues par des murets de pierres sèches…

 

PAYSAGE GEVAUDAN 1

 

Paysage du Gévaudan sous la neige, climat rude pour les hommes et les bêtes. (Image du Net)

 

 

 

      Le climat y est rigoureux. L’hiver, souvent très neigeux, la bise n’y est freinée par rien et transperce les os des pèlerins ou des voyageurs… Les étés peuvent être très chauds, mais parfois on y voit des flocons… Bref, dans ce pays là, il faut être costaud ! En effet, le moindre déplacement exige effort, car les sentiers sont pentus et mal entretenus.

    C’est dans cet univers de pierraille, de buissons et de sapinières, que le drame va se nouer. Le Gévaudan, théâtre de cette terrible aventure, comprend la presque totalité de la Lozère. Les attaques connues de la « Bête » se concentreront essentiellement dans la moitié supérieure du Gévaudan. Tout d’abord un peu plus au sud-est, du côté de Langogne, puis en Aubrac (Aumont Aubrac), puis essentiellement plus au nord en Haute Auvergne, près de St Flour, mais surtout en Margeride, disons 20 kms autour de Paulhac en Margeride, près de "Nozeyrolles", renommée en 1900 « Auvers », où « la Bête » fut abattue le 19 juin 1767.

     Cet animal va désorienter durant trois ans les chasseurs les plus émérites envoyés par le roi, les dragons du capitaine Duhamel, les battues quasi journalières avec parfois 1 200 paysans réquisitionnés avec fusil, faux, piques… La « Bête » est capable de se fondre dans cet univers hostile et d’attaquer à l’improviste, parfois au milieu des gens. On la voit ici, l’après-midi, elle dévore une personne à 30 kms !

    Toute cette partie de l’Auvergne tremble et se terre n’osant sortir qu’en nombre et armé… Mais il faut bien travailler les champs, garder les bêtes pour qu’elles se nourrissent dans les pâtures…

 

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Dragon du Capitaine Duhamel participant aux battues pour tuer "la Bestio".(Image du Net)

 

 

 

    Le premier à organiser la chasse est le capitaine Duhamel. Jean- Baptiste Louis François Boulanger, Sr du Hamel, à tout juste 32 ans, et est capitaine Aide-Major des « Volontaires de Clermont-Prince », régiment basé à Langogne, au Nord-est de Mende. Il va organiser battues sur battues, mobilisant ses hommes et les paysans aux quatre coins de la province. Il tuera bien un grand loup, il recevra même une prime pour cela, mais les paysans qui ont vu les blessures atroces infligées aux malheureuses victimes, qui ont parfois été le témoin des attaques, savent bien que ce n’est pas « la Bête ».

      La preuve presque aussitôt, on signala de nouvelles attaques : " la Bête » narguait les chasseurs au point de les faire tourner bourriques et d’user les nerfs".

       De plus, les témoins faisaient des descriptions de « la Bête » qui n’avait rien de semblable à un loup. Et la plupart de ces descriptions étaient concordantes : « c’était un animal fantastique, de la taille d’un veau ou d’un âne; il avait le poil rougeâtre, la tête grosse, assez semblable à celle d’un cochon, la gueule toujours béante, les oreilles courtes et droites, le poitrail blanc et fort large, la queue longue et fournie avec le bout blanc.

    Certains disaient que ses pieds de derrière étaient garnis de sabots comme ceux d’un cheval. La Bête semblait douée d’une sorte d’ubiquité dénotant une agilité surprenante; dans le même jour on avait constaté sa présence en des endroits distants l’un de l’autre de sept à huit lieues. Elle aimait à se dresser sur son derrière et à faire de "petites singeries"; auquel cas elle paraissait "gaie comme une personne" et feignait de n’avoir point de méchanceté. Si elle était pressée, elle traversait les rivières en deux ou trois sauts…. »

    Face à tant de rouerie, comment ne pas trembler ? Et les victimes se succédaient… Après Jeanne Boutet (30-06-1764), et un mois de juillet calme, quatre autres victimes sont à déplorer dans le mois d’août, une par semaine. Au mois de septembre, idem, généralement, les victimes ont entre 14 et 20 ans, mais Marie Hébrard, au « Cellier » est plus âgée, 35 ans.

 

1-PORTRAIT DE LA HIENE FEROCE QUI RAVAGE LE GEVAUDAN-18

 

1 « Portrait de la Hiene, Bête féroce qui ravage le Gévaudan, vuëe par Mr Duhamel (2 mars 1765)BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

    La première décapitation est signalée à Apcher, une jeune femme de 20 ans, le 7 octobre. Là on atteint un niveau de cruauté qui fait pâlir… Un loup ne pourrait jamais sectionner la tête d’une personne adulte comme cela…

     Les thèses vagabondent. Ne serait-ce pas un homme, ou des hommes, qui opèreraient conjointement avec une bête dressée pour tuer ? Mais pourquoi cela ? Certains y voient le désir de déstabiliser le Régime en affolant les campagnes pour créer une insurrection… D’autres y verront la malsaine cruauté d’un noble local (thèse reprise dans de nombreux films).

  Pour beaucoup, cet animal est envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs péchés…

   Pour moi, simple lecteur de tous ces ouvrages et travaux, je pencherai pour un croisement entre « un chien de guerre », couramment utilisés depuis l’antiquité pour désarçonner et tuer les cavaliers, achever les blessés dans un champ de bataille, et d’un loup. Ce rejeton aurait pris les caractéristiques de ces deux animaux, ce qui expliquerait la différence avec un loup classique, et surtout, sa taille et sa force herculéenne. Sur les champs de bataille, les soldats utilisaient des chiens tels le « Mastiff » ou « l’Irish Wolfhound », tous de grande taille et pouvant peser de 70 à 100 kg !

IRISH DESCRIPTION

 

IRISH WOLFHOUND

 

Type de chien utilisé dans l'ancien temps pour tuer les soldats blessés et pesant plus qu'un homme.

     Au départ volontaire, le capitaine Duhamel, reçu cette fois-ci ses ordres du Roi pour détruire « la Bête » et vint s’installer à St Chély d’Apcher, un peu au nord d’Aumont-Aubrac où sévissait le Fléau en cet automne 1764.

    « Duhamel tint conseil avec les tireurs les plus réputés de la région : MM. de Saint-Laurent et Lavigne ; puis il fit un plan de campagne qui consistait en huit battues. 

Les huit battues s’effectuèrent, dans l’ordre prescrit, du 20 au 27 novembre: elles ne donnèrent aucun résultat.

La terreur redoubla: l’évêque de Mende consacra un mandement à cette désolation publique et des oraisons furent ordonnées dans toute l’étendue du diocèse pour qu’il plût à Dieu de susciter un nouveau saint Georges, assuré d’avance de la vénération de tout le pays. »

          On imagine la panique de ces habitants confrontés tous les jours à des scènes qu’ils voient habituellement sur les peintures des églises, pleines d’animaux fantastiques - représentant le Démon- dévorant les âmes perdues, les pécheurs, enfin, tous ceux dont la conscience est impure… Ce démon vient de quitter l’enfer pour l’installer sur terre, chez eux, et il dévore à satiété les êtres chers…

 

LE PACTE DES LOUPS 5

Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête. La Bête traque de nouvelles victimes.

 

      Ce mois d’octobre est totalement hystérique. « La Bête » semble prise de frénésie meurtrière : pas moins de 13 attaques avec à la clé 7 morts et 6 victimes blessées. Cette fois-ci, des adultes hommes ou femmes sont dévorés, il ne s’agit plus d’adolescents, mais paysans robustes, parfois armés de bâtons. Sur ce nombre de tués, 3 sont décapités ! Les attaques se produisent dans un rayon de 15 kms autour d’Aumont-Aubrac.

      En novembre, les attaques sont moins nombreuses et moins meurtrières, on dénombre 6 attaques et une seule victime, Catherine Vally, une femme de 60 ans décapitée à « Buffeyrettes », à 4 kms au Nord-est d’Aumont-Aubrac.

    Décembre les attaques sont en recrudescence, avec 12  agressions qui se solderont par 6 morts dont 3 décapitations et 1 blessure, toujours dans la même région d’Aumont-Aubrac !

    

3-FIGURE DE BETE QU ON CROIT ETRE UNE HYENE-30

 

« Figure de la Bête féroce que l’on croit être une hyène »(1764) BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

 

CHRONOLOGIE DES EVÊNEMENTS POUR L’ANNÉE 1765

(Encyclopédie en ligne de l'inexpliqué)

 

JUIN 1764

  • juin 1764. Langogne (Allier). Une femme garde son troupeau de vaches lorsqu'elle est attaquée par une grande bête. Ses chiens semblent terrorisés. Elle doit la vie sauve à ses vaches qui chargeront le fauve, le faisant fuir.
  • 30 juin 1764. Ubas, près de St Etienne de Lugdarès. On retrouve le corps en partie dévoré de Jeanne Boulet, 14 ans. Elle était portée disparue depuis quelques jours.

AOÛT  1764

             8 Août 1764. Masméjan (Allier) 3 bûcherons trouvent le corps d'une jeune fille de 15 ans. Elle a été égorgée. Son                cadavre horriblement mutilé gît dans une mare de sang. Il porte des marques de crocs.

  • 25 Août 1764. Cheylard-l'Evêque. Un garçon de 15 ans est tué et dévoré alors qu'il gardait des vaches.
    On fait alors le lien avec des meurtres similaires, commis en avril et mai, aux confins du Gévaudan et du Vivarais. On n'en connais ni la fréquence ni le nombre. Des groupes de chasseurs, aidés de paysans, entreprennent des battues dans la forêt de Mercoire et aux alentours de Langogne.

SEPTEMBRE 1764

  • 1er septembre 1764. Celle que l'on appelle déjà la Bête tue et dévore un garçon de 15 ans au hameau de Pradels, près de Chaudeyrac.
  • 6 septembre 1764. Plusieurs personnes voient un gros loup rôder au nord de Château-Neuf-de-Randon. A 19 heures, au hameau des Estrets, une femme de 36 ans est agressée dans son potager. Les secours arrivent rapidement mais la femme est déjà morte. La jugulaire tranchée, elle s'est vidée de son sang.
  • Un détachement de 57 dragons est envoyé par M. de St-Priest, gouverneur de la Province, pour chasser la Bête. Une prime de 200 livres (près de 30 000 F actuels à pouvoir d'achat constant - un ouvrier agricole touchait 1,5 livres par jour contre 200 F actuellement) est offerte par Etienne Lafont, syndic, à qui la tuera. Les battues sont concentrées sur la forêt de Mercoire.
  • Du 10 au 20 septembre 1764, 2 personnes sont tuées et plusieurs autres blessées au nord-est de ce bois.
  • 16 septembre 1764. La Bête tue et éventre, vers 18 h, un garçon qui ramenait ses vaches au hameau du Choisinès, près de St-Flour-de-Mercoire.
  • 20 septembre 1764. Un gros loup est tué près du village de Pradels.
  • 26 septembre 1764. Une fillette de 13 ans est tuée et dévorée au village des Thorts.
  • 28 septembre 1764. Repoussée loin du bois de Mercoire par les battues, la Bête attaque une petite fille de 12 ans à Rieutort-de-Randon. L'attaque a lieu à 100 mètres de sa maison pendant que sa mère la regarde rentrer le troupeau. Le temps à celle ci et à ses deux fils d'intervenir, la petite fille est déjà morte, éventrée, la peau du crâne arrachée et retournée sur le visage.
  • Fin septembre 1764. La Bête est signalée près de St-Chely-d'Apcher, où elle agresse plusieurs personnes mais les nouvelles ne circulent pas vite.

OCTOBRE 1764

  • 7 octobre 1764. Apcher, dans la région de Prunières. La Bête tue et mutile horriblement une jeune fille de 20 ans. Sa tête, tranchée net, ne sera retrouvée qu'au bout d'une semaine.
  • 8 octobre 1764. Un garçon de 15 ans est attaqué au Pouget, près de La Fage-Montivernoux. La tête prise dans la gueule de la Bête, il parvient à la piquer au ventre avec sa baïonnette. Au même moment, des garçons jettent des pierres à l'animal. Le blessé s'en tirera avec une sérieuse blessure à la tête, des coups de griffes et quelques contusions. 
    Quelques heures après, la Bête agresse un jeune garçon entre Prinsuéjols et le château de la Beaume. Celui-ci se réfugie au milieu de ses boeufs. La Bête restera à l'affût jusqu'à ce qu'une centaine de paysans et chasseurs sortent du bois après une battue et la voient. Tirée à 10 mètres, elle tombe mais se relève. Une autre balle, à la même distance, la fait chuter encore. Mais la Bête se relève et s'enfuit. Une troisième balle, à cinquante mètres, la fera encore trébucher. Mais l'animal s'enfuit dans les bois. L'angoisse étreint les paysans. La Bête semble résister aux balles.
  • 10 octobre 1764. Les Caires, à l'autre bout du Gévaudan. Un garçon de 15 ans va tirer de l'eau à la fontaine. La Bête l'attaque et saisit sa tête dans sa gueule. Deux lavandières, entendant les cris, se ruent sur l'animal et le mettent en fuite à coup de battoirs. Une heure plus tard, sur la paroisse de Fontans, au lieu-dit Bergounhous, la Bête agresse les enfants Baradan (2 garçons, 13 et 6 ans, et une fille 10 ans). Elle se rue sur la fillette mais l'aîné des garçons porte un coup de paradou (bâton avec une pointe d'acier trempé servant à parer les sabots de bovins) et l'oblige à lâcher prise. Le Conte de Morangiès surgit à cet instant avec ses valets et met en fuite la Bête. La fillette s'en tire avec une cruelle morsure à la joue et au bras.
  • 15 octobre 1764. La Bête tranche la tête d'un enfant de 10 ans au hameau de Contrandès, paroisse de Ste-Colombe-de-Peyre, et lui dévore les poumons.
  • octobre 1764. L'Abbé Trocellier, curé d'Aumont, mentionne le meurtre d'une femme sur la paroisse de St-Germain.
  • 19 octobre 1764. A Grazières, paroisse de St-Alban, une jeune fille de 21 ans est tuée et à moitié dévorée.
  • 31 octobre 1764. Une femme est agressée près de Chauchailles (région de Fournels) et blessée à la tête. Elle est sauvée par des bergers. 
    De village en village se répand l'aventure de Jean-Pierre Foucher, de Julianges : Il ne faisait pas encore nuit, la neige recouvrait tout. J'ai aperçu quelque chose qui suivait le chemin de la fontaine. Alors, je prends mon fusil et je vais me poster à la fenêtre de l'écurie. Presque aussitôt arrive un animal que je ne connaissais pas : c'est la Bête ! La peur me saisit, je parviens à peine à tenir mon fusil. Je fais le signe de la croix et tire ; elle tombe, se relève, se secoue et, sans bouger de place, regarde autours d'elle. Je lui tire un second coup de feu ; elle tombe de nouveau, pousse un cri sauvage, se relève et s'éloigne en grondant. Si on ne prends pas le moyen d'obtenir de Dieu et de la Sainte Vierge notre délivrance, elle nous dévorera tous et tout ce qu'on fera sera inutile.
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NOVEMBRE 1764

  • 25 novembre 1764. Buffeyrettes, paroisse d'Aumont. Catherine Vally, dite la "Sabrande", sexagénaire, est retrouvée à moitié dévorée auprès de son unique vache. Sa tête, tranchée net, sera retrouvée le surlendemain dans un bois, broyée et rognée jusqu'à l'os.
  • Novembre 1764. Un jeune homme fort et courageux est attaqué par la Bête près d'Aumont. Celle-ci esquive avec agilité ses coups de bâton jusqu'à ce qu'il fasse des moulinets et parvienne à la frapper au visage. Il sera secouru par deux jeunes garçons dont l'un est armé d'une petite lance.
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DECEMBRE 1764

  • 15 décembre 1764. Une femme de 45 ans, Catherine Chastang, qui gardait son troupeau près de Sistrières, sur la paroisse de Védrines-St-Loup (Auvergne) est attaquée et à moitié dévorée. Sa tête, arrachée, sera retrouvée dans le bois de Balsie, à 100 mètres de là. Les Etats particuliers du Languedoc offrent 2 000 livres à qui tuera la Bête, le diocèse de Mende 1 400 livres. Soit 3 800 livres avec les 200 promises par M. Lafont (près de 500 000 F actuels).
  • 16 décembre 1764. La Bête attaque un jeune homme à Chanteloube et le blesse à la tête malgré l'arrivée rapide d'hommes armés.
  • 18 décembre 1764. Près du village des Caires, sur la paroisse de Rimeize, une jeune fille est attaquée par la Bête. Par bonheur, elle parvient à lui assener un coup de hache sur le museau. La Bête s'enfuit, perdant du sang.
  • 20 décembre 1764. Village du Puech. Une fillette de 12 ans va satisfaire un besoin naturel dans le jardin. La Bête lui lacère le dos et lui tranche la tête qu'on ne retrouvera jamais.
  • 22 décembre 1764. Une battue est organisée dans les bois proches. Le Capitaine des Dragons verra la Bête s'approcher de lui et l'attendra à l'affût. Mais l'irruption de 2 soldats provoquera la fuite de l'animal. Dans sa course, près des Prades, elle croise une jeune fille qui se promène au bord de l'eau. Elle sera tuée et dévorée.
  • 24 décembre 1764. La Bête est à nouveau sur les rives de la Truyère. Elle dévore un petit garçon à Chaulhac.
  • 27 décembre 1764. Jugés inefficaces, les dragons sont renvoyés dans leur caserne. Ce jour là, la Bête sera prise d'une véritable folie meurtrière, comme si elle avait attendu cet instant pour se déchaîner. De bonne heure, elle attaque, à Chaulhac, un jeune homme qui réussit à la repousser. Aussitôt après, à St-Privat-du-Fau, elle agresse un jeune garçon. Il sera secouru par ses voisins. Dans l'après-midi, elle tue et dévore une jeune fille de 20 ans à la ferme de Pradels, près de St-Chely-d'Apcher. En soirée, au hameau de Boussefol, paroisse de Rieutort de Randon, elle dévore une autre jeune fille de 20 ans.
  • 28 décembre 1764. Bois de St-Martin-du-Born, près de Rieutort de Randon. La Bête attaque un père et sa fille. Elle sera chargée par les boeufs, qui la mettent en fuite. L'homme et sa fille s'en tirent avec des morsures.
  • 30 décembre 1764. La Bête surprend Mathieu Martial, domicilié au Besset, paroisse de La Besseyre-St-Mary. Alors qu'il garde les moutons d'un fermier de Paulhac, il est tué et dévoré.

 

Bête_du Gévaudan (1764) 1

Gravure allemande de 1764 contant les méfaits de la "Bête".

 

 

 

    Le capitaine Duhamel est désespéré, il a essayé diverses ruses, des jours et des nuits à battre par tout temps, la campagne, dans l’humidité, le froid, la neige, bivouaquant la nuit, avec ses hommes dans l’espoir de surprendre « le Monstre », en vain.

 Dans cette lettre, on sent bien le désespoir du chasseur devant  la sournoiserie et la perfidie du monstre qu’il traque en vain, pire, dont les ravages sont croissants.

 Exemple la lettre du capitaine Duhamel ci-dessous rapportée par Alain Bonnet dans sa « Bible de la Bête »

     1-3 janvier 1765 : Lettre de M. Duhamel, de Langogne, destinataire inconnu (M. Roussel ?)

    « Personne ne peut mieux que moi, M., vous donner un détail bien exact des ravages affreux que continue de faire journellement dans ce pays le monstre qui y rôde. Car sur la demande que j’ai faite à M. le comte de Moncan, commandant de la province de Languedoc, de marcher après cet animal avec un détachement du régiment, le général a bien voulu m’en donner la commission, et je suis parti d’ici le 2 novembre avec 40 dragons à pied et 17 à cheval pour me rendre à St.-Chély, petite ville du Gévaudan à 17 lieues d’ici, où je me suis établi avec mon détachement comme étant au centre des villages dont cet animal ne s’écartait point.

    Malgré les temps les plus affreux et le pays le plus difficile à parcourir, je chassais presque tous les jours. Je passai même des nuits entières au franc bivouac dans la neige avec mes dragons à pied pour garder des cadavres que cette cruelle bête avait dévoré, toujours espérant qu’elle reviendrait sur sa proie et que je serais enfin assez heureux pour en délivrer le pays.

      Il y avait près de 6 semaines que je parcourais les plaines, les bois et les rochers, sans avoir pu rencontrer cet animal, lorsque je reçus une lettre d’un curé à 3 lieues de mon rendez-vous de chasse, par laquelle il me donnait avis qu’une fille de la paroisse avait été la veille étranglée par cette bête féroce et que d’après les ordres que j’avais fait passer dans tous les villages, il aurait fallu laisser le cadavre à la même place où il avait été trouvé, en attendant ma réponse.

     Comme la lettre du curé ne me parvint que fort tard et que j’aurais inutilement fatigué ma troupe si je m’y fusse porté avec elle, j’en détachai un maréchal des logis avec 12 dragons à pied, avec ordre de se rendre auprès du cadavre et d’y passer la nuit embusqué, avec son monde pour tâcher d’avoir cet animal s’il reparaissait. Le lendemain, à la pointe du jour, je me mis en marche avec le reste de mon détachement et je me portais d’abord à 5 lieues pour y battre les forêts de la Baume où j’augurais que cet animal pouvait être.

     Les paroisses que j’avais faites commander la veille et auxquelles j’avais assigné un rendez-vous, s’y trouvèrent bien exactement. Je commençais ma chasse et dans la seconde battue je trouvais enfin l’animal que je cherchais depuis si longtemps. Et n’était l’imprudence de 3 de mes dragons qui ne me savaient point posté si près d’eux, j’aurais tué ce monstre à 4 pas, car il venait droit à moi et ne pouvait m’apercevoir parce que j’étais appuyé contre 2 arbres jumeaux dont l’épaisseur me couvrait totalement.

      Mais au bruit que firent ces 3 dragons en criant à la bête, et courant à toutes jambes, joint à mon trompette que je vis venir derrière moi tant que son cheval pouvait aller, je crus que ces 4 dragons suivaient la bête à vue, je quittais ma place pour courir au-devant et tâchais de couper cet animal en le tirant dans son clair.

    A peine eu-je fait 100 pas, j’entendis du bruit derrière moi, je me retournais et j’aperçus le monstre qui passait au pied de l’arbre que je venais de quitter.

     Représentez-vous, M., quelle fut ma douleur, j’avais 3 balles dans mon fusil et jugez si tirant cet animal à 4 pas je l’aurais manqué : j’en suis inconsolable, c’était le plus beau moment de ma vie. Après avoir essuyé tant de fatigues et de peines, j’avais moi même la satisfaction de délivrer le pays du fléau qui le désole, je jouissais du plaisir de pouvoir dire à mes dragons en reconnaissance du zèle avec lequel ils m’ont secondé dans toutes mes chasses : « Je vous fais profiter de 100 louis d’or » (parce qu’il y a 2400 livres que la province donne à celui qui tuera le monstre), et que vous jugez bien que je pense trop délicatement pour ne pas les avoir abandonnés à mes dragons.

    Je les leur avais même promis avant d’entrer en chasse. Enfin, je fus obligé de tirer cet animal comme il entrait dans le fort du bois. Mon laquais qui n’était pas fort éloigné avec mes chevaux me les amena sur le champ, je montais dessus et pour ne pas perdre de temps, au lieu de recharger mon fusil je mis le pistolet à la main et je perçais le bois ventre à terre. Le malheur voulut qu’à la sortie du bois je ne trouvais personne qui pût me dire de quel côté cet animal avait fui, et au lieu de prendre à droite je pris à gauche.

     Mais l’animal tenait le chemin contraire. Deux des bas-officiers de mon détachement suivirent à cheval le sabre à la main cette bête pendant plus d’une demi-heure et de si près qu’ils espéraient toujours de pouvoir la pourfendre, mais un maudit marais impraticable les força d’abandonner leur proie.

      Ils en sont comme moi au désespoir, d’autant qu’en rentrant le soir je trouvai l’ordre de S.A.S. Mgr le comte d’Eu pour venir ici avec ma troupe. Le prince me mandait que comme les États avaient mis à prix la tête de cet animal, les 10 sols par homme que le pays donnait chaque jour à ma troupe devenaient onéreux et qu’en conséquence les États lui avaient demandé que je rentrasse.

     Je partis conformément à l’ordre de S.A.S. et je rentrai ici avec ma troupe le 27 du mois dernier. Quelle satisfaction pour moi si j’avais été plus heureux de pouvoir, en réponse à la lettre du prince, lui annoncer mon arrivée à Montpellier pour le premier de l’an, avec le monstre que j’aurais détruit moi même. J’y serais encore arrivé 4 à 5 jours avant la clôture des États ; je vivrais 1000 ans que je ne me consolerais point d’une fatalité aussi marquée…. »

      La « Bête » semble extraordinaire en tout : 

2 janvier 1765 (Mercredi)

Lettre des consuls de St.-Flour annonçant qu’on a revu la Bête, mais qu’elle n’a pas fait de nouvelles victimes. Lettre de M. de Vigier à M. de Ballainvilliers :

« Depuis le malheur arrive à la nommée Chastang, cet animal a été vu plusieurs fois dans les environs de la montagne où cette malheureuse a péri ; mais depuis cette époque elle n’a attaqué personne, elle a fait au contraire de nouveaux ravages dans le Gévaudan et 2 jeunes filles y ont été nouvellement dévorées. Nous sommes fondés à croire qu’il y a plusieurs animaux de cette espèce vu la date de ces différents événements. »

 

2-COMBAT PORTEFAIX-20

«  Combat de la Bête et des sept enfants du Villeret d’Apcher, dirigés par le petit Portefaix, relaté ci-dessous »(1764) BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

      À cette époque – janvier 1765 – se place un incident qui mit en émoi tout le pays. Le 12 janvier, un berger du village de Chanaleilles âgé de douze ans, et nommé Jacques Portefaix, gardait des bestiaux dans la montagne.

     Il était accompagné de quatre camarades et de deux fillettes plus jeunes que lui et la Bête les attaqua. La bataille fut très éprouvante, mais grâce au courage du jeune Portefaix et à force de lutter à grands coups de bâton le monstre s’enfuit. Le procès-verbal authentique de cet exploit fut envoyé à Mgr l’évêque de Mende qui l’adressa au roi.

     Celui-ci décida que chacun des sept petits paysans de Chanaleilles toucherait trois cents livres sur sa cassette et que le jeune Portefaix serait élevé aux frais de l’État. Il fut placé, quelques mois plus tard, chez les Frères de Montpellier : disons pour n’y plus revenir, qu’après de brillantes études, il entra dans l’armée et mourut en 1795, lieutenant d’artillerie coloniale.

     En voici la relation exacte établie par le curé de la paroisse de Chanaleille à la demande du subdélégué de l’Intendant du Languedoc à Mende

     « Le 12 de janvier 1765, la bête féroce attaqua 5 petits garçons du village de Villeret, paroisse de Chanaleilles ; les 3 plus âgés avaient environ 11 ans, les 2 autres n’en avaient que 8 et ils avaient avec eux deux petites filles à peu près du même âge.

     Ces enfants gardaient du bétail au haut d’une montagne ; ils s’étaient armés chacun d’un bâton, au bout duquel ils avaient attaché une lame de fer pointue, de la longueur de 4 doigts. La bête féroce vint les surprendre, et ils ne l’aperçurent que lorsqu’elle fut près d’eux ;

       Ils se rassemblèrent au plus vite et se mirent en défense. La bête les tourna 2 ou 3 fois, et enfin s’élança sur un des plus petits garçons ; les 3 plus grands fondirent sur elle et la piquèrent à diverses reprises sans pouvoir lui percer la peau. Cependant à force de la tourmenter ils parvinrent à lui faire lâcher prise ;

     Elle se retira à 2 pas après avoir arraché une partie de la joue droite du petit garçon dont elle s’était saisie, et elle mangea devant eux ce lambeau de chair. Bientôt après elle revint attaquer ces enfants avec une nouvelle fureur ; elle saisit par le bras le plus petit de tous, et l’emporta dans sa gueule ; l’un d’eux épouvanté proposa aux autres de s’enfuir pendant qu’elle dévorerait celui qu’elle venait de prendre.

      Mais le plus grand, nommé Portefaix, qui était toujours à la tête des autres, leur cria qu’il fallait délivrer leur camarade ou périr avec lui. Ils se mirent donc à poursuivre la bête, et la poussèrent dans un marais qui était à 50 pas, et où le terrain était si mou qu’elle y enfonçait jusqu’au ventre ; ce qui retarda la course et donna à ces enfants le temps de la joindre. Comme ils s’étaient aperçus qu’ils ne pouvaient lui percer la peau avec leurs espèces de piques, ils cherchèrent à la blesser à la tête, et surtout aux yeux ; ils lui portèrent effectivement plusieurs coups dans la gueule qu’elle avait continuellement ouverte, mais ils ne purent jamais rencontrer les yeux.

      Pendant ce combat elle tenait toujours le petit garçon sous sa patte ; mais elle n’eut pas le temps de le mordre, parce qu’elle était trop occupée à esquiver les coups qu’on lui portait. Enfin ces enfants la harcelèrent avec tant de constance et d’intrépidité qu’ils lui firent lâcher prise une seconde fois, et le petit garçon qu’elle avait emporté n’eut d’autre mal qu’une blessure au bras par lequel elle l’avait saisi, et une légère égratignure au visage. Comme la petite troupe ne cessait de crier de toutes ses forces, un homme accourut et se mit à crier de son côté.

     La bête entendant un nouvel ennemi se dressa sur ses pattes de derrière, et ayant aperçu l’homme qui venait à elle, elle prit la fuite et alla se jeter dans un ruisseau à une demi-lieue de là. 3 hommes la virent s’y plonger, en sortir et se rouler ensuite quelque temps sur l’herbe ; après quoi elle prit la route du Mazel et s’en fut dévorer un garçon âgé de 15 ans de la paroisse de Grèzes en Gévaudan. »

    En désespoir de cause, devant cette recrudescence d’attaque, à la demande de M. Laffont, Syndic de Mende, retour du capitaine Duhamel  à St.-Chély (lettre, 20/01). Le nombre de cavaliers est réduit à 11 (lettre, 16/02).

Lettre de Mende, reprise dans la Gazette de Leyde du 12/02 :

« La compagnie de dragons, qui a poursuivi la Bête féroce, est revenue de Langogne, et se trouve actuellement à St.-Chély. L’officier, qui la commande, se donne tous les mouvements pour nous en délivrer. Son zèle, son courage, et la valeur de sa troupe nous donnent lieu d’espérer, qu’il pourra y réussir, d’autant plus que 3 hommes, sans armes a feu, mais munis chacun d’un bâton avec une baïonnette au bout, l’ayant rencontrée il y a quelques jours au pont d’Arifattes dans la paroisse des Laubies, ont pu, quoique avec beaucoup de peine, s’en débarrasser, mais sans pouvoir aussi de leur côté lui porter aucun coup, vu son agilité et son adresse à les éviter. »

 

4-FIGURE DE LA BETE FEROCE P38

« Figure de la Bête féroce nommée Hiene » BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

      Mais comment fait-elle pour toujours s’en sortir, se tirer d’un mauvais pas, se relever d’un coup de fusil ou de coups de piques ? Les descriptions sont maintenant assez précises, on imagine même des ruses, comme il est question dans cet article :

 Dans le courrier d’Avignon du 25 janvier 1765

(La description de la bête)

   « Les dragons qui l’ont poursuivie disent qu’elle est grande comme les plus gros chiens de parc, extrêmement velue, de couleur brune, le ventre fauve, la tête fort grosse, 2 dents fort longues qui lui sortent de chaque côté de la gueule, les oreilles courtes et droites, la queue fort ramée qu’elle dresse beaucoup en courant. Elle est haute sur ses jambes et a de grandes griffes fort larges. On dit que la peur n’a point de part à cette description ; et les officiers du régiment de Clermont assurent que les 2 dragons sont les plus vaillants qu’il y ait dans ce corps…….

 

   …. Cependant la description qu’ils ont faite de cet animal féroce n’aide pas plus que celles qu’on avait déjà lues à en discerner l’espèce. Il y a des parties qui tiennent de l’ours, d’autres qui ont rapport au sanglier, d’autres qui ne conviennent ni à l’un ni à l’autre. Cette chasse infructueuse a été faite dans le mois de décembre….

(Le piège imaginé par les Dragons)

  …. On pense maintenant à s’y prendre d’une autre manière. Comme la Bête est fort rusée, et que c’est par la ruse qu’elle s’échappe, et c’est par la ruse qu’on veut l’amorcer ; et parce que c’est principalement au beau sexe qu’elle en veut, (car elle a dévoré ou blessé 42 filles ou femmes depuis sa première apparition) on va faire habiller en filles 4 jeunes dragons qui seront bien armés sous leurs jupes ; mais l’amorcera-t-on par ce stratagème ? C’est de quoi on est ici fort curieux. »

 

    Mais « la Bête » évitait tous les pièges, tous les appâts, même les reliquats de ses repas… Un jour, à « Mialanette » (Le Malzieu) Marie-Jeanne Rousset est en partie dévorée et décapitée par le monstre.

 « Le comte de Morangiès accourt avec les gens de sa maison dès qu’il est informé de l’accident. Il s’adresse aux spectateurs :

    « Mes enfants, vous êtes aujourd’hui spectateurs : peut-être une autre fois servirez-vous de spectacle ; je vous donne rendez-vous demain pour tâcher de l’éviter. » M. Duhamel qui se rend chez M. de Morangiès pour la chasse du lendemain, est averti par un exprès.

      Il envoie un maréchal des logis avec ses dragons à cheval, et se rend lui-même à « Mialanette » avec les dragons à pied. Il y rencontre le comte avec une centaine de paysans. Ils battent les bois des environs jusqu’à la nuit. Plusieurs chasseurs du « Malzieu » ont déplacé le cadavre et rapporté la tête. M. Duhamel fait tendre des pièges dans les bois, on met la tête de l’enfant dans un de ces pièges, on laisse le cadavre exposé à l’endroit où on l’a trouvé, et M. Duhamel embusque un maréchal des logis et 8 dragons dans le voisinage, à portée du fusil…. »

    En vain, le « Fléau » devine tous les subterfuges !

 

LE PACTE DES LOUPS 8

 

Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête. Les gouverneurs du Gévaudan décident d'organiser une battue de 20 000 hommes.

 

     Alors, une grande chasse fut organisée. Duhamel donna l’ordre à soixante-treize paroisses; 20.000 hommes répondirent à son appel. Le pays était couvert de neige; il fut facile de relever la piste de la Bête et de suivre sa trace, en voici la relation (selon Pourcher) :

 « 7 février (Jeudi)

     De grand matin, 73 paroisses du Gévaudan, environ 30 d’Auvergne, et plusieurs du Rouergue sont en mouvement ; presque toutes ont chacune à leur tête, outre leur consul, une personne notable dirigeant les opérations que M. Duhamel ou M. Lafont (accompagné de ses frères) leur ont indiquées.

        M. Lafont s’occupe du quartier le plus difficile, sur la prière de M. Duhamel, qui craint beaucoup d’indocilité. Le pays est couvert d’un demi-pied de neige. Le temps, quoique froid, est calme et serein ; beaucoup de brouillard en Auvergne. La paroisse du Malzieu fournit 400 hommes de tout état et de tout âge, parmi lesquels se trouvent même des septuagénaires et des invalides que le commandant, après avoir admiré et loué leur bonne volonté, renvoie chez eux.

     Cette troupe se met en marche à 5 heures du matin, commandée par M. Dugas, chevalier de St.-Louis, porte-étendard dans les gardes du roi, compagnie de Noailles. Sur les 10 à 11 heures, la Bête est lancée par les chasseurs de la paroisse de « Prunières ». Elle s’était cachée dans une broussaille très épaisse d’où elle est débusquée par des mâtins. Elle gagne les rives de la Truyère, dont le bord opposé se trouve malheureusement dégarni, quoique selon les dispositions de M. Duhamel, il aurait dû être gardé par les habitants de la ville et paroisse du « Malzieu ».

     Tirée, on la croit blessée. Le vicaire de « Prunières » et 10 de ses paroissiens se jettent dans la rivière (certains en tombent malades) et la traversent à pied, et presque à la nage. Ils suivent la Bête pendant longtemps à la trace, la perdent ensuite dans les bois. Elle est rencontrée, à 1 heure de l’après-midi, par le valet de ville du « Malzieu » et 4 paysans de cette paroisse. Le fusil du valet de ville fait faux feu, un des paysans la tire à balle forcée. La Bête tombe au coup sur ses 2 pattes de devant en poussant un grand cri que les 5 chasseurs entendent. Elle se relève promptement et passe la montagne de St.-Privat ; les chasseurs la poursuivent jusqu’à la nuit sans pouvoir l’approcher d’assez près pour la tirer. Ils trouvent quelques gouttes de sang, mais le valet de ville ne croit pas qu’il s’agisse de la Bête, qui n’en a pas laissé à l’endroit où ils l’ont tirée… »

        La triste réputation de la « Bête » franchit les frontières et on en parle dans toute l’Europe. Les gazettes qui colportent ses méfaits se vendent comme des petits pains et « le Monstre du Gévaudan » est dans toutes les conversations, et pour certains, dans toutes les têtes.

     Il y avait alors en Normandie un vieux gentilhomme, nommé Denneval, dont la réputation de louvetier était grande. Il avait, en son existence, tué, assurait-il, douze cents loups; les exploits de la Bête du Gévaudan troublaient son sommeil : il entreprit le voyage de Versailles, parvint à se faire présenter au roi Louis XV, offrit ses services, qui furent acceptés. Il jura à Sa Majesté qu’il tuerait la Bête, la rapporterait empaillée à Versailles, afin que tous les seigneurs de la cour fussent témoins de son triomphe. Le roi lui souhaita bonne chance et Denneval se mit en route.

 

5-SUITE DES RAVAGES

 

« Suite des ravages affreux causés par la cruelle Bête du Gévaudan ». BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

     Ordonnance sur sa nomination et avance sur frais de transport:

 « Louis-François Lallemant, chevalier, comte de Lévignen, …, intendant de justice, police et finance en la généralité d’Alençon.

     « En conséquence de la lettre à nous écrite par M. le contrôleur général le 5 du présent mois, il est ordonné au receveur général des domaines en ce département de payer à M. d’Enneval, gentilhomme d’Argentan, la somme de [blanc] à compte de ses frais de voyage pour se rendre en poste avec M. son fils, deux domestiques, six chiens, dans le Gévaudan où nous l’avons invité suivant les ordres de M. le contrôleur général, de se transporter pour y chasser la bête féroce qui y fait du ravage et y inspire la terreur, et en rapportant par ledit sieur receveur général la présente ordonnance et quittance suffisante, ladite somme de [blanc] lui sera passée en dépense dans ses comptes par MM. de la Chambre des comptes, que nous prions de le faire ainsi sans difficulté. Fait à Alençon le 9 février 1765. »

(D’après la lettre du 11/02, la somme de l’ordonnance est de 1000 livres.) »

   Et voilà ! Il y a maintenant deux groupes de chasseurs courant sus à la « Bête », Le capitaine Duhamel, et ses dragons, présents depuis le début de l’affaire, et MM. d’Enneval père et fils, leurs valets et leurs chiens spécialisés dans la chasse aux loups… Entre ces deux camps, une somme rondelette de près de 10 000 livres de récompenses offertes par le Roi et les diverses autorités régionales. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui va se passer… Sans être en conflit direct, les deux camps vont « se tirer la bourre » au lieu de travailler de concert, et surtout pour le bien des habitants. L’appât du gain et l’orgueil vont annihiler des possibilités d’actions concertées.

    Les d’Enneval ne veulent pas de concurrence ! Discussions, intrigues à ce sujet, le temps passait et ce fut un beau temps pour la Bête. Elle se montrait journellement et ne se privait de rien. La liste de ses carnages est terrifiante.

 Voici la liste des attaques et des victimes du début de l’année 1765 jusqu’à cette époque :

JANVIER 1765

  • 1er janvier 1765. Hameau du Falzet, paroisse de Chanaleilles. Le fils Limagne, 16 ans, est attaqué par la Bête à 30 mètres de chez lui. Il est égorgé et emporté vers un petit bois proche. Mais des hommes armés obligent la Bête à fuir, après avoir arraché un bras au cadavre.
  • 2 janvier 1765. La Bête égorge Jean Châteauneuf, 14 ans, au Mazel-de-Grèzes. Le soir, à la veillée funèbre, la Bête se dressera même contre la fenêtre (il n'y a pas de carreaux à cette époque). Au cri du père, géant à la force herculéenne, la Bête se sauvera.
  • 6 janvier 1765. Vers 9 heures du matin, deux femmes du hameau des Escures, près de St-Juéry se rendent à la messe de Fournels. Elles marchent un moment, plutôt inquiètes, avec un inconnu mal vêtu, les cheveux noirs crasseux. Vers midi, de retour chez elles, elles apprennent la mort de Delphine Gervais dans son jardin de St-Juéry. Vers 10 heures, la Bête l'a égorgé et horriblement mutilée. Vers 11 heures, la Bête égorge près de Morsange une jeune fille qui traversait le bois de Montclergue.
  • 9 janvier 1765. La Bête dévore une petite fille dans le bois proche du village de Nasbinal.
  • 10 janvier 1765. Etienne Lafont obtient le retour des dragons. La Bête tue et dévore un garçon à Rieutort-Marchastel.
  • 11 janvier 1765. La Bête attaque trois rudes gaillards sur le pont d'Arifattes, proche du village des Laubies. Selon sa technique habituelle, elle tourne autour des trois hommes dans l'espoir de les renverser. Elle renoncera au bout d'un moment.
  • 12 janvier 1765. Au-dessus du Villaret, entre Grèzes et Chanaleilles. La Bête attaque 5 garçons (Jacques Portefaix, 13 ans, Jacques Coustou et Jean Pic, 12 ans, Joseph Panafieu, 9 ans et Jean Veyrier, 8 ans) et deux filles (Madeleine Chausse et Jeanne Gueffier, 9 ans), tous armés d'un paradou. Elle parvient dans un premier temps à terrasser le petit Panafieu mais les trois aînés lui font lâcher prise, ce qu'elle fait tout en arrachant un morceau de joue à l'enfant. Elle se retourne alors contre le plus petit, Jean Veyrier, dont elle saisit le visage dans la gueule. Les coups de lance ne semble pas lui faire de mal, tout au plus l'irriter. Elle finit par le relâcher pour mieux le saisir par le bras et l'emporter, poursuivie par les 6 autres. Jacques Portefaix réussira à la diriger vers une fondrière où elle affrontera à nouveau les enfants. Guidant les autres, celui-ci fera viser la tête qui semble vulnérable. Un coup mieux placé fera lâcher la partie à la Bête. Jacques Portefaix sera acclamé comme un héros. Les autorités lui accorderont une prime de 300 livres (près de 40 000 F actuels) et il sera élevé aux frais de l'Etat, suivra les cours de l'Ecole militaire de Montpellier et deviendra officier dans le corps royal de l'artillerie coloniale. Les autres enfants recevront chacun 50 livres (environ 6 500 F actuels). Plus important, le garçon devient un symbole. La Bête peut être vaincue avec du courage et de la détermination.
    La Bête prendra sa revanche le jour même en tuant et dévorant en partie un garçon du Mazel-de-Grèzes.
  • 13 janvier 1765. Catherine Boyer, 20 ans, est agressée par la Bête. Celle-ci lui arrache toute une partie du cuir chevelu et commence à lui ronger la tête. Heureusement, des villageois chasse la Bête à grands cris. La jeune fille guérira.
  • 17 janvier 1765. La Bête retourne dans le Gévaudan. Elle attaque un homme réputé pour sa force physique. Il sera sauvé par une de ses vaches qui charge l'animal.
  • 22 janvier 1765. Jeanne Tanavelle, 25 ans, est tuée par la Bête entre Julianges et Chabanol (aux limites du Gévaudan et de l'Auvergne). Son corps est retrouvé le lendemain à moitié enterré et la poitrine dévorée. La tête arrachée est découverte à deux cent mètres de là.
  • 23 janvier 1765. Une petite fille de trois ans joue dans la cour entièrement close de la maison de ses parents, dans le village de Venteuges. Le curé, qui entend des cris, verra la Bête emporter la fillette après avoir sauté le mur de 2 mètres de haut. L'enfant ne sera jamais retrouvé. La Bête retourne vers les restes de Jeanne Tanavelle. Ne les trouvant pas, elle rôde les jours suivant autour du village, poussant des hurlements effroyables.
  • 27 janvier 1765. La Bête est aperçue en Auvergne, entre Lastic et la Chapelle-Laurent. Le même jour, elle traverse tranquillement St-Poncy.
  • 28 janvier 1765. Un homme à cheval rencontre la Bête près de Lastic. Elle ne semble nullement effrayée et se laisse diriger tranquillement vers le hameau proche, où l'homme espère des renforts pour la capturer ou la tuer. Mais arrivée au village, la Bête franchit d'un bond la clôture d'un jardin, saisit une fillette de 11 ans et ressort à l'autre bout de la cour. Mais à coups de gourdins, le cavalier parvient à lui faire lâcher prise à trois reprises. L'arrivée des villageois à cet instant met la Bête en fuite.
  • 30 janvier 1765. La Bête blesse une jeune fille qui lavait son linge au ruisseau, près de Montchamp.
  • 31 janvier 1765. Lorcières, dans la Margeride. La Bête tue une jeune fille qui ne sera jamais retrouvée.
    A Charmensac, paroisse de St-Just, la Bête s'attaque à une jeune fille de 14 ans. Fortement constituée et "hardie comme un dragon", celle-ci se défend vigoureusement et parvient même à terrasser la Bête à deux reprises. Des témoins viennent porter secours et forcent la Bête à décamper. Mais la moitié gauche du visage de la jeune fille a été arrachée. Elle décédera peu après à l'hôpital de St-Flour.
    Un quart d'heure plus tard, la Bête attaque une femme qui lavait sont linge à la rivière près de St-Just. Des passants la mettent en fuite. Le même jour, une fille est dévorée au Villaret, sous les bois de St-Chély-d'Aubrac.
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FEVRIER 1765

  • 1er février 1765. En plein village de Javols, la Bête fait irruption et enlève un enfant de huit ans qui jouait sur le pas de sa porte, entre son père et sa mère. Aussitôt, leur chien de parc la prend en chasse et la rattrape deux cent mètres plus loin. L'arrivée des parents fera fuir l'animal. Grièvement blessé à la gorge, l'enfant s'en tirera après une longue convalescence.
    Le soir même, huit dragons se rendent sur place et jettent le père en prison. Motif : il n'a pas aussitôt été les prévenir. Il passera la soirée chez lui les mains liées pendant que les dragons obligeront la mère à leur servir de la nourriture et du vin jusqu'à 4 heures du matin. Elle ne recevra aucun dédommagement. Une fois de plus, la colère gronde chez les paysans.
  • 2 février 1765. La Bête s'approche de cinq paysans près de Rieutort-de-Randon mais leurs gros bâtons la dissuadent. Elle se détourne tranquillement.
  • 3 février 1765. La Bête entre tranquillement dans le village de St-Amans, mais c'est dimanche. Tout le monde est à la messe. Elle ressort du village par le nord et disparaît.
  • 7 février 1765. Le Capitaine des dragons, Duhamel, organise une grande battue. 20 000 paysans et des milliers de chasseurs sont sur le pied de guerre dès l'aube. Ils couvriront tout le territoire parcouru par la Bête ces derniers mois, soit un rectangle de 60 kilomètres du nord au sud et 40 d'est en ouest. 73 paroisses en Gévaudan, 25 en Auvergne et 5 dans le Rouergue sont mobilisées.
    Vers 10 h 30, la Bête est débusquée près de Prunières. Elle traverse la Truyère à la nage et gagne la rive droite. Mais les hommes du Malzieu n'ont pas pris la peine de se déranger. La rive n'est pas gardée et la Bête se fond dans la forêt.
    A 13 heures, elle est repérée de nouveau près du Malzieu où deux paysans la tirent. Elle tombe à terre en poussant un cri mais se relève et s'enfuit.
  • 9 février 1765. La petite Marie Rousset, 14 ans, se rend vers 15 heures au hameau de la Gardelle chercher quelques braises dans un sabot de bois (le feu s'est éteint dans l'âtre). Elle est tuée par la Bête qui la décapite et lui dévore la poitrine. Des paysans poursuivent celle-ci en vain. La tête de la petite Marie sera retrouvée à moitié rongée au bord du ruisseau. Une petite croix en or pend encore au cou tranché.
    Informés, les dragons décident de laisser le cadavre sur place et de s'embusquer. En vain.
  • 11 février 1765. Dans les chaumières, les femmes et les enfants prient et attendent... 40 000 hommes s'ébranlent simultanément, sur une surface de 2 000 kilomètres carrés. C'est la plus gigantesque battue jamais organisée de tous les temps contre une Bête féroce par un pays. Un loup est tué mais aucune trace de la Bête.
  • 12 février 1765. M. de la Védrines, gentilhomme verrier, de la Nozeyrolles, tire sur la Bête et pense l'avoir touchée à la patte arrière gauche. On trouvera du sang sur la neige.
    Les Chastel (Jean ? Pierre ? Antoine ?) rapportent aux habitants de La Beyssere-St-Mary, le lendemain, avoir vu la Bête et remarqué qu'elle boitait. Le 14 février, appelés à témoigner, ils nieront.
    L'attitude des dragons depuis leur retour déplaît de plus en plus, de la noblesse au petit peuple. La colère monte. Martin Denneval, d'Alençon, louvetier célèbre viendra en renfort dès la fin février.
  • 16 février 1765. La Bête attaque un berger, près de la Chapelle-Laurent, en Auvergne.
  • 17 février 1765. Une femme âgée, de La Chapelle-Laurent, est attaquée alors qu'elle se rend à la messe. Elle sera sauvée par l'intervention d'hommes et de chiens.
    La Bête tue et dévore en partie un petit garçon sur un mont près de La Chapelle-Laurent.
  • 18 février 1765. La Bête attaque une jeune fille. Grâce à l'arrivée de secours, celle-ci s'en tirera avec un morceau du bras arraché.
  • 21 février 1765. Bonavel, aubergiste, est attaqué au sud d'Aumont alors qu'il conduit un chargement de poissons. Son fils le sauve de justesse.
  • 22 février 1765. En plein village de Javols, la Bête attaque deux enfants qui puisent de l'eau. Un gros chien de parc tente de les protéger avant de s'enfuir, apeuré. Un des enfants frappe de toutes ses forces la Bête avec sa bassine qui se tourne alors vers l'autre enfant. Des hommes accourent avec des fourches et lui enlèvent littéralement l'enfant de la gueule. Il survivra à ses très graves blessures. Mais la Bête s'est enfuie.
  • 24 février 1765. Hameau de la Molle, près de Termes. Une jeune fille de 18 ans sera secourue juste à temps. Mais à Pénaveyre, quelques heures plus tard, on retrouve un enfant dévoré.
  • 28 février 1765. Une femme du hameau des Escures se rend à la messe avec sa servante à Fournels. Elle sera attaquée par la Bête. L'aide de la servante, qui sera blessée au bras, au visage, et au cou, puis d'hommes accourus la sauvera.
    La Bête tue et dévore presque entièrement une petite fille de huit ans au village de Chabrier, paroisse d'Arzenc-d'Apcher.

MARS 1765

  • 1er mars 1765. Fau-de-Frion. La Bête égorge une petite fille devant la grange de son père, en plein village. Malgré le secours de son père, elle mourra de ses blessures.
  • 2 mars 1765. Arrivé de Martin Denneval, le plus grand louvetier de France (plus de 1 200 loups à son actif), son fils et leur suite
  • 4 mars 1765. A Ally, dans le nord de la Margeride, la Bête tue et dévore une femme de 40 ans.
  • 8 mars 1765. La Bête tranche le cou d'une petite fille de 10 ans au Fayet, près d'Albaret-le-Contal. Elle lui dévore un bras et s'enfuit à l'arrivée d'un groupe d'hommes.
  • 9 mars 1765. Une femme de 30 ans, forte et robuste, rentre des champs. Arrivée en vue de son village, Ligonès, près de Ruynes, elle est attaquée par la Bête. Elle n'a pas le temps de réagir. Son père, qui la suivait, se précipite mais il est trop tard. Elle se vide de son sang, la jugulaire tranchée.
  • 11 mars 1765. La petite Marie Pougnet, 5 ans, est enlevée à Fontans alors qu'elle jouait à l'intérieur d'un hangar. On retrouvera son corps entièrement disloqué, les cuisses mangées, le ventre ouvert et le visage couvert de morsures.
    Vers 17 heures, un jeune homme de 20 ans se défendra vaillamment contre la Bête près du château des Morangiès, ce qui lui permettra d'être secouru par trois villageois.
  • 12 mars 1765. La Bête retourne à St-Alban et y attaque une jeune fille, qui sera secourue à temps.
  • 13 mars 1765. Dans la matinée, la Bête entre dans Albaret-Ste-Marie et s'empare d'un petit garçon qui jouait sur le pas de sa porte. Des paysans, aidés du curé, l'obligent à lâcher prise et à s'enfuir. Elle passera sa fureur sur un porc et un mouton.
    Dans sa course, elle entre dans Prunières et s'empare d'un enfant que des voisins parviendront à libérer.
    La Bête se rue vers le hameau de la Bessière (ou Vessière ?) sur la paroisse de St-Alban. Là, elle saute le mur d'un jardin et s'attaque à la famille Jouve. L'incroyable combat de Jeanne, la mère, pour défendre ses enfants, fera le tour de la région et remontera même aux oreilles du roi, qui lui accordera une récompense de 300 livres (près de 40 000 F actuels).
  • FEMME SAUVANT UN PETIT EMPORTE PAR LA BETE-196

  • Combat de Jeanne Rouvre, 36 ans, pour sauver son enfant. « La bête du Gévaudan », Litho. De Grenier. Collection Mellerio.      Journal des Chasseurs, septembre 1840. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.


  • Grêle, à la santé fragile, et mère de six enfants, Jeanne Jouve, 36 ans, n'hésitera à se jeter à mains nues sur la Bête pour défendre sa fille (9 ans) et deux de ses garçons (6 ans et 18 mois). Pendant de longues minutes, elle s'interposera entre l'animal et ses enfants. Elle ne le quittera pas d'un pouce, lui assenant coups de pieds, coups de poings, essayant de l'étrangler, la prenant à bras le corps. Dès que la Bête se saisie de l'un de ses enfants, elle la force à le lâcher, lui sautant même sur le dos à deux reprises et la frappant à la tête à l'aide d'une grosse pierre. Jeanne dans un dernier réflexe attrapera même la Bête par les testicules. Mais elle lâchera prise, hors d'haleine, les vêtements en lambeaux, contusionnée mais indemne. Ses deux grands fils, 16 et 13 ans, accourus de l'étable, achèveront de faire fuir l'animal à l'aide de leur chien de parc et de piques. Mais le fils de six ans, mordu au crâne et défiguré mourra trois jours plus tard.
    La Bête gagne Chanaleilles et à la tombée de la nuit tue et dévore un petit garçon.
  • 14 mars 1765. La Bête est vue au village de l'Estival, entre Chanaleilles et le Melzieu. Un voisin, excellent tireur, suivra en vain ses traces dans la neige pendant des heures.
  • 15 mars 1765. La Bête dévore un enfant près de Thoras, à l'est de Chanaleilles.
  • 18 mars 1765. Entre La Garde et St-Chély, la Bête attaque un enfant. Il sera secouru à temps.
  • 19 mars 1765. La Bête retourne au Melzieu où des paysans lui tirent dessus.
  • 20 mars 1765. La Bête enlève et dévore un enfant de 10 ans près d'Aumont.
  • 25 mars 1765. Deux hommes et une femme coupent du bois en lisière de forêt près d'Aumont. Ils auront toutes les peines du monde, à l'aide de leurs haches, à faire fuir la Bête qui les attaque.
  • 28 mars 1765. La Bête attaque un petit berger qui se défend avec sa baïonnette. Des secours la mettront en fuite.
  • 29 mars 1765. François Fontugne (9 ans) et sa sœur (17 ans) sont attaqués à 400 mètres du Cheylaret, entre Javols et Aumont. La Bête emporte l'enfant malgré les coups de bâton de la jeune fille. Il sera retrouvé une heure plus tard sur le dos dans une mare de sang. Il a le ventre et la poitrine ouverts, les poumons et le cœur sont mangés, le crâne rongé, les entrailles répandues sur les cuisses.
    Une demi-heure plus tard, à un kilomètre de là, la Bête s'attaque à un berger de 14 ans. Adossé à un arbre, il parviendra à se défendre avec une hallebarde. Mais l'animal ne se sauve pas, passant sa rage sur le troupeau. L'adolescent repart alors vers son village à reculons, suivi par la Bête qui attend l'erreur.
  • 31 mars 1765. La Bête attaque un enfant entre Fournels et Termes. Il se défendra avec sa baïonnette jusqu'à l'intervention de quelques voisins.

    Terrible tableau ! Et malgré le « métier » de M. d’Enneval, le chasseur aux 1200 loups, le « Fléau », se joue des battues, des pièges, et quand il est acculé et reçoit des coups de fusils, il cri sa douleur, mais se relève ou plonge dans la rivière et courant ou nageant, arrive à se sauver pour mieux dévorer à plusieurs lieues, seulement quelques heures après.

     Le capitaine Duhamel a été rappelé dans ses quartiers, avec ses dragons pour laisser les d’Enneval organiser les battues et suivre la « Bête »à leur guise. À le voir si méticuleux, les paysans trépignaient d’impatience; ils avaient repris confiance à l’annonce de cet homme providentiel envoyé par le roi, et ne doutaient pas que, du premier coup de mousqueton, il ne les débarrassât de la Bête. Mais lui ne se hâtait pas : il explorait prudemment le pays, relevait çà et là les passées du fauve, et constatait que chacun de ses bonds avait, en terrain plat, une longueur de vingt-huit pieds. Il en concluait que "cette Bête n’est nullement facile à avoir".

 

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« Représentation de la Bête féroce nommée hiene…. » BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

      Le temps passait et la Bête ne jeûnait pas : le 4 mars, elle dévorait, à Ally, une femme de quarante ans ; le 8, au village de Fayet, elle mangeait une fille de vingt ans; le 11, dans un hangar, à « Mallevieillette », elle déchirait en lambeaux une fillette de cinq ans; méfaits semblables le 12, le 13, le 14, et en des endroits si distants qu’on ne pouvait s’expliquer la rapidité de ses courses. Ce perpétuel vagabondage inspirait par toute la France tant de terreur que, certains accidents similaires s’étant produits aux environs de Soissons, on publia partout que la Bête du Gévaudan ravageait à la fois l’Auvergne et la Picardie !

      Malgré tout, à présent libre de ses mouvements, le terrible louvetier ne triomphait pas de la « Bête » ! Durant trois mois, il lui donna la chasse sans l’atteindre; les 10.000 paysans qu’il avait mis sur pied ne réussirent qu’à tuer une pauvre louve, qui pesait à peine quarante livres, et dans le corps de laquelle on trouva quelques chiffons de linge et du poil de lièvre.

              M. d’Enneval se résolut à des expédients indignes de sa grande renommée; en vain empoisonna-t-il un cadavre qu’il exposa en manière de piège, aux environs d’un bois où la présence du monstre avait été signalée : celui-ci déchira le cadavre, en fit un bon repas, et ne parut pas s’en porter moins bien. Après dix semaines de battues et d’embuscades, après tant et tant de fusillades et de traquenards, il fallut bien convenir qu’il se moquait des gens, des balles et du poison. Les plus zélés chasseurs se décourageaient; M. d’Enneval se lamentait d’être mal secondé; les paysans riaient de lui et le déclaraient incapable de tuer le moindre lapin.

     Les esprits s’aigrissaient; le ton de la correspondance officielle, même, devenait acerbe, et l’on reprochait au Normand de trop ménager ses pas, sa peine et ses chiens. 

    Ce fut un beau printemps pour la Bête. Elle se montrait journellement et ne se privait de rien. La liste de ses carnages est terrifiante : elle dévora, à « la Clause », une première communiante, Gabrielle Peissier, dont elle arrangea si proprement la tête coupée, les vêtements et le chapeau, que lorsqu’on découvrit les restes de la fillette on la crut simplement endormie. Le 18 avril, elle tue un vacher de douze ans, le saigne comme aurait fait un boucher, mange ses joues, ses yeux, ses cuisses et lui disloque les genoux. À « Ventuejols », elle égorge une femme de quarante ans, puis deux filles dont elle suce tout le sang et arrache le coeur...

     Il n’est point de village dans le Gévaudan dont les registres de paroisse ne portent, dans cette période de printemps de 1765, maints sinistres mentions de ce genre : "Acte de sépulture du corps de... mangé en partie par la Bête féroce..."

     Toujours aperçue, traquée, fusillée, poursuivie, empoisonnée, et aussi toujours affamée, elle reparaissait chaque jour et semblait s’amuser de la terreur qu’elle inspirait : on la voyait, de loin, s’embusquer auprès d’un buisson, s’asseoir sur son derrière, et gesticuler avec ses pattes de devant, comme pour narguer ses futures victimes.

 

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Gravure d'époque où l'on voit que la Bête a une compagne ou un petit.

 

    Tous s’ingéniaient à lui tendre les pièges les plus pointus, comme celui proposé par l’Intendant d’Auvergne,  Hébert de Verrières :

 M. Hebert, de Verrières, près Sceaux, conseille à M. de Ballainvilliers, Intendant d’Auvergne, une ruse qu’il a vu réussir contre un fort loup cervier qui désolait les environs de Bonnières :

     « De Vervières, ce 22 mars 1765

Monsieur, lisant tous les ordinaires, les gazettes, il y en a peu depuis 3 mois, qui ne fassent mention de quantités de massacres que fait l’hyène qui est dans votre province. Je vais vous rapporter le fait d’un fort gros loup cervier qui était il y a 40 ans ou environ à Bonnières, lequel y faisait aussi de grands ravages, surtout sur les enfants.

    Mes affaires me faisant trouver en ce pays, je donnai avis aux habitants d’habiller un mouton en fille que l’on coiffa avec un bonnet de fille, l’on le plaça en un endroit commode et plusieurs personnes armées s’y portèrent. L’animal n’a pas manqué de venir se jeter sur le mouton qui remuant, s’est imaginé être un enfant.

       Pendant ce temps-là, l’animal a été tiré et tué par ceux qui étaient postés. En conséquence de ce fait, il n’y aurait point de difficultés, Monsieur, que vous fissiez exécuter dans différents endroits de votre département l’avis que j’ai l’honneur de vous donner. Observez qu’il sera bon de faire arranger le mouton pour qu’il soit debout et qu’il imite la grandeur d’un enfant ; pour ce, il n’y a qu’à faire battre en terre 2 bons pieux et y bien attacher le mouton, pour que la hyène ne le puisse emporter, ce qui sera encore plus commode pour ceux qui seront embusqués.

     Et comme il paraît qu’elle donne volontiers sur les enfants qui sont en bandes, on ne ferait pas mal de former 2 ou 3 enfants avec de la paille et les habiller avec leurs habits ordinaires de campagne et les mettre aux environs du mouton. Étant certain de ce que j’ai l’honneur de vous exposer je pense que vous ne trouverez pas mauvais, Monsieur, l’avis que j’ai l’honneur de vous donner… »

    Il y eut bien d’autres idées, plus ou moins farfelues, comme celle-ci :

 Lettre de Couderc, médecin de Béziers :

 « Mgr., touché de compassion comme un bon patriote qui souffre des malheurs de ses voisins, ce sont les mêmes malheurs que je désire avec ardeur lui rendre moins durables, s’il est possible. Ce seul motif m’engage, Mgr., à présenter à Votre Grandeur un plan figuratif que j’ai imaginé pour prendre la Bête féroce qui fait tant de ravages dans le Gévaudan, et de laquelle on n’a pu venir à bout, malgré les soins qu’on s’est donné jusques aujourd’hui, par les ordres de Votre Grandeur.

      Ce plan est un octogone composé de 8 fosses et autant de guérites sur la pointe des angles internes. On voit sur le plan les indications qui y sont nécessaires. Je serais fâché de vous ennuyer par un long détail. Heureux si mon plan pouvait vous plaire et qu’on en fît usage. Mgr., votre très respectueux serviteur, Couderc, médecin en chirurgie. »

       D’après le plan (aux archives de Montpellier sur un carton carré de 12 centimètres), le projet consiste en 8 fosses et 8 guérites entre-placées et formant une circonférence de 120 pieds et 40 pieds de diamètre. Les fosses devaient avoir 6 pieds de largeur et 8 pieds 10 pouces de longueur et 12 pieds de profondeur. Chaque fosse devait être fermée avec une porte de planches, qui aurait eu un essieu au milieu, faisant bascule sur des pieux bien fixés dans la fosse. Entre chaque fosse, il devait y avoir une guérite faite de broussailles, où un homme pouvait se cacher et manœuvrer avec son fusil. Au point central de la circonférence des fosses et des guérites devait être un emplacement où 3 enfants pourraient jouer et folâtrer pour servir de proies »

    Outre le piégeage et les battues, il fut décidé d’éradiquer un maximum de loups afin que nul autre accouplement contre nature ne vienne fournir de nouveaux monstres. On sait que certaines attaques ne sont pas imputables à la « Bête », mais certainement à des loups, puisqu’on retrouva dans leurs entrailles des morceaux de chiffons, après les avoir tués. Ne sachant si ces loups s’étaient régalés des restes laissés par le « Monstre » ou si ces bouts de vêtements étaient sur les victimes des loups abattus, on décida de ne point tergiversser…

 Fin avril 1768- Lettre circulaire imprimée de M. Lafont, Syndic du diocèse de Mende, adressée aux consuls des communautés :

    « Depuis le moment, MM., que la Bête féroce a paru dans le Gévaudan, l’on n’a cessé d’appréhender qu’elle n’y multipliât son espèce sur laquelle on n’est point encore d’accord. Les uns croyant que cette Bête n’est autre chose qu’un loup devenu anthropophage, les autres la regardant comme un animal différent, ayant néanmoins divers rapports avec le loup.

      Dans ces craintes et ces incertitudes, il paraît de la plus grande importance de s’attacher plus que jamais à détruire les portées des loups.     

     Mgr. l’évêque de Mende et MM. les commissaires du diocèse m’ont chargé de vous prier de faire en sorte qu’on se donne dans votre communauté les plus grands mouvements pour parvenir à cette destruction, quoiqu’ils soient persuadés qu’il n’est pas nécessaire d’exciter l’émulation de vos habitants.

       Ils ont cependant délibéré d’accorder cette année double gratification à ceux qui me présenteront des louveteaux, morts ou vifs, en portant le corps tout entier, et je suis autorisé à leur donner 6 livres pour chaque louveteau au lieu de 3 qu’on a payées les années précédentes. Je dois encore vous informer que ceux qui parviendront à tuer des louves pleines seront non seulement gratifiés pour la bête qu’ils me représenteront toute entière, mais encore en égard au nombre des louveteaux dont la portée se trouvera composée.

     Je vous prie d’annoncer ces gratifications dans votre communauté ; je ne puis que désirer qu’on soit si empressé à les mériter, que je serai à les payer…. »

     Le bruit de ses exploits avait passé les mers; les Anglais, se sentant bien à l’abri dans leur île, se moquaient fort des terreurs du Gévaudan: une gazette de Londres annonçait plaisamment qu’une armée française de cent vingt mille hommes avait été défaite par cet animal féroce qui, après avoir dévoré vingt-cinq mille cavaliers et toute l’artillerie, s’était trouvé le lendemain vaincu par une chatte dont il avait mangé les petits.

 

3

 

 Lettre de M. Jean-François-Charles de Morangiès, baron de Tournel et d'Allenc, Comte de Morangiès à M. Etienne Lafont : Syndic du diocèse de Mende  :

    « Mon premier soin en arrivant de « Saugues » est de vous apprendre, M., les événements de ces jours passés. Mercredi dernier au soir, le sieur Marlet de La Chaumette, bourgeois de la paroisse de « St.-Alban », et ses frères, ayant aperçu de leurs fenêtres la bête féroce, coururent par des chemins différents sur son passage. En effet ils lui lâchèrent 2 coups de fusil qui tous 2 l’atteignirent ; le fait ne saurait être révoqué en doute puisqu’elle perdit une très grande quantité de sang, à la trace duquel on la suivit jusqu’à la nuit, qui se trouva malheureusement trop prochaine.

     Indépendamment de cette preuve de sa blessure un paysan du voisinage la rencontra qui pouvait à peine se traîner. On eut beau le lendemain à la pointe du jour chercher à la retrouver, tout fut inutile.

      Enfin M M. d’Enneval que l’on avait eu soin de faire avertir arrivèrent et donnèrent comme à leur ordinaire de jactance et de l’inutilité la plus désolante. La raison pour laquelle on ne trouva point la Bête féroce malgré les grandes blessures qu’elle avait reçu est funeste et malheureusement trop prouvée, puisque me trouvant hier à « Saugues » chez M. d’Ombret, j’y vis arriver un exprès dépêché par le curé de « Venteuges », pour apprendre le nouveau carnage fait par la Bête féroce qui à coupé le sifflet d’un seul coup de dent à une fille de 50 ans passés qui gardait les bestiaux autour d’un village de cette paroisse. Cette pauvre victime se trouvait cependant fort à portée de gens qui accoururent, mais elle était déjà morte. Le gosier ne fut que coupé et point emporté et d’un second coup de dent, le monstre enleva une joue. C’est ainsi que cette histoire tragique nous fut racontée par un témoin qui se disait oculaire. On a veillé inutilement autour du cadavre.

    Ce matin les habitants de Saugues ont été à la chasse, mais il a fait un temps si affreux toute la journée dans ce pays-là que je doute qu’ils aient pu y résister longtemps. M. d’Enneval le père est venu dîner aujourd’hui avec mes sœurs, je suis arrivé chez moi au moment qu’il venait d’en sortir. À la nouvelle du malheur arrivé dans la paroisse de « Venteuges », il n’a su prendre d’autre parti que celui d’envoyer un piqueur empoisonner le cadavre. Je n’en attends pas un grand succès. Je suis trop voué à l’humanité et au patriotisme pour n’être pas sensiblement affecté de la durée de ce cruel fléau et la chose me paraît trop intéressante pour que je ne me croie pas obligé de dire la vérité sur la conduite de MM. d’Enneval. Je ne vous en ferai cependant pas un détail qui pour le faire juste devrait être si fort chargé d’imputations qu’il aurait l’air d’un libelle, mais il me suffira de vous assurer que toutes les paroisses du côté de « Saugues » ainsi que celles de ce canton ci, sont si indignées des mauvaises manœuvres de ces chasseurs que je crains beaucoup que quand il les convoquera de nouveau les habitants refusent de marcher.

      Il est en effet rebutant pour un peuple qui ne trouve à vivre que dans un travail journalier d’être employé des jours entiers à des chasses fort éloignées, pénibles et toujours infructueuses par l’absurdité des projets et des mesures de ces MM. qui encore ont l’indécence de ne point payer de leurs personnes, de se refuser à l’exemple qu’ils doivent donner et de penser plutôt à un gain sordide et que tout condamne, qu’à la réussite de leur mission. Le sort de notre malheureux pays se décide au « Malzieu » par ces aventuriers au milieu des pots et des verres et de concert avec tous les crapuleux de cette folle cité.

     J’en appelle aux informations que vous pouvez vous en procurer si vous voulez ; cela crie vengeance et vous qui êtes homme public êtes obligé, permettez-moi de vous le dire, de dévoiler aux yeux des puissances l’effronterie de ces Normands, qui n’ont d’humain que la figure. » (A.D. Hérault c. 44 doc. 269)

     Comme on le voit, les esprits s’échauffent après la déconfiture de ces derniers mois… Les paysans voient avec appréhension et abattement croissants le temps des travaux en extérieurs et des récoltes approcher ! Les battues épuisantes et infructueuses grèvent le temps à consacrer à leurs cultures…

    Les d’Enneval père et fils ne sont plus en odeur de sainteté, la colère gronde…

   Le « Monstre » parait surnaturel…

 

12- P116

« Description de l’Hiene ». BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

 

   On pourrait le croire à cette lecture datée du 1er juin 1765 :

«  La Bête attaque une fille qui garde des vaches auprès du « Bacon-Vieux ».   M. de Rochemure, curé « d’Arcomie », ayant été averti, se met à la poursuite de la Bête avec ses paroissiens et ceux du « Bacon », et la poursuit jusqu’au coucher du soleil. On lui tire 6 coups de fusil, et le nommé Philibert lui en tire un à 30 pas, chargé à balle : la Bête ne fait que plier sous ce coup. Grezet, dit le Marquis, charpentier, excellent chasseur, lui tire à 13 pas un coup de fusil chargé d’un lingot. La Bête tombe, fait un tour et se relève tout de suite (voir relation ci-dessous). La même Bête avait attaqué un garçon de 16 ans, défendu par les vaches qu’il gardait »

 Lettre de Marvejols, reprise dans le « Courrier » du 21/05 :

    « La blessure que reçut la Bête féroce le 1ᵉʳ de ce mois n’a opéré en elle qu’une copieuse hémorragie, dont elle avait peut-être besoin pour sa santé, ce qui peut lui avoir tenu lieu de ces saignées de précaution qui se font assez communément dans cette saison. Non seulement elle vit encore, mais se porte bien ; et si cette crise a un peu diminué ses forces, comme il est très naturel, elle lui a laissé tout l’appétit qu’il faut pour les réparer.

       2 jeunes bergers l’ont tout récemment éprouvé autant qu’il a dépendu d’elle ; et si elle n’a pu s’en repaître, ce n’a été qu’à son grand regret. Un de ces enfants gardant des bêtes à cornes près de « Cheminade », château à 2 lieues d’ici, vit venir à lui cette Bête vorace fort empressée d’en faire sa proie. Seul et sans espoir de secours. Il courut à un des taureaux qu’il gardait, lui saisit la queue et s’y tint fortement attaché. Le taureau fit face à la Bête féroce, la combattit, la borna avec ses cornes, la mit en fuite et sauva ainsi son petit gardien qui n’eut pas le moindre mal.

        L’autre jeune berger gardant avant-hier son troupeau auprès du château de la Baume, fut encore attaqué par la même Bête, excitée par le même appétit ou par un plus grand encore ; mais un voyageur du pays arrivant là fort heureusement pour cet enfant, lui aida à se défendre. La Bête repoussée quitta le combat et fut se coucher à 30 pas, ou de lassitude, ou dans l’espérance que le voyageur continuant son chemin lui laisserait la liberté de retourner à l’assaut contre le berger.

     Mais il n’eut garde : ils allèrent à elle, lui et l’enfant ; et quand ils en furent assez près ils lui jetèrent un bâton, la seule arme qu’ils avaient, l’en atteignirent et la firent crier, ce qui leur fit juger que le coup ne l’avait pas chatouillée.

      Elle se leva et fut se coucher à 40 pas plus loin. On fut au château pour en donner avis ; mais par la même fatalité qui a jusqu’à présent sauvé cette Bête de tout ce qu’on a entrepris pour la détruire, 3 bons tireurs qui habitent ce château se trouvèrent à la chasse. On alla les chercher, mais inutilement… »

    C’en était trop : l’honneur du pays se trouvait en jeu, Louis XIV, qui ne s’émouvait pas facilement, comprit qu’il fallait agir et donna l’ordre à François Antoine, dit Monsieur Antoine ou encore Antoine de Beauterne, Porte arquebuse du Roi, Grand Louvetier du Royaume, Chevalier de l’Ordre de Saint Louis, de se rendre immédiatement en Gévaudan et de lui rapporter à Versailles la dépouille du monstre. « Cette fois, on fut rassuré : la Bête allait périr puisque tel était l’ordre de Sa Majesté. »

 « 30 mai 1765-(Jeudi). D’après une lettre de Versailles, le roi, apprenant les nouveaux carnages causés par la Bête et instruit des plaintes contre MM. d’Enneval en qui il avait eu une extrême confiance, est sensiblement peiné, au point qu’il se fâche contre ceux qui l’entourent. Sans attendre un moment, il fait appeler M. Antoine, son lieutenant des chasses et son porte arquebuse, le prie de choisir des chasseurs et d’aller dans le Gévaudan avec quelques-uns de ses limiers pour y faire cesser ces désastres. Les ducs d’Orléans et de Penthièvre et le prince de Condé s’empressent de seconder les vues du roi en joignant l’élite de leurs meutes à celle de sa Majesté (lettre, 08/06). »

   Voici la liste des victimes pendant les 4 mois où les d’Enneval furent responsables de la traque.

 

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En Gévaudan, la vie est un calvaire, et l'horreur est partout. (Image tirée du film"le Pacte des Loups")

 

AVRIL 1765

  • 2 avril 1765. Village de Grèzes. Caché dans les broussailles, un petit garçon voit la Bête passer à vingt pas de lui.
  • 3 avril 1765. Deux enfants, 10 et 11 ans, sont attaqués par la Bête alors qu'ils gardent des vaches au lieu-dit Bergougnoux, paroisse de Fontans. La Bête terrasse le plus petit, Jacques Gibelin. Le plus grand s'enfuit quand la Bête se retourne contre lui qui essayait de défendre le garçonnet avec une baïonnette. Celui-ci sera dévoré.
  • 4 avril 1765. Acculée par Denneval dans la forêt de St-Alban, la Bête parvient à s'enfuir.
    La Bête enlève la petite Dauphine Annez à deux cent mètres de St-Denis-de-la-Margueride. Elle est retrouvée décapitée à l'entrée du bois. L'animal lui a dévoré une partie de la poitrine.
  • 5 avril 1765. La Bête attaque quatre enfants sur un pâturage près de Donnepeau. Au bord du ruisseau "Chapeauroux", alors qu'elle est frappée de toutes parts à coups de bâtons, elle dévore sur place un des enfants. Un des enfants racontera que la Bête a une blessure au ventre, par laquelle pend un boyau grand comme la largeur de 4 doigts.
  • 7 avril 1765. Dimanche de Pâques. Gabrielle Pélissier, 17 ans, est considérée comme une des plus jolies filles du Gévaudan. Après sa première communion et avant la fête prévue en son honneur, le soir, elle doit garder les vaches avec son père à La Clauze. Celui-ci part le premier, peu avant le coucher du soleil. Ne la voyant pas rentrer, il part à sa recherche avec ses voisins. Ils la trouveront couchée dans un bourbier, paraissant endormie. Mais quand ils la toucheront, la tête roulera sur côté. Elle a été tranchée et remise sur le tronc. Le chapeau a été replacé sur le crâne entièrement rongé. Ses viscères ont été dévorés mais les vêtements remis en place.
  • 8 avril 1765. Une petite fille est tuée près de Chaudeyrac.
    Les dragons repartent définitivement.
  • 10 avril 1765. La Bête blesse un petit garçon près d'Arzenc-de-Randon.
  • 16 avril 1765. La Bête attaque un homme à cheval et le désarçonne. Le cavalier parviendra à se défendre contre l'animal avec un gros bâton ferré. Ne parvenant pas à le mordre, la Bête se retire lentement, en montrant les dents.
  • 18 avril 1765. Pâturage de la Vachelerie, sur la pente septentrionale du Montchauvet. Martial Charrade, 13 ans est retrouvé égorgé, les joues, un oeil et les cuisses dévorées. L'acte de sépulture précise qu'il a été saigné comme un boucher le ferait d'un veau.
  • 19 avril 1765. Les restes, quelques os et les vêtements, d'un enfant de Paulhac sont retrouvés.
  • 22 avril 1765. La Bête attaque un garçon de 15 ans et une jeune fille un peu plus jeune près de Couffours. Elle tourne autour d'eux pour les faire tomber ou les prendre de vitesse. Elle parvient à mordre le garçon à la joue, au cou et au bras mais des secours arriveront à temps. La Bête se retire pour rejoindre une autre Bête plus petite et portant un gros ventre.
  • 29 avril 1765. La Bête enlève une fillette de 12 ans en plein village d'Auvers. Malgré les secours, la fillette, égorgée, mourra dans l'heure.

MAI 1765

  • 1er mai 1765. Vers 18 heures, dans les pâturages du Marlet, l'aîné des frères La Chaumette aperçoit la Bête se diriger vers un vacher de 15 ans qui garde le troupeau. Il s'arme aussitôt avec son frère aîné pendant que le troisième frère, prêtre, se dirige vers la Bête pour la rabattre. Mais l'animal s'éloigne dans la direction opposée avant que les La Chaumette soient en position. Heureusement, des paysans lui coupent la route. L'un des frères la tire alors à 67 pas. La Bête tombe et roule deux ou trois fois mais se relève. Un deuxième coup de feu la projette contre un rocher. Une fois encore, l'animal se relève et s'enfuit. Les frères La Chaumette, parmi les chasseurs les plus réputés de la région, la poursuivent en vain jusqu'à 21 heures. Mais, enfin, la Bête est blessée (au côté droit du cou, déclarent deux paysans qui la voient passer). Elle laisse de nombreuses traces de sang.
  • 2 mai 1765. La Bête n'est pas morte. Un "gros animal" attaque un berger vers 18 heures à Ponges.
    Dans l'après-midi, elle a égorgé une femme de 50 ans au hameau du Pépinet. Elle lui dévore une joue avant d'être mise en fuite.
  • 3 mai 1765. Une jeune fille de 17 ans est retrouvée dévorée à Nozeyrolles.
    Quelques heures plus tard, la Bête tue une jeune fille de 13 ans au Besset, paroisse de La Besseyre-St-Mary.
  • 4 mai 1765. La Bête égorge une jeune fille de 14 ans qui garde des vaches près du hameau de Chanteloube, paroisse de Nozeyrolles.
  • (5 ?) mai 1765. Un enfant est tué près d'Auvers.
  • 6 mai 1765. La Bête est débusquée dans les bois de Chanaleilles. Mais elle s'enfuit, une meute de chiens aux trousses. L'un d'eux est récupéré le lendemain seulement, des traces de crocs sur le collier.
  • 7 mai 1765. La Bête attaque un jeune vacher, près du château de Cheminade. L'enfant attrape la queue de son taureau et se réfugie derrière lui. L'animal ne pourra pas l'atteindre et se retirera pour éviter les coups de corne.
  • 10 mai 1765. Château de la Beaume. Un enfant est attaqué par la Bête mais un homme vient à son secours. La Bête se retire à 30 pas. Le berger et son sauveteur la poursuivent alors et lui lancent presque à bout portant un bâton qui l'atteint à la face. Elle pousse un cri et se recouche 40 pas plus loin. L'homme et l'enfant préfèrent se réfugier prudemment au château.
  • 11 mai 1765. La Bête attaque quatre garçons vachers près des bois de la Ténazeyre. Les deux plus grands, 12 et 14 ans la mettent en fuite d'un coup de baïonnette sur le museau.
    Dans les jours suivants, deux autres enfants sont attaqués. L'un sera secouru à temps.
  • 19 mai 1765. La femme Barlier, 45 ans, est retrouvée morte au bois de Servilange, appuyée sur une muraille. Sa tête et un bras ont été arrachés, sa poitrine dévorée. Recouverte de son manteau, chacun l'a cru endormie jusqu'au dernier moment. Pendant ce temps là, Denneval organisait une grande battue y compris sur le lieu du meurtre.
    Cette nuit là, pendant que les chasseurs s'embusquent autour du corps de la femme, empoisonné, la Bête rôde près de la ferme des Barlier, à quatre kilomètres de là, poussant des gémissements et des pleurs.
  • 21 mai 1765. La Bête enlève un enfant dans le village de Mazeirac mais doit le relâcher. Un villageois tire au fusil mais la manque.
  • 23 mai 1765. La tête de la femme Barlier est retrouvée dans le bois de la Servilange, complètement rongée.
  • 24 mai 1765. Une des journées les plus sanglantes.
    La foire du Malzieu est très fréquentée et la surveillance se relâche un peu. A huit heures, la Bête attaque Marguerite Martin, 20 ans. Deux bouviers se précipitent et la tirent des griffes de l'animal, affirmant qu'un homme seul n'aurait pu y parvenir. Marguerite sombre dans le coma et meurt trois jours plus tard.
    La Bête se jette sur un garçon de onze ans devant de nombreuses personnes au village de Amourettes. Les villageois l'obligent à lâcher prise avant que l'enfant ne soit sérieusement blessé.
    En fin de matinée, au-dessus de Julianges, la Bête se jette sur Marie Vallès, 13 ans, et commence à la dévorer sur place. Un garçon de 15 ans qui accompagnait la fillette se sauve et chercher des secours. Le corps est retrouvé, traîné dans les bois. Le tronc et une partie des cuisses ont été dévoré. Les restes de l'enfant sont empoisonnés mais quatre jours d'affût ne donnent rien.
    Marguerite Bony, 18 ans, est attaquée par la Bête près du village de Marcillac. Elle sera sauvée par Pierre Tanavelle, 16 ans, de Chabanol, le neveu de Jeanne, dévorée le 23 janvier. Il blesse assez profondément la Bête d'un coup de paradou au corps. Celle-ci se retire d'un pas mal assuré, léchant ses blessures.
    En fin d'après-midi, la Bête attaque une femme âgée sur un pré de St-Privat-du-Fau et tente de la traîner vers la forêt. Quatre hommes l'en empêcheront.

JUIN 1765

  • 1er juin 1765. Près de Nozeyrolles, la Bête se jette sur un enfant de 10 ans qui jouait avec sa petite sœur et le dévore en partie. La petite se sauve horrifiée. Elle sera retrouvée trois jours plus tard, terrée dans un trou de rocher. L'enfant a définitivement perdu la raison.
    La Bête égorge Jeanne Hugon, 11 ans, dans le bois près du village de Lair.
  • 5 juin 1765. Jean-Pierre Tuilhe, 40 ans, est attaqué par la Bête. Il se défendra vaillamment avant d'être secouru. La Bête lui arrache une partie de jambe gauche avant de s'enfuir.
  • 7 juin 1765. Un commerçant de Saugues quitte le village de Grèzes et aperçoit la Bête, caché dans un buisson, près de la Croix-de-Fer. Il préfère retourner passer la nuit à Grèzes.
  • 11 juin 1765. Pendant la nuit, La Bête attaque un berger de Pinols qui garde son troupeau au bois de Pradey. Culbuté deux fois, cruellement mordu, il devra la vie sauve à ses chiens.
  • 12 juin 1765. Nouvelle battue. La Bête attaque vers 9 heures une femme et sa fille qui réussiront à se défendre avec leur baïonnette, près d'Auvers.
    L'animal se réfugie dans le bois de la Ténazeyre. Mais les chiens perdent sa trace. Un orage éclate peu après.
  • 16 juin 1765. Les chasseurs débusquent la Bête près de Julianges. Mais elle se dirige vers le village de Varennes où elle attaque la fille Barret, 10 ans. Celle-ci s'en tire avec une morsure à l'épaule, défendue par ses boeufs.
    Toujours poursuivie, la Bête se cache dans un champ de blé près du village de Fayrolles. De nouveau débusquée, elle passe au milieu de femmes et d'enfants, tuant une chèvre au passage.
    La Bête pénètre dans le village et s'attaque à une petite fille. Mais des gros porcs la tiennent à distance, jusqu'à l'arrivée des villageois qui finissent de la chasser.
  • 20 juin 1765. La Bête tue un enfant de 8 ans et le traîne par le bras dans les bois au sud-ouest de Montchauvet. Des paysans la voient mais le corps ne sera jamais retrouvé.
  • 21 juin 1765. Solstice d'été et nouvelle crise meurtrière. La Bête tue un garçon de 14 ans au hameau de Pépinet. Le corps sera retrouvé avec une cuisse et la poitrine mangées. La tête tranchée comme l'aurait fait un couteau de boucher ne sera jamais retrouvée.
    La Bête tue et dévore une jeune fille de 15 ans près de Sauzet, sur la même paroisse.
    Presque au même endroit, la Bête tue une femme de 45 ans. La tête est tranchée net et emportée, ainsi qu'un bras.
    La Bête attaque une petite fille de 10 ans près du hameau de La Pause. Heureusement, son frère n'est pas loin. Il blesse la Bête avec son hallebarde à la gorge. Le bras gravement endommagé, la fillette survivra.
    A Tombenis, la Bête attaque une fillette de 12 ans vers le soir. Un grand garçon vient au secours de l'enfant et enfonce sa baïonnette dans la gueule de l'animal.
  • 22 juin 1765. Des paysans aperçoivent la Bête vers 5 heures du matin dans les bois de Lorcières.
    Antoine de Beauterne, porte-arquebusier personnel de Louis XV arrive au Melzieu, avec les pleins pouvoirs.
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Avec Le Sr Antoine de Beauterne, les loups n'avaient qu'à bien se tenir! (Image: Pacte des Loups)

  • Antoine, son fils, ses domestiques, ses gardes, ses valets et ses limiers, arrivèrent à Saugues le 22 juin.

 Lettre de Marvejols, reprise dans le « Courrier » du 02/07 :

   « M. Antoine, lieutenant des chasses du Roi, arriva hier au « Malzieu » avec 15 chiens et 18 à 20 personnes, qui l’ont accompagné, tous bons tireurs. Ce nouveau secours que S. M. de plus en plus touchée de nos malheurs, a bien voulu nous envoyer, joint à celui de M.M. d’Enneval, dont le zèle, loin d’être rebuté par tant de courses aussi pénibles qu’infructueuses, se montre au contraire chaque jour plus ardent, plus ingénieux et plus infatigable pour ….,…. nous délivrer de la pernicieuse Bête qui désole notre pays… »

 M. le porte-arquebuse commença par congédier d’Enneval.(voir témoignages ci-dessous)

 « 20 juillet (Samedi)

M. Clément Charles de L'Averdy : Contrôleur des finances du Roi, écrit presque la même chose que la veille à M. Etienne Lafont : Syndic du diocèse de Mende . Il annonce le départ des d’Enneval à l’intendant du Languedoc :

« A Compiègne, le 20 juillet 1765. M., le roi n’a pas approuvé du tout dans le temps l’espèce d’ordonnance de M. d’Enneval que vous m’avez communiquée et qu’il avait fait publier dans les paroisses du Gévaudan. Sa présence n’opérant pas d’ailleurs l’effet qu’on en avait espéré, je lui ai mandé qu’il pouvait retourner dans sa province. Le père et le fils doivent être sur le point de revenir. Je vous prie en conséquence de leur faire donner l’argent nécessaire pour acquitter les différentes dépenses qu’ils peuvent avoir faites sur les lieux et pour subvenir aux frais de leur retour. Il est malheureux qu’un gentilhomme qui avait sûrement bonne volonté, n’ait pas mieux réussi, et je désire plus de succès à ceux qui s’emploieront désormais à la destruction de la bête féroce. Je suis, etc. De l’Averdy. » (A.D. Hérault c. 44)

 QUITTANCE AUX DENNEVAL POUR LEUR DEPART DU GÉVAUDAN 18-07-1765

 « A St.-Flour le 18 juillet 1765.

Mgr., conformément à vos ordres du 2 mars dernier, je viens de compter à M. d’Enneval la somme de 1200 livres pour dépenses par lui faites à la poursuite de la Bête féroce qui désole le Gévaudan et une partie de cette élection, et j’ai l’honneur de vous adresser copie de sa quittance ainsi que votre grandeur le désire. Je suis avec un très profond respect, Mgr., votre très humble et très obéissant serviteur, Lavergne. »

       Puis M. Antoine réquisitionna des hommes de peine pour porter ses bagages et soigner ses chiens. Il agissait en grand seigneur, sûr de n’avoir pour vaincre qu’à paraître. Ce qu’ayant appris, la Bête lui porta un défi : le 4 juillet, en plein midi, elle enleva une vieille femme, Marguerite Oustalier, qui filait à la quenouille dans un champ voisin de « Broussoles », et la laissa morte après lui avoir arraché la peau du visage.

       En sa qualité de porte-arquebuse du roi, de lieutenant de ses chasses et de chevalier de Saint-Louis, Antoine voulut demeurer impassible; il organisa quelques reconnaissances qui ne donnèrent aucun résultat. Les paysans ne se gênaient pas pour dire qu’il coûtait plus cher et n’en faisait pas plus que les autres. Ce fut une autre surprise quand, après trois mois de tâtonnements et de ripailles, on le vit partir, avec tout son équipage, pour une partie de l’Auvergne où la présence de la Bête n’avait jamais été signalée. Il alla jusqu’au bois de l’abbaye de « Chazes », où les loups étaient nombreux.

 

LE COMBAT ET L’EXPLOIT DE MARIE-JEANNE VALLET CONTRE LA BÊTE :

 

Lettre de M. Antoine à M. de St.-Priest sur l’Exploit de Marie-Jeanne Vallet:

« Au château du « Besset », le 13 août 1765. M., la Bête féroce peut être blessée à mort par une seconde pucelle d’Orléans ou du Gévaudan que le ciel avait destinée à cet exploit pour délivrer ces provinces du monstre affreux qui les obsède depuis si longtemps, si nous avons le bonheur de le retrouver et de le tuer. Cette jeune héroïne sera mise comme de raison à la tête de vos exploits, mais elle mérite présentement une récompense signalée dont je fais mention par la lettre que j’écris au ministre. Cette brave action mérite vos suffrages et votre protection, M., pour l’obtenir. Si cette Bête d’ailleurs ne mourut pas du coup qui lui a été porté, il est certain qu’elle en sera pendant longtemps très affaiblie ; et que si le secours demandé si instamment arrive à temps, nous aurions tout lieu de la rejoindre bientôt…

 Lettre du « Malzieu », reprise dans le « Courrier » du 03/09/1765 décrivant le combat de Marie-Jeanne Vallet contre la Bête :

 « …Le 11 la servante du curé de « Paulhac ", fille robuste, hardie et adroite, allant aux « Broussoux » avec une de ses sœurs, fut attaquée par la Bête dans un sentier où coule un ruisseau, et garni de pierres. La Bête sortit d’une broussaille, se présenta à cette fille, se cabra pour s’élancer sur elle ; et dans l’instant cette amazone lui porta un coup de baïonnette au poitrail qui entra à 2 pouces de profondeur. Dans l’instant la Bête fait un grand cri, et en reculant se dégage du fer que la fille se trouvant alors sur une pierre mouvante ne put enfoncer davantage. La Bête se jeta par côté dans le ruisseau, et y lava sa blessure après l’avoir aspergée avec la patte.

       En remontant à la maison curiale assez proche dudit ruisseau, cette fille s’évanouit aussi bien que sa sœur, et M. Antoine avec les autres chasseurs des environs, avertis par le curé de « Paulhac » de l’accident, se rendirent dans l’instant sur le lieu, trouvèrent la trace du sang sur le sable, et les chiens du comte de Tournon, seigneur qui est venu du Vivarais pour chasser la Bête, trouvèrent la voie ; mais sans succès, parce que la nuit empêcha la poursuite.

      M. Antoine vit la baïonnette teinte du sang de la Bête, et fit prêter serment à cette fille sur la vérité de tout ce détail. Depuis ce jour-là cette fille si hardie et même téméraire n’ose plus sortir : elle s’occupe continuellement de la Bête, et il lui en reste par intervalles un mouvement convulsif dans tout le corps. »

 

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Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan : C'est ce combat épique qui a inspiré cette magnifique oeuvre installée à Auvers, lieu où la Bête fut tuée.(Photo : Patrick Garcia)

 

LA MISÉRE DES PAYSANS ÉMEUT LES SEIGNEURS QUI MÉNENT LES BATTUES

      Quoiqu’il en soit, exploits des uns, résistance aux attaques des autres, le monstre continuait de martyriser ce pauvre peuple qui subissait en plus les affres de la misère. Les longues heures et les nuits à courir « le Monstre » n’arrangent rien… Nous étions en pleine période de récolte et le temps ajoute aux malheurs. Voici une relation de cette misère par Antoine.

 

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Le monde Paysan est dans la misère en ce Gévaudan du 18ème, à l'image de ce tableau de Le Nain. Et les ravages, la peur qu'elle provoque, n'arrangent rien.

 

21 août 1765 (Mercredi) Lettre de M. Antoine à M. de Ballainvilliers, Intendant d'Auvergne, depuis le « Besset » :

     « La misère est si grande ici que presque tous les habitants manquent de pain, de sorte qu’ils sont forcés de se rendre auxdites battues en tombant d’inanition, faute d’avoir mangé, ce qui oblige même ceux qui ont quelque peu de blé de les faire moudre tout verts, ce qui m’engage à vous représenter combien nous souffrons de voir sous nos yeux, comme partout où nous allons, une si affreuse misère ;

     Elle a tellement touché hier de M. Lafont, qu’il a donné au rendez-vous 18 livres aux 3 paroisses du Gévaudan pour avoir du pain…. Mais attendu ladite misère, vous voudrez bien avoir égard en accordant à chacun desdits habitants, devant ou après avoir fait leur devoir auxdites battues, ce que vous voudrez bien leur régler à chacun d’eux, seulement les jours qu’ils y auront été commandés.

     Si cette proposition vous est agréable, j’en ferai les avances pour ce qui regarde l’Auvergne et M. de Lafont pour le Gévaudan.

       Après avoir examiné à fond les différentes attaques que cette Bête a faites aux habitants de ces provinces, après en avoir dévoré, même aussi en les dévorant, que si ceux qui travaillent dans les champs comme laboureurs, faucheurs, hommes gardant les bœufs et principalement les bergers qui gardent leurs troupeaux nuit et jour ; s’ils avaient eu des fusils chargés, ils auraient infailliblement tué cette cruelle Bête qui leur a toujours résisté, au point qu’ils l’auraient toujours quasi touchée de leurs fusils, lorsqu’ils ont voulu prêter leur secours contre cet animal….

     J’ai pris le parti, M., de renoncer aux battues qui ont été si inutiles jusqu’à présent, …. , parce que une partie de ces malheureux y tombaient d’inanition faute de grain, ce qui me touchait extrêmement. »

 . Il fait ici un temps déplorable depuis 3 jours pour les biens de la terre. Les blés qui sont presque tous sur pied ou à bas, pourrissent sans pouvoir les serrer. Vous jugez bien par là qu’il nous est impossible d’agir d’autre façon…. »

 Saugues capitale de la Bete

Lettre de Langogne, reprise dans le Courrier d’Avignon du 30/07/65 :

« Entre tous les divers endroits que la Bête féroce a coutume de parcourir, les environs de Saugues sont ceux où elle se montre le plus souvent, où elle séjourne plus longtemps, et que par une suite de cette funeste prédilection elle signale le plus par ses carnages… »

 

M. ANTOINE TUE UN LOUP EXTRAORDINAIRE :

Samedi 21 septembre 1765 Procès-verbal de M. Antoine :

« L’an 1765 le dix-neuvième jour du présent mois de septembre, nous François Antoine, chevalier de l’ordre royal et militaire de St.-Louis, porte-arquebuse du Roi, lieutenant des chasses de Sa Majesté, …. ayant été informé que les loups y faisaient beaucoup de ravages, c’est ce qui nous a fait envoyer le 18 les sieurs Pélissier et Lacour, gardes-chasse avec leurs limiers et Lafeuille valet des limiers de la Louveterie du Roi pour reconnaître les bois de la réserve des Dames de l’abbaye royale des « Chazes » ; et le lendemain 19 dudit mois, ils nous ont envoyé avertir par le sieur Bonnet qu’ils avaient vu un très grand loup et qu’ils avaient pleine connaissance aussi dans ledit bois, d’une louve avec des louveteaux assez forts.

      Cela nous a fait aussitôt partir pour aller coucher audit lieu des « Chazes » en Auvergne, distance du « Besset » de 3 petites lieues, et le lendemain vingtième dudit mois, lesdits 3 valets de limiers et le nommé Berry, valet de chiens, nous ayant fait rapport qu’ils avaient détourné ledit grand loup, la louve et les louveteaux dans les bois de « Pommier » dépendant de ladite réserve, nous nous y sommes transporté avec tous les gardes-chasses et 40 tireurs habitants de la ville de « Langeac » et des paroisses voisines.

    Après être tous placés, pour entourer ledit bois, lesdits valets de limiers et les chiens de la Louveterie s’étant mis à fouler ledit bois, nous François Antoine, étant placé à un détroit, il nous serait venu par un sentier à la distance de 50 pas, ce grand loup en présentant le côté droit et tournant la tête pour me regarder.

     Sur le champ je lui ai tiré un coup de ma canardière, chargée de 5 coups de poudre, de 35 postes (plombs) à loup et d’une balle de calibre dont l’effort du coup m’a fait reculer 2 pas.  Mais ledit loup est tombé aussitôt ayant reçu la balle dans l’œil droit, et toutes lesdits postes dans le côté droit tout près de l’épaule, et comme je criais hallali, il s’est relevé et est revenu sur moi en tournant et sans me donner le temps de recharger ma dite arme.

     J’ai appelé à mon secours le sieur Rinchard, placé près de moi, qui l’a trouvé arrêté à 10 pas de moi et lui a tiré dans le derrière un coup de sa carabine, qui l’a fait refuir environ 25 pas dans la plaine où il est tombé raide mort.

     Nous François Antoine, et nous Jacques de Lafont, avec tous les gardes-chasses ci-dessus déclarés, ayant examiné ce loup, avons reconnu qu’il avait 32 pouces de hauteur après sa mort, 5 pieds 7 pouces et demi de longueur, que la grosseur de son corps était de 3 pieds et que les crocs, les dents mâchelières, et les pieds de cet animal nous ont paru des plus extraordinaires.  Ledit loup pesait 130 livres. Nous déclarons par le présent procès-verbal, signé de notre main n’avoir jamais vu aucun loup qui pût se comparer à cet animal, c’est pourquoi nous avons jugé que ce pourrait bien être la Bête cruelle, ou un loup dévorant, qui a tant fait de ravage.

     Et pour en prendre une plus grande connaissance, nous avons fait ouvrir ledit loup par le sieur Boulanger, chirurgien expert de la ville de « Saugues » qui en a fait son rapport en présence de MM. Antoine, père et fils, de M. de Lafont, de tous les gardes-chasse soussignés, des 2 valets de limiers de la Louveterie du Roi, de M. Torrent, curé de « Venteuges », de M. Jean-Joseph Vernet et son frère de la ville de « Saugues », de M. Torrent de Laveze, paroisse de « Venteuges » et de M. Mousson de la paroisse de « Grèze »…. 

    (On convoqua sept ou huit enfants qui, naguère, avaient vu la Bête et qui, sévèrement interpellés par M. le porte-arquebuse, déclarèrent qu’ils la reconnaissaient.)

 (Suite du P.V.)    « Lequel examen fait autant que le temps l’a pu permettre, nous avons jugé qu’il était convenable d’envoyer ledit loup en poste par le sieur Antoine de Beauterne, notre fils, accompagné du sieur Lacoste, garde-général, à M. de Ballainvilliers, intendant de la province d’Auvergne, pour en disposer suivant ce qu’il jugera nécessaire.

        Et ayant laissé le sieur Lachenay, garde de Mgr. le duc de Penthièvre, prince du sang, au « Besset », pour venir nous donner avis de ce qui se passerait dans ce canton, suivant les connaissances que lui en aurait donné M. de Lafont, qui avait bien voulu s’en charger, il doit être compris au service du Roi, comme s’il eût été présent à notre chasse.

     Fait au bois de la réserve des dames de l’abbaye royale « des Chazes » en Auvergne.

    Signés Antoine, Antoine de Beauterne, Lacoste, Pélissier, Renaud et Moulin ; Lafont, Rinchard, Lafleur, Lecteur, Dumont, curé de Paulhac, Torrent, curé, de Venteuges, Lacour, Bonnet, Bertonnier, Lafeuille, Mausson, Clernet, Bigon, Lamada Sauveton, chirurgien, Boulanger, chirurgien, Torrent, Bigot, consul ; Ducros, consul, Gavier.

     Nous François Boulanger, maître chirurgien juré de la ville de « Saugues », déclare avoir fait l’ouverture d’un loup par ordre de M. Antoine, lequel après l’avoir vidé et sorti les entrailles, avons trouvé plusieurs lambeaux de chair et ossements lesquels ossements nous n’avons pas bien pu discerner, si ce n’est quelques côtes de mouton, laquelle ouverture à été faite en présence de M. Antoine, M. son fils, M. Lafont, MM. les gardes-chasse et les habitants du « Besset » et autres. Je certifie le présent rapport sincère et véritable. Fait au « Besset » le 21 septembre 1765. Signé : Boulanger chirurgien. » (A.D. P.-de-D. c. 1736) » 

 

15- P132

« Représentation de la Bête féroce nommée Hiene » BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

 

* Les dimensions de l’animal, transcrites en mesures modernes, donnent : hauteur 87 cm (contre une moyenne de 60-80), longueur 1.85 m (contre une moyenne de 1.40-1.80), grosseur 99 cm, poids 63.6 kg (pour une moyenne de 30/40 kg, records 80 kg en France, 96 en Roumanie).

 *L’autopsie du Dr. Jaladon (27/09) donne une longueur de 1.9 m, soit plus que ce qu’indique M. Antoine. La lettre de M. de Ballainvilliers au roi (23/09) dit qu’il pesait 150 livres (73.4 kg), au lieu de 130 d’après M. Antoine. D’après O. Fournier, « Les chasseurs jugèrent qu’il avait environ 8 ans. »

       Le cadavre de la Bête, transporté sans délai à Clermont, fut empaillé et expédié à Fontainebleau, où se trouvait la cour : le roi rit beaucoup de la simplicité de ces bons paysans dont la superstition avait transformé un simple loup en une bête apocalyptique.

 

DESTRUCTION DE LA LOUVE ET DES LOUVETEAUX DU LOUP « EXTRAORDINAIRE »

     Tandis que le cadavre empaillé de la « Bête » part pour la cour, accompagné du fils du Sr Antoine, les ordres des autorités sont clairs, éradiquer la « famille » du monstre pour éviter que les maux ne reprennent, car un tel spécimen ne peut avoir pour descendance et femelle que des monstres de son acabit…

    Les recherches reprennent rapidement, car la neige et l’hiver glacial arrivent…

14 octobre (Lundi, nouvelle lune) Chasse. Procès-verbal de M. Antoine sur la mort de la louve et des louveteaux :

       « Procès-verbal fait en présence de Mme de Lugeac, abbesse de l’abbaye royale des Chazes, en Auvergne, de M. de Lafont, de M. Pic, curé de cette paroisse….(etc)

    L’an 1765, le quatorzième jour du mois d’octobre, nous François Antoine, chevalier de l’ordre royal et militaire de St.-Louis, porte-arquebuse du roi, lieutenant des chasses de sa Majesté, envoyé par ses ordres dans les provinces du Gévaudan et Auvergne, avec un nombre de gardes-chasses, tant de sa Majesté que de leurs Altesses sérénissimes les princes du sang, à l’effet d’y détruire la Bête féroce ou les loups qui ont désolé ces 2 provinces jusqu’à présent…

      Ayant eu le bonheur de tuer le grand et prodigieux loup qui avait selon toute apparence, la meilleure part à ces désastres, ayant reçu les ordres de Mgr. le comte de St.Florentin et nous ayant été mandé par MM. les commandants de ces 2 provinces de faire notre possible pour détruire la louve et les 2 louveteaux dudit loup.

      À cet effet nous déclarons par le présent procès-verbal nous être trompé dans la dernière chasse, ayant déclaré que nous avions blessé à sang la louve, car c’était un grand loup qui était venu au hurlement qu’elle faisait toutes les nuits, et nous ne doutons pas que ledit loup ne soit mort, ayant été mourir bien loin des 2 coups de fusil bien appliqués qu’il avait reçus.

     À l’égard du louveteau tiré à ladite chasse, il a été mourir sous une carrière de rocher impraticable à fouiller. Depuis ce temps, nous n’avions pas voulu tuer les louveteaux que nous n’eussions tué la mère. Or ayant été averti au « Besset », le jour d’hier, que ladite louve et ses louveteaux avaient dévoré 6 moutons, de quoi les 5 valets des limiers avaient pris connaissance, nous sommes arrivés ce jourd'hui de bon matin à ladite abbaye des « Chazes ».

     Nous ayant fait rapport qu’ils y avaient détourné dans une même enceinte la louve avec son louveteau, nous nous sommes déterminés à les chasser tout de suite. Ayant bien ordonné que l’on ne s’attachât qu’à ladite louve qui au premier coup de trompe a débuché, ce qui a fait que les chiens ont été une bonne demi-heure à la rapprocher bien loin où elle avait refui dans des gorges et cavées terribles où le sieur Regnault s’est transporté avec quelques chiens qui l’ont relancée et ils l’ont chassée encore environ une heure et demie, après quoi ledit sieur Regnault l’a tirée et blessée.

     Et ensuite elle s’est venue faire tuer par 2 paysans de la ville de « Langeac » en Auvergne, dans la même enceinte et environ 20 pas d’où j’ai tué ledit grand loup. L’ayant faite ouvrir, nous n’avons rien trouvé dans sa capacité que très peu de chose. Suivant la mesure prise par nous, elle avait 26 pouces de hauteur, l’on a reconnu à ses brèmes avoir nourri plusieurs louveteaux, dont il n’y en reste plus qu’un que nous espérons aussi détruire.

      Après quoi les neiges commençant à tomber ici abondamment même sur la Margeride, s’il n’arrive pas de nouveaux malheurs nous serons forcés d’interrompre nos chasses, car il y a 24 jours ce jourd'hui que personne n’a été attaqué ou dévoré ; mais bien de moutons, chèvres et cochons mangés par les loups qui courent toujours le pays.

     En foi de quoi, nous avons affirmé véritable le présent procès-verbal les jour et an que dessus. Signés Antoine ; Lugeac, abbesse des Chazes ; Lafont ; Beauvergier, prieur ; Pic, curé de cette paroisse des Chazes ; Pélissier ; Regnault ; Dumoulin ; Lachenay ; Lesteur ; Lafeuille ; Berry ; Brun, cavalier de la maréchaussée de Langeac. »

 Lettre à laquelle a été ajoutée une note manuscrite :

« M. Antoine a depuis mandé à M. de Ballainvilliers que le dernier louveteau a été tué, qu’il est plus fort que la louve et qu’il aurait suivant toute apparence égalé son père en taille et en grosseur. » (A.D. P.-de-D. c. 1736) [Clermont]

 

11-114

 

« Véritable figure de la Bête féroce qui a tant ravagé le Gévaudan… (Octobre 1765). BN. Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

14- P124

 

« Mise à mort de la Bête ». Collection L. Cortial.  Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

 

CONCLUSION... PROVISOIRE!

 

  Pour avoir à tout jamais débarrassé le royaume de ce cauchemar, Antoine fut nommé – ce qui paraît invraisemblable – grand-croix de l’ordre de Saint-Louis, et reçut mille livres de pension.

    Son fils obtint une compagnie de cavalerie, sans compter qu’il gagna une fortune en exhibant à Paris la Bête du Gévaudan ; dix ans plus tard, on la montrait encore dans les foires de Province. Elle était donc bien officiellement morte et l’on n’y pensa plus.

LES VICIMES DE LA BÊTE DURANT LA PÉRIODE DE LA CHASSE DU SIEUR ANTOINE DE BEAUTERNE :

 

  • 22 juin 1765. Des paysans aperçoivent la Bête vers 5 heures du matin dans les bois de Lorcières.
    Antoine de Beauterne, porte-arquebusier personnel de Louis XV arrive au Melzieu, avec les pleins pouvoirs.

JUILLET 1765

  • 4 juillet 1765. Quand la petite fille de 12 ans s'éloigne pour chasser quelques vaches d'un champ de blé, la Bête attaque Marguerite Oustallier, 68 ans. Elle la terrasse et la traîne plus loin, lui dévorant une joue. Mais la fillette revient avec ses vaches et épouvantée, court chercher des secours. Un jeune homme armé d'un gourdin se précipite mais est attaqué à son tour. Heureusement, les villageois mettent en fuite la Bête.
    En début d'après-midi, la Bête attaque la fille du maréchal-ferrant de Julianges.
  • 10 juillet 1765. Près du hameau de La Besse, la Bête se jette sur deux Clarisses, des religieuses mais des laboureurs la mettent en fuite.
  • 17 juillet 1765. Deux jeunes garçons aperçoivent la Bête et se réfugient dans un arbre où elle ne peut grimper. Mais elle fait le siège et il faudra l'intervention d'un cavalier pour ramener les enfants au village.
  • 18 juillet 1765. En disgrâce devant le peu de résultats obtenus, Denneval et sa suite quittent le Gévaudan pour se présenter au roi. Grâce à Antoine de Beauterne, le vieux louvetier obtiendra tout de même une rente de 350 livres annuelles.
  • 21 juillet 1765. Claude Biscarrat, 9 ans, est tué et emporté par la Bête sur un pâturage d'Auvers, vers 19 heures. A l'aurore, ses habits (certains affirmeront même qu'ils ne sont pas déchirés) sont retrouvés dans un champ.
  • 24 juillet 1765. Antoine de Beauterne, après une battue, découvre le corps du petit Biscarrat. Il est tout nu. Une cuisse est mangée, l'autre à moitié rongée ainsi que le derrière et les reins. Le cou est disloqué mais sans être coupé. Le ventre porte l'empreinte de quatre grands crocs.
    Marguerite Soulier, 25 ans, est attaquée près de Chabanol par la Bête. Elle est sauvée par Etienne Magné qui fauchait près de là.
  • 27 juillet 1765. De bonne heure, la Bête attaque trois enfants sur la paroisse de Ruynes. Mais un groupe de paysans leur vient en aide.
  • 29 juillet 1765. La Bête tue un enfant à Sauzet.

AOÛT 1765

  • 3 août 1765. Vers 20 heures, la Bête attaque Pierre Roussel, 5 ans. Tandis que ses parents fauchent près de Servières, l'animal saisit l'enfant, qui jouait près d'eux dans un fossé. Ils se ruent à la poursuite de la Bête mais elle parvient à sauter 3 murets d'un mètre de haut avec l'enfant dans sa gueule. Mais elle se retrouve face à un courageux faucheur qui lui fait lâcher prise avec sa baïonnette, avant l'arrivée du chien et des parents. Elle préfère alors s'enfuir. L'enfant est sans connaissance avec une morsure à la tête, une joue fendue et 5 marques de croc à l'épaule. Mais il guérira.
  • 6 août 1765. Guillaume Lèbre et Etienne Crozatier, 16 et 18 ans, échappent à la Bête grâce à leurs boeufs qui viennent les défendre, au ruisseau de la Gorguière, près de Marcillac.
  • 7 août 1765. Pierre Cellier et sa femme moissonnent à Longchamp, près de Chabanol. La Bête attaque l'épouse qui s'est éloigné chercher une petite collation. Mais un groupe de paysans vient à son secours. L'animal préfère abandonner la partie.
  • 9 août 1765. La Bête est débusquée au bois de Servières et poursuivi vers le Mont Mouchet, mais craignant qu'elle ne quitte la région, Antoine de Beauterne rompt la chasse vers 17 heures.
    Vers 19 heures, les habitants de La Besseyre-St-Mary, fourches et baïonnettes à la main, envahissent le château du Besset, où demeure Antoine de Beauterne. La Bête, poursuivie toute la journée, est revenue sur ses pas et a tué à 500 mètres de là Jeanne Anglade, 20 ans et de forte constitution. Pendant qu'elle filait sa quenouille, la Bête l'a attaquée de dos, tuée et emportée. Pour tous, l'animal a lancé un défi à l'arquebusier du roi.
  • 11 août 1765. A 200 mètres au sud de Paulhac, sur une passerelle de bois enjambant un ruisseau, la Bête attaque Marie-Jeanne Valet (20 ans) et sa sœur (17 ans). Mais elle a affaire à forte partie. Marie-Jeanne est robuste, courageuse et adroite. La jeune fille transperce le poitrail de l'animal d'un coup de baïonnette. Celui-ci pousse un cri de douleur, lèche sa blessure et se roule dans le ruisseau avant de se sauver. La baïonnette est teintée de sang sur trois pouces (environ 7 centimètres et demi). Antoine de Beauterne qualifiera Marie-Jeanne de "Pucelle du Gévaudan" venue bouter le loup...
  • 16 août 1765. Une nouvelle chasse est organisée, sans résultat mais émaillée d'un incident. Trois hommes, Jean Chastel et ses deux fils, Pierre et Antoine, incitent deux des gardes d'Antoine de Beauterne à traverser un bourbier, par tromperie. Les deux cavaliers échappent de peu à la mort. Les Chastel sont aussitôt jetés en prison.
  • 22 août 1765. La Bête est aperçue dans les bois de la Ténazeyre.
  • 29 août 1765. Le garde Rinchard blesse mortellement un gros loup au Bois Noir mais il parvient à s'enfuir.
  • 31 août 1765. Le loup est retrouvé par des paysans au-delà de Védrines-St-Loup. Antoine de Beauterne, las de cette chasse, affirme que c'est bien la Bête. Le conte de Tournon tranche une patte de l'animal et fait le tour de la région afin de montrer à tous le trophée.

SEPTEMBRE 1765

  • 2 septembre 1765. Près du village de Dièges, la Bête attaque une jeune de 20 ans. Des hommes parviennent à la mettre en fuite. La jeune fille s'en tire avec quelques morsures et des convulsions.
  • 6 septembre 1765. A Lorcières, poursuivie par la Bête, une jeune fille se réfugie sur une charrette. L'animal se glisse en dessous et essaye de la faire tomber. Mais des hommes la chassent.
  • 8 septembre 1765. Marie-Jeanne Barlier, 12 ans, est enlevée à La Vachèlerie de Paulhac. elle est retrouvée le lendemain, vers 4 heures, gisant, nue, dans une mare de sang. La gorge porte des marques de crocs, la cuisse gauche est mangée jusqu'à l'os et le ventre est couvert d'égratignures et des meurtrissures.
    Le conte de Tournon, qui ignore tout de ces événements fait une entrée triomphale au Puy, brandissant la patte coupée du loup.
  • 11 septembre 1765. Venus de St-Flour, quatre hommes approchent de Paulhac. L'un d'eux, Jean Gouny, 30 ans, qui marche un peu en arrière, tire sur la Bête à 20 pas. Celle-ci ne bronche pas et attaque l'homme, aussitôt terrassé et mordu. Heureusement, les trois autres personnes, revenues sur leurs pas, parviennent à mettre en fuite l'animal. Etrangers au pays, ils feront pourtant la même description de la Bête, rayée sur le dos, tachetée, rougeâtre, beaucoup plus souple qu'un loup.
  • 12 septembre 1765. Jean Tesseidre, 17 ans, de Bussat, et Jacques Bastide, 13 ans, voient un animal fait comme un chien, mais de la taille d'un loup. Il avance tranquillement sur le chemin, passe près de Jean avant de se retourner brusquement et de le saisir à la nuque. Mais la Bête délaisse cette proie pour se jeter sur le petit vacher qu'elle traîne à 50 pas. Malgré la douleur, Jean se jette aussitôt sur la Bête avec sa baïonnette et parvient même à la faire fuir, laissant Jacques dans un état grave. L'aîné recevra une récompense de 96 livres.
  • 13 septembre 1765. Une fille de Julianges est entièrement dévorée.
    Une fillette de 13 ans disparaît dans les bois de La Beyssere-St-Mary. Elle sera retrouvée le 15 défigurée et à moitié dévorée. Au-delà de la douleur, la colère gronde chez les paysans contre Antoine de Beauterne.
  • 17 septembre 1765. Un gros matin est surpris par les gardes d'Antoine de Beauterne en train de manger quelques restes non ramassés de la fillette tuée le 13. Pour un chien, rien de répréhensible. Ce n'est qu'un bout de viande qui traîne. Mais un cavalier l'abat aussitôt à la demande d'Antoine de Beauterne. Certains croient reconnaître la chienne au pelage roux qui accompagne partout Antoine Chastel.
  • 20 septembre 1765. Antoine de Beauterne quitte précipitamment le château du Besset pour une expédition avec 40 tireurs venus de Langeac arrivés le jour même. L'agitation règne depuis le 18 septembre.
  • 21 septembre 1765. Antoine de Beauterne est de retour avec hommes et chiens. La nouvelle se répand. Il a tué la Bête.
    Pourtant, aucune joie dans la région. La Bête a été tuée dans le Velay, à l'issue d'une courte battue, là où elle n'a jamais été vue et où elle n'a jamais attaqué personne, de l'autre côté du fleuve Allier, à Ste-Marie-des-Chazes. De plus, le chirurgien qui autopsie le loup déclare que rien ne permet d'affirmer que cet animal a mangé de la chair humaine.
    Le corps sera empaillé à Clermont-Ferrand et expédié au roi. Exposé à Versailles à partir du 1er octobre 1765, il sera le point de mire de toute la cour pendant des semaines.
  • 22 septembre 1765. Le conte de Tournon reprend sa tournée avec en guise de cocarde une partie de la peau de la "Bête".
  • 10- P110

  • « Présentation de la Bête à Versailles par Mr. Antoine de Beauterne Fils. » BN.  Source Gallica. Gravure publié dans l’édition de François Fabre de 1901, rééditée en 1930.

     

Partout en France, les cloches sonnent à la volée. Les curés annoncent la bonne nouvelle en chaire. Tous les journaux l'annoncent.

       Et l’on n’y pensa plus (à la « Bête »), disais-je, à la fin de la chasse de M. Antoine, si c’était vrai pour le roi et la cour, il n’en était point de même en Gévaudan. Il se trouvait là des incrédules pour assurer, sauf respect, que M. Antoine n’était qu’un mystificateur ; que, du moins, par trop d’empressement d’obéir aux ordres du roi, il avait bien tué une bête, mais que ce n’était pas la « Bête ». Pourtant, celle-ci ne se montrait plus – par courtisanerie sans doute, car les bonnes gens assuraient qu’on la renverrait bientôt.

 

Et le « Fléau » repart de plus belle, comme le rapporte ce premier courrier.

Lettre de Paris du 25 octobre, reprise dans le « Journal Encyclopédique » d’octobre 1765 :

« On apprend du Gévaudan que plusieurs loups de même grandeur et de même voracité que celui dont on a précédemment annoncé la mort, y commettent de grands ravages. »

 2 décembre 1765 Lettre :

    « (Lundi) Vers 2 heures, la « Bête » attaque à nouveau. Jean Couret, 13-14 ans, et Vidal Tourneyre, 6-7 ans, des « Hontès », gardent des vaches quand celles-ci sont attaquées. La Bête se tourne ensuite contre les garçons, qu’elle attaque à 3 reprises ; elle saisit Vidal, l’emporte, déchire ses habits et le mord ; Jean le défend, rassemble les bêtes et rentre au village. Vidal est transporté à l’hôpital (de « Saugues » ou de « Langeac » ?), où il guérira. (Lettres, 06/12/65, 13/12, 30/12, 03/01/66)

 [• La Bête semble avoir attaqué d’abord les vaches.

• D’après le curé Ollier de Lorcières (lettre, 28/12), l’attaque a lieu le 3, les enfants sont secourus, et l’hôpital est celui de Langeac.

• Le territoire de la Bête durant cette dernière série d’attaque est quasiment le même qu’entre le 11/05/65 et le 20/09/65, un peu plus petit, entre Chaliers, Clavières, Lesbinières, Venteuges, le Fraisse, Les Couffours et Chaulhac]

      L’hiver 1765 est exceptionnellement rude, il succède à une mauvaise année, amputée par les nombreux jours perdus à traquer le « Monstre », pour les paysans du Gévaudan, la malédiction s’acharne, encore et encore…

 

PAYSAGE AUBRAC

 

Cet hiver là, 1765/66, est un des plus terribles que l'on connu en Gévaudan et ailleurs.

 

    Du 21 décembre au 3 janvier 1766, les paroissiens de « Lorcières », au sud-est de « Ruynes-en-Margeride », voient la Bête presque tous les jours !

     Lettre du 3 janvier 1766 : Nouvelle attaque :

«  Le 21 décembre (Samedi, St.-Thomas) Entre 11 heures et midi, la « Bête » attaque une jeune fille nommée Agnez Mourgues, âgée d’environ 12 ans, qui gardait les bestiaux dans les communs de « Marcillac » (Lorcières) ; la jeune fille crie, jette ses sabots pour être plus légère, se défend avec des pierres mais succombe. La « Bête » lui coupe la tête, traîne le corps à 6 pas pour en manger tout le cou, les épaules, la poitrine, le mollet d’une jambe ; quelques ouvertures au bas ventre. Quelques personnes qui gardaient des bestiaux un peu plus loin, voyant des animaux en déroute, accourent sur les lieux, et voient l’enfant dévorée et nue, les vêtements déchirés. »

 « 22 décembre (Dimanche, 4 dimanche de l’Avent) La « Bête » revient sur les lieux de l’attaque d’Agnez, mais les 2 bergers du village de « Marcillac » et celui de la « Fage », voyant le monstre sur une hauteur qui guette une proie dans le vallon, font donner leurs chiens, au nombre de 5, le poursuivent jusque dans les villages de la paroisse de « Clavières »

     Plusieurs personnes sortant de la messe sont saisies de peur en entendant crier de toutes parts : « A la Bête ! Prenez garde à la « Bête !»

     L’animal disparaît (lettre, 28/12). Messe paroissiale et enterrement d’Agnez Mourgues. La consternation est si grande que la plupart des assistants fondent en larmes à la vue de ce spectacle. »

 Et comme on les comprend…

     C’était bien elle ! On ne pouvait s’y tromper : comme jadis, elle enlevait quotidiennement un enfant ou une femme ; comme jadis, elle venait, le soir, dans les villages, poser ses pattes sur l’appui des fenêtres et regarder dans les cuisines. Et ce n’était pas un loup ; tout le Gévaudan l’aurait attesté sous serment : depuis deux ans, on avait tué dans la région cent cinquante-deux loups, et les paysans ne s’y trompaient pas.

 

-_Moment(7)

 

Depuisprès de deux ans de battues, on avait tué de nombreux loups.

Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête.

 

-_Moment(12)

 

Les loups avaient payé, eux aussi, un lourd tribut à la Bête.  Image tirée du film « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans- qui retrace de manière romancée la traque contre la Bête.

      Il y eut des faits tragiques extraordinaires. Deux petites filles de « Lèbre » jouaient devant la maison de leurs parents, quand la « Bête », survenant, se jeta sur l’une d’elles et la saisit dans ses crocs. L’autre fillette, espérant défendre sa sœur, sauta sur le dos du monstre, s’y cramponna et se laissa emporter. À ses cris, les villageois accoururent... trop tard : la tête d’une des enfants était déjà séparée de son corps ; l’autre petite avait le visage en lambeaux. Un paysan, Pierre Blanc, lutta un jour avec la « Bête » durant trois heures consécutives. Quand ils étaient trop essoufflés, lui et elle se reposaient un peu, puis ils reprenaient le combat. Pierre Blanc la vit de près ; il affirma qu’elle se plantait sur ses pattes de derrière pour mieux allonger des coups de griffes, et qu’elle paraissait « toute boutonnée sous le ventre ». 

      Le Gévaudan suppliait qu’on lui vînt en aide ; mais ses lamentations restaient sans échos. L’intendant de la province ne voulait pas encourir la disgrâce, en réveillant une affaire que Versailles déclarait depuis longtemps terminée.

     Reparler de la Bête, c’eût été en quelque sorte désavouer le roi, ou, tout au moins, insinuer qu’on l’avait trompé. Risquer d’impatienter Sa Majesté pour quelques malheureux paysans de plus ou de moins, quel courtisan aurait eu cette audace? La Bête était morte. M. Antoine l’avait tuée, voilà qui était définitif : il n’y avait plus à y revenir !

    De nombreuses et violentes attaques surviennent, toujours dans les mêmes secteurs,  autour ou à l’ouest de Saugues, au croisement de  nos départements actuels, le Cantal, la Haute Loire et la Lozère… La « Bête » n’hésite pas se jeter sur des groupes d’adultes, même armés, parfois des bœufs sont étripés, souvent des moutons, mais elle a une attirance particulière pour les enfants et en particuliers les filles, proies plus faciles.

    Voici dans la liste des témoignages, deux récits édifiants, quoique complètement différents :

  Le 21 mars 1766 : ATTAQUE DE 2 VOYAGEURS A CHEVAL : « Le nommé Bompard de Julianges, et le nommé Antony de la Salsettes, paroisse du Malzieu, revenant à cheval de la foire d’Ally, et ledit Antony s’étant un peu éloigné de son compagnon de voyage, fut attaqué par deux Bêtes.

 L’une plus grande, ayant le poitrail blanc, les oreilles courtes et redressées, rougeâtres sur les côtés et noire sur le dos ; et l’autre de la même espèce avec la seule différence qu’elle était plus petite, et qu’elle avait les oreilles couchées sur le cou. L’une et l’autre se cabrèrent, chacune de son côté sur le cheval d’Antony, lui déchirèrent le manteau, et l’auraient infailliblement culbuté, si Bompard ne fût venu à son secours ; ces deux cavaliers, quoique très vigoureux, eurent de la peine à les écarter, et ils n’y auraient jamais réussi, si les chevaux par leurs caracoles, bonds et ruades, ne leur eussent fait lâcher prise.

       Une pareille aventure intimide les plus déterminés, avertit les voyageurs de s’armer, et invite tous les autres à se précautionner ; ce qui importe d’autant plus qu’on se trouve exposé à de semblables attaques dans le temps et dans les lieux où l’on s’y attend le moins ; que le danger se multiplie par l’étonnante vitesse de ces féroces animaux, qui les rend présents dans un même jour en divers endroits fort éloignés les uns des autres.

      Leur ruse égale leur agilité et leur cruauté ; on ne peut les attirer dans aucun piège, ni les amorcer par aucun appas. Le sieur Mercier, aubergiste de Mende, et un chirurgien sont allés sur la montagne et y ont infecté de poison ce qu’ils ont cru propre à servir d’hameçon à l’avidité de ces animaux ; mais ils n’ont eu garde d’y mordre. » [Doc345]

 

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La Bête est omniprésente, on n'ose plus aller aux pâtures seul... (Image du Net)

 

17 avril (Jeudi, premier quartier) : ATTAQUE D’UNE JEUNE ENFANT, PUIS DE DEUX VACHERS :

« A « La Pauze » (Clavières), la Bête attaque Marguerite Lebre, âgée de 6 ans et 8 mois, et l’emporte jusqu’à l’entrée du bois du « Mont Mouchet »  à « Auvers », à plus de 500 toises. Son grand-père et son grand-oncle, tous deux nommés Jean, son père Étienne et son oncle Jacques, Jean Rolland et Pierre Bony, qui la suivent, accourent aux premiers cris de sa sœur Ysabeau. Ils trouvent Marguerite encore vivante, la lèvre inférieure et la joue gauche emportées, la peau du crâne enlevée, et le crâne lui-même fort endommagé, tous ses habits quoique neufs presque en lambeaux, sans sabots et sans bas, avec une légère blessure sur les reins. Elle décède quelque temps après.

     Quelques heures plus tard, Guillaume et Mathieu Hugon, respectivement berger au domaine de « La Pauze » et vacher à celui des « Costes », sont attaqués. Tous 2 sont munis de baïonnettes. Le premier est secouru par son chien, l’autre par ses bêtes. Ils dépeignent la Bête de la manière habituelle (Acte, 23/04). »

    Mais un témoignage troublant vient, pour certains, accréditer que la « Bête » était une création humaine. Que cela pouvait être une bête « déguisée par un accoutrement destiné à la cuirasser tout en la rendant plus hideuse ». Cette thèse, nous l’avons rencontrée souvent dans les films qui retracent cette histoire, mais nombreux, sur le terrain, à cette époque sont troublés par le fait qu’elle résiste aux balles, aux chevrotines, aux coups de baïonnettes et que les lames semblent glisser sur son poitrail de face, alors que les coups la font crier et se sauver quand ils blessent ses flancs…

 Été 1766 : Voici un extrait de ce témoignage, d’après Pourcher, parmi d’autres :

     « On dit encore qu’on avait souvent entendu hurler la Bête, sous la fenêtre de Blanc dit Rouchas, et sous celle de d’Aubrigeon, de la « Fajolle », paroisse de « Grèzes », et sous bien d’autres.

      Dans ces cas, elle mettait quelquefois les pattes sur le seuil de la fenêtre et regardait d’un œil très attentif ce qui se passait, le soir, dans les cuisines.

     Quand dans ces occasions, on lui tirait des coups de fusil, elle sautait en arrière et puis elle avançait de nouveau, et elle marchait plus ou moins suivant le danger où elle se trouvait. Elle ne craignait pas les balles, à moins qu’on ne la touchât sur les côtés. Alors elle jetait un cri aigu, se redressait, continuait sa course sans difficulté et disparaissait au plus vite, impossible de la suivre de près et de l’atteindre….

     … Marguerite Joanny, sœur de feu l’abbé Joanny, raconte que Pierre Blanc, se battit une fois pendant 3 heures avec la Bête. Quand ils étaient essoufflés, lui et la bête, ils se reposaient un peu et puis comme les coqs, ils reprenaient le combat ; mais à force de peine il fut vainqueur : aussi la bête l’avait depuis toujours craint. Les gens de « Bugeac » envoyaient leurs enfants garder avec lui pour qu’il les défendît. Cette fille ajoute que cet homme disait que dans leurs combats la bête se plantait sur ses pattes de derrière et qu’elle paraissait toute boutonnée sous le ventre (…) »

      Cette calamité continuelle fait des ravages dans les corps, dans les cœurs, mais aussi dans les âmes, l’abattement pointe et le moral des campagnes est au plus bas, témoins cette lettre écrite au plus haut seigneur de l’Auvergne.

 

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 27 juillet 1766 (Dimanche) Lettre anonyme à M. de Ballainvilliers Intendant d'Auvergne :

     « Mgr., voici ce que je crois savoir au sujet du loup qu’on a vu dévorer du côté de « Brioude ». On le cherchait dans les bois et il fallait voir de le trouver dans les maisons. En un mot pour mieux m’expliquer je crois que ce sont des sorciers qui fourmillent dans le monde. Le mal qu’ils font n’est pas moins grand ni moins général. Remarquez, s’il vous plaît, pourquoi tant de dérangements de saisons, tant de neiges dans des pays sans qu’il n’y en ait dans d’autres, tant de pluies si continuelles, tant d’orages, tant de maladies, de morts d’hommes, de pertes de bestiaux, des vents impétueux qui renversent les plus grands arbres, tant d’incendies dont on ignore la cause, tant de gelées, de [perte ?] de fruits, de ravines qui arrachent de gros rochers, qui les détachent des montagnes, des tremblements de terre, d’engloutissements des lieux, et comment peut-il arriver que des gens se brûlent d’une manière si extraordinaire, que les maisons nouvellement faites s’abattent, les cloches se fendent si généralement, les voûtes des églises s’écroulent, les ponts, tant de [devins ?] de voleurs qui ouvrent sans qu’on les aperçoive, tant de loups qui entrent dans les maisons et 1000 autres choses extraordinaires, et qu’il serait trop long de rapporter ? Sont-ce des songes, et ne le voiton pas ? Il me semble qu’il est besoin d’avertir le Roi lui-même et pour demander un remède s’il est possible dans tout ce qui trouble l’état et s’opposer à tant de meurtres qui désolent notre royaume. C’est ce que je [souhaite ?] Mgr., que vous fassiez au plus tôt au Roi lui-même. Dans la douleur où je suis le bien public m’est plus à cœur que toute récompense. Je suis, Mgr., sans me rendre partie de Votre Grandeur, Mgr., votre très respectueux et très obéissant serviteur. Du 27 juillet 1766 » (A.D. P.-de-D. c. 1740) [Doc29

 

CHRONOLOGIE DES ATTAQUES DEPUIS QUE M. ANTOINE A TUÉ LA « BÊTE » JUSQU’A FIN 1766

OCTOBRE 1765

  • 21 octobre 1765. Marcilac. Un homme se lève deux heures avant le lever du jour pour aller faucher du regain. Il est attaqué par derrière par un gros animal. Il parvient à se dégager et à reculons, arrive à rentrer chez lui, où il s'évanouit.
    Deux enfants affirment avoir vu la Bête près de Chabanol vers 14 heures.

NOVEMBRE 1765

  • 3 novembre 1765. Antoine de Beauterne quitte le Gévaudan. Son entrée à Versailles est un triomphe exceptionnel. Il est décoré par le roi de la Croix de St-Louis, la plus haute distinction du royaume et reçoit en prime une pension annuelle de 10 000 livres (environ 130 000 francs actuels).
  • 7 novembre 1765. Jean et Pierre Chastel sont libérés. Antoine est gardé encore quelques jours.

DECEMBRE 1765

  • 2 décembre 1765. Dans les pâturages, entre Haut-Hontès et Bas-Hontès, près de La Besseyre-St-Mary, la Bête attaque Jean Couret (14 ans) et Vidal Tournaix (7 ans). Elle saisit le plus petit des deux par les reins et essaye de l'emporter dans les bois. Jean essaye de sauver son ami mais la Bête se retourne sauvagement contre lui. Un groupe d'hommes arrive en hurlant et chasse l'animal.
  • 10 décembre 1765. Deux femmes sont attaquées au-dessus de Lachamp. Mais un bûcheron vient à leur secours. La Bête évite de justesse un coup de hache en pleine tête et impuissante contre l'homme qui l'attaque sans arrêt, elle se résout à s'enfuir.
  • 14 décembre 1765. Un homme de Paulhac est sérieusement blessé malgré l'arrivée de secours.
  • 21 décembre 1765. Agnès Mourgues, 12 ans, est retrouvée nue comme un ver et ses vêtements déchirés un peu plus loin. L'épaule et la poitrine sont dévorées, ainsi qu'un mollet. Sa tête a été tranchée net et emportée six mètres plus loin.
  • 22 décembre 1765. Des bergers aperçoivent la Bête, revenue sur les lieux de l'attaque de la veille. Ils la poursuivent jusqu'à Clavières. La Bête pénètre dans le village au moment où les gens sortent de la messe dominicale. Heureusement, tous peuvent se réfugier dans les maisons et les auberges, mais la Bête disparaît.
  • 23 décembre 1765. Julianges. Deux jeunes filles de 15 ans sont attaquées par la Bête. L'une est emportée dans la gueule de l'animal. Des secours arrivent mais ne peuvent qu'entendre la jeune fille qui crie et se débat. La nuit tombe déjà et nul ne peut poursuivre la Bête dans les bois.
  • 24 décembre 1765. Les restes de la jeune fille, les bras et les jambes, sont retrouvés. Le curé de Julanges jugera ces restes trop peu considérables pour pouvoir en dresser un acte de sépulture.

JANVIER 1766

Janvier 1766. La version officielle veut que Antoine de Beauterne aie tué la Bête. Si un nouveau loup fait des siennes, ce n'est plus du ressort du roi. Tous les écrits sur les massacres du Gévaudan sont interdits et une forte pression s'exerce sur les curés. L'acte de sépulture ne fait donc plus mention "tué par la Bête". A partir de cette date, il devient extrêmement difficile de suivre le parcours de l'animal tueur.
Désormais, la chasse est prise en charge par les chasseurs du pays et notamment le marquis d'Apcher.

  • début janvier 1766. Un enfant de 8 ans, de La Vesseyre, est attaqué par la Bête. Emporté et prêt à être dévoré, il est sauvé par l'intervention de son père et d'un jeune homme, Pierre Cérubeuil.
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Cette frénésie de crimes de la part de la Bête terrifie les campagnes, on ne sait plus que faire! (Image: Pacte des Loups)

FEVRIER 1766

  • début février 1766. Une femme est dévorée près de Julianges.
  • 12 février 1766. Un petit garçon aperçoit la Bête près de Julianges. Il se réfugie sous le ventre d'une vache, dont les meuglements alerteront les villageois. Ceux-ci parviennent à mettre l'animal en fuite.
  • 14 février 1766. La Bête attaque Jeanne Delmas, meunière près de Lorcières, pendant qu'elle rompt la glace de la Ribeyre. Elle saute par-dessus la pioche de la femme robuste et courageuse et la renverse, lui infligeant de profondes morsures au cou et à la joue. Mais Jeanne parvient à se relever et à regagner sa maison à reculons. Ses blessures sont graves mais elle survivra.
  • fin février 1766. Une vachère de Lorcières est tuée par la Bête.

MARS 1766

  • 4 mars 1766. Vers 18 heures, la Bête attaque et emporte Jean Bergougnoux, 8 ans, vers la ferme de Montchauvet. Mais poursuivie, elle doit l'abandonner dans les bois. La gorge ouverte, l'enfant meurt une demi-heure plus tard.
  • 14 mars 1766. Marie Bompart, 8 ans, est attaquée devant sa maison du village de Liconès. Poursuivie par le père de la petite et un bouvier, la Bête est rattrapée à deux kilomètres du village. Ne pouvant emporter l'enfant, elle le mord à l'abdomen et l'éventre d'un mouvement latéral des mâchoires et s'enfuit dans une gorge impraticable aux hommes. La fillette ne survivra que quelques instants.
  • 20 mars 1766. Antony de Salsettes est attaqué près de Julianges par la Bête alors qu'il est en fin fin mars 1766. La Bête tue un enfant aux environs du Montgrand.
  • selle. Il devra son salut à Jean-Pierre Pourcher, aïeul de l'abbé Pourcher, 1er historien de la Bête.

AVRIL  1766

  • 17 avril 1766. Marguerite Lèbre (7 ans) et sa sœur Isabeau (10 ans) sont attaquées par la Bête qui emporte la plus petite vers les bois de Montoussier. L'enfant est délivrée par son oncle, son grand-père et quatre hommes mais elle a la moitié du visage arraché et souffre d'une fracture du crâne. Elle mourra quelques jours plus tard.
  • 21 avril 1766. Un groupe d'hommes poursuit la Bête avec deux chiens près de Clavières mais la tueuse repousse les animaux avec une telle violence qu'ils refusent de reprendre la chasse.
  • 24 avril 1766. Désormais, la Bête se cantonne à la même région, les Trois Monts. A Clavières toujours, elle agresse un berger, secouru à temps.
    Ni l'histoire ni la tradition n'ont gardé de traces d'agression au mois de mai. Mais il est difficile de croire qu'il n'y en eut pas.

MAI 1766

  • 31 mai 1766. La Bête tue et dévore un enfant au bois de Sagnette. C'est le plus jeune des frères de Jean Tesseidre, le héros du 12 septembre 1765.

JUIN 1766

  • 3 juin 1766. La Bête emporte une fillette de 10 ans, surprise derrière sa maison, dans le village de Lescoussouses. Mais prise en chasse par des villageois et un gros chien de parc, elle doit lâcher prise. L'oreille droite arrachée et ayant perdu beaucoup de sang d'une grave blessure au cou, la fillette sera sauvée par un chirurgien venu de Langeac.
  • juin 1766. Joseph Chassefeyre est attaqué par la Bête alors qu'il laboure son champ au Fraisse. Il se dégage avec beaucoup de peine grâce à son "bigo", une houe à deux dents. La Bête délaisse totalement les six boeufs qui tirent la charrue.
  • juin 1766. Une femme de La Besseyre-St-Mary est dévorée au pied du Mont Mouchet.
    Les ragots vont bon train. La Bête s'attaquerait surtout à des familles mal vues des Chastel, les attaques ont repris peu après la sortie de prison d'Antoine, Antoine Chastel est garde-chasse des bois de la Ténazeyre, sur le Mont Mouchet, Antoine préfère vivre dans des cabanes cachées plutôt que dans une maison, il est mal vêtu, hirsute, Antoine est un "meneur de loups", Jean Chastel est dit "de la Masque", "fils de sorcière"...
    D'autres rumeurs circulent aussi, plus heureuses mais tout aussi étranges. Deux vachers de bonne constitution, Pierre Blanc, de Bugeac et Antoine Pichot dit "Bouqui" livreraient bataille fréquemment à la Bête aux alentours du Mont Chauvet. L'ayant vaincue une première fois après une longue lutte, elle reviendrait régulièrement les défier, comme dans un jeu, essayant de les faire toucher terre sans jamais les blesser. D'après Pierre Blanc, la Bête paraît toute boutonnée sous le ventre. Les habitants de Bugeac prennent l'habitude d'envoyer les enfants garder les troupeaux sous sa protection.
  • fin juin 1766. La Bête attaque un enfant à Servières, aussitôt délivré par des villageois. Le bambin s'en tire avec une blessure à l'épaule.

JUILLET 1766

  • début juillet 1766. Deux femmes, très pauvres, viennent demander l'aumône chez le fermier Médard, au domaine du Besset, et dont la vachère a été tuée le 9 août 1765. Malgré les mises en gardes de la maîtresse de maison, Jeanne Coste, les deux femmes repartent, confiantes dans leurs baïonnettes. Vers la Beyssere-St-Mary, elles sont attaquées par la Bête. L'une parvient à s'enfuir, l'autre est tuée et dévorée.
    Peu de temps après, un garçon de 15 ans est tué à La Beyssere-St-Mary.
  • 20 juillet 1766. A St-Privat-du-Fau, la femme Fournier va remplir sa cruche à la fontaine. La Bête lui saute dessus au moment où elle se penche. Heureusement, Jean Martin, ancien soldat, passe par-là et jette sur la Bête, en hurlant, un madrier qu'il portait sur la tête.
  • fin juillet 1766. Catherine Freyssenet, 42 ans, est attaquée au village de Vesseyre.

AOUT 1766

  • début août 1766. Près du village de Bugeac, la fille Valentin, 12 ans, s'enfuit devant la Bête. Mais elle s'enlise dans un bourbier. La Bête la dévore.
    Deux jours plus tard, près de la Clauze, un certain Peyralier fait la sieste dans son champ, pendant que son fils joue près de lui. Un berger, de la colline voisine, hurle pour le réveiller. La Bête est toute proche de l'enfant. Peyralier fait face avec sa houe. L'arrivée du berger fait fuir la Bête.
  • 15 août 1766. Anne Chabanel, 17 ans est attaquée par la Bête à Viallevielle. Se défendant vaillamment avec sa baïonnette et secourue par des hommes armés, elle s'en tirera avec une morsure à l'épaule.
  • 20 août 1766. La Bête attaque six garçons vachers près de Vesseyre. Tournant autour d'eux à toute allure, elle esquive les coups de baïonnette. Mais un groupe d'hommes intervient pour les sauver.
  • août 1766. Les deux filles de Jacques Lèbre sont attaquées en plein village de Bugeac. La plus jeune est égorgée en un instant et l'aînée reçoit une profonde morsure. Mais des villageois repoussent la Bête. La fillette guérira après un séjour prolongé à l'hôpital et d'atroces souffrances.
  • 28 août 1766. Une petite fille d'Auvers, 13 ans, garde des chèvres dans les bois de la Ténazeyre. Elle se réfugie dans une grotte en voyant la Bête mais celle-ci la retrouve et l'égorge. L'animal l'emporte pour la dévorer mais est dérangé par deux bergers.
  • fin août 1766. Une des petites filles de Jean Meyronnec est dévorée à Servières.

SEPTEMBRE 1766

  • début septembre 1766. A la tombée de la nuit, une marâtre envoie le fils de son époux, issu d'un premier mariage et qu'elle déteste chercher de l'eau. Elle veut empêcher son propre fils de l'accompagner en disant Reste ici ! Lui, que la Malebête l'emporte ! Ce ne sera pas une grosse perte. Mais les deux enfants sortent ensemble. La Bête emporte le fils préféré pour le dévorer.
  • 12 septembre 1766. Jean-Pierre Cellier, 12 ans, est dévoré à la ferme des Broussous, près de Paulhac.
  • 15 septembre 1766. En plein village de Servières, la Bête attaque la femme Merle mais est poursuivie par la foule. Dans un champ, elle les regarde approcher tranquillement puis d'un coup crève les yeux de la femme avec ses crocs et soufflant de rage, crache le sang à la figure des premiers arrivants avant de s'enfuir d'un bond. La femme Merle survivra, défigurée et aveugle.
  • fin septembre 1766. Deux petits garçons et une fille gardent des vaches près de Montgrand, grimpés sur la "Rocheberne" pour être à l'abri de la Bête. Mais quand la fillette descend, elle est terrassée et égorgée en un instant par l'animal, tapi à l'affût. Un colporteur veut se porter au secours des enfants mais les garçons sont terrorisés sur le rocher. De toutes façons, la petite est déjà morte.

OCTOBRE 1766

  • début octobre 1766. Barthélemy Simond est terrassé par la Bête près de Servières mais il parvient à se dégager à force de coups de pieds. Saisissant son fusil, il tire au jugé mais rate l'animal, qui toutefois préfère s'éloigner.
  • 10 octobre 1766. Des marchands de bestiaux se rendent à la foire de Maliargues, près d'Allanche. Vraisemblablement vers le Mont Mouchet, l'un d'eux, qui vient de se vanter de ne pas avoir peur de la Bête, descends de cheval pour satisfaire un besoin naturel derrière un buisson... A peine accroupi, il est agressé par la Bête. Grâce à ses compagnons revenus au grand galop, il s'en tire avec quelques blessures et, très probablement, un pantalon à laver.
  • octobre 1766. Une fille Blanc est dévorée à La Brugeyre, près d'Esplantas.

NOVEMBRE 1766

  • 1er novembre 1766. Jean-Pierre Ollier, 12 ans, est dévoré à La Soucheyre, alors qu'il gardait le troupeau.

DECEMBRE 1766


            Cet hiver là, les vaches restent à l'étable et les enfants à la maison. Les paysans sont pauvres. Ils sont dénués de tout et souvent, ils participent aux battues le ventre vide, tombant d'inanition. Mais la peur de la Bête est la plus forte. Aucune attaque n'est enregistrée cet hiver là. Peut-être y en eut-t-il. Mais les communications vont très lentement sous la neige et les ordres de Versailles pèsent lourdement sur la région.
Mais le printemps revient. Il faut faire sortir les troupeaux...

1767

     L’année 1767 commence comme 1766 s’est achevée. Après une période de calme durant les grands froids, tout est calfeutré, personne ne sort dans cette immensité neigeuse, les beaux jours reviennent et la vie pastorale aussi. Il faut bien s’occuper de quoi se nourrir et nourrir la terre.

Et la « Bête » aussi….

 

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Il faut bien reprendre le travail aux champs, dans la mesure du possible, on essaye d'être à plusieurs, pour se protéger mutuellement.

 

     Comme si elle sortait d’un engourdissement hivernal, la voilà qui reparait et reprend de plus belle sa danse macabre. Cette fois-ci, elle se cantonne aux alentours de « Nozeyrolles », l’ancien nom d’Auvers. Les messes, les processions, les prières n’y faisant rien, on décida un pèlerinage.(Voir ma carte avec les lieux des différents pèlerinages ainsi que les lieux d'attaques et de mort des deux Bêtes)

   Un premier pèlerinage a lieu à la chapelle « Notre-Dame-d’Estours [à Estours] » au nord-est de « Saugues ». Second pèlerinage, à « Notre-Dame-de-Beaulieu », à l’est de « St Privat-du-Fau ». Tous les prêtres avec leurs paroisses des environs s’y rendent en procession.

     Ignace Prolhac, prêtre de « Mende », officie. A la procession d’entrée de la messe, il encense la statue de la Vierge. On fait des offrandes, des communions nombreuses. On y fait brûler des lampes et des cierges.

   Jean Chastel présente 3 balles et son fusil, frappe le bassinet de sa main : « Mon fusil et moi nous sommes impuissants mais avec votre bénédiction et la protection de notre bonne mère de Beaulieu nous pourrions bien faire quelque chose. » (Pourcher, L’épiscopat français et constitutionnel et le Clergé de la Lozère durant la Révolution de 1789).

     Mais pour l’instant la lutte continuait, toujours aussi éprouvante, comme le témoigne cette histoire rapportée par le curé Pourcher.

       « On dit que dans ces jours-là, le vacher de Redon, dit Payre « d’Auvers », gardait les vaches à « La Tenezere » et la Bête féroce chercha tout le jour le moyen de pouvoir le saisir. Elle allait s’embourber et ensuite, elle venait se secouer auprès de lui en lui jetant la boue dessus, afin de lui faire tourner le dos et profiter du moment pour le saisir. Mais le vacher, sa hallebarde à la main, ne lui céda pas un instant.

     Elle se retirait et revenait pour le surprendre. Elle faisait semblant de fuir et dans un instant elle fondait sur lui. La Bête était furieuse de ne pouvoir pas terrasser le vigoureux vacher. En rentrant le soir, elle vint lui séparer 2 génisses des autres, et les fit rentrer dans le bois pour s’attirer le vacher, qui les abandonna.

     Arrivé à la maison, il le dit à son maître, qui tout en regrettant bien ses génisses, jugea à propos de les abandonner aussi, mais elles furent le lendemain devant la porte sans la moindre égratignure. »

 

           Ce machiavélisme du « Monstre » faisait jaser. Comment pouvait-elle se moquer insidieusement du monde, éviter les pièges emplis de poisons que disposaient dans tous les secteurs, des piégeurs-vétérinaires employés et rémunérés par l’état ? Quelle intelligence guidait ses faits et gestes ???

   Pourcher rapporte une tradition qui peut se rapporter à cette attaque :

      « Mon père se souvient, étant enfant, d’avoir entendu dire par son père à « Lesbinières », son village natal, commune de « Desges », canton de « Pinols », qu’un jour 2 jeunes filles allaient porter le manger de leurs parents, qui travaillaient dans les terres. Arrivées sous un blé prêt à moissonner attenant à un bois appelé « Combès », nom du terroir entre « Lesbinière » à « Desges », la Bête sortit de ce blé et attaqua une de ces filles, qui n’eut que le temps de dire à sa compagne : « Je suis perdue, adieu. »

    Quand on vint pour ramasser les restes de cette malheureuse fille, on trouva que la couture du devant de sa robe avait été décousue, comme si une personne l’avait fait. »

 18 juin 1767 (Jeudi, Corpus Christi) Enterrement de Jeanne Bastide :

     « Le dix-septième juin 1767, Jeanne Bastide de « Lesbinières », âgée de 19 ans, à 5 heures du soir a été dévorée par un loup carnassier au « Sanil », commun de « Lesbinières », ayant fait sa première communion cette année, et le 18 a été enterrée en présence de Jacques Langlade, Claude Biscarrat et Jean Soulier, tous de « Lesbinières », qui n’ont su signer de ce requis. Molherat, curé. » (A.D. Haute-Loire, E dép. 147/2). [Doc38]

 

LE PACTE DES LOUPS 7

 

Abandonnés par le pouvoir royal, c'est le marquis d'Apcher, le seigneur local (ici à droite) qui organise les battues, dont la dernière, ci-dessous, va être décisive. (Image issue du film précité)

 

     Le marquis d’Apcher, avisé, assemble une douzaine de chasseurs et part vers 11 heures du soir battre les bois du « Mont Mouchet » (Procès-verbal, 20/06). Les chasseurs sont Jean Chastel, Pierre Chastel, Antoine Chastel, Jean-François Chastel, Pierre Roux, Jean-Pierre Valet, Antoine Tournaire, Jean Taraire, François Lebre, Pierre Laborie, Jean-Pierre Chassefeyre et Pierre Pomier (Fabre).

    J’ai surligné les Chastel, dont le patriarche, Jean Chastel ne laisse personne indifférent. En tout cas, il est l’officiel tueur de la bête comme nous allons le voir dans cette relation. (Voyez en fin d’histoire, la vie mouvementée de Jean Chastel)

  « 19 juin 1767 (Vendredi, dernier quartier)

Le marquis d’Apcher a connaissance de la Bête ; à 10 heures un quart il poste ses tireurs (lettre, 28/07). Jean Chastel, posté à la « Sogne d’Auvers », [Sogne01/02] lit les litanies de la Vierge (d’après le curé Pourcher, tradition familiale). M. d’Apcher, avec 2 de ses hommes, aperçoit la « Bête », suivie d’un animal plus petit qu’elle, tacheté de blanc sur le col et sous le ventre, peut-être sa femelle. On lâche les chiens qui se rebutent ; un seul, plus hardi que les autres, poursuit le gros animal, qui se retourne pour le dévorer (lettre, 28/07).

    Quand la « Bête » paraît, Chastel la reconnaît fort bien, mais finit ses prières, ferme son livre, plie ses lunettes dans sa poche, épaule son fusil, fait feu (Pourcher). Le coup est chargé d’une balle et de 5 chevrotines. La balle traverse la nuque et fracasse les 4 premières vertèbres ; une chevrotine lui casse la jambe gauche du devant. La Bête pousse un grand hurlement et tombe raide morte.

      Il n’est pas possible de courir après l’autre animal qui se sauve dans le bois. Le marquis d’Apcher remet la chasse à un autre jour et descend à « Auvers ». Un paysan lui assure s’être battu contre la « Bête » l’année précédente, et l’avoir blessée d’un coup de baïonnette au-dessus de l’œil gauche. M. de la Védrines réaffirme l’avoir tirée 2 ans auparavant et l’avoir blessée à la cuisse gauche avec une balle. Presque tous les paysans du lieu assurent l’avoir vue plusieurs fois de fort près, et qu’ils pourraient la reconnaître. Quand l’animal arrive, on lui examine la tête et la cuisse ; on trouve les cicatrices des 2 blessures et tous reconnaissent la « Bête ». Elle est portée le soir au château de « Besques » (lettre, 28/07).

      On promena la dépouille de la Bête dans tout le pays, puis on la mit dans une caisse et Jean Chastel partit, avec ce triomphal et encombrant colis, pour Versailles. Là ne manqueraient point les savants pour diagnostiquer quel pouvait être cet animal fantastique; on verrait bien que M. Antoine s’était joué du roi. Par malheur, le voyage s’effectua par les chaleurs d’août; à l’arrivée, la Bête était dans un tel état de putréfaction qu’on se hâta de l’enterrer sans que quiconque eût le courage de l’examiner. De sorte qu’on ne saura jamais, jamais ce qu’était la Bête de Gévaudan. Chastel, cependant, fut présenté au roi, qui se moqua de lui. Le brave homme soupçonna toujours qu’il était victime d’une intrigue de cour; il n’était pas de taille à protester; il courba le front, et revint au pays, où le receveur des tailles lui compta, pour toute gratification, soixante-douze livres. De récentes recherches historiques laisseraient penser que Jean Chastel ne soit jamais "monté" à Paris, mais que ce soit une autre personne qui ait fait le voyage.

 

 9 septembre (Mercredi) Jean Chastel touche une gratification :

« M. le receveur des tailles du diocèse de Mende en exercice la présente année payera au nommé Chastel la somme de 72 livres de gratification qui lui a été accordée par MM. les commissaires du diocèse pour avoir tué le 19 juin dernier dans une chasse exécutée sous les ordres de M. le marquis d’Apcher une Bête qu’on présume, attendu la suspension des malheurs depuis ledit temps, être celle qui les causait dans la partie du Gévaudan qui avoisine l’Auvergne du côté de Saugues, sans préjudice audit Chastel de solliciter et d’obtenir de plus grandes gratifications, surtout dans le cas où les malheurs auraient par la suite entièrement cessé. Laquelle somme sera alloué audit M. receveur en rapportant le présent mandement quittance. A Mende le neuvième septembre 1767. De Rets-Fraissenet, vicaire-général, président ; pour acquit, Chastel » (A.D. Lozère c. 1624) [Doc18].

 

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Jean Chastel, le "Tueur de Bête", a sa stèle dans son village natal, à la Besseyre-St-Marie. (Photo: Patrick Garcia)

 

     Mais le Gévaudan fut moins ingrat que Versailles; Jean Chastel en devint le héros. Son nom, après un siècle et demi, y est connu de tous; un écrivain local lui consacra un poème épique qui ne compte pas moins de 360 pages et dont l’élaboration dura vingt ans; la mort du monstre y est pittoresquement contée, on y voit le hardi chasseur :

 Ajustant son fusil ; le coup part, et la bête

Vomit des flots de sang. Certain de sa conquête,

Voyant que tout effort, tout cri sont superflus,

Chastel s’écrie : Bête, tu n’en mangeras plus !

     À la « Sogne-d’Auvert » – est-il nécessaire de l’ajouter? – certains assurent qu’au lieu même où a été tuée la Bête, "l’herbe ne vient pas plus haute une saison que l’autre" : elle y est, d’ailleurs, toujours rougeâtre, et aucun animal ne consent à brouter ce gazon maudit. »

 « La Bête, un Loups-cerviers, dits loups-garous?

« Il est une troisième espèce de loups nommés loups-cerviers ou loups-garous, appelés ainsi par la nécessité de s’en garder. Ces loups aiment de préférence la chair humaine ; ils suivent les armées, où ils trouvent des cadavres à découvert ou négligemment enterrés ; ils prennent tant de goût à cette chair, que faute d’hommes morts, ils en prennent adroitement de vifs : ils débutent par des enfants et des femmes grosses, et devenus plus hardis, dévorent les hommes les plus forts ; de là ces meurtres affreux et nombreux, arrivés anciennement dans le Piémont, dans le Gâtinais, et de nos jours dans le Gévaudan, dont tous les habitants seraient actuellement dévorés, si notre bon roi Louis quinze, le meilleur chasseur de son royaume, n’avait pas envoyé M. d’Enneval à leur secours. Le désordre que commettaient ces animaux était tel, que les peuples ne pouvaient l’attribuer à des loups ; ils l’ont attribué à une prétendue hyène, qui n’a existé que dans leur imagination. Chaque graveur, pour gagner l’argent des sots, a peint cette bête d’après la sienne ; mais ce que m’en a dit mon ami d’Enneval, de tous les hommes le plus véridique, cette prétendue hyène ne fut jamais autre chose qu’un loup-cervier. »

 

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Cet extrait est un complément paru dans la réédition de 1778 (Soulier, liste).

 Le Loup Voici quelques renseignements sur le loup, utiles pour toute discussion de sa possible implication (sources : Jean-Marc Landry, Le Loup, Delachaux et Niestlé).

    « À noter que l’auteur mentionne, mais ne développe pas, l’existence de loups solitaires. L’ouvrage comporte également un « abrégé »de l’histoire de la Bête d’après Buffières.

     À l’âge adulte, le poids oscille de 16 à 60 kg, exceptionnellement 80 kg. Le poids moyen d’un loup « français » était de 35.8 kg et celui d’une femelle de 28.1 kg. Le plus gros mâle tué pesait 82 kg, la plus grosse femelle 48 kg. Un loup des Carpates abattu en 1942 pesait 96 kg et mesurait 213 cm du museau à la pointe de la queue.

    La longueur du corps peut varier de 100 cm à 150 cm du bout du museau à la base de la queue, plus 31 à 51 cm de queue. Hauteur au garrot : 50-81 cm, ce qui en fait le plus grand des canidés (55-65 cm pour un berger allemand, d’un poids de 32 kg). Les poils du dos sont érectiles et se dressent le long de la colonne vertébrale, signe de colère ou de peur. La fourrure s’épaissit dès la fin de l’automne. La mue a lieu au printemps… »

 

LA VIE DE JEAN CHASTEL LE TUEUR DE LA BÊTE, CERTAINS PENSENT AUSSI L’INSTIGATEUR DE CERTAINS CRIMES ….

Jean Chastel, baptisé le 31 mars 1708 au village de Darnes - paroisse de La Besseyre-Saint-Mary (France) - et mort le 6 mars 1789 dans la même paroisse, est un paysan vivant sous l'Ancien Régime. Il est connu pour avoir tué la Bête du Gévaudan.

Jean Chastel, fils de Claude et Jeanne Vergognoux ou Bergougnoux, est né au village de Darnes (désormais sur la commune de La Besseyre-Saint-Mary, dans le département de la Haute-Loire), aux confins du Languedoc et de l'Auvergne (le Gévaudan tout proche et le Velay se situaient dans la province du Languedoc). Il est baptisé le 31 mars 1708 à La Besseyre-Saint-Mary. Il épouse Anne Charbonnier, fille d'un palefrenier, le 22 février 1735 à La Besseyre-Saint-Mary. De cette union naîtront neuf enfants, 5 filles et 4 garçons :

  • Jeanne, le 24 février 1736 (décédée le 20 novembre 1808, célibataire, à La Besseyre-Saint-Mary) ;
  • Agnès, le 28 mars 1737 ;
  • Pierre, le 8 mars 1739 (épouse le 23 février 1762, à La Besseyre-Saint-Mary, Catherine Chabanel du Besset, fille de Jean et feue Anne Biscarrat. Le baptême de Jean, le 17 août 1762, indique que ce mariage a régularisé une union illégitime. Décédé le 16 décembre 1823 à La Besseyre-Saint-Mary) ;
  • Agnès, le 14 janvier 1741 ;
  • Claude, le 3 juin 1742 ;
  • Jeanne Marie, le 4 août 1743 ;
  • Jean Antoine, le 20 avril 1745 (épouse le 26 janvier 1778, à La Besseyre-Saint-Mary, Catherine Charitat, fille de défunts Jean Pierre et Marie Tailier. Décédé le 30 mai 1823, veuf de Catherine Charitat, à La Besseyre-Saint-Mary) ;
  • Catherine, le 4 avril 1747 ;
  • Jean François, le 25 juin 1749 (est parrain d'un enfant de son frère Pierre le 2 mars 1776).

Chasseur émérite, braconnant parfois, Jean Chastel exerce les activités de brassier et de cabaretier. Il est inhumé en 1789 dans le cimetière paroissial de la Besseyre.

     Bien que l'on considère le plus souvent Jean Chastel comme le héros qui a tué la Bête du Gévaudan, il existe une thèse selon laquelle il aurait d'abord dressé cet animal à tuer. C'est le 13 février 1765 que le nom de Jean Chastel est pour la première fois évoqué dans l'affaire. Présent avec ses fils lors d'une chasse, il remarque que le fauve boite sur trois pattes avant de tout nier lors d'un rapport officiel.

Altercation avec les gardes-chasses

Le 16 août 1765, François Antoine, porte-arquebuse de Louis XV envoyé depuis Fontainebleau, chasse la Bête près du village de Saugues. Deux gardes-chasses (Pélissier et Lachenay), à cheval, cherchent un passage dans un bois. Ils tombent sur Jean Chastel, accompagné de ses deux fils, et leur demande si l'endroit ne cache pas de tourbières. Les paysans répondent qu'ils peuvent y passer en toute sûreté. Pelissier et Lachenay font avancer leurs chevaux, qui aussitôt s'embourbent. Les Chastel sont hilares devant la scène. Trempé, Pelissier empoigne le plus jeune des fils et le menace de le conduire en prison pour cet outrage. Le père et l'aîné le couchent aussitôt en joue avec leurs armes. Lachenay se jette sur Jean Chastel et détourne son fusil. Les gardes s'en vont faire leur rapport à leur commandant.

Sur la base du procès verbal qu'ils rédigent, François Antoine fait incarcérer les Chastel en la prison de Saugues. « J'ai l'honneur d'informer (...) du détail et de la hardiesse de ces mauvaises gens d'avoir osé coucher en joue nos dits gardes à brûle-pourpoint. Il est fort heureux qu’ils ne les aient pas tués et ce qu'ils auraient bien mérité en pareille occasion. ». La consigne suivante est donnée aux juges et consuls de la ville : « Ne les laissez sortir que quatre jours après notre départ de cette province ! ».

C'est à cette occasion, que la thèse affirmant que les Chastel seraient impliqués dans ces massacres commence à prendre forme. En effet, durant les mois d'incarcération des Chastel, le nombre des attaques est très faible... Et ne prendra de l'ampleur qu'à leur libération! 

 

8 loup peinture

 

La bête commettra bien moins de crimes pendant que les Chastels seront en prison.

 

Jean Chastel aurait décidé d'arrêter le "Monstre" suite à un fait marquant pour lui:

Marie Denty, âgée d'environ 12 ans, est dévorée le 16 mai 1767. Elle est inhumée le lendemain dans le cimetière de sa paroisse (Sepsol). Jean Chastel signe l'acte de décès. On retrouve la trace de Jean Chastel lors d'un pèlerinage en Margeride. Il y aurait fait bénir trois balles fondues à partir des médailles de la Vierge Marie qu'il portait à son chapeau « Mon fusil et moi nous sommes impuissants, mais avec votre bénédiction nous pourrions bien faire quelque chose ».

 

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Jean Chastel, le tueur de la Bête, pouvait-il, aussi, être à l'origine d'une partie des meurtres? Nombreux se posent la question, et je ne déroge pas moi aussi à cette question....

 

ACCUSATIONS CONTRE JEAN CHASTEL

    De son vivant, Jean Chastel est connu sous le sobriquet  « de la masca », ce qui signifie, en patois, « (fils) de la sorcière ». Il signe fréquemment les registres paroissiaux (les paysans lettrés sont rares). Son frère Jean-Pierre Chastel, est un condamné à mort en cavale pour le meurtre de son neveu Joseph Pascal.

Dès les années 1930, des auteurs voient en ces paysans des meneurs de loups suspectés d'avoir commis les meurtres par pur sadisme ou justice privée.

     Le nom de deux des fils de Jean Chastel reviennent souvent dans l'affaire : Pierre et Jean-Antoine (plus communément appelé « Antoine »), gardes-chasses, âgés alors respectivement de 26 et 20 ans. Selon la tradition orale déformée par le travail de certains romanciers comme Abel Chevalley et Henri Pourrat, Antoine, ayant fui très jeune la région, aurait été fait prisonnier des pirates musulmans en Méditerranée. Revenu au pays, ce jeune marginal aurait dressé la Bête à tuer. Mais aucun argument valable n'accrédite ces accusations.

     Des auteurs comme Michel Louis pensent que les Chastel n'ont pas hésité à menacer les gardes-chasses de Versailles (en 1765) car ils se sentaient protégés par un personnage haut-placé. Ce même mystérieux individu aurait convaincu M. Antoine de libérer les prisonniers après son départ. Le constat d'une diminution des attaques, le temps de l'incarcération, est souvent relevé comme étant troublant. La théorie veut que ce soit le comte Jean-François Charles de Morangiès qui ait tiré les ficelles. Mais encore une fois, ces affirmations ne reposent sur rien de concret.

Selon la tradition orale, Jean Chastel aurait été bouleversé par la mort de la jeune Marie Denty, qu'il considérait un peu comme sa petite-fille. Sa présence à l'inhumation (le 17 mai 1767) a donné lieu à de nombreuses discussions de la part des historiens, certains l’interprétant comme le repentir du criminel. Car un mois plus tard, Chastel fait bénir ses balles et tue la Bête qui, curieusement, attend calmement que le chasseur la mette en joue comme par familiarité.

(source Wikipédia)

 

 

QUELQUES FAITS ETRANGES

 

  • 7 avril 1765. Dimanche de Pâques. Gabrielle Pélissier, 17 ans, est considérée comme une des plus jolies filles du Gévaudan. Après sa première communion et avant la fête prévue en son honneur, le soir, elle doit garder les vaches avec son père à La Clauze. Celui-ci part le premier, peu avant le coucher du soleil. Ne la voyant pas rentrer, il part à sa recherche avec ses voisins. Ils la trouveront couchée dans un bourbier, paraissant endormie. Mais quand ils la toucheront, la tête roulera sur côté. Elle a été tranchée et remise sur le tronc. Le chapeau a été replacé sur le crâne entièrement rongé. Ses viscères ont été dévorés mais les vêtements remis en place.
  •  

 

  • 1er mai 1765. Vers 18 heures, dans les pâturages du Marlet , près de St Alban, l'aîné des frères La Chaumette aperçoit la Bête se diriger vers un vacher de 15 ans qui garde le troupeau. Il s'arme aussitôt avec son frère aîné pendant que le troisième frère, prêtre, se dirige vers la Bête pour la rabattre. Mais l'animal s'éloigne dans la direction opposée avant que les La Chaumette soient en position. Heureusement, des paysans lui coupent la route. L'un des frères la tire alors à 67 pas. La Bête tombe et roule deux ou trois fois mais se relève. Un deuxième coup de feu la projette contre un rocher. Une fois encore, l'animal se relève et s'enfuit. Les frères La Chaumette, parmi les chasseurs les plus réputés de la région, la poursuivent en vain jusqu'à 21 heures. Mais, enfin, la Bête est blessée (au côté droit du cou, déclarent deux paysans qui la voient passer). Elle laisse de nombreuses traces de sang.
  •  
  • 21 juin 1765. Solstice d'été et nouvelle crise meurtrière. La Bête tue un garçon de 14 ans au hameau de Pépinet. Le corps sera retrouvé avec une cuisse et la poitrine mangées. La tête tranchée comme l'aurait fait un couteau de boucher ne sera jamais retrouvée.
    La Bête tue et dévore une jeune fille de 15 ans près de Sauzet, sur la même paroisse.
    Presque au même endroit, la Bête tue une femme de 45 ans.
    La tête est tranchée net et emportée, ainsi qu'un bras.
  •  
  • 21 juillet 1765. Claude Biscarrat, 9 ans, est tué et emporté par la Bête sur un pâturage d'Auvers, vers 19 heures. A l'aurore, ses habits (certains affirmeront même qu'ils ne sont pas déchirés) sont retrouvés dans un champ.
  •  
  • 11 septembre 1765. Venus de St-Flour, quatre hommes approchent de Paulhac. L'un d'eux, Jean Gouny, 30 ans, qui marche un peu en arrière, tire sur la Bête à 20 pas. Celle-ci ne bronche pas et attaque l'homme, aussitôt terrassé et mordu. Heureusement, les trois autres personnes, revenues sur leurs pas, parviennent à mettre en fuite l'animal. Etrangers au pays, ils feront pourtant la même description de la Bête, rayée sur le dos, tachetée, rougeâtre, beaucoup plus souple qu'un loup.
  • 12 septembre 1765. Jean Tesseidre, 17 ans, de Bussat (ou Buffat), et Jacques Bastide, 13 ans, voient un animal fait comme un chien, mais de la taille d'un loup. Il avance tranquillement sur le chemin, passe près de Jean avant de se retourner brusquement et de le saisir à la nuque. Mais la Bête délaisse cette proie pour se jeter sur le petit vacher qu'elle traîne à 50 pas. Malgré la douleur, Jean se jette aussitôt sur la Bête avec sa baïonnette et parvient même à la faire fuir, laissant Jacques dans un état grave. L'aîné recevra une récompense de 96 livres.
  •  
  •                  LES CHASTELS SONT INCARCÉRÉS

 

  • 16 août 1765. Une nouvelle chasse est organisée, sans résultat mais émaillée d'un incident. Trois hommes, Jean Chastel et ses deux fils, Pierre et Antoine, incitent deux des gardes d'Antoine de Beauterne à traverser un bourbier, par tromperie. Les deux cavaliers échappent de peu à la mort. Les Chastel sont aussitôt jetés en prison.

 

              7 novembre 1765. Jean et Pierre Chastel sont libérés. Antoine est gardé encore quelques jours.

 

Durant cette période pas ou presque pas de crimes…

 

            juin 1766. Une femme de La Besseyre-St-Mary est dévorée au pied du Mont Mouchet.
Les ragots vont bon train. La Bête s'attaquerait surtout à des familles mal vues des Chastel, les attaques ont repris peu après la sortie de prison d'Antoine, Antoine Chastel est garde-chasse des bois de la Ténazeyre, sur le Mont Mouchet, Antoine préfère vivre dans des cabanes cachées plutôt que dans une maison, il est mal vêtu, hirsute, Antoine est un "meneur de loups", Jean Chastel est dit "de la Masque", "fils de sorcière"...
D'autres rumeurs circulent aussi, plus heureuses mais tout aussi étranges. Deux vachers de bonne constitution, Pierre Blanc, de Bugeac et Antoine Pichot dit "Bouqui" livreraient bataille fréquemment à la Bête aux alentours du Mont Chauvet. L'ayant vaincue une première fois après une longue lutte, elle reviendrait régulièrement les défier, comme dans un jeu, essayant de les faire toucher terre sans jamais les blesser. D'après Pierre Blanc, la Bête paraît 
toute boutonnée sous le ventre. Les habitants de Bugeac prennent l'habitude d'envoyer les enfants garder les troupeaux sous sa protection.

 

  •  
  • avril 1767. Quatre femmes étrangères au pays, dont deux sur le même cheval, marchent près de Servilange lorsqu'elles sont accostées par un homme hirsute, crasseux, aux cheveux très longs, tenant un fusil couvert de rouille et la main toute velue et qui leur annonce qu'il va tuer la Bête. Il les retrouve plus tard à Pompeyrin pour leur recommander un raccourci par les bois de Favard. Effrayées, les femmes pressent le pas pour s'éloigner de cet homme. Plus tard, des villageois viennent leur recommander la prudence. La Bête rôde dans les bois du Favard. Les gens du pays supposent que l'homme doit être Antoine Chastel.
  •  
  • mai 1767. Etrange aventure pour Pailleyre, dit "Bégou", un habitant de Pontajou. Trompé par la lueur de la lune, il se lève en pleine nuit et sort de sa maison, croyant aux premières lueurs de l'aube. Un homme de grande taille, nu, le corps couvert de poils se baigne dans le ruisseau Pontajou. Se sentant observé, l'homme fait un fond et disparaît. A sa place, il n'y a plus que la Bête qui charge Pailleyre, lequel a juste le temps de rentrer et de verrouiller sa porte. "Bégou" aura du mal à se remettre de cette vision. Mais il a tout de même cru reconnaître Antoine Chastel.
  • 16 mai 1767. Au hameau de Septsols, près de La Besseyre-St-Mary, la petite Marie Denty, 12 ans, est dévorée par la Bête. L'enfant n'est pas n'importe quel enfant. C'est la protégée de Jean Chastel, le "fils de sorcière", 59 ans. Celle a qui il ne pouvait rien arriver...

 

17 mai 1767. Marie Denty est inhumée à La Besseyre-St-Mary. Ce jour là, Jean Chastel, pour la première fois depuis plus de vingt ans pénètre dans l'église, suivi de son fils Pierre. Les parents de la petite Marie lui ont demandé de signer le registre à lui le mal aimé, le mécréant, à lui qui, depuis quelques mois, a aimé comme un grand-père la petite fille.

 

  • 23 mai 1767. Deux jeunes filles de Combès sont attaquées par la Bête. L'une parvient à s'enfuir. Lorsque les restes de l'autre jeune fille sont retrouvés, les villageois constatent que sa robe n'a pas été déchirée mais défaite de haut en bas.
  •  
  • 14 juin 1767. Nouveau pèlerinage, cette fois-ci à Notre-Dame-de-Beaulieu. La foule se presse, bien plus nombreuse encore que le 7. Et Jean Chastel, l'air très soucieux, assiste à cette messe en compagnie de ses fils Pierre et Antoine. Il s'adresse à l'abbé Prolhac, archiprêtre de Mende : Mon père, ces trois balles, je les ai fait fondre dans une médaille de la Ste Vierge. Bénissez-les, mon père ! Que vous les bénissiez et il suffira d'une seule pour tuer cet animal malfaisant.
  •  

 

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La charge est lourde (voir ci-dessous) contre Jean Chastel.

 (JEAN CHASTEL)"UN SERIAL KILLER EN LANGUEDOC"

     Mais il y a un auteur, V. Battaglia, qui dans son site internet jette encore plus le doute sur Chastel, le tueur de la vraie « Bête », qui selon cet auteur, pourrait bien pu avoir participé à certains meurtres. L’auteur pourrait être le réalisateur du film le « Pacte des Loups » tellement sa théorie et les arguments qu’il y développe sont proches du film (précité) de Christophe Gans :

 

A cet effet, je glisse sa conclusion et son site internet:

 

http ://www.dinosoria.com/bete_gevaudan.htm

 

 « Un serial killer en Languedoc

 

Il y a en fait deux types de meurtres. Ceux qui ont été commis par un ou des animaux. Ceux qui ont été perpétrés par un pervers sexuel qu’on appelle aujourd’hui serial killer.

 

Le principal suspect est Jean Chastel qui occupait l’équivalent aujourd’hui du poste de garde forestier.
Il est assez troublant, vous en conviendrez, qu’aucun meurtre n’ait été commis pendant son incarcération en 1765. Par contre, dès qu’il a été relâché, les crimes ont repris.

 

Vous me direz : « oui, mais c’est lui qui a finalement tué la bête ». C’est vrai mais dans des conditions plutôt étranges.
Quand il a visé l’animal, celui-ci ne s’est pas enfui, bien au contraire, il s’est arrêté et est venu tranquillement s’asseoir devant Chastel.
Pour un monstre sanguinaire, il a fait preuve d’une bien grande docilité.

 

L’étude des serials killer démontre qu’avant de passer à l’acte, ils tuent en rêve des milliers de personnes. Mais, leurs crimes ne sont jamais à la hauteur de leurs fantasmes. Ils ont donc l’obligation de répéter inlassablement ses meurtres.
Un serial killer ne s’arrête jamais pour cette raison. Quand les meurtres s’interrompent, c’est que le serial killer est en prison ou qu’il est mort.
Pourquoi Chastel s’est-il alors arrêté ?

 

 Entre homme et bête

 

Au vu de tous les indices fournis par les différents ouvrages et par l’émission consacrée à la bête du Gévaudan diffusée sur la chaîne Planète, je vous livre ma conclusion des faits.

 

     J.Chastel a domestiqué un animal issu d’un accouplement entre un loup et un chien. Il a dressé cet animal à attaquer l’homme.
Il est d’ailleurs fort probable que ses crimes ont commencé bien avant le début de cette histoire.
Comme le dit un professionnel dans le documentaire télévisé, on peut parfaitement habituer un loup à attaquer l’homme si on lui donne de la chair humaine.
En fait, il faut sacrifier à l’animal des proies faciles quand il est jeune comme des enfants.

 

     Donc, bien qu’on n’en ait aucune preuve, il est certain que Chastel a enlevé des enfants pour les donner en sacrifice à son animal.

 

Le facteur déclenchant de sa folie a pu être une attaque de loups tout à fait banale.

 

    Le meurtre de la fillette, avec qui il était ami, n’était pas prévu. En effet, peu après, il sombre dans le mysticisme.
Lui qui ne s’était pas montré plus croyant que la moyenne se met à fréquenter l’église d’une manière assidue.
Il multiplie les visites au confessionnal et va jusqu’à faire bénir les balles qui lui serviront à tuer la bête

 

     Ce dernier meurtre, non souhaité, a certainement été un véritable électrochoc. Cette dernière atrocité a révélé à cet homme déséquilibré toute l’horreur de ses exactions.

 

En tuant lui-même l’animal qu’il avait dressé afin de concrétiser ses fantasmes pervers, il a lavé son âme de tous ces pêchers. Jusqu’à la fin de sa vie, il se consacrera à sa paroisse et montrera beaucoup de ferveur religieuse. »

 

 

PEREGRINATIONS DE LA BETE DEFINITIF LEGENDE

 

Saugues (43) Où le mystère de la Bête du Gévaudan :Carte personnelle où j'ai recensé tous les méfaits de la Bête durant ces 3 ans. Pour mieux l'observer, il faut la télécharger et vous pourrez mieux suivre le chemin du monstre au fur et à mesure de ses crimes. J'y ai épinglé tous les faits, relatés dans les divers récits et chronologies, car toutes et tous ne citent pas les mêmes crimes et les mêmes lieux. (Conception-réalisation : Patrick Garcia)

 

CHRONOLOGIE DES ATTAQUES ET VICTIMES DE LA BÊTE DE JANVIER 1767 A SA MORT LE 19 JUIN 1767

Aucune attaque n'est enregistrée cet hiver là. Peut-être y en eut-t-il. Mais les communications vont très lentement sous la neige et les ordres de Versailles pèsent lourdement sur la région.
Mais le printemps revient. Il faut faire sortir les troupeaux...

MARS 1767

  • 2 mars 1767. Marie Plantin, 11 ans, joue devant sa maison en compagnie de son père. La Bête surgit et emporte la fillette dans les bois, devant le pauvre homme effaré. Marie sera retrouvée dévorée.
  • mars 1767. Marie Reboul, 19 ans, est attaquée par la Bête. Elle doit la vie sauve à Jean Chassefeyre, 44 ans et Elisabeth Molherat, 28 ans et s'en tire avec une oreille arrachée, la moitié du visage labouré et une profonde morsure au bras droit.
  • 28 mars 1767. Marie-Anne Pascal, 9 ans, est dévorée près de Darnes, le village natal de Jean Chastel.
  • fin mars 1767. La Bête attaque Marguerite Denty, 32 ans. Celle-ci parvient à se défendre avec sa hache, malgré une morsure.

AVRIL 1767

  • 5 avril 1767. Le corps de Jeanne Paulet, 15 ans, est retrouvé à moitié dévoré. La jeune fille gardait ses moutons la veille sur les bords de la Desges, près de La Beyssere-St-Mary.
  • 7 avril 1767. Louise Soulier est tuée et dévorée par la Bête à Nozeyrolles.
  • 10 avril 1767. La Bête tue et dévore Etienne Loubat, 9 ans, à St-Privat-du-Fau.
  • 13 avril 1767. Une petite fille, Anne Blanc, est dévorée à Bugeac.
  • 16 avril 1767. Thérèse Paulet est tuée et en partie dévorée près de Grèzes.
  • 20 avril 1767. La Bête attaque à trois reprises un bûcheron, Barthélemy Denty, 50 ans et un petit garçon, dans les bois de Septsols. Par trois fois, l'homme repousse la Bête, de plus en plus furieuse. Il préfère finalement regagner le village pour mettre l'enfant à l'abri.
  • avril 1767. La Bête blesse grièvement un enfant de Vesseyre malgré le secours de son père.
  • 25 avril 1767. La Bête égorge une jeune fille de 17 ans sur la paroisse d'Auvers et la dévore en partie.
  • avril 1767. Quatre femmes étrangères au pays, dont deux sur le même cheval, marchent près de Servilange lorsqu'elles sont accostées par un homme hirsute, crasseux, aux cheveux très longs, tenant un fusil couvert de rouille et la main toute velue et qui leur annonce qu'il va tuer la Bête. Il les retrouve plus tard à Pompeyrin pour leur recommander un raccourci par les bois de Favard. Effrayées, les femmes pressent le pas pour s'éloigner de cet homme. Plus tard, des villageois viennent leur recommander la prudence. La Bête rôde dans les bois du Favard. Les gens du pays supposent que l'homme doit être Antoine Chastel.
  • 29 avril 1767. La Bête tue et dévore Rose de La Tallère à Nozeyrolles.
    Désormais la Bête se tient dans un cercle de 7 kilomètres de rayon, englobant une dizaine de paroisses des Trois Monts dont La Beyssere-St-Mary, Auvers, Paulhac, Servières.

MAI 1767

  • début mai 1767. Pompeyrin, paroisse de La Besseyre-St-Mary. Jean Bourrier, grimpé sur un arbre, voit soudain la Bête attaquer un de ses camarades, âgé lui aussi de 12 ans. Courageusement, armé d'un gourdin, il descend de l'arbre et attaque l'animal. La Bête se retourne contre lui mais un adulte intervient à ce moment et la met en fuite.
  • 5 mai 1767. Marie Bastide, 48 ans, est égorgée au Mont, entre Grèzes et Servillanges. Des villageois empêchent la Bête de dévorer ses restes.
    Catherine Coutarel est tuée et dévorée à Nozeyrolles.
  • mai 1767. Etrange aventure pour Pailleyre, dit "Bégou", un habitant de Pontajou. Trompé par la lueur de la lune, il se lève en pleine nuit et sort de sa maison, croyant aux premières lueurs de l'aube. Un homme de grande taille, nu, le corps couvert de poils se baigne dans le ruisseau Pontajou. Se sentant observé, l'homme fait un fond et disparaît. A sa place, il n'y a plus que la Bête qui charge Pailleyre, lequel a juste le temps de rentrer et de verrouiller sa porte. "Bégou" aura du mal à se remettre de cette vision. Mais il a tout de même cru reconnaître Antoine Chastel.
  • mai 1767. Jacques Pignol, 57 ans, et son fils de 6 ans, sont attaqués par la Bête dans un pré de Pontajou. Fidèle à son habitude, l'animal tourne autour d'eux et cherche à s'emparer de l'enfant. Mais le père la pique avec sa baïonnette et l'oblige à lâcher le garçon. Puis l'enfant dans les bras, il repart à reculons jusqu'à sa maison, la baïonnette pointée. La Bête attaquera sans relâche jusqu'à ce qu'il ait pu refermer la porte.
  • 10 mai 1767. La Bête s'empare d'une fille de La Clauze, paroisse de Grèzes et l'emporte dans les bois. Mais des villageois l'obligent à lâcher sa proie avec des fourches et des lances. Jusqu'à sa mort, en 1830, la jeune fille gardera le visage couvert de cicatrices.
  • mai 1767. La Bête attaque Laurent Védal, 17 ans, près de Servières. Le solide garçon parvient à faire décamper la Bête grâce à sa baïonnette.
    Le lendemain, la Bête revient et attaque Laurent Védal presque au même endroit. Elle est si furieuse que le jeune homme ne doit la vie sauve qu'à l'arrivée de trois de ses amis.
  • 16 mai 1767. Au hameau de Septsols, près de La Besseyre-St-Mary, la petite Marie Denty, 12 ans, est dévorée par la Bête. L'enfant n'est pas n'importe quel enfant. C'est la protégée de Jean Chastel, le "fils de sorcière", 59 ans. Celle a qui il ne pouvait rien arriver...
  • 17 mai 1767. Marie Denty est inhumée à La Besseyre-St-Mary. Ce jour là, Jean Chastel, pour la première fois depuis plus de vingt ans pénètre dans l'église, suivi de son fils Pierre. Les parents de la petite Marie lui ont demandé de signer le registre à lui le mal aimé, le mécréant, à lui qui, depuis quelques mois, a aimé comme un grand-père la petite fille.
    A partir de ce jour, Jean Chastel retournera souvent à l'église, au service du curé Fournier.
  • 20 mai 1767. La Bête attaque Antoine Laurent à Servières. Un homme parvient à sauver l'enfant juste à temps.
  • 23 mai 1767. Deux jeunes filles de Combès sont attaquées par la Bête. L'une parvient à s'enfuir. Lorsque les restes de l'autre jeune fille sont retrouvés, les villageois constatent que sa robe n'a pas été déchirée mais défaite de haut en bas.
  • 26 mai 1767. La Bête dévore Joseph Meyronnec, 15 ans, près du Monchauvet.
  • 27 mai 1767. La Bête tue André Hugon à Nozeyrolles.
  • fin mai 1767. A deux reprises, la Bête attaque Jean-Baptiste Bergougnoux à la Vachèlerie.
    Une femme de 40 ans est attaquée entre Saugue et Grèzes. Trois bouviers se précipitent mais il est trop tard. La Bête l'a déjà égorgée.
     

JUIN 1767

  • début juin 1767. Entre le 1er et le 6, la Bête attaque 4 hommes, François Laurent, 32 ans, Barthelémy Moussier à Venteuges, Antoine Denty à Vesseyre, Antoine Veyret à Pompeyrin, tous secourus à temps.
  • 7 juin 1767. Pèlerinage à Notre-Dame-D'Estours, sur un promontoire rocheux au-dessus des gorges rocheuses de la Seuge. La foule est immense.
  • 11 juin 1767. La Bête égorge un enfant près de Desges.
  • 12 juin 1767. La Bête dévore Catherine Chautard, 9 ans, à Cauffours.
  • 14 juin 1767. Nouveau pèlerinage, cette fois-ci à Notre-Dame-de-Beaulieu. La foule se presse, bien plus nombreuse encore que le 7. Et Jean Chastel, l'air très soucieux, assiste à cette messe en compagnie de ses fils Pierre et Antoine. Il s'adresse à l'abbé Prolhac, archiprêtre de Mende : Mon père, ces trois balles, je les ai fait fondre dans une médaille de la Ste Vierge. Bénissez-les, mon père ! Que vous les bénissiez et il suffira d'une seule pour tuer cet animal malfaisant.
  • juin 1767. La Bête tue Guillaume Barthélemy à Servilanges. Trois hommes l'empêchent de dévorer sa victime.
  • 18 juin 1767. La Bête dévore un enfant près de Desges, tard dans la soirée.
    Vers 23 heures, le marquis d'Apcher, 22 ans, apprend cette nouvelle mort. Depuis des mois, il organise des chasses, des battues, des affûts, payant cette traque de ces propres deniers. Le marquis réunit en hâte 12 chasseurs des communes voisines et convoque ses valets et leurs chiens. Il suppose que la Bête est retournée vers le Mont Mouchet.
  • 19 juin 1767. 7 heures du matin. Les chasseurs sont à pied d'oeuvre mais le territoire est vaste et ils ne sont pas nombreux.
    10 heures. Jean Chastel est posté à "La Sogne d'Auvers" sur la pente nord-est du Mont Mouchet. Les chiens rabattent la Bête vers lui. Il est en train de lire un livre de prières, ses lunettes sur le nez lorsque les broussailles s'écartent. La Bête est là et curieusement, elle s'arrête et s'assied sur son arrière train.
    Tranquillement, Jean Chastel pose ses lunettes et son livre. La Bête et lui s'observent quelques secondes puis le vieil homme prend son fusil, met un genou à terre et tire. Une seule fois. La Bête du Gévaudan est morte. Elle entre dans l'histoire...


L'autopsie pratiquée par Antoine Boulanger, chirurgien à Saugues, ne permet pas de déterminer s'il s'agit d'un loup. La Bête y ressemble mais différent de tous ce que ces gens connaissent. Son pelage, entre autres, est rougeâtre, étrange.

"La Bête pèse 109 livres (53,3 kilos), mesure 77 centimètres à l'échine. Ses crocs mesurent 37 millimètres. Une cicatrice au dessous de l'articulation de la cuisse droite, une autre à la cuisse gauche, trois grains de plomb au jarret, et une blessure sous l'oeil gauche qui semble avoir été faite par un instrument tranchant. La balle mortelle de Jean Chastel lui a percé le cou, coupé la trachée artère et brisé l'épaule gauche.Le chirurgien retirera de l'estomac de l'animal une tête de fémur d'enfant d'âge moyen."

Contrairement aux ordres du marquis d'Apcher qui lui demande de préparer le corps pour le présenter au roi, il vide simplement l'animal et le rempli de paille.

Extrait du procès-verbal de Maître Marin, notaire royal : ...cet animal nous a paru être un loup, mais extraordinaire et bien différent par sa figure et ses proportions des loups qu'on voit dans ce pays. Comme nous le font remarquer plusieurs chasseurs et beaucoup de personnes connaisseuses, il ne ressemble vraiment au loup que par la queue et par le derrière. Sa tête est monstrueuse, l'ouverture de sa gueule est de 7 pouces (19 centimètres), la mâchoire est longue de 6 pouces (16 centimètres). Ses yeux couleur cinabre (rouge-orangé) présentent une membrane singulière partant de la partie inférieure de l'orbite et venant au gré de l'animal recouvrir le globe de l'oeil. Son cou est recouvert d'un poil épais, d'un gris roussâtre, traversé de quelques bandes noires. Le poitrail présente une grande marque blanche en forme de cœur. Ses pattes à 4 doigts sont armées de gros ongles beaucoup plus longs que ceux de devant, et ont la couleur de celles du chevreuil (rousse). Tout cela... de l'avis de tous les chasseurs, on n'a jamais vu de loup aux pareilles couleurs.
La mâchoire supérieure est garnie de 6 incisives, 2 grandes lanières (crocs) et de 6 molaires de chaque côté, soit 20 dents. La mâchoire inférieure est garnie de 22 dents, à savoir 6 incisives, 2 lanières semblables aux supérieures et 7 molaires de chaque côté 
(Archives nationales, F. 10476).

Procès_verbal_d’examen_du_corps_de_la_“bête_du_Gevaudan”_2_-_Archives_Nationales_-_AE-II-2927

 

Le procès verbal de l'autopsie de la Bête. (Image du Net)



Jean Chastel ne reçoit quasiment aucune reconnaissance des villageois, aucune du Roi (la Bête est morte officiellement depuis longtemps et la charogne puante qui lui est présentée six semaines après sa mort l'indispose). Les Etats Généraux du Gévaudan accorderont au "héros" 72 livres (moins de 9 400 F actuels) pour avoir tué la "Bête".

 

 DOCUMENTATION-SOURCES :

Pour cette chronologie de l’HISTOIRE DE LA BÊTE DU GÉVAUDAN, j’ai lu tout ce que j’ai pu lire qui fut publié sur « La Bête » et j’ai visité tous les sites internet dédiés à cette triste histoire.

 Pour  les livres, les plus complets sont « La Bête du Gévaudan, véritable fléau de Dieu,  par l’Abbé Pourcher » aux édition Abbé Pourcher 1989 (réédition de l’originale de 1889),

 Puis le livre de l’abbé François Fabre « La Bête du Gévaudan » qui reprend Pourcher, mais complétée avec de nombreux témoignages nouveaux, et enrichie par Jean Richard, le conservateur du « Musée de la Bête » à Saugues.

Des sites dédiés à ce monstre sont très documentés dont trois sont de véritables Bibles :

« Dans l’Ombre de la Bête »

http://www.labetedugevaudan.com/

  Alain Bonnet y a compilé 656 pages de lettres, de relations, de journaux, de traditions orales, de comptes rendu de manière chronologique. C’est la REFERENCE en la matière !

Sa page Facebook :

https://www.facebook.com/dans-lOmbre-de-la-B%C3%AAte-326628337363509/

 Liste des victimes, tout est téléchargeable en PDF. Mais abondance de biens est parfois dure à digérer….

 Pour ceux qui ne veulent pas suivre cette chronologie durant des jours, un autre site permet de mieux comprendre cette calamité, et de façon plus ludique, il s’agit de

« L’Histoire de la Bête du Gévaudan »

http://www.betedugevaudan.com/fr/index_fr.html

qui possède une page Facebook

https://www.facebook.com/La-B%C3%AAte-du-G%C3%A9vaudan-10150154353440727/

Le site s’inspire, entre autre, des recherches d’un écrivain :

G. Lenotre- 1933- Histoires étranges qui sont arrivées, éditions Mame.

 Une très belle chronologie des attaques et des victimes, doublée d’un excellent article est à visiter sur le site :

« Le Guide de l’Inexpliqué en Ligne :La bête du Gévaudan » tout y est excellent !

http://inexplique.arkayn.free.fr/gevaudan.htm

 Un article du journal « La Montagne » Publié le 10/12/2016 est édifiant : « Haute-Loire :La Bête du Gévaudan reconstituée par un passionné »

http://www.lamontagne.fr/puy-en-velay/faits-divers/societe/2016/12/10/la-bete-du-gevaudan-reconstituee-par-un-passionne_12203076.html

 

gevaudan la bete reconstituée

 

Reconstitution de la Bête d'après les mesures établies lors de l'autopsie et aussi par les rappports des témoins.

 

LA BETE

 

Reconstitution de la Bête d'après les mesures établies lors de l'autopsie et aussi par les rappports des témoins.

 

 Dans « L’Éveil de la Haute-Loire » j’ai retrouvé un article intéressant.

Vient de paraître 

« Pierric Guittaut traque la Bête du Gévaudan »

http://www.leveil.fr/saugues/loisirs/art-litterature/2017/07/20/pierric-guittaut-traque-la-bete-du-gevaudan_12491966.html

     Bien sûr je n’oublie par l’encyclopédie en ligne WIKIPEDIA pour son précieux apport !

     Et bien d’autres que je ne peux malheureusement tous citer….

JOSE PATRICGARCIA