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   Après la visite des « Majeures Romanes Auvergnates », de décide de reprendre mon périple vers le sud, et je commence par « La Chaise-Dieu », avant le « Puy en Velay » et les Cévennes ensuite…

   Depuis St Saturnin (63), je remonte au Nord vers Clermont-Ferrand où je prends l’A75, la belle autoroute GRATUITE qui mène de Clermont à Bézier. A hauteur d’Issoire, je la quitte pour aller à gauche vers « La Chaise-Dieu ». Il fait un soleil radieux et l’ « Été Indien »  est fabuleux en Auvergne, donnant des couleurs flamboyantes aux forêts d’épicéas et de charmes qui bordent les routes en lacets que je suis tranquillement avec mon vieux « Pépère » que je ménage chargé comme une mule qu’il est…

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Pour se rendre au siège de la fameuse abbaye, il faut monter près des nuages...(Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Cette route est remarquable et permet des points de vue remarquables. (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les monts du Livradois sont sublimes sous le soleil...(Photo : Patrick Garcia)

      Je voyage d’un pays de plateaux volcaniques avoisinant les 400m de haut, à mon but qui avoisine 1 000m. Les 60 kms de bitume montent régulièrement et de plus en plus. Les paysages deviennent splendides ; le vert émeraude des vallées, le vert sombre des sapinières, les dégradés flamboyants de feuillus , le bleu azur du ciel, les blancs de certaines fermes, les laves noires et parfois pourpres de quelques châteaux ou églises….Tout est superbe !

   La nature est extraordinaire et généreuse. Ici des vaches « Salers », impassibles, ruminent face aux lointains horizons, là des troupeaux de « Normandes » proches des fermes ancestrales, murissent un lait qui finira fromage en A.O.P.

Partout, le ruban de macadam est confortable, l’enrobé ne tolère pas une bosse, un régal de rouler dans cette région… Sur mon GPS, l’altitude ne cesse de monter, 600… 700… 800… 900…

 

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Paysages de la Haute Loire près de La Chaise Dieu. (Photo : Patrick Garcia)DSCN7185 copie

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Pays de montagnes douces, pays d'élevage où la "Salers" est une des reines. (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : L'Auvergne est un grand plateau de fromages! (Photo : du Net)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Au détour d'un chemin. (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La première vision du lieu saint...(Photo : Patrick Garcia)

    Je suis juste à quelques kms de la Chaise-Dieu, quand j’aperçois enfin, sur une butte, le lieu-saint et son écrin. Une belle vue, en élévation sur fond azuré. Je reprends ma route qui contourne par le haut le petit village, le parking de stationnement est l’ancienne gare désaffectée qui ne s’anime qu’à de rares occasions, l’été avec un train touristique.TRAJET LA CHAISE DIEU

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Trajet à partir de Ste Livrade sur Lot. (Photo : Patrick Garcia)

     Le pied, quoi… De la place, du soleil, quelques rares camping-cars, un silence seulement troublé par le carillon de l’abbatiale ? Pas de chance, quand même, le mercredi, l’O.T. est fermé, et l’abbaye est en grand chantier de rénovation, et, pour couronner le tout, les nombreuses et magnifiques tapisseries des Flandres du 15ème sont en rénovations dans les ateliers de Colombes…

    Je visite quand même l’église à la façade austère ; elle est précédée d’un long escalier monumental qui semble projeter l’abbatiale dans les airs et dans un même temps nous écraser de la puissance de ses tours clochers  et chemins de ronde.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La monumentale église de la Chaise-Dieu surmontée de sa coursive défensive, au bout d'un interminable escalier monumental. (Photo : Patrick Garcia)DSCN7202 copie

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le pélerin est écrasé par la masse de la Maison de Dieu... (Photo : Patrick Garcia)DSCN7275 copie

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : L'entrée monumentale de l'église.(Photo : Patrick Garcia)

    Je gravis les cinquante marches qui m’emmènent au parvis. Je suis écrasé par le porche qui a subi de grosses dégradations  lors des saccages protestants. Les statues et les sculptures ont quasiment toutes été arrachées ou saccagées mais reste l’élégance du porche brisé aux 6 voussures moulurées.

La Chaise-Dieu qui était à l’origine l’église d’une abbaye, d’où son nom d’église abbatiale ou Abbatiale. Abbaye crée par Robert de Turlande, venu en 1043 sur ce plateau du Livradois (1 000 m) pour être ermite, il attire la jeunesse, et  fonde « malgré lui » un monastère obeissant à la règle de saint Benoît dont la devise est « Ora et labora : Prie et travaille. » Il appelle ce lieu « Casa Dei Maison de Dieu », en français La Chaise-Dieu, d’où le nom de « casadéens » donné aux moines et aux habitants du bourg.

À sa mort en 1067, on compte 50 dépendances, églises ou prieurés ; par la suite quelques 300, certains à l’étranger. En 1640, la congrégation est rattachée à celle de Saint-Maur, favorisant un certain renouveau. À la Révolution française, les moines sont chassés de l’abbaye qui va subir de nouveaux outrages, succédant à ceux des huguenots qui vont rançonner et piller la plupart des grands lieux de cultes de la région.

     Cette grande église tient à la décision d’un ancien moine de La Chaise-Dieu, Pierre Roger de Beaufort, devenu Pape sous le nom de Clément VI en 1342, de se faire enterrer « dans son ancien monastère car il sent qu’est en exil à Avignon. »

 

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Vue cavalière du 18ème siècle de l'ensemble des bâtiments 

 

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Plan de l'église.jpg_maquette_doc_petit

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » :Maquette de l'abbaye à son apogée.

 

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : plan de l'ensemble des bâtiments.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Vue de l'église et de la tour Clémentine. (Photo : Patrick Garcia)DSCN7206 copie

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : L'église possède un des rares jubés existants encore en France. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : On est tout de suite frappé par la largeur des arcs de l'église qui lui confèrent  une spatialité architecturale exceptionnelle... (Photo : Patrick Garcia)DSCN7211 copie

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : On y vénére le tombeau du fondateur, St Robert. (Photo : Patrick Garcia)

      J’entre, et je suis étonné, l’église possède encore son jubé, même s’il est assez modeste en rapport au foisonnement de celui de l’extraordinaire jubé d’Albi.

   La construction des jubés remonte au Moyen Age. Le jubé est une clôture très ornée, très souvent en pierres, séparant le chœur de la nef et souvent surmontée d’une galerie. Ils séparaient la nef, où se tenaient les fidèles, du chœur réservé au clergé. 
Apparus à la fin du XIIème siècle ils disparaissent au XVIIème. La Révolution les détruira dans de très nombreux cas…

   C’est donc quelque chose d’assez peu courant que cet immense vaisseau de pierre, a la chance de conserver ! La notoriété de St Robert de Turlande fit, très tôt, de la Chaise-Dieu, un lieu de pèlerinage réputé. Sa pierre tombale, toujours visible au pied du jubé, est toujours l’objet d’une grande dévotion, comme j’ai pu le constater.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La belle Crucifixion qui domine le jubé. (Photo : Wikimédia)

Une belle crucifixion (début XVIIe) surmonte le jubé avec un Christ à l’anatomie réaliste ; à gauche, une Vierge très souffrante exprime sa compassion et, à droite, l’apôtre saint Jean. Le croisillon gauche de la croix est moins long, car des casadéens à la Révolution voulurent la protéger et la couchèrent à plat sur le jubé pour la cacher ; elle fut ainsi soustraite aux mains malfaisantes.

     L’église est claire, de vastes proportions et très aériennes.  L’abbatiale St Robert présente la particularité de posséder trois nefs d’hauteurs identiques qui confèrent à l’intérieur, une largeur impressionnante ! Cette disposition est propre au gothique méridional. La seule lumière est celle qui provient des nefs latérales, ce qui a obligé l’architecte à créer des baies exceptionnellement hautes et à repousser au plus haut les arcs qui séparent les nefs.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La monumentalité de la nef est accentuée par les 150 stalles alignées de part et d'autre du tombeau du pape Clément VI.... (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Autre vue de la nef principale. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le superbe tombeau du pape Clément 6 , réalisé du vivant de ce pape! Photo : Patrick Garcia)DSCN7262 copie

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Gros plan sur le visage de Clément 6. (Photo : Patrick Garcia)

    Elle possède quelques joyaux, outre les tapisseries, elle conserve dans son déambulatoire Nord, une célèbre « Danse Macabre » (voir au bas l’article détaillé), une belle « Piéta » du 15ème et le gisant, très réaliste du pape Clément VI, exécuté de son vivant (!) et qui « trône » au beau milieu d’une incroyable série de 144 stalles du 14/15ème siècle qui sont impressionnantes par leur répétition et leur unité, mais relativement « banales » dans leur réalisation, à part, celles qui forment les extrémités qui sont beaucoup plus ouvragées, mais dans un style géométrique, sans personnages comme à Auch ou Aubazines…

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : L'incroyable série de stalles commence de part et d'autre du jubé. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les seules décorations de ces stalles sont géométriques. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La richesse de l'abbaye est témoignée ici par les sièges des moines, au nombre de 150! (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Encadré par  les stalles, le tombeau du pape Clément VI. (Photo : Patrick Garcia)

    De même, les « miséricordes », qui sont, la sculpture accrochée sous le siège basculant des stalles, permettant ainsi aux vieux moines de se reposer un peu, sans être vraiment assis, ce qui est interdit lors des longues veillées, ces « miséricordes » sont ici tout à fait banales et sans réel intérêt, sinon leur ancienneté et leur grand nombre.

   Reste quand même, que ce très grand nombre de stalles témoigne de la puissance et de la richesse de l’abbaye. Étape essentielle avant le départ « officiel » de cette voie de St Jacques qu’est le « Puy en Velay ».

    Comme moi, certains touristes sont frustrés par leur malchance du moment.  Beaucoup sont de passage et ne peuvent être présents le lendemain, pour la visite du cloître qui se fait par l’O.T. ou pour voir le retour des fameuses tapisseries dont on ne peut admirer que des reproductions.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les somptueuses boiseries de l'orgue. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La sculpture flamboyante qui  met en valeur l'orgue monumental. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : A l'identique, le côté droit. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Un fabuleux ensemble... (Photo : Patrick Garcia)

ARMAND GASTON- CARDINAL DE ROHAN

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » (Photo : Patrick Garcia)

HYACINTHE CERRONI

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » (Photo : Patrick Garcia)

    En visitant l’église je découvre l’orgue splendide qui se trouve au-dessus du portail d’entrée, la splendide tribune sculptée qui le supporte, est un héritage des moines mauristes, elle fut construite au 17ème siècle. Le buffet d’orgue du XVIIe occupe la largeur de la nef, soutenu par des personnages semblant sortir des piliers.

À droite sur la balustrade, le roi David la tête couronnée et penchée, joue sur sa lyre les psaumes qu’il a composé ; à gauche, sainte Cécile avec son orgue ; deux anges couronnent l’ensemble ; il est en cœur de pin et signé Cox (flamand ?), et porte les armes de Hyacinthe Serroni, abbé commendataire de La Chaise Dieu (1672-1687). Restauré en 1976 grâce à Georgy Cziffra et au Festival de La Chaise Dieu et après quelques 180 ans de silence, il joue à nouveau, notamment pour les messes du dimanche. À noter, l’exil du Cardinal de Rohan ici en 1786, bien apprécié pour avoir protégé les casadéens lors d’un incendie du bourg.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Plaques mortuaires que j'ai rassemblé ici, les personnages importants ont toujours souhaité se faire ensevelir dans les lieux saints, afin d'être plus prés du paradis... (Photo : Patrick Garcia)

     Le lendemain, je peux enfin profiter de l’O.T. et des dépliants touristiques qui vont me permettre de visiter consciencieusement les nombreuses curiosités du secteur, mais je suis malheureux de ne pouvoir visiter le cloître, lui aussi en travaux, et donc inaccessible.

C’est donc muni de mon topoguide que je vais pouvoir apprécier les  curiosités de la Chaise-Dieu en toute connaissance de cause.

QUELQUES CURIOSITES PARMI D’AUTRES A VISITER

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Véritable donjon  défensif, la tour clémentine. (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La tour Clémentine, les tours-clochers défensives, le tout enfermé dans une forte enceinte, l'ensemble de l'abbaye était presque inexpugnable. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le cadran solaire de l'abbaye. (Photo : Patrick Garcia)

La Tour Clémentine domine l’ensemble abbatial et le haut de la ville. Construite en pleine Guerre de 100 ans, garnie d’archères et de mâchicoulis, ce puissant donjon accolé à l’abbatiale avait un rôle militaire défensif. Il est équipé d’un puits, d’un four et de réserves de vivres, mais il était aussi  le coffre-fort de l’abbaye, siège de la bibliothèque qui comptait pas moins de 6 000 livres et où s’entassaient tous les papiers et donations de la communauté. Au 16 ème siècle, les moines y trouvèrent refuge lors des assauts protestants.

SALLE DE L'ECHOS

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La salle de l'Echos que je n'ai pu photographier, car, en plein travaux de rénovation extérieure et intérieure. (Photo : Patrick Garcia)

La Place de l’Echo, en 1640, Richelieu, alors abbé commendataire de la Chaise-Dieu, décida de rattacher l’abbaye à la congrégation de St Maur, qui allait s’attacher à rénover l’ensemble des bâtiments conventuels. L’actuelle place de l’Echo jouait le rôle de cour d’honneur. Les bâtiments qui donnaient sur cette cour  étaient occupés en majeure partie par les logements des moines, fonction qui perdure encore aujourd’hui.

La Salle de l’Écho dont il est souvent question dans les commentaires sur l’abbaye, permet par un phénomène acoustique dû aux voûtes, d’entendre le chuchotement d’une personne placée à l’opposé de la pièce, sans que les personnes placées au centre de la salle ne puissent saisir le contenu de la conversation.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Chapelle des Pénitents. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le cloître de l'abbaye, complétement muré lors de ma visite, car en pleine rénovation. (Photo : du Net)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le cloître il y a une cinquantaine d'années. (Photo : G d'O)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les galeries du cloître. (Photo : G d'O)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le cloître, autre vue. (Photo : du Net)

Le Cloître et la Chapelle des Pénitents ont probablement  été construits à l’emplacement du cloître roman, entre la fin du 14ème et le début du 16ème siècle. Il n’en subsiste aujourd’hui que les galeries nord et ouest. A l’étage de la partie Nord très  belle salle gothique, a été préservée, même si les volumes ont été dispersés à la Révolution. Sur le flanc Sud du cloître, l’ancien réfectoire des moines est maintenant occupé par la chapelle des Pénitents. Celle-ci fait office d’église paroissiale lorsque le froid hivernal s’empare de l’abbatiale ; son architecture gothique ne manque pas de grandeur. On y trouve  une belle collection de bâtons de Pénitents… L’accès à cette chapelle se fait par un escalier situé au fond et à droite de la petite place de l’écho : prenez la rue St Robert qui passe sous le bâtiment du prieuré et descend dans le bourg…

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La place de la Fontaine, au pied de l'escalier de l'église, coeur névralgique de la cité, avec une date "1609" dans la réserve d'eau. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Au fronton de cette maison située près de la fontaine, une belle pietà sous un beau baldaquin, certainement en réemploi... (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Au fronton de cette maison située près de la fontaine, une belle pietà sous un beau baldaquin, certainement en réemploi... (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Au fronton de cette maison située près de la fontaine, une belle pietà sous un beau baldaquin, certainement en réemploi... (Photo : Patrick Garcia)

Place de la Fontaine, comme l’atteste la date sculptée sur la pile centrale, la fontaine fut au moins érigée en 1609. La commodité apportée par son édification semble relative, si l’on sait que la plupart des habitations  de la ville possèdent leur propre puits. Il faut plutôt voir dans sa présence un signe extérieur de richesse revendiqué par les habitants du quartier, qui en ont probablement financé la construction. Elle constituait également  un point d’eau pour les voyageurs et un approvisionnement commode en cas d’incendie…

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Dans cette ancienne rue, plusieurs bretèches défensives, dont celle-ci. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Et cellle-là...(Photo : Patrick Garcia)

Tout autour, les façades témoignent d’une mise en œuvre soignée… Les linteaux des portes présentent des décors sculptés. A l’entrée de la rue St-Esprit, une petite construction de pierre couverte d’un toit de tuiles vernissées fait saillie sur la façade de la première maison de droite, il s’agit d’une bretèche, élément d’origine militaire, présent sur plusieurs de la ville. Notez, la niche située en sommet de façade de l’une des maisons  située à droite en descendant cette place. Constituée d’éléments richement travaillés, elle contient une Piéta qui semble en bois (Vierge veillant sur son fils étendu sur ses genoux) bien ouvragée et polychrome abritée sous un dais énorme en pierres…

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La maison dite du "Drapier" avec ses restes d'arcades d'échoppes, et ses murs moulurés. (Photo : Patrick Garcia)

Maison dite « du Drapier », elle laisse imaginer que les deux arcades qui se déploient au rez-de-chaussée abritaient un commerce. Admirez la corniche sculptée qui court sous la fenêtre centrale du 1er étage, ainsi que les hautes fenêtres encadrées de colonnettes qui s’ouvrent au second niveau.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Cette jolie maison forte à machicoulis était appuyée contre la porte principale de la ville. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : A la droite de cette canonnière  sur la maison forte, une date : "1591". (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Autre vue de ce castelet accolé à la porte principale, aujourd'hui disparue. Dans le prolongement de ce bâtiment, la demeure ci-dessous. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Dans le prolongement de la maison forte, cette maison noble aux grilles de protection superbement ouvragées. Le passage couvert à droite, mène à la rue "des Casernes". (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Détail d'une des grilles. (Photo : Patrick Garcia)

Le « Portail de la Coste » qui se trouve au bas de la rue Ste de la Coste, était l’entrée principale de la ville. La tour garnie d’archères que l’on peut voir à l’angle de la rue de la Coste et des la rue des Fossés, en est le dernier vestige. Contemporaine et en retrait  de celui-ci, la Maison de la Cloze possède encore la galerie à Mâchicoulis et ses fenêtres à meneaux.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Dans la rue des Casernes, belle demeure ancienne avec fenêtre géminée. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Détail de la fenêtre géminée. (Photo : Patrick Garcia)

La rue des Casernes, pour y accéder, juste après la « Maison Cloze », monter la côte quelques mètres et tourner à droite dans le porche qui mène à la  « rue des Casernes ». Baptisée ainsi du fait de la caserne de gendarmerie, elle conserve encore strictement le plan médiéval peu à peu modifié ailleurs dans la ville. Dans cette petite rue, une baie géminée romane du 12ème siècle qui a survécu jusqu’à nos jours (Monument Historique).

Abbatiale de La Chaise-Dieu :

aide à la visite 

Vous entrez dans l’église abbatiale de La Chaise-Dieu qui était à l’origine, l’église d’une abbaye, d’où son nom d’église abbatiale ou AbbatialeAbbaye crée par Robert de Turlande, venu en 1043 sur ce plateau du Livradois (1 000 m) pour être ermite. Attirant la jeunesse, il fonde malgré lui un monastère avec la règle de saint Benoît dont la devise est « Ora et labora : Prie et travaille. » Il appelle ce lieu « Casa Dei Maison de Dieu », en français La Chaise-Dieu, d’où le nom de « casadéens » donné aux moines et aux habitants du bourg.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : l'impressionnante église fortifiée de la Chaise-Dieu. (Photo : Patrick Garcia)

À sa mort en 1067, on compte 50 dépendances, églises ou prieurés ; par la suite quelques 300, certains à l’étranger. En 1640, la congrégation est rattachée à celle de Saint-Maur, favorisant un renouveau. À la Révolution française, les moines sont chassés de l’abbaye.

Cette grande église tient à la décision d’un ancien moine de La Chaise-Dieu, Pierre Roger de Beaufort, devenu Pape sous le nom de Clément VI en 1342, de se faire enterrer dans son ancien monastère car il est en exil à Avignon.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le tombeau du saint fondateur. (Photo : Patrick Garcia)

1- Tombe et Autel de saint Robert de Turlande : Devant l’autel, la tombe du saint ornée d’une croix. C’est également le seuil de l’abbatiale romane où, par humilité, il souhaitait être inhumé. Un trou permettait de vénérer ses reliques. Au-dessus, le tableau rappelle sa confiance envers la Vierge Marie.

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le beau Jubé de l'église est devenu rare en France, il cloisonnait les stalles, domaine des religieux, de la nef où stationnaient les pélerins.(Photo : Patrick Garcia)

2- Jubé (XVe) : Sorte de balcon d’où le diacre proclamait l’Évangile aux fidèles du fond de l’église au cours de la messe. Construction appelée jubé en raison de la demande du diacre au prêtre de le bénir avant la lecture : « Jube me benedicere…  – Veuillez me bénir… ». Ce jubé séparait le chœur réservé aux moines de l’arrière de l’église destinée aux pèlerins et aux fidèles.

Une belle crucifixion (début XVIIe) [Voir photo ci-dessus, au sommet du Jubé] surmonte le jubé avec un Christ à l’anatomie réaliste ; à gauche, une Vierge très souffrante exprime sa compassion et, à droite, l’apôtre saint Jean. Le croisillon gauche de la croix est moins long, car des casadéens à la Révolution voulurent la protéger et la couchèrent à plat sur le jubé pour la cacher ; elle fut ainsi soustraite aux mains malfaisantes.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Détail d'un panneau de la tapisserie, "la Crucifixion".  La tapisserie est encore pour très longtemps en rénovation et absente de l'église. (Photo : du Net)

3- Représentation des Tapisseries (Flandres du XVIe, en restauration à Colombes jusqu’en 2017) Triptyque,

L’Annonciation : Scène centrale (Évangile de Saint Luc 11,26) L’Annonce à Marie par l’Ange d’être la mère du Sauveur réalise la prophétie de la scène de gauche où Dieu promet un Sauveur à Ève (Ancien Testament Gn3,15). Même visage d’Ève et de Marie.

À droite, Gédéon reçoit un signe de sa victoire : la rosée tombe miraculeusement sur la toison (Ancien Testament, Juges 6,38), préfigurant la conception miraculeuse de Jésus-Christ, Sauveur venant du ciel.

Résurrection de Jésus-Christ : Au Centre, Jésus debout, sortant du tombeau bénissant de sa main droite. À gauche, Samson emporte les portes de sa « prison » ainsi Jésus emmène au paradis des hommes. À droite : Jonas sort vivant du gros poisson, ainsi Jésus sort du tombeau immortel.

Illustration du principe : le Nouveau Testament réalise ce qui est annoncé dans l’Ancien Testament, sous mode de prophétie ou de préfiguration, car le Christ accomplit l’Écriture.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Le magnifique instrument ouvragé artistement, fierté de la ville...(Photo : Patrick Garcia)

 4- Le buffet d’orgue du XVIIe au fond occupe la largeur de la nef, soutenu par des personnages semblant sortir des piliers.

À droite sur la balustrade, le roi David la tête couronnée et penchée, joue sur sa lyre les psaumes qu’il a composés ; à gauche, sainte Cécile avec son orgue ; deux anges couronnent l’ensemble ; il est en cœur de pin et signé Cox (flamand ?), et porte les armes de Hyacinthe Serroni, abbé commendataire de La Chaise Dieu (1672-1687). Restauré en 1976 grâce à Georgy Cziffra et au Festival de La Chaise Dieu et après quelques 180 ans de silence, il joue à nouveau, notamment pour les messes du dimanche. À noter, l’exil du Cardinal de Rohan ici en 1786, bien apprécié pour avoir protégé les casadéens lors d’un incendie du bourg.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La Vierge romane, "Trône de Sagesse". (Photo : Patrick Garcia)

5- Vierge en Majesté: Comme dans toutes les grandes églises romanes d'Auvergne, se trouve une statue de la Vierge qui tient son enfant sur les genoux. Dans la pensée du sculpteur, elle est le trône de la sagesse éternelle. On appelle ce type de représentation : Vierge en majesté. 

La Danse Macabre de La Chaise-Dieu

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DANSE MACABRE

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Dessin des trois panneaux de la Danse des Morts.  (Photo :du Net)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Premiere partie, au-dessus d'un gisant. (Photo : Patrick Garcia)

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : 2ème partie de la Danse. (Photo : Patrick Garcia)

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 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : 3ème et dernière partie de la danse. (Photo : Patrick Garcia)

Cette fresque s’étend sur trois panneaux avec des personnages d’un mètre environ. Elle est composée de vivants de notre monde et de « Morts », ces squelettes stylisés, ces transis, parfois revêtus d’un linceul ; ces êtres imaginaires personnifient la Mort.

Elle est une danse parce que ces squelettes stylisés, viennent inviter à danser quelques 23 personnes représentant tous les personnages de la société médiévale.

Cette danse est macabre, car il s’agit de la mort de ces personnes qui n’en n’ont nullement envie, mais devront entrer dans la danse quand même ; cette ronde macabre s’achemine vers notre gauche…

Ce genre artistique s’inscrit dans les grandes calamités des XIVème et XVème siècles (Grande peste noire (1348), pestes récurrentes, guerres, famines).  D’abord des prédications, faites en particulier par des franciscains, du théâtre religieux, puis représentés sur des murs et éditées(1484). Celle de

La Chaise Dieu serait datée vers 1470. (Actuellement en France une dizaine existante). Au-dessous, destraits pour guider l’inscription des dialogues despersonnages entre eux ; ces textes sont absents ici,mais nous pouvons nous inspirer des dialogueshabituels pour essayer d’interpréter les dessins.

C’est une fresque parce que l’artiste a travaillé « a fresca », à frais, sur de la chaux, œuvrant très vite,pour que les couleurs pénètrent à l’intérieur del’enduit frais et pour dessiner les traits ; l’œuvre estainsi solide. Nous ignorons pourquoi elle estinachevée et qui l’a fait ; non restaurée, maisseulement nettoyée de ses micro-algues.

Le prédicateur (orateur)

Sur la 1ère pile, à moitié effacée, nous devinons le prédicateur dans sa chaire en train de commenter la danse macabre ; il commence :

« O créature raisonnable

Qui désire vie éternelle

Tu as ici doctrine notable

Pour bien finir vie mortelle

La danse macabre rappelle

Que chacun à danser apprend

La mort n’épargne ni petit

ni grand »

La leçon était claire : Écoutez  l’enseignement et vous irez plus sûrement au paradis : Donc une œuvre chrétienne présupposant le bonheur du ciel à désirer. Puis le texte continue : « Tu vois le plus grand commencer »…

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les 4 premiers personnages. (Photo : Patrick Garcia)

Le pape (1er panneau)

Ce sera donc le pape en 1er. La Mort est plutôt respectueuseenvers lui car il est dans le bonsens. Elle donne seulement un petit coup de coude par derrière.

L’empereur  suit ; insinuante envers le cardinal (à la belle robe rouge), elle saisit le roi ; mais est irrespectueuse envers le patriarche, agitant son chapeau.

Elle saisit le connétable (à la belle armure), général en chefdes armées du roi, qui réplique disant qu’il voudrait encore « assaillir châteaux et forteresses en acquérant honneur et richesses » , mais hélas « toute prouesse Mort met bas ».

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les 4 suivants. (Photo : Patrick Garcia)

Evêque et chevalier suivent.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » :  Les personnages de à 12. (Photo : Patrick Garcia)

Le marchand (2e panneau)

Portant ses mains au visage un bourgeois se lamente et la religieuse  ferme les yeux. Le personnage à la barbe bien taillée avec un beau chapeau, de beaux vêtements, bien campé sur ses pieds est un marchand, sans doute habile en affaire, comme en témoigne à sa taille la rondeur de sa bourse ; il semble bien regarder la Mort de haut, sur d’obtenir, grâce à son habileté, un sursis de vie ; la Mort ne négocie pas, mais avec un large sourire, de son bras tendu, lui intime l’ordre impératif de prendre « la bonne direction »…

Une Dame élégante que la mort coince des 2 côtés.

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Les personnage de 13 à 16, dont l'enfant, sur lequel la mort se penche pour le rassurer... (Photo : Patrick Garcia)

Le sergent royal. Sur la droite un sergent royal avec son chapeau à large bord, son bâton et à la fleur de lys sur sa poitrine. Il a belleprestance et savaitcertainement se faire obéir : à sa vue, toutes les choses devaient rentrer dans l’ordre comme par enchantement.

Mais là, il est complètement dépassé ; d’un côté, on le désarme en se moquant de lui, de l’autre on tire pour l’emmener, tout sergent qu’il est, il est contraint d’obéir, ce que montre d’ailleurs sa jambe déjà fléchie…

(En dessous, l’énorme pierre un peu creusée servait à laver les corps des moines défunts, et à la veillée mortuaire autour du frère décédé).

Un moine  à 4 mains et 2 têtes que la mort emmène malgré lui ; (double dessin en raison du repentir de l’artiste)

Le damoiseau  (3e panneau)

Au 3ème panneau, 1er personnage : l’élégant damoiseau  aux cheveux tout frisés, avec son beau surcot aux manches pendantes et ses chaussures à la poulaine reste tout saisi lorsque la Mort fait tomber de sa main son bouquet de fleurs pour sa belle… Il ne pensait qu’à séduire les cœurs féminins…

Le docteur (professeur)

Puis le docteur en Sorbonne est aveuglé avec son bonnet, car il n’avait sans doute aucune vue juste sur la réalité et la vérité, de plus la Mort vise d’un doigt accusateur les parchemins suspendus à sa taille, sans doute bourrés d’erreurs, voire d’hérésies ; peut être son enseignement équivalait au bruit de la crécelle que la Mort agite à son oreille…

Le troubadour. Plus loin le troubadour au beau vêtement a perdu tout son humour et écrase de dépit sa vielle à roue quand il faut mourir…

Un Clerc à besicles, dont la Mort regarde le travail dans son livre

Le paysan. Puis la Mort rattrape le paysan filant dans le mauvais sens, lesac à grain bien gonflé surl’épaule ; bien triste de devoirquitter ses champs auxquels ils’était trop attaché ; de dépit, illaisse tomber sa faucille…

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La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La dernière série, certainement la plus explicite.... Dont le troubadour qui écrase son instrument, de dépit de devoir quitter la vie... (Photo : Patrick Garcia)

Le petit enfant. Enfin, elle semble avoir honte en se voilant la face tandis qu’elle vient chercher un petit enfant (langé comme à l’époque). Ce qui est biencompréhensible... Or selonle texte classique, la Mort a compassion de cet enfant qui avoue avoir peur et elle lui dit : « au monde, tu auras peu de plaisir » ; plusprofondément, la Mort ne veut pas lui faire peur, au moment de la bonne nouvelle de lui éviter une vie de souffrances tandis qu’elle l’emmène au paradis. En fait, pour ce petit enfant baptisé, ce sera le ciel, le bonheur éternel tout de suite, ainsi que la foi chrétienne l’affirme.

« La Mort » plus vivante que les vivants ?

Peut-être faut-il interpréter ainsi ce geste si particulier de la Mort à la Chaise-Dieu. Car la Mort n’y est pas un squelette hideux, n’a pas de faux, de pique, de lance, comme ailleurs ; elle n’est ni dure, ni violente, même si elle est incorruptible, car cette réalité est incontournable. Elle fait mourir certes, mais elle danse et souri. Elle est si vivante qu’elle évoque la vie du ciel ; elle semble dire que la vie ne disparait pas vraiment à la mort ; les plus vivants à La Chaise-Dieu sont les Morts et non les vivants de ce monde, livrant peut être ce message que la vie ici-bas peut s’ouvrir sur une vie pleine de bonheur et de joie auprès de Dieu. Alors cette interprétation rejoindrait bien l’introduction de la Danse macabre :

« O créature raisonnable,

Tu as ici doctrine notable

Pour bien finir vie mortelle »

Enfin la Mort entraine un jeune moine, semblant être prise de frénésie puisqu’elle porte déjà la pierre tombale…

 Les tapisseries de chœur

La collection compte 14 tapisseries dont 12 constituent une suite complète. Elles étaient exposées dans le chœur des moines, à l’emplacement pour lequel elles avaient été faites. Classées "Monuments historiques" en 1844, elles sont la propriété de la commune de La Chaise Dieu et affectées au culte catholique (loi 1905). Elles ont connu deux programmes de restauration : par l’atelier des Gobelins en 1912-1921 et par la maison Aubry en 1973, ainsi que trois campagnes de nettoyage entre 1959 et 1996. Le 23 mai 2013, toutes les tapisseries ont été décrochées afin d’être nettoyées et restaurées. La Fondation du Patrimoine est un des acteurs de cette restauration en récoltant des fonds.

ASCENSION DU CHRIST

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : L'ascension du Christ. (Photo : du Net)

LA DESCENTE AUX ENFERS

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La descente aux Enfers. (Photo : du Net)

Une commande de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire:

   Même en l’absence de tout document, on sait que les tapisseries de chœur de l’abbaye de La Chaise-Dieu ont été commandées par l’abbé Jacques de Saint-Nectaire, dont les armes apparaissent à de nombreuses reprises. Elles ont été tissées entre 1501, après l’attribution par le roi des armoiries de l’abbaye qui y sont reproduites, et avril 1518, puisqu’un document nous dit qu’elles ont été exposées le jour de la fête de saint Robert.

Un atelier inconnu

   On ignore à quel atelier la réalisation de cette suite de tapisseries fut confiée. On pense qu’il s’agit d’un atelier flamand. Seuls les ateliers d’Arras, Bruxelles ou Tournai avaient à cette époque une envergure suffisante pour réaliser un ouvrage d’une telle dimension et d’une telle qualité. Il est même possible que l’atelier qui réalisa les deux tapisseries destinées à son usage personnel ait été différent de celui qui réalisa les tapisseries de chœur. Les points y sont moins fins. Elles sont bordées de guirlandes, comme il était d’usage à Bruxelles, alors que les tapisseries de chœur ne le sont pas. Un thème original On ignore également qui a réalisé les cartons. Le sujet choisi n’est pas ordinaire. Il eût été plus traditionnel de faire réaliser des cartons illustrant la vie du fondateur de l’abbaye, saint Robert de Turlande. Le choix de montrer que l’Ancien Testament annonce le Nouveau Testament répond à une intention catéchétique évidente, d’autant qu’à cette époque précédant la Réforme la lecture de la Bible était sujet de débat. En pratique, les sources iconographiques sont évidentes. Comme l’avait relevé Émile Mâle, il s’agit principalement de La Bible des pauvres, ouvrage très populaire dans le monde germanique au XIVe siècle. De façon complémentaire, ainsi que le montre Sophie Brun dans sa récente thèse, Les Chroniques de Nuremberg et certains peintres allemands comme Martin Shaungauer ont inspiré le cartonnier. L’intervention directe de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire dans les choix iconographiques est probable.

Une collection complète:

La collection comprend 14 tapisseries. Deux, représentant la Nativité et la Résurrection, n’appartiennent pas à la suite du chœur (Elles sont actuellement présentées dans la salle du trésor). Elles ont probablement été commandées par l’abbé pour son usage personnel (les armoiries de l’abbaye n’y figurent pas mais ses seules armoiries familiales) ; il est possible qu’il les destinait à son logis de Chanteuges. Si leurs cartons ont de nombreux points communs avec ceux des tapisseries destinées au chœur, on n’y retrouve pas les annonces de l’Ancien Testament. Les 12 autres tapisseries constituent une suite complète : le cycle liturgique y est présenté dans sa totalité de l’Annonciation au Jugement dernier. Leur disposition d’origine dans le chœur l’atteste. Un inventaire antérieur à la Révolution mentionne 18 tapisseries dont une en mauvais état disposée sur les marches de l’autel. 4 tapisseries ont donc disparu ; elles n’appartenaient pas à la suite du chœur, dont on voit qu’elle est complète.

LA RENCONTRE AVEC LES SAINTES

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La rencontre avec les Saintes. (Photo : du Net)

MARIE-MAGDELEINE AU TOMBEAU

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : Maie-Magdeleine au tombeau.  (Photo : du Net)

Une commande destinée au chœur de l’abbatiale:

La tapisserie centrale représente la Crucifixion (Elle est actuellement présentée dans le scriptorium). Elle a un plan carré qui la distingue. Le dessin est somptueux. Elle était présentée au-dessus de la porte du jubé. On sait que le jubé a été abaissé au XVIIe siècle pour permettre à l’orgue d’être mieux entendu dans le chœur. Dès lors, cette tapisserie, trop grande, ne pouvait rester à cet emplacement, même si ce positionnement dans le cycle liturgique l’imposait. De part et d’autre, étaient accrochées 2 tapisseries de plus petites dimensions, l’une (à gauche) représentant le portement de Croix, l’autre (à droite) représentant la descente aux Enfers (Elle est actuellement présentée dans la salle du Trésor). Les trois tapisseries (le portement de Croix, la Crucifixion et la descente aux Enfers) occupaient exactement la largeur du chœur. Le long du chancel sud, sur 5 travées, étaient accrochées les 5 premières tapisseries ; le long du chancel nord, les 4 dernières. Les 5 tapisseries d’un côté et les 4 de l’autre ont une longueur identique de 29 m environ. Une exposition réservée aux grandes fêtes liturgiques Ces tapisseries n’étaient toutes exposées que lors des grandes fêtes liturgiques. Elles étaient roulées et conservées dans la tour Clémentine lors des troubles qui affectèrent l’abbatiale pendant les guerres de Religion et la Révolution.

MISE AU TOMBEAU

 La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » :  La Mise au Tombeau. (Photo : du Net)

RESURECTION

La Chaise-Dieu (43), la « Maison de Dieu » : La Résurrection. (Photo : du Net)

 

PATRICK GARCIA