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Tel un phare, la première vision de la Sauve... (Photo Patrick Garcia)

   C’est un bel endroit que je vous propose de visiter, dès que vous le pourrez… Cet endroit est la Sauve Majeure, une abbaye dont les éléments décharnés laissent imaginer la magnificence de l’établissement au temps de sa splendeur. Il reste à peu près 1/3 de l’architecture de départ, qui a eut à subir de nombreuses déprédations, les sacs répétés des troupes de routiers et soldats sans foi ni loi…  En 1665, une tempête cause de gros dégâts aux toitures de l'église, aux dortoirs et au réfectoire. Le clocher s'écroule à la fin du XVIIIème  siècle à la suite de ces dommages. De plus, en 1759, un tremblement de terre ébranle l'église.

1 SAUVE MAJEURE

 

L'abbaye telle qu'elle devait être au XVIIéme selon cette vue de "Monasticum Gallicanum". (Repro: Patrick Garcia)

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L'entrée de l'édifice.  (Photo Patrick Garcia)

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Le médaillon de "Pierre sauve Rome" à l'entrée.  (Photo Patrick Garcia)

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Le médaillon de Saint Jude à l'entrée. (Photo Patrick Garcia) 

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Le médaillon de St Matthieu à l'entrée.  (Photo Patrick Garcia)

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Le médaillon de St Jacques le Majeur. (Photo Patrick Garcia)

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Le médaillon de Saint Bathélémy.  (Photo Patrick Garcia)

     À la Révolution Française, les richesses de l'abbaye sont confisquées et dispersées. En 1793, les bâtiments furent utilisés comme prison. Les voûtes de l'église tombèrent en 1809. Elle est alors exploitée comme carrière pendant 40 ans pour construire les bâtiments du village de la Sauve… Lente agonie qui conduit le monument à être aujourd’hui quasiment à ciel ouvert, si ce n’est quelques absidioles. Mais l’essentiel n’est pas là… Les lieux ont été nettoyés, grattés, gazonnés, consolidés… pour nous offrir à ce jour, parmi les plus belles sculptures de l’art roman du sud ouest. Chapiteaux historiés, médaillons de consécration représentant les apôtres parfaitement identifiés, des colonnes lourdement chargées de pommes de pin, d’entrelacs, d’animaux fantastiques ou du bestiaire de l’art roman, les amoureux de la photo seront gâtés et passeront des heures à mitrailler et immortaliser leur visite, « leur Sauve ».

        A l’entrée, un grand panneau représente l’abbaye au temps de sa splendeur, cette vue est une illustration du « Monasticum Gallicanum », un catalogue des monuments religieux édité au 18ème siècle. Elle était immense et comportait un nombre très important de moines et jusqu’à 52 prieurés dépendants d’elle-même. Puis, nous suivons les flèches qui nous permettent d’arriver à l’entrée de la Sauve. Double sentiments mêlés, « quel dommage qu’elle soit dans cet état, mais que c’est beau ! »

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Serpents se mordant la queue.  (Photo Patrick Garcia)

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Chapiteaux massifs dans le chevet.  (Photo Patrick Garcia)

 

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Pommes de pin sur ce chapiteau de l'absidiole Nord.  (Photo Patrick Garcia)

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Notez le travail de détail...  (Photo Patrick Garcia)

 

    Tout est aseptisé et d’une propreté incroyable, pas de mégot ni de papier friandise qui ne traîne au sol…. On est écrasé par la masse qui nous domine. A la fois fragile, et massive, lourde et élancée, le clocher est gothique, car il a été reconstruit. On y monte au terme de 157 marches (attention aux personnes s’essoufflant rapidement), mais de là haut, c’est sublime. Comme une vue d’avion, vous avez les colonnes de la salle capitulaire qui se dessinent comme un plan- papier, d’ici, cela ressemble à une partie de temple romain…. Les absidioles vu d’en haut sont très belles avec leur toit aux formes arrondies, le chevet, avec les restes de sa coupole sont impressionnants depuis le toit du clocher…

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Décollation de Saint Jean Baptiste. (Photo Patrick Garcia) 

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Personnages nus entravés par des lianes, peut-être leur conscience?  (Photo Patrick Garcia)

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Samson et Dalila, l'épisode de la lutte avec le lion.  (Photo Patrick Garcia)

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On ne présente plus Adam et Eve.... (Photo Patrick Garcia)

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Le sacrifice d'Abraham. (Photo: Patrick Garcia)

    Redescendu quelques dizaines de mètres  plus bas, nous attaquons la visite du sain des sains, le chœur et les absidioles. Là, il faut prendre son temps. Si vous devez visiter La Sauve au pas de course, n’y allez surtout pas, ce serait dommage. Munissez-vous d’une petite paire de jumelle et appréciez, pas à pas, chaque élément de la statuaire. Il y a toujours au bas d’une sculpture, son explicatif, qui permettent de savoir « qui est quoi et pourquoi. » A noter que malgré la pluie qui présidait à ma visite, il y assez de toits ou de recoins, pour faire de belles photos qui garniront vos trophées les plus réputés. Vous aussi allez tomber « amoureux » de cette vieille dame, et vous ne saurez plus où donner de la tête et succomberez à son charme un peu irréel…. « Comment peut –on être à ce point démuni quand on a été si puissant et si gracieux, si indispensable ? »

     Enfin, pour un instant, nous quittons le chevet pour rejoindre le cloitre, ou ce qu’il en reste…  Un immense jardin, des vues sublimes sur l’abbaye, le clocher, des fleurs, des rosiers, un mini arborétum…. On traverse la salle capitulaire, du moins, ses restes. Ici se tenaient les grandes réunions de l’abbaye où se prenaient les grandes décisions…. Aujourd’hui, seule la brise murmure entre colonnes maculées d’un obstiné crachin.

 

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Lions bicorpores.  (Photo Patrick Garcia)

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Sirènes de la tentation.  (Photo Patrick Garcia)

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Homme dévoré par deux lions.  (Photo Patrick Garcia)

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2 personnages dont l'un porte un bélier.  (Photo Patrick Garcia)

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2 Aspics entrelacés.  (Photo Patrick Garcia)

    En faisant le tour, derrière le chevet, à l’extérieur, les arcs romans sont supportés par des chapiteaux historiés, de toute beauté. Comment peut –on croire que ces sculptures si graciles et si suggestives, ont prés de 10 siècles, soumises quelles sont au gel et à la pluie ?

 

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La coupole, ou du moins ce qu'il en reste....  (Photo Patrick Garcia)

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Le chevet vu depuis le clocher.  (Photo Patrick Garcia)

 

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Daniel (impassible) dans la fosse aux lions.  (Photo Patrick Garcia)

 

 

 

    La pluie s’intensifie, retour vers la case départ, mais là, je sais que nous allons encore nous régaler avec le musée de la statuaire. Il y avait certainement plus de 100 clés de voutes pour supporter les toits de l’abbaye. Un grand nombre ont été pillées lors de l’écroulement, mais de très nombreuses ont été sauvées et font partie des pièces exposée. Là encore, ces clés sont des miracles de fluidité dans l’art de la sculpture. Il y a même des clés qui évoquent des entrelacs de plantes, plus exactement des « Tourbillons de feuillages » ou des « Masques de feuillages », d’autres des passages de la Bible, avec des scènes très réalistes dont on se demande comment on pouvait les apprécier depuis 20 mètres plus bas ? Combien y en a-t’il ? Peut être 20 ou 30… Dans des armoires vitrées, un étalage de carreaux de pavement glaçurés aux formes très variées. On retrouve les mêmes carreaux que nous trouvâmes, il y a quelques dizaines d’années, lors de travaux de sauvetage près de l’église de Sainte Livrade. Cette visite du musée est passionnante. Les pièces qui manquent sur les toits écroulés, les statues disparues, les carreaux arrachés, sont en partie ci, même s’ils ne représentent qu’une infime partie du pillage de la Sauve.

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Autres lions bicorpores.  (Photo Patrick Garcia)

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Combat de lions.  (Photo Patrick Garcia)

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L'oeuil ne sait où donner de la tête!  (Photo Patrick Garcia)

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2 acrobates tirant la barbe d'un vieillard.  (Photo Patrick Garcia)

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La salle capitulaire vue du clocher.  (Photo Patrick Garcia)

       Oui, pour apprécier le temps qui passe (et « nous efface »), il convient d’aller visiter la Sauve, non seulement pour sa beauté intrinsèque, mais aussi pour le bonheur qu’elle procure. Le « Beau », le gracieux, le calme romantique, le reposant… sont jouissif !

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Les restes du cloitre. (Photo Patrick Garcia) 

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Le clocher, vu du cloitre.  (Photo Patrick Garcia)

     Loin des rythmes dévastateurs des sonos qui nous entourent, loin de « l’Utile » au sens littéral du terme, puisqu’elle est désaffectée, loin du clinquant et du tape à l’œil provocant de certains monuments frivoles et dorés à l’or fin, ici, ce n’est que calme, sécurité, temps partagé et accordé avec bienveillance . Ici, vous n’êtes pas poussés dans le dos pour sortir au plus vite, vous allez à votre rythme, et vous profitez d’un cadre quand vous reviendrez avec des amis, vous révélera à nouveau des trésors insoupçonnés. 

PATRICK GARCIA

 

 « Le coin du technicien »

 

Abbaye de La Sauve-Majeure

L'abbaye de La Sauve-Majeure se trouve sur la commune de la Sauve dans le département français de la Gironde, dans le vignoblede l’Entre-deux Mers. Bien qu'en ruine, cette abbaye offre un exemple d'art roman intéressant. Son attrait essentiel réside dans les nombreuses sculptures qui ornent les chapiteaux des colonnes encore intactes.

L'abbaye de La Sauve-Majeure fait l’objet d’un classement au titre des Monuments Historiques. Par ailleurs, l’abbaye a été classée en décembre 1998 au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre Des Chemins de St Jacques de Compostelle en France.

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Chevet et absidioles.  (Photo Patrick Garcia)

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Démon, sur ce chapiteau de l'extérieur.  (Photo Patrick Garcia)

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Carreaux vernissés dont nous avons trouvés les mêmes dans l'abbaye de Ste Livrade. (Photo Patrick Garcia) 

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Autres modèles de carreaux d'une belle géométrie!  (Photo Patrick Garcia)

 

L'histoire de l'Abbaye 

L'abbaye de La Sauve-Majeure est connue sous le nom de la Grande Sauve ou Sauve Majeure, Sauve signifiant bois. Elle fut fondée en 1079 par le duc d'Aquitaine et St Gérard (Gérald d'après les sources hagiographiques latines). À son apogée, elle abritait 300 moines.

Des débuts prospères

Sur le lieu-dit de Hauteville, à égale distance de la Garonne et de la Dordogne, l'abbé Gérard de Corbie fonde Notre Dame de la Grande Sauve en 1079. Son nom est issu du nom de la forêt occupant à l'époque l' Entre- Deux Mers (Inter duo Maria) : La Silva Major.

L'abbé construit alors une première église abbatiale. Avec l'appui du duc Guillaume VIII d’Aquitaine, avec le soutien du pape et grâce à de généreux donateurs et protecteurs parmi lesquels les rois de France et d'Angleterre, l'abbaye prospère rapidement. Elle se trouve sur la route de Compostelle et servit de point de départ régional pour le pèlerinage. Elle était sous la tutelle des rois d'Angleterre. L'abbé Gérard y est enterré à sa mort en 1095. Pierre Ier d'Amboise élu septième abbé de cette abbaye, en 1126, demanda à Rome la canonisation pour l'abbé Gérard mais il fallut attendre 1197 pour que le pape Célestin III le canonise. L'église actuelle fut consacrée en 1231.

L'abbaye de la Sauve a eu une vie monastique s'inspirant de celle de l’abbaye de Cluny et fut régie par la règle de St Benoît. Au Moyen-âge, Grande Sauve était riche et puissante et disposait de 51 prieurés, jusqu'à Bruwell en Angleterre. Sa réputation en fit une rivale du centre urbain de Bordeaux. Aliénor d’Aquitaine y fit de nombreux séjours. Mais la richesse de la Grande Sauve attira aussi les pillards, les Basques, les Navarrais qui mirent l'abbaye mille fois à sac. Les bourgeois de la Sauve se révoltèrent maintes fois contre les riches moines de l'abbaye.

Des réparations et fortifications furent apportées au XVIe siècle après les ravages de la Guerre de 100 ans qui opposa le Royaume de France et d'Angleterre de 1337 à 1453 pour l'appropriation de l'Aquitaine et du Poitou. Ces restaurations interviennent dans un climat de contestation des privilèges de l'abbaye et de rivalité économique avec la bastide de Créon. Elles signent le déclin de l'abbaye et la perte de son influence.

Par ailleurs, en avril 1462, le roi Louis XI (1423-1461-1483) confirma les droits, les privilèges et le reste de l'abbaye, accordés par ses prédécesseurs.

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Clé de voute en forme de feuillage.  (Photo Patrick Garcia)

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Pareil.  (Photo Patrick Garcia)

Un déclin lent

Elle rejoignit plus tard la Congrégation des Exempts et devint Mauristes en 1667. En 1665, une tempête cause de gros dégâts aux toitures de l'église, aux dortoirs et au réfectoire. Le clocher s'écroule à la fin du XVIIIème  siècle à la suite de ces dommages. De plus, en 1759, un tremblement de terre ébranle l'église.

À la Révolution Française, les richesses de l'abbaye sont confisquées et dispersées. En 1793, les bâtiments furent utilisés comme prison. Les voûtes de l'église tombèrent en 1809. Elle est alors exploitée comme carrière pendant 40 ans pour construire les bâtiments du village de la Sauve.

En 1837, l'archevêque achète les bâtiments conventuels et fait édifier un collège de jésuites. Il est plus tard transformé en école normale d'instituteurs. Mais en 1910, un incendie détruit l'école et le site est de nouveau abandonné. Entre 1914 et 1918, les bâtiments sont transformés en petit hôpital militaire de campagne.

En 1960, le monument est récupéré par l'État et le Ministère des Affaires Culturelles entreprend d'importants travaux de consolidation. Depuis l'ouverture au public, le site est géré par le Centre des monuments nationaux.

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Autre modèle de carrelage.  (Photo Patrick Garcia)

 

Une architecture exceptionnelle

Les ruines imposantes de l'abbaye et sa tour gothique puissante couronnent une petite colline. La grande église est romane et comporte des sculptures impressionnantes, dont certaines très amusantes à l'extérieur de l'abside circulaire. L'abside principale est particulièrement ornée. Dans la nef à cinq baies, les piliers nord se sont effondrés mais l'aile sud est intacte, sans doute grâce à l'existence de la tour. Le chœur et ses absides forment un ensemble harmonieux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les chapiteaux sont remarquables. Ils sont sculptés de sujets bibliques ou végétaux et sont l'expression d'un langage symbolique et allégorique inspiré.

Quatre médaillons en bas-relief représentant des apôtres ont été placés contre les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef pour la consécration de l'abbaye en 1231 : St Barthélémy , St Jude, St Jacques le Majeur et St Mathieu.

Le monument détient aussi de beaux chapiteaux parmi lesquels :

Clé de voûte historiée, le sacrifice d'Abraham, exposée au musée d’Aquitaine

  • Le sacrifice d’Abraham, chapiteau du collatéral sud,
  • Le martyre de St Jean Baptiste,
  • Un combat de Centaure,
  • Un combat de deux aspics contre deux basilics,
  • Des griffons buvant à la même coupe,
  • Un lion bicorpore,
  • Des Hommes empêtrés dans des lianes (peut-être résistant à l'appel des sirènes du chapiteau d'en-face),
  • Des sirènes, symbolisant la tentation,
  • Des pommes de pin des arcades sud du chœur,
  • Adam labourant la terre,
  • Ève allaitant,
  • La tentation du Christ de la grande absidiole sud,
  • Épisodes de l'histoire de Samson,
  •  Daniel entre deux lions.

(Extrait de Wikipédia, l’encyclopédie en ligne

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Condensé d’

 

« HISTOIRE DES PAYSANS »

D’EUGENE BONNEMERE 1856

 

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Episode 8

 

18ème siècle

 

 

 

La régence. Inutiles efforts du régent. La détresse augmente encore.

 

Louis XV. Le pacte de famine. Massillon.

 

 

Les_misères_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_14_-_La_roue

Pour les opposants, les condamnés de tout genres, le terrible supplice de la roue!

 

       Quelques sages mesures furent prises par le Régent, quelques palliatifs furent essayés. Pour porter remède à la dépopulation toujours croissante des campagnes, le régent exempta de six années de tailles les soldats libérés qui mettraient en valeur les terres sans culture et les maisons abandonnées. Il installa une chambre de justice au couvent des Grands-Augustins, et y fit transporter tout le mobilier de la torture, bien convaincu qu'avec un traitant, on pouvait, en toute sûreté de conscience, agir comme avec un voleur. Elle tortura, pendit, exila, confisqua à tort et à travers, et fit rendre gorge à quelques-uns de ces maltôtiers qui s'étaient engraissés des maux du peuple sous le règne précédent. En abolissant toutes les lettres de noblesse accordées à la bourgeoisie depuis 1689, et en augmentant ainsi le nombre des contribuables, le régent diminua quelque peu le fardeau qui écrasait la classe agricole, et, remettant en vigueur une utile prescription, tombée en désuétude depuis Colbert, il ordonna aux intendants des provinces « de tenir la main à ce que les collecteurs, procédant par voie d'exécution contre les taillables, n'enlevassent point leurs chevaux et bœufs servant au labourage, ni leurs lits, habits, ustensiles et outils avec lesquels les ouvriers et artisans gagnent leur vie. »

 

      Saint-Simon, membre du conseil de régence, proposait de supprimer complètement la gabelle pour rendre le sol libre et marchand. Le roi, disait-il, y gagnait par la décharge des frais de cette odieuse ferme, outre ce que le peuple y gagnait par la liberté l'affranchissement des pillages sans nombre qu'il souffre de cette multitude nombreuse d'employés, qui mourraient de faim s'ils s'en tenaient à leurs gages. C'est tout justement ce qu'avait déjà dit et parfaitement démontré le tiers état aux états provinciaux d'Anjou en 1560; mais, bien que le régent eût accueilli avec faveur tous ces projets de réforme, ils étaient bien autrement subversifs et impossibles encore aux yeux des magistrats des finances, qui réussirent à faire tout échouer, et c'est alors que s'échappa de l’âme honnête et droite de Saint-Simon cet aveu désespéré de l'impuissance de l'homme de bien à réformer les vices qui font vivre tant de parasites intéressés à leur conservation…

 

        Le régent mourut, laissant l'État endetté de 68O millions de plus qu'à la mort de Louis XIV, et Louis XV, déclaré majeur dès l'année 1723, abandonna les affaires aux mains du duc de Bourbon, dirigé lui-même par madame de Prie et les frères Paris Duverney, qui lancèrent, en 1725, l'impôt du cinquantième, combiné avec toutes les ressources du génie fiscal. Les revenus étaient taxés sans prélèvement des frais de culture et de toutes les autres charges.

 

       

 

           Ce fut en 1729, le 12 juillet, que Louis XV, par un bail renouvelé de douze en douze années, jusqu'en 1789, sanctionna l'établissement d'une régie, dont le but ostensible était d'acheter des grains lorsqu'ils seraient abondants, de les conserver dans des greniers, et de les revendre dans les années mauvaises. Ces blés, achetés à vil prix, étaient exportés, mis en dépôt, notamment dans les îles de Jersey et de Guernesey, détruits quelquefois, afin d'entretenir la rareté sur le marché, de produire la cherté dans les années d'abondance, d'augmenter les anxiétés de la famine dans les années de disette, et de revendre alors, à des prix exorbitants, les blés conservés en magasin, et que l'on ne lançait que lentement et peu à peu dans le commerce. Le clergé et la noblesse trouvaient un double intérêt dans cette spoliation odieuse, qui a reçu le nom de pacte de famine car ils percevaient leurs dimes et redevances proportionnellement aux forces de la récolte, et alors que les denrées étaient au plus bas, pour en revendre ensuite les fruits à des prix exorbitants lorsque la famine avait amené la hausse en triplant ou quadruplant leur valeur. Jamais le génie du mal n'inspira aux ennemis du peuple une entreprise conduite avec un art plus infernal. Forcé de vendre aux époques inflexibles auxquelles ses maîtres exigent le paiement de leurs redevances, le paysan ne peut traiter qu'au comptant. Il fallait donc des capitaux énormes on les eut en intéressant au succès de cette œuvre ténébreuse tous les détenteurs de la fortune sociale. Les ministres, le roi lui- même, prirent part à l'entreprise. Louis XV lui fit une avance de 10 millions, car il avait une cassette particulière « avec laquelle il agiotait sur le prix des blés, se vantant à tout le monde du lucre infâme qu'il faisait sur ses sujets. (Lavallée, Histoire de France. III, 504.)

 

        Le résultat dépassa les espérances des auteurs et des complices de ce pacte odieux. La famine ne quitta plus les campagnes, elle y passa à l'état chronique, mais avec des redoublements aigus, en 174O, 1741, 1742, 1745, 1767, 1768, 1775, 1776, 1784), et enfin en 1789, année sombre et fatale qui ouvrit, l’ère des vengeances, et permit de solder quelques arriérés. « Sire, disait en 1745 le duc d'Orléans, en montrant à Louis XV du pain de fougère, voilà de quoi vos sujets se nourrissent (Mém. De d’Argenson) » !

 

           Il est un témoin irrécusable, plus éloquent que Saint-Simon lui-même, et plus grand que le duc d'Orléans, qui vint déposer des souffrances affreuses des campagnes au milieu du 18ème siècle, et qui prit en main la cause de ceux que lui seul peut-être pouvait défendre, alors que la trahison était sur le trône, et que le roi lui-même conspirait contre la vie de ses sujets. Je veux parler de l'auteur du « Petit Carême », de l'évêque de Clermont (Massillon), qui clôt la liste de ces rares pasteurs que l'on trouve toujours à la hauteur de la mission sublime qu'ils ont reçue de Jésus-Christ.

 

Impuissant à secourir toutes les misères dont le spectacle déchirait ses regards, il osa parler quand l'intendant de la province gardait un coupable silence; il déchira le voile et tenta de rallumer le sentiment de l'humanité éteint dans l'âme de Louis le Bien Aimé et de son entourage méprisable, il écrivit, sans se décourager de leur inutilité, de longues et touchantes lettres au cardinal Fleury, lettres sublimes, au dire de ceux des contemporains auxquels il fut donné de les voir, chefs-d'œuvre d'éloquence et de pathétique, supérieures même aux plus touchants de ses sermons, et qui formeraient, dit-on, un volume considérable.

 

 

 

          Mais ni le grand nom de Massillon, ni sa haute dignité dans l'Église, ni la sainteté de la pensée qui l'inspirait, rien n'a pu les sauver de l'oubli. Elles parlaient du paysan, de cette race à jamais maudite, sur le front de laquelle chacun appuyait son pied pour la repousser au fond de l'abîme, et pour ce crime, elles devaient périr. Une seule lettre, conservée chez le curé de Beauregard, village au milieu duquel le saint évoque allait réparer ses forces défaillantes, une seule est échappée à l'oubli auquel elles ont été condamnées par l'indifférence éternellement regrettable des premiers éditeurs de Massillon. Cette lettre, adressée au cardinal Fleury en 174O, à l’époque la plus brillante du long règne du successeur du grand roi, montre quelle détresse affreuse pèse sur les peuples, tandis que le trône brille de ces fausses splendeurs qui séduisent, les historiens.

 

    « Monseigneur, je supplie très humblement votre Excellence de ne pas trouver mauvais que je sollicite une fois son cœur paternel pour les pauvres peuples de cette province. Je sens toute l'importunité de pareilles remontrances; mais, monseigneur, si les misères du troupeau ne viennent pas jusqu'à vous par la voix du pasteur, par où pourraient-elles jamais y arriver? Il y a longtemps que tous les Etats et toutes les compagnies de cette province me sollicitent de représenter à votre Excellence leur triste situation. Ce ne sont point des plaintes et des murmures de leur part: vous méritez trop de régner sur tous les cœurs c'est uniquement leur confiance en votre amour pour les peuples qui emprunte ma voix. Ils vous regardent tous comme leur père et l'ange tutélaire de l'État, et sont trop persuadés que si, après avoir été informé de leurs besoins, vous ne les soulagez pas, c'est que le secours aurait peut-être des inconvénients plus dangereux que le besoin lui-même, et que le bien public, qui est le grand

 

     Objet du génie sage et universel qui nous gouverne, rend certains maux particuliers inévitables.  Il est d'abord de notoriété publique, monseigneur, que l'Auvergne, province sans commerce et presque sans débouchés, est pourtant, de toutes les provinces du royaume, la plus chargée, à proportion, de subsides. Le conseil ne l'ignore pas, ils sont poussés à plus de 6 millions, que le roi ne retirerait pas de toutes les terres d'Auvergne, s'il en était l'unique possesseur. Aussi, monseigneur, les peuples de nos campagnes vivent dans une misère affreuse, sans lit, sans meubles; la plupart même, la moitié de l'année, manquent de pain d'orge ou d'avoine, qui fait leur unique nourriture, et qu'ils sont obligés de s'arracher de la bouche et de celle de leurs enfants pour payer leurs impositions.

 

J'ai la douleur d'avoir chaque année, monseigneur, ce triste spectacle devant les yeux, dans mes visites. Non, monseigneur, c'est un fait certain que, dans tout le reste de la France, il n'y a pas de peuple plus pauvre et plus misérable que celui-ci il l'est au point que les nègres de nos îles sont infiniment plus heureux; car, en travaillant; ils sont nourris et habillés, eux, leurs femmes et leurs enfants au lieu que nos paysans, les plus laborieux du royaume, ne peuvent, avec le travail le plus opiniâtre, avoir du pain pour eux et pour leur famille, et payer leurs subsides. S'il s'est trouvé dans cette province des intendants qui aient pu parler un autre langage, ils ont sacrifié la vérité et leur conscience à une misérable fortune.

 

        Mais, monseigneur, à cette indigence générale et ordinaire de cette province se sont jointes, ces trois dernières années, des grêles et des stérilités qui ont achevé d'accabler les peuples. L'hiver dernier, surtout, a été si affreux, que, si nous avons échappé à la famine et à une mortalité générale qui paraissait inévitable, nous n'en avons été redevables qu'à un excès et à un empressement de charité que des personnes de tous les états ont fait paraître pour prévenir tous les malheurs. Toutes les campagnes étaient désertes, et nos villes pouvaient suffire à peine à contenir la multitude innombrable de ces infortunés qui y venaient chercher du pain. La bourgeoisie, la robe et le clergé, tout est venu à notre secours vous-même, monseigneur, avez déterminé la bonté du roi à nous avancer 60,000 livres. C'est uniquement, à la faveur de ce secours que la moitié de nos terres, qui allaient toutes rester en friche par la rareté et cherté excessive des grains, ont été ensemencées. Le prix des grains a diminué de plus de moitié mais le pauvre peuple, qui, pour ensemencer ses terre, a été obligé d'emprunter du roi et des particuliers, et d'acheter des grains d'un prix alors exorbitant, va être obligé, par la vilité des prix où ils sont maintenant, d'en vendre trois fois autant qu'il en a reçu, pour rembourser les avances qu'on lui a faites de sorte qu'il va retomber dans le même gouffre de misère, si Votre Eminence n'a pas la charité de faire accorder cette année quelque remise considérable sur les impositions que le conseil va régler incessamment.Au reste, monseigneur, je supplie instamment Votre Eminence de ne pas regarder ce que je prends la liberté de lui écrire comme un excès de zèle épiscopal. Outre tout ce que je vous dois déjà, je vous dois encore plus la vérité; aussi, loin d'exagérer, je vous proteste, monseigneur, que j'ai ménagé les expressions, afin de ne pas affliger votre cœur. Je ne doute pas que notre intendant, quoiqu'il craigne beaucoup de déplaire, n'en dise encore plus que moi que Votre Éminence ait la bonté de s'en faire rendre compte. Je sens bien que dans une première place, on ne peut ni tout écouter, ni remédier à tout. Cette maxime pouvait être admise sous les ministères précédents mais sous le votre, tout est écouté. Les grandes affaires qui décident du sort de l'Europe ne vous font pas perdre de vue les plus petits détails. Rien ne vous échappe de cette immensité de soins, et rien presque ne paraît non-seulement vous accabler, mais même vous occuper. C'est dans cette confiance que j'ai hasardé cette lettre; avec un vrai père on ose tout, et quand on lui parle pour ses enfants, on peut bien l'importuner, mais on est bien sûr qu'on n'a pas le malheur de lui déplaire. »

 

 Voilà qu’elle était la situation de la France au milieu du 18ème siècle, et sous un roi qui allait bientôt jeter plus que jamais les trésors du pays aux mains de créatures indignes et de courtisans méprisables. Voici maintenant ce que fit la cour.

 

L'Auvergne payait six millions somme, disait Massillon, que le roi ne retirerait pas de toutes les terres de la province, s'il en était l'unique possesseur. En 1789, l'Auvergne pavait douze millions huit cent mille livres !

 

 

Les_misères_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_15_-_L'hôpital

Encore les images de Callot, toujours valables un siècle plus tard, les misères du temps regroupées à l'hôpital.

 

La justice

 

 

 

 

 

… Aussi, au lieu de la prison, au lieu même des peines corporelles qui, du moins, ne ruinaient pas les familles, juges et gentilshommes préféraient-ils les amendes, dont ils tiraient profit. De là, cet adage : « II n'est pas fouetté qui veut, car qui peut paver en argent ne paie en son corps. » Après avoir fait expédier la justice au rabais, ils trouvèrent qu'il y avait encore mieux à faire; ils mirent à l'encan les offices de judicature et les vendirent au plus offrant et dernier enchérisseur à des juges mercenaires, dont l'unique soin était de se rembourser promptement, au moyen des amendes, du prix de leur achat.

 

 

 

« Il faut que celui qui a acheté vende, disait Alexandre Sévère. »

 

 La justice était donc leur commerce ils la vendaient, la détaillaient, et en distribuaient à chacun pour son argent.

 

Les châtelains, ayant reconnu combien la vente des fonctions judiciaires était lucrative pour eux, exploitèrent cette mine, et multiplièrent ces charges à l'infini (Monteil estime qu'il n'y avait pas moins de 100 000 basses justices en France.). On comprend quelle devait être la misère de ces juges sans justiciables. Il fallait bien qu'ils vécussent, cependant, à leur point de vue, du moins; car sans doute les villageois n'en voyaient pas la nécessite. Et, comme ils ne vivaient que de procès, ils excellaient dans l'art de faire croître, engraisser et venir à maturité les « petits procillon »… Le trop grand nombre de juges entraînait comme conséquence une multitude prodigieuse de sergents. On en comptait deux cents là ou jadis vingt ou trente avaient suffi à la besogne (Etats Génér., X 79).

 

           Après avoir affermé la justice et ses revenus, les gentilshommes, pour faire argent de tout, donnèrent, à ferme et à bail la garde des prisons de leurs châteaux à des geôliers fieffés, qui n'eurent d'appointements que les droits abusifs, quelles extorsions qu'ils tiraient des infortunés abandonnés à leur impitoyable rapacité. Si la place était importante, le concierge avait des guichetiers qu'il était censé salarier, mais qui se contentaient des fruits de leurs propres exactions. Il fallut payer pour voir changer la paille pourrie sur laquelle on couchait, payer pour n'être pas oublié dans la distribution des aliments, payer en entrant, payer pour sortir, payer toujours. 

 

 

 

La chasse

 

 

 

En France elle fut interdite au paysan sur ses propres possessions, un arrêt du parlement de Toulouse, en mars 1729, défend aux paysans de chasser en aucun temps et en aucune manière que ce puisse être. On sait quelle était la passion des rois et des gentilshommes pour la chasse, et combien ils étaient jaloux de ce privilège.

 

         Il était plus rémissible de tuer un homme qu'un cerf ou un sanglier. « Et étaient les bêtes plus franches que les hommes», disent les états de 1483.

 

François 1er, par une ordonnance du 1er mars 1515, défendit à tous ceux qui n'avaient pas droit de chasse, « de prendre les bêtes rousses et noires, en commettant larcin et en nous frustrant du déduit et passe-temps que prenons à la chasse. »

 

On reconnut aux nobles seuls le droit de posséder des chiens, sous peine d'amende arbitraire, et les manants furent contraints de déposer dans le château le plus voisin leurs arcs et arbalètes.

 

       Malheur aux champs qui se trouvaient sur le passage des chasseurs! Vignes et moissons, tout était impitoyablement foulé aux pieds et renversé par les piqueurs, les chiens, les chevaux, les carrosses…

 

          Il y eut défense de couper et d'arracher les chaumes avant le 1er octobre. Ainsi c'était pour l'éclosion des perdrix et pour la chasse aux cailles que l'on sacrifiait les intérêts de l'agriculture, que l'on retardait les travaux, et que l'on compromettait la rentrée des fourrages et litières.

 

Ainsi, c'était pour débarrasser la campagne des animaux nuisibles, que l'on promulguait toutes ces lois sauvages contre la chasse, et qu'en cas de récidive, on pendait le manant qui écartait de son champ le cerf ou le sanglier autrement que par ses cris, et sans le, offenser! C'était pour parer l'insuffisance du rendement de la terre, ruinée et dépeuplée par le gibier, cent ordonnances en font foi, que l'on interdisait de tuer le renard qui emportait les poules et les oies, le loup qui égorgeait le mouton et souvent jusqu'à la génisse féconde, le sanglier qui égarait son groin dans les champs ensemencés, le cerf qui broutait les blés en compagnie des chevreuils, des lièvres…

 

 C'est parce que l'on comptait sur les alouettes, sur les cailles et sur les perdrix pour approvisionner le marché, que l'on empêchait d'arracher les chardons et les épines des champs, de faucher les prés avant l'éclosion des couvées, de rentrer les chaumes avant le départ du mince volatile que l'Afrique nous expédie au printemps et que l'automne rappelle au pays natal!

 

 Lu, digéré et condensé par PATRICK GARCIA

 

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Le conte agenais ancien 

La Goulue

 

 

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Image du Net

II y avait une fois, un homme et une femme qui avaient une fille de dix-huit ans. Cette fille était si goulue qu'elle n'avait jamais la tête aux danses et aux galants, et qu'elle ne pensait qu'à manger de la viande crue. Un jour son père et sa mère eurent besoin d'aller à Agen, au temps de la foire

du Pin.

— Goulue, lui dirent-ils, nous allons à, la foire à Agen. Garde bien la maison, et pour ta peine nous te rapporterons ce que tu voudras.

— Rapportez-moi de la viande crue.

Le père et la mère partirent pour Agen, et quand ils eurent fait leurs affaires, ils coururent tous les bouchers de la ville pour acheter de la viande. Mais force gens étaient venus à la foire et s'étaient pourvus de bonne heure, de sorte que les bouchers n'avaient plus rien à vendre. Le soleil commençait à baisser, et les parents de la goulue reprirent le chemin de leur village.

— Comment ferons-nous ? disaient-ils en marchant. Nous avons promis de la viande crue à la goulue, et nous n'en avons trouvé chez aucun boucher de la ville d'Agen.

Alors la femme dit à l'homme :

 — Il fait nuit; entrons dans ce cimetière où on a enterré un mort ce matin. Déterrons-le, coupons-en un morceau, et portons-le à la goulue.

Tous deux entrèrent dans le cimetière, déterrèrent le mort, lui coupèrent la jambe gauche, et rentrèrent a la maison.

— Tiens, goulue, voici la viande crue que nous te rapportons de la foire. La goulue se jeta sur la jambe et la rongea jusqu'au dernier morceau. Cela fait, elle prit le couteau de son père, cassa l'os et suça la moelle.

L'heure vint d'aller se coucher; mais pendant toute la nuit, on entendit dans la maison une voix qui criait:

— Rends-moi ma jambe. Rends-moi ma jambe.

Le lendemain, le père et la mère partirent de bonne heure avec la goulue pour aller travailler aux champs. Quand vint l'heure du déjeuner, il se trouva que le père avait oublié son couteau.

— Goulue, dit-il, va-t-en me chercher mon couteau à la maison.

— Je n'ose pas.

— Vas-y, te dis-je, ou je vais te faire marcher.

La goulue partit; mais quand elle entra dans la maison, elle trouva pendu à la crémaillère de la cheminée, un mort à qui il manquait la jambe gauche.

— Goulue, dit-il, allume le feu et fais chauffer de l'eau.

La goulue alluma le feu et fit chauffer de l'eau.

— Goulue, lave-moi ma jambe droite.

La goulue lava la jambe droite.

— Goulue, lave-moi ma jambe gauche.

— Mort, tu n'as pas de jambe gauche.

— Qui donc me la prise ?

— Je ne sais pas.

— Moi je le sais. Ton père et ta mère m'ont déterré et m'ont coupé la jambe gauche que tu as mangé

Alors le mort prit la goulue, l'emporta dans sa fosse au cimetière et la mangea !

Et cric, cric,

Mon comte est fini;

Et cric, crac,

Mon conte est achevé.

Je passe par mon pré,

Avec une cuillerée de fèves qu'on m'a donné.

D’après

« CONTES POPULAIRES RECUEILLIS EN AGENAIS »

PAR

M. JEAN FRANÇOIS BLADÉ

PARIS LIBRAIRIE JOSEPH BAER

2 RUE DU QUATRE-SEPTEMBRE,

1874.

 

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