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J’ai décidé, dans mes pérégrinations auvergnates, de visiter la Corrèze, limitrophe du Cantal, de la Creuse, de l’Haute-Vienne, du Puy de Dôme, du Lot et de la Dordogne. Ce département de la région Limousin, est dodu, montagneux tout en étant peu élevé. Ici, les monts culminent  en moyenne  entre 400 à 700 mètres, le point dominant se situant au mont Bessou à 987m, dans le massif des « Millevaches ».

      Dans cetentrelacs de « monts et merveilles », de forêts insondables, mais si propres qu’on se demande s’il n’y a pas des cantonniers dédiés à son entretien. Je pars au hasard, vers Egletons, dans le nord-est, entre Tulle et Ussel.

      Marcillac-la-Croisille, siège d’un lac, il y en a des dizaines dans le secteur, où s’est installée une magnifique base de plein air très fréquentée, presque tout au long de l’année. Ce bourg d’altitude moyenne, s’étire mollement sur 3km. Ses maisons, très bien entretenues, en pierres blondes et toits de lauses ou d’ardoises, ses jardins aux cordeaux, ses pelouses taillées et proprettes…. La région est superbe, les forêts accueillantes et sont souvent domaniales. En ce début d’octobre, je vais y faire de belles cueillettes de cèpes dodus, et souvent énormes !

     Au fil des jours, je m’émerveille des « régions » traversées, les paysages sont somptueux, les sous-bois moussus et verdoyants, écrasés d’ombre et constellés de lumières vives en ce début d’automne resplendissant. Le ciel bleu, les fougères fauves, les pâtures-vert émeraude-, tout est ici à son paroxysme…

    Après quelques jours à profiter des bienfaits de la nature, sous les immenses frondaisons de charmilles, châtaigners et sapinières veinées de chênes, à chercher les beaux cèpes et les « trémouilles », grises ou rouges, hautes de 30 cm, aux casques de 30 à 40 cm, à la chair blanche immaculée que l’on cuit en belles escalopes… Ainsi s’écoulent mes jours au cœur des forêts domaniales de Clergoux et Marcillac, entre plage et promenades, cèpes, quelques châtaignes grosses comme des marrons et balades forestières.

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Aubazine (19): La Corrèze est belle! (Photo de Patrick Garcia)

      La Corrèze est belle ! C’est un peu les Pyrénées sans les glaciers, le Cantal avec des forêts, les Alpes sans les autoroutes à foison et le béton. On y est bien. Partout des sons heureux : bruits de cascades, de gosses jouant dans les cours de récrés, de brises dans les arbres… Peu de bruits « répulsifs », klaxons, vrombissement des mobylettes trafiquées, bib-bip des engins de chantiers quand ils reculent…

    Des gens heureux, souriants, papotant sur un trottoir, un paysage préservé, et pour se déplacer, des routes parfaites comme des tapis roulants….

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Aubazine (19): L'itinéraire depuis Ste Livrade sur Lot.  (Photo de Patrick Garcia)

 

EN ROUTE VERS AUBAZINE

     Il faut bien quitter ce reposant paysage montagnard, pour redescendre vers les collines du pays de Brive, à Aubazine.

     Aubazine est situé près de la rivière Corrèze, entre les deux pôles que sont Tulle et Brive, dans un écrin de rocailles légèrement rosées.

     L’abbaye qui s’y blotti, est aussi célèbre que les restes de son église romane ou du « Canal des Moines », un ouvrage d’art unique, classé au titre des M.H. en 1966. Ce célèbre canal, 8 fois centenaire, a dû être renforcé et restauré et fermé au public de 2004 à 2010, avant de redevenir la magnifique promenade qu’il est.

 

BALADE AU FIL DE L’EAU :

 LE CANAL DES MOINES :

 

     Le torrent « coyroux » traverse le village. Il est capté en partie, 70 mètres plus haut que l’abbaye pour alimenter ce canal taillé dans le roc, de main d’homme, pour fournir aux religieux, l’eau précieuse permettant d’irriguer les jardins, les prairies, alimenter une vaste pisciculture et de faire tourner les 3 ou 4 moulins…

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Aubazine (19): Début du "canal des moines", taillé dans le rocher... (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Le canal qui se poursuit par une pente plus douce.  (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Le Canal, entre montagne et ravin. (Photo de Patrick Garcia)

     Pour cela, la canalisation à ciel ouvert, fut taillée à flanc de montagne sur 2000 mètres avec une faible, mais suffisante pente, et un débit constant, régulé par une sorte de vanne en forme de trappe, qui sépare le « Coyroux » en deux parties, la captation et la partie naturelle du torrent qui vient se fracasser en de vrombissantes cascades.

      Des ouvrages d’art ont été nécessaires pour franchir les à-pics, mais l’ensemble est somptueux. Le va-et-vient des visiteurs est incessant sur la « digue » qui contient le canal, le sommet de ce mur de 2 kms de long est transformé en chaussée dont les pierres sont lissées et brillantes par le pas des promeneurs au cours des siècles. Pour réaliser l’ouvrage, les moines ont mis 7 ans, à partir de 1127. Ils ont taillé le bas de la paroi, pour en faire une sorte de gaine, dont le fond est horizontal, et bordé, côté du vide, d’un mur très épais de deux mètres, sa hauteur variant de 2 à 5 ou 8 mètres, pour soutenir ce canal qui emprunte parfois la voie des airs, par des arches à 40 ou 50 mètres du vide, on les appelle les « baignoires »….

      Le début de la promenade s’effectue par un raidillon qui part près du lavoir qui est en face les bâtiments conventuels de l’abbaye. Les premiers hectomètres sont ardus. La pente casse les jambes. Mais la vue sur l’abbaye que l’on domine de plus en plus puis, enfin, la première vue du canal que l’on côtoie à partir de l’école, redonne du tonus pour effectuer cette première partie. Je traverse une route et la promenade continue tout aussi abrupte de l’autre côté. De belles maisons et des propriétés bordent ce chemin antique. Enfin, la pente diminue très sensiblement, et ce sera ainsi jusqu’au terme des 1800 mètres qui me sépare de la captation.

    Au début, mi-pavillonnaire, mi forestière, la balade devient très vite forestière. En ce début d’octobre, les châtaigniers commencent à virer entre le  jaune flamboyant et l’ocre rouge, le ciel bleu, la gazonnée vert émeraude… Le calme pousse à l’introspection.

   Uniquement forestier au début, le cadre se fait plus rocailleux, le précipice à droite donne vue sur un enchevêtrement d’arbres et de rocs, avec au loin, des éclairs de vue sur l’abbaye.

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Aubazine (19): Le Canal a été creusé, comment dire? Fendu, dans le roc de la montagne! (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Arc-boutant pour consolider le chemin qui n'est autre qu'unesorte de digue maintenant l'eau. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Les passages dallés de belles pierres sont sur le vide! (Photo de Patrick Garcia)

     Des défilés, des tranchées dans le roc, des virages, des escaliers, mais toujours le canal et son eau limpide et claire m’accompagne sur ma gauche. Puis après bien des tours et des détours, je plonge dans un univers frais, sombre, bordé à gauche par la paroi et le canal et à droite, par le torrent « Coyroux » qui dévale à grands fracas vers la vallée.

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Aubazine (19): Cette portion du canal est portée par des corbeaux et des pontets. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Près du terme de la balade, le canal rejoint la gorge qui se rétrécit. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Près du sommet, le canal et son géniteur, le ruisseau "Coyroux". (Photo de Patrick Garcia)

    Enfin, après 3/4 d’heures à 1 heure, j’arrive au captage. Un éperon triangulaire fend le flot en deux canaux. A gauche, une porte réglable, « la Capture », permet de gérer le débit nécessaire à la communauté, du reste qui s’écoule par le canal de droite, la « part des Anges », l’eau superflue qui ira rejoindre la vallée après de multiples rebonds… A ma gauche, la paroi a laissé place à un versant forestier d’où s’échappent des tortilles bien alléchantes menant vers d’autres trésors, dont le « Saut de la Bergère » et un calvaire avec point de vue. Les lieux sont splendides. Moi qui en ai vu en tous genres, suis subjugué par le cadre quasi féérique du torrent dans son écrin végétal, presque en pénombre. A l’extérieur, il fait 25 à 26°, ici, à peine, 17 à 18°, c’est tonique, rafraichissant et fascinant.

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Aubazine (19): La captation du canal est régulée par cette vanne en fer. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Vue inverse, à gauche, formant un "S", le ruisseau, à droite le "Canal des Moines" qui amenait la VIE dans l'abbaye. (Photo de Patrick Garcia)

     Sept ans de la vie de ces moines pour ces deux kms de canal, mais à l’arrivée, quelle réalisation ! Elle permet de faire vivre un village et une forte communauté qui s’est constitué autour du fondateur, Etienne, originaire du village de Vielzot en Xaintrie, que l’on connaîtra plus tard sous le nom de Saint Etienne d’Obazine. Obazine, vient comme me le révèlera plus tard une sœur de la congrégation, des forêts opaques qui entouraient la communauté sur plus de 12 kms d’épaisseur…. Opaque, en vieux français médiéval, donna Obasina, puis Obazine et à la Révolution, on lui préféra Aubazine, pour faire un pied de nez au Saint.

     Les moines avaient décidé de se faire un revenu sur place grâce à l’eau abondante du « Coyroux » en construisant une immense pisciculture pour l’élevage des brochets et truites. Le canal était donc essentiel à la vie et à la survie de tous. Je sors de mes pensées quand un groupe de touristes belges débouche à un détour du chemin. Il faut bien revenir sur la terre des hommes et reprendre le chemin du village et de sa célèbre abbaye au clocher octogonal.

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Aubazine (19): La descente est superbe. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Il y a des paysage de toute beauté... (Photo de Patrick Garcia)

    La descente à pas tranquilles s’effectue en 35/40 mns. Encore trop rapide à mon goût, moi qui suis encore la tête pleine d’images, de sons et de parfums incomparables… 

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Aubazine (19): Première vision de l'abbaye au retour de la balade. (Photo de Patrick Garcia)

     Heureusement, cet après midi, je vais plonger dans l’univers de l’abbaye, grâce à une visite commenté par une sœur qui ne me cachera rien des trésors des bâtiments.

 

AUBAZINE VISITE DE L’EGLISE

La visite de l’abbaye doit être suivie, ou précédée, de celle de l’église.

   Puisque je ne peux visiter l’abbaye que cet après midi, je consacre le reste de ma matinée, à découvrir l’église d’Obazine (ou Aubazine, ou Aubazines….).

   Ce joli petit village de Corrèze, est à une porté d’arquebuse de la capitale, Brive. Le village garde quelques témoignages de son passé médiéval, dont une porte avec sa fenêtre à meneau. Ici, la pierre est blond-rosée, et les toits sont en ardoises et pentus. Il y a de nombreuses carrières ardoisières dans toute la région, et certaines se visitent. Les monts, qui bordent Aubazine, sont peu élevés : 370 ou 400 mètres, mais ils offrent un panorama qui rappelle à s’y méprendre, à la Haute Auvergne, les « puys » en moins.

     Depuis longtemps, j’avais lu ou entendu, sur ce monastère, crée par Etienne de Vielzot (saint Etienne d’Obazine) et Pierre en 1127, et les différents « trésors » qu’il renferme.

     Je laisse mon vieil « Autostar » près du lavoir, alimenté par les eaux du « Coyroux », le torrent local, dont les moines captèrent, il y a 800 ans, les eaux claires, par une sorte d’aqueduc, pour alimenter, les hommes, la pisciculture, les potagers et les moulins…

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Aubazine (19): Depuis le départ du Canal, la façade arrière de l'abbaye et des bâtiments conventuels. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): les bâtiments conventuels. (Photo de Patrick Garcia)

      En face moi, les bâtiments conventuels s’étalent harmonieusement, jusqu’au transept de l’église. Le chœur est surmonté d’une superbe tour octogonale pour supporter cloches et guetteurs.

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Aubazine (19): L'église, dominée par le clocher roman, est, on le devine, avec une nef qui fut tronçonnée. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Autre vue de l'église, depuis le jardin du cloître, sa façade, à droite est assez récente. (Photo de Patrick Garcia)

 

      Quand je débouche sur la place de l’Eglise, je suis étonné de la faible longueur de la nef, en rapport avec les deux bras du transept. A l’entrée, sous un porche « récent », un beau plan  m’indique que les deux tiers de la nef, qui allait jusqu’à la mairie, au bout de la grande place, soit une longueur hors tout d’environ 90 mètres. Cela représente 6 des 9 travées originelles, qui ont été éliminées au 17ème siècle ! En fait, il avait trop de travaux à réaliser pour le père abbé, qui a choisi de supprimer la partie absente, qui fut démontée, tandis qu’au 18ème, un clocher-mur était élevé à l’emplacement de la porte actuelle.

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Aubazine (19): La nef et ses collatéraux. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): La coupole et, dans le bras gauche, l'arrivée de l'escalier des moines, depuis leurs dortoirs. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Superbe coupole. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Le chevet à facettes. (Photo de Patrick Garcia)

     Je rentre et je suis tout de suite frappé par l’harmonie des formes et arcs en plein cintres, c’est une « romane » bon teint ! A son apogée, quand elle était aussi longue qu’un terrain de sport, elle devait écraser l’auditoire par sa prestance et son imposante masse.

Ce qui me frappe, c’est la tonalité grise des teints, pierre calcaire et vitraux, unis pour donner une ambiance atone, opaque …. Obazine…. Qui vient du latin « Opaque » dense, celle des forêts impénétrables qu’il fallut défricher pour établir la communauté.

 

MISERICORDES ET VITRAUX ANTIQUES

 

       Ces verrières possèdent 4 des plus vieux vitraux cisterciens d’Europe, du 12ème siècle. Ces verres sont dits « en grisaille ». Afin de préserver l’attention des moines, pas de couleur, pas d’image pieuse, mais des motifs en entrelacs de type celtique et dans une sorte de gris dont la formule s’est perdue au cours des siècles.

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Aubazine (19): Les 4 plus vieux vitraux cisterciens d'Europe, du 12ème siècle! (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Des motifs géométriques qui inspireront "Coco Chanel". (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): La future couturière et styliste, passa des heures à prier face à ces verrières. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): En fin d'article je passe deux photos d'objets inspirés par Aubazine. (Photo de Patrick Garcia)

       Pas de couleurs dans ce monument, ou si peu, même si des objets ou des restes de motifs peints sont encore visibles à certains endroits. Mais il y a d’autres « trésors ».

LES MISERICORDES D'AUBAZINE

Par exemple une grande série de stalles qui possèdent la particularité d’être munies de « Miséricordes » sublimes. Ces petits reposoirs sculptés sous le siège du fauteuil (stalle) que le moine doit relever lors des longues heures de prières, permet au religieux de se reposer à certains moments s’en s’assoir.

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Aubazine (19): Une des quelques stalles qui ont gardé leur dais (toit). Sous les sièges relevés, les Miséricordes. (Photo de Patrick Garcia)

De nombreuses stalles en France ont des « miséricordes » plus ou moins sculptées, mais ici ce sont de véritables restitutions en « 3D ». Tout à tour, défilent sous nos yeux, des visages immortalisés dans des poses criantes de vérité. Hommes, barbus ou non, femmes, vieilles ou jeunes, anges, faunes, religieux hommes ou femmes, boudeurs ou contemplatifs…. Il y a même quelques têtes de soldats casqués et emplumés ! L’ensemble est de toute beauté.

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Aubazine (19): Finesse des détails. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Moisson stylisée. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Notez le drapé du voile de la jeune femme.(Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): "Génie" de la vigne. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Bien pensive, cette femme. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Vieille nonne. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Allégorie. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Bouffon. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Jeune nonne nous interpellant. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Maure. (Photo de Patrick Garcia)

Il reste 45 de ces stalles qui séparaient la partie réservée aux moines du reste de la nef et du chœur. A présent, elles sont disséminées aux 4 coins de l’église, ce qui est un tort. L’ensemble que j’avais vu en place était d’autant plus impressionnant. Si elles ont perdu leurs parties hautes, l’essentiel est préservé et je n’ai pu m’empêcher de les photographier toutes.

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Aubazine (19): Belle tête de jeune homme. (Photo de Patrick Garcia)

 

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Aubazine (19): Tête de matrone. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Marin de profil. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Moine gourmand. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Belle jeune femme. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Accoudoir de stalle. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Visage de seigneur. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Autre noble. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Marin avec son ciré. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Soldat casqué. (Photo de Patrick Garcia)

Elles ont été sculptées vers 1690 quand l’abbaye fut choisie par Cîteaux, pour être lieu de « noviciat » pour toute l’Aquitaine. D’importants travaux de rénovations furent entrepris, ce qui nous permet aujourd’hui de visiter ce grand livre d’images.

 

 

 

LE FABULEUX TOMBEAU DE ST ETIENNE

 

 

     Autre chef d’œuvre, le « Tombeau d’Etienne d’Obazine » (Dcd en 1159). Il fut réalisé vers 1250, par un atelier parisien, sur commande de l’ordre cistercien et par l’entremise du roi St Louis, dit-on.

    Ce tombeau ressemble à un temple dont les deux versants du toit représentent les événements de la vie du fondateur, entouré des frères converts, barbus, des moniales et des paysans, ensemble, ils marchent en direction de la Vierge, sur un côté. En face, le même groupe, sortant du tombeau et en contemplation de la Vierge et de l’Enfant. Les deux frontons du toit en bâtière, sont réservés à des motifs végétaux d’une grande richesse, presqu’une broderie dans un style que le baroque ne renierai pas ! Ce toit, magnifique, est porté par 20 colonnes supportant des arcs brisés.  Ce petit « temple » abrite un gisant (qui n’est pas un portrait) du saint homme, mais son émouvante facture permet d’entrevoir la trace des dégradations involontaires provoquées par 8 siècles de pèlerinages où chacun voulait passer la main sur le visage et parfois emporter un peu de la statue de St Etienne. Témoignage de ferveur envers le saint.

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Aubazine (19): Le fabuleux tombeau de St Etienne, face gauche. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Côté gauche, notez la richesse des détails. (Photo de Patrick Garcia)

 

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Aubazine (19): Le côté gauche du tombeau. (Photo de Patrick Garcia)

   Depuis quelques temps, de nouvelles pièces sont venues étoffer ce « trésor ». Lors de travaux de fouilles archéologiques, en 1985, dans le monastère féminin de Coyroux, très proche (500 mètres), dépendant de celui d’Obazine, les archéologues ont déterré  quelques pièces d’une « Mise au Tombeau » du 15ème siècle, en calcaire polychrome. Même si le Christ n’a pas été retrouvé, les éléments ou morceaux mis à jour, témoignent de la richesse de cet ensemble avant sa dispersion.

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Aubazine (19): Le toit en batière côté gauche. (Photo de Patrick Garcia)

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 Aubazine (19): Le toit côté droit. (Photo de Patrick Garcia)

PIETA ET MEUBLE MILLENAIRE

 

    Mais la pièce qui m’émeut le plus, moi qui suis athée, mais amoureux des vieilles pierres, est une jolie « Piéta », une « Vierge de Pitié » du 15ème siècle. Allez donc savoir pourquoi ? Ce type de statue qui affiche la détresse d’une mère (la Vierge) supportant sur ses genoux le corps martyrisé de son fils (le Christ) a le dont de m’émouvoir. Les artistes, aussi « frustes » qu’ils soient, ont la faculté de faire passer le message vieux comme le monde de la détresse d’un parent face aux malheur et à la disparition d’un enfant… Ce n’est pas le malheur de Marie que nous voyons, mais celui qui plane sur nous quand nous avons peur pour la santé ou l’avenir de ceux que nous aimons…

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Aubazine (19): La belle piéta polychrome. (Photo de Patrick Garcia)

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     Celle d’Obazine, est en calcaire polychrome, elle pose un regard figé, yeux quasi fermés, sur le corps « désarticulé » de son fils. Le drapé lourd et réaliste de la « Mère », les membres gisants du Christ, plaies béantes au-dessus des mains enchevêtrées de sa mère, tout est ici criant de vérité. On attribut cette « Piéta » au même atelier qui a réalisé la « Mise au Tombeau » de Coyroux, exposée derrière le gisant du saint.

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Aubazine (19): Les plus vieux meubles de France. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): 9 siècles de bons et loyaux services. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Serrures et barres de blocage. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Autre meuble lithurgique. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): fermeture avec anneau en forme de coeur. (Photo de Patrick Garcia)

    Beaucoup de sculptures, donc, mais pas seulement sur pierre, sur les stalles, mais aussi en ébénisterie, avec des meubles, dont une œuvre majeure. En effet, après les plus vieux vitraux cisterciens d’Europe, Obazine possède certainement le plus vieux meubles de France, une armoire à objets liturgiques du 12ème siècle ! Composée de belles planches de chêne, avec ses portes aux ferrures fleurdelisées, Ses serrures d’origine, ce grand coffre, à l’origine clouté… date de 8 siècles. Que d’aventures, sereines ou affligeantes, n’a-t-il connu ????

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Aubazine (19): Vierge à l'Enfant du 12ème dont la tête a été volée. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Retses des peintures d'origine. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Piéta peinte du 12ème. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Un des rétables. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Détail: le Pèlerin. (Photo de Patrick Garcia)

    Encore un mot pour signaler la très belle coupole sur pendentifs qui domine la croisée du transept. Il y a trois chapelles rectangulaires de chaque côté du chœur, chacune étant décorée de retable ou de mobilier qui lui est propre. L’abside est à trois pans, chacun éclairés par une verrière.

    A noter les collatéraux de la nef, chacun étant égal à la moitié de la largeur de celle-ci, comme dans la majorité (mais pas dans toutes) des édifices romans de cette envergure.

 

VISITE DE L’ABBAYE D’OBAZINE

 

    A l’heure dite, je me trouvais devant la lourde porte. Avec un groupe de visiteur, j’attendais avec impatience de pénétrer dans « l’intimité » de la communauté. Enfin, la lourde porte s’ouvre et une moniale d’une soixantaine d’années, un léger accent anglo-saxon, nous convie à entrer dans la « Porterie ». Quand nous sommes acquittés de la modeste somme de 6 euros, la sœur nous convie à la visite. Je vais essayer de retranscrire la visite telle qu’elle nous l’a faite. J’espère que ma mémoire est fidèle !

UNE HISTOIRE TOURMENTEE

      «  Saint Etienne a choisi en 1127 cet endroit, car n’y avait rien à plus de 12 kms à la ronde, seulement des forêts opaques, en vieux français, « Obazina », et on ne sait pourquoi la République cette orthographe couramment utilisée depuis des siècles en Aubazine, à la Révolution.

     Saint Etienne avait la faculté de multiplier les pains, ce qui est fort utile dans une époque où l’on  ne disposait pas de revenus stables, puisque la petite communauté qui s’était réunie autour de lui, n’avait pas encore entamé son établissement définitif, donc son opulence. Il décida à un moment de séparer les hommes des femmes, et fit construire à 400 mètres de là, un couvent pour les moniales.

     A la Révolution, s’il n’y avait que 2 vieux moines dans notre abbaye, il y avait encore une vingtaine de moniales dans leur couvent. Cet établissement a malheureusement été, depuis, détruit, à part quelques murs de leur église.

    Pour pérenniser sa communauté, St Etienne va l’agréer à l’ordre de Cîteaux. Les moines vont commencer à bâtir cette abbaye en 1156, la 1ère Cistercienne dans le Sud de la France, alors que déjà, dans notre région, existaient une cinquantaine d’abbayes dont la majorité appartenait à Cluny.

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Aubazine (19): Sur cette maquette du site à son apogée, on voit à gauche le canal, en haut à droite, le monastère des femmes, et au centre, l'abbaye dans son intégralité. (Photo de Patrick Garcia)

      On commence par bâtir l’église qui avait 9 travées, 92m de long, à l’origine, alors qu’aujourd’hui elle n’en a que 3 ! Au 17ème, l’abbé refusant d’entretenir totalement cette église et clôtura au niveau actuel, afin de diminuer les frais d’entretien. Au 19ème, on démonta les murs devenus inutiles et dangereux et on éleva le petit clocher-mur-peigne.

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Aubazine (19): Notre guide, la soeur, présente l'église, à droite, les dortoirs, à gauche, au-dessus des voûtes de la salle capitulaire. Au centre du jardin du cloître absent, la fontaîne où se désaltéraient les moines. (Photo de Patrick Garcia)

     La sœur précise que « nous sommes en Europe, la seule qui possède encore des vitraux en « grisaille » Cisterciens du 12ème siècle, il y en a 4. Selon la règle de l’ordre, pas de couleur, pas de dessin ou peinture, afin de ne pas distraire les moines dans leur prière, juste des dessins de facture Celte.

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Aubazine (19): Sur cette vue des dortoirs, on distingue le départ de l'aile qui menait aux cuisines, écroulées. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Depuis les cuisines, on apperçoit la cour du cloître qui dominait tout le tour. (Photo de Patrick Garcia)

 

 

 

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Aubazine (19):  Vue de la fontaine, face au logis du Prieur. (Photo de Patrick Garcia)

      Le clocher est à base carrée, surmontée d’une tour octogonale. Une fois l’église terminée, les moines édifient les bâtiments de vie, dont le « scriptorium », la salle où les moines copistes et les enlumineurs éditent ou réalisent des ouvrages rares. Au-dessus, une grande salle qui sert de dortoir commun aux moines, au moins trente. En bas au côté du scriptorium, la salle du chapitre.

     D’autres bâtiments sont construits pour les frères converts. C’étaient des paysans que les moines prenaient pour les aider dans leurs tâches quotidiennes. Pour éviter à avoir à les payer, ils les transformaient en « demi-moines ». A une époque où les temps étaient durs, le fait d’avoir un toit sur la tête, et 3 repas assurés par jours, emportait de nombreuses adhésions.

   La « Guerre de 100 ans » avec les Anglais, va apporter de rudes coups à l’abbaye. Ici, nous sommes dans une partie qui fut Anglaise, ce qui ne plut pas beaucoup aux moines et aux paysans. Il y aura donc une rébellion qui va entrainer une augmentation du contingent armé ennemis pour mater la révolte.

      Le château de Mallemort, l’église fortifiée du Cornil, et bien sûr Obazine, eurent à souffrir beaucoup, avec d’autres encore.

      Plus tard, avec les guerres de religion et la Fronde contre le roi, le village et l’abbaye eurent à souffrir de leur seigneur, le vicomte de Turenne qui fut très frondeur et devint protestant. Son passe-temps favori sera de venir piller l’abbaye avec ses soldats. On ne peut protéger quoique ce soit car, celui sensé nous protéger, nous accable avec la population. Mais la haute tour du clocher permettait de guetter en laissant à la population et à la communauté, le temps de se mettre à l’abri dans l’église et de cacher les quelques « trésors » qui restaient à la communauté.

      Quant au grand réfectoire d’origine, il s’écroula vers le 14/15ème siècle, car le remblai sur lequel il était bâtit (le terrain était en forte pente), bougea. La cuisine, elle, dont les fondations allaient jusqu’au rocher, n’eut pas à souffrir de ces mouvement de terrain, mais le réfectoire étant agrippé à la cuisine, ce qui est une hérésie, dont tous, même nous les femmes, aurions pu deviner ce qui allait se passer !

     Au centre des bâtiments, le jardin, qui représente « le Jardin du Paradis » et dans son milieu, une fontaine.

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Aubazine (19): Au-dessus des corbeaux qui suportaient le cloître, les fameux vitraux du 12 éme. (Photo de Patrick Garcia)

     Entre le 12 et le 17ème siècle, nous avons perdu le cloître. Pour redorer son blason, après ces calamités, Obazine fit venir de nombreux nouveaux et jeunes moines pour la remonter. Pour ces jeunes Cisterciens, plus question de dormir ensemble dans la salle commune, on va ajouter un étage. Mais comme c’étaient des moines bourguignons, ils firent des toitures très, très, hautes. Dans ces temps là, il neigeait beaucoup. La neige, sur ces toits pointus, glissaient et s’accumulait sur le toit du cloître. Il s’effondra. Le père abbé, ne voulant pas payer la réfection, il n’en reste plus que les corbeaux sur lequel il s’appuyait.

LA FONTAINE

     Nous approchons de la fontaine. Cette fontaine est d’une seule pierre venue de Lanteuil, à 12 kms. A l’origine, il y avait un 2ème bassin en dessous, alimenté par une couronne d’orifices au bas de la première cuve. Ce bassin, qui a malheureusement aujourd’hui disparut, était destiné à laver les pieds des moines au retour des travaux. En haut, la cuve pour étancher la soif et se laver les mains, en bas, pour le lavage des pieds.

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Aubazine (19): La fontaine, avec 2 gobelets; par les trous bouchés, coulait l'eau dans un bassin où les moines lavaient leurs pieds. (Photo de Patrick Garcia)

    Cette fontaine est alimentée par une source captée  sur le mont qui domine Obazine, à plus de 2 000 m d’ici. Elle est excellente et toujours fraîche. Elle n’a jamais cessé de couler depuis 800 ans, date de la construction du « Canal des Moines » (voir plus loin). Au 19ème siècle, la municipalité décida d’édifier une fontaine, réplique celle-ci, sur la place du village. Mais elle ne s’embarrassa pas, puisqu’elle détourna à son profit, une partie de l’eau de l’abbaye pour celle du village.

       Après la visite au centre du j’ardin d’abbaye, occupé par de nombreux légumes, la sœur invite le groupe à la suivre dans la salle capitulaire. L’entrée de cette salle est au bout d’une des allées en croix  qui part de la fontaine centrale. La porte romane est bordée de chaque côté par deux fenêtres géminées plein cintres.

     Il s’y tenait le conseil d’administration de l’abbaye. Au milieu de ces lettrés, nobles et bourgeois, les frères converts qui étaient frustes et ne savaient ni lire ni écrire, ils n’y avaient donc pas droit au chapitre, d’où l’expression. Ils ne rentraient donc jamais dans cette pièce.

     Notre guide nous raconte les vicissitudes et les moyens de subsistance de la communauté qui faisait élever des bovidés dans ses pâtures du côté de Mauriac (Cantal) peu éloigné. Elle donne des exemples de dons, contre des messes à perpétuité, par exemple, ce don d’une saline sur l’île d’Oléron. Cette manne, permit, par les taxes qu’elle rapporte, permis la construction de plusieurs abbayes-sœurs, ainsi que l’épanouissement de la maison mère.

LA SALLE CAPITULAIRE

      Poursuivant, la sœur explique que dans toute l’Europe, la disposition de la salle capitulaire de l’ordre de Cîteaux est la même. Un rectangle partagé en 3 parties dans le sens de la longueur par 2 colonnes, et en 2 dans le sens de la largeur. Les fenêtres sont géminées (doubles) pour rappeler symboliquement qu’il y avait 2 voies qui s’offrent aux humains, le bien et le mal.

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Aubazine (19): Salle capitulaire vue de l'extérieur. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): On y voit encore les bancs où les moines participaient au chapitre. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Le jardin du cloître epuis la salle capitulaire. (Photo de Patrick Garcia)

      Cette salle a connu un hôte bien particulier. A une époque, Obazine servit d’orphelinat. Une de ses pensionnaires connut un destin superbe : on l’appela Coco Chanel. Elle se souvint de son enfance à Obazine, car le motif au-dessus de son magasin, à Paris, est inspiré des vitraux d’Obazine (ou Aubazine). Autre symbole tiré d’Obazine, la forme de son flacon de « Coco N°5 de Chanel », qui reprend l’allure générale du clocher-tour de l’abbaye, carré en bas, conique puis pointu avec un bouchon octogonal, comme j’ai pu trouver dans un de ces premiers flacons.

LE CRIPTORIUM

    Jusqu’au 17ème, les moines sortaient par la porte extérieure, pour aller au scriptorium sans se mouiller. Mais quand les galeries du cloître furent démontées, ils vont percer une porte à l’angle de la salle capitulaire afin de rester au sec, au moment d’entreprendre des travaux d’enluminure et d’écriture sur les belles pages parcheminées.

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Aubazine (19): Le scriptorium, ici, s'écrivaient les trésors d'Aubazine, avec leurs enluminures.  (Photo de Patrick Garcia)

    En sortant, notre guide nous montre la ruine qu’est devenu le château du prieur commendataire. L’édifice, en pierre locale, n’a pas la même facture que le reste des bâtiments en calcaire gris-jaune. La pierre d’Obazine étant rosée, la démarcation au sein du même bâtiment est curieuse. Mais, la carrière initiale étant épuisée, il a bien fallut contourner cette difficulté.

       Le scriptorium était le seul endroit chauffé du monastère, hors la cuisine. Cette cheminée, garante de la bonne conservation des volumes contre l’humidité, attirait les vieux moines, trop âgés pour travailler, et souffrant de froid. Comme on ne voulait pas qu’ils viennent dans cette pièce déranger les copistes, on prit pitié d’eux. Afin de les préserver, on bâti une pièce contigüe où l’on mettra la cheminée et que l’on nommera le « Chauffoir ». Plusieurs pièces essentielles sont issues de ce scriptorium. Malheureusement, elles ont été volées et les détenteurs actuels ne veulent pas les restituer. On en connait au moins 3, dont 1 en Angleterre, et une autre dans une université en Amérique.

LE CANAL ET LA PISCICULTURE

     La guide revient sur la construction du « Canal des Moines », qui coûte 7 ans de leur vie aux moines, afin d’alimenter la communauté et la pisciculture en eau. Ces truites et brochets sont des poissons très carnivores. On raconte qu’un jour, un des prieurs commendataires particulièrement odieux, aurait été jeté dans la pisciculture, on ne l’a jamais retrouvé et on ne sait pas ce qu’il est devenu. Mais, puisque nous avons la liste complète des abbés, on voit qu’à son époque, il est remplacé par un autre abbé à ses côtés.

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Aubazine (19): L'immense pisciculture, côté aval, où le trop plein actionné les moulins à farine. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): L'arrivée du Canal des Moines dans la pisciculture. (Photo de Patrick Garcia)

      Nous allons aller voir ce bassin de pisciculture, mais vous n’avez plus à avoir peur d’être « dévorés » si vous tombiez dedans, car nous n’élevons plus de carnivores, mais des carpes, herbivores. »

      Nous sortons pour nous rendre sur les lieux de ce qui fut une entreprise florissante, le bassin de l’énorme pisciculture. Encore un travail de titan, le bassin doit faire 70 ou 80 mètres sur 15 de large et un fond qui part de 4 mètres à l’arrivée du Canal, à 6 mètres dans sa partie la plus profonde en face !

      « Le bassin ne reçoit plus autant d’eau que par le passé, depuis la construction d’un lac de loisir en amont, qui capte une grande partie de l’eau. Cela a fait baisser le niveau de la pisciculture, qui elle-même, a l’obligation d’alimenter les exploitations et les moulins en contrebas. Il n’y a plus que des carpes, les seuls poissons qui peuvent s’accommoder de la vase envahissante et du manque d’eau claire. Il y en a de très vieilles, je crois que la plus ancienne a 42 ans. J’ai connu l’eau à son maximum, vers 1989, avant le plan d’eau.

En tout cas, nous ne mangeons pas de ces poissons car il faut les faire dégorger une semaine, dans un bassin d’eau claire et renouveler en permanence, pendant près d’une semaine pour que la chair soit comestible. Au prix où est l’eau potable, on s’en passe… »

 

LES CUISINES

    Nous longeons les anciens « réfectoires » et « chauffoir » aujourd’hui détruits, comme dit précédemment, par l’instabilité du sol et le manque d’anticipation des constructeurs. Cette aile détruite est terminée par la « cuisine » du 12ème, qui elle, bâtie sur le roc, est à peu-près intacte. Il y a une très vaste cheminée monumentale qui servait à la cuisson.

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Aubazine (19): A droite, les bâtiments détruits du réfectoire et des autres dortoirs. (Photo de Patrick Garcia)

       « Cette pièce servait à la cuisson, mais plus tard aussi de réfectoire, quand le bâtiment abritant le véritable réfectoire s’écroula. Il faut savoir qu’une seconde pièce, quasiment identique et avec la même cheminée, se trouvait derrière cette cheminée. Elle était destinée à la préparation des aliments.

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Aubazine (19): Porte gothique de la cuisine. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): La cuisine proprement dite était derrière, la cuisson se faisait de ce côté. Au-dessus de la porte ouverte, le linteau porte la trace d'affutage des couteaux. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Des siècles de traces d'affutages. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Derrière la porte vitrée, se trouvait le réfectoire d'origine, aujourd'hui écroulé. (Photo de Patrick Garcia)

      Par un jeu de pentes savamment calculées, les cuisines, lavées à grandes eaux, voyaient les déchets glisser vers la pisciculture mitoyenne, pour alimenter les poissons, que l’on mangerait plus tard… Ingénieux, non ? »

    La moniale nous montre à droite de la cheminée, au-dessus du cintre du passage, et dans le coin gauche, la pierre à affuter les couteaux. Des siècles d’affutages successifs, l’ont marquée à jamais, et « cela fonctionne parfaitement ! ».

LES DORTOIRS

Nous, revenons à l’extérieur, puis vers le scriptorium pour prendre l’escalier qui monte aux dortoirs. Les marches de cet escalier ont une forte pente descendante, très loin de l’horizontalité (sûrement pour évacuer les eaux en cas d’inondation par les combles).

      Arrivés dans le corridor qui longe les dortoirs :

        « Malheureusement, les dortoirs ne se visitent pas, ils ont besoin d’une remise en état que nous ne pouvons entamer. Mais je vous demande d’admirer la beauté des sols en « pisé ». Cette technique est basée sur la taille de pierres en forme de coins tronconiques et de couleurs différentes. Puis ces pierres sont enfoncées dans un lit de glaise, et comme pour les mosaïques, formeront des motifs souvent de toute beauté qui perdurent au-delà des siècles. Cette technique permet par le poids des hommes, l’auto-blocage des pierres les unes contre les autres, et leur solidité. Les dessins des motifs, ici géométriques ou symboliques. Par exemple, une étoile à 5 branches, un soleil, la lune, des spirales, des arabesques… Quel travail.

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Aubazine (19): Les magnifiques sols en "pisé". (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Des motifs géométriques savants. (Photo de Patrick Garcia)

      Le soleil est un symbole masculin. Si vous regardez bien, il y a un visage à l’intérieur. Son nez est un cèpe, en signe des premières années passées ici dans la frugalité.

      La lune est un symbole féminin des moniales qui habitaient à 400 mètres d’ici, et dont on peu encore voir les ruines de l’église. »

        Partout, des arabesques et des motifs floraux ou géométriques, la pierre en surface est lustrée, comme vernie par le passage des pas au cours des siècles…

VIERGE A L’ENFANT

       « C’est ici qu’est exposé le dernier « trésor » de l’abbaye. Une « vierge à l’Enfant » miraculeuse (but de pèlerinage) du 14ème siècle. Elle possède la particularité de sembler venir d’Irlande. En effet, la coupe des cheveux de l’enfant Jésus, tout comme celle du personnage à ses pieds, n’est pas une tonsure comme il se pratique chez les moines en France, mais une coupe totale de la calotte crânienne avec des cheveux longs sur la nuque et le pourtour. Cette belle statue polychrome aurait-elle été subtilisée ailleurs ? En tout cas, cette belle statue n’est pas de facture locale et est inhabituelle. Scellée contre le mur, elle ne voyage plus car aucune compagnie d’assurance ne veut se charger de l’assurer ! Il vous faut donc visiter l’abbaye pour l’admirer… »

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Aubazine (19): L'ultime trésor d'Aubazine, la Vierge à l'Enfant, peut-être celtique. (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Tellement rare, qu'inassurable! (Photo de Patrick Garcia)

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Aubazine (19): Les dortoirs, vue arrière. (Photo de Patrick Garcia)

    C’est devant cette Vierge que la visite commentée s’achève. La sœur repart vers la « Porterie » et la sortie, nous laissant déambuler  notre rythme et compléter la visite.

     Nous la retrouvons, assise, à la « Porterie ». Les questions fusent : « Vous êtes combien de sœurs dans le monastère ?

- Seulement 2, mais en tout nous sommes 6 pour entretenir et faire revivre ces vieilles pierres. »

    Pour ma part, je suis enchanté de ma visite, et j’espère que les touristes seront nombreux, car même si la somme est modeste (6 euros), elle permet la vie et l’entretien de ce haut lieu du patrimoine Corrézien et français.

 

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Aubazine (19): Le logo de Coco Chanel, inspiré par les vitraux d'Aubazine. (Photo de Patrick Garcia)

 

 

    Il y a tant et tant à dire sur ces lieux, que j’ai peur de lasser…

C’est pour cela que j’ai décris en premier, la belle promenade sur « le Canal des Moines »,  puis l’église, et enfin la visite de l’abbaye…

 

    Puissiez-vous vous régaler comme je l’ai été, l’endroit est…

PATRICK GARCIA