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   Je pose très souvent mes valises en Périgord, à Bayac, j’en ai déjà décrit les avantages et quelques balades à partir de ce lieu. Et c’est logiquement en voulant découvrir les environs immédiats que mes pas me portent vers le hameau de « Montferrand du Périgord ».

   Le Pays est à  un jet de pierre de la capitale locale, « Beaumont du Périgord » en limite de "Périgord Pourpre et Noir".

    Je quitte la D25 très vite, pour prendre la D26. A ma gauche, des versants boisés de colline, à ma droite, une petite vallée creusée par le ruisseau que nousretrouvons à Bayac et à Port de Couze : « La Couze ».  Cette vallée, assez étroite, est bordée elle aussi par  des versants boisés. Au croisement avec la D26E qui monte au bourg médiéval de « Sainte-Croix », j’arrête mon véhicule et le gare sur une large banquette à gauche.

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Montferrand en Périgord: Maison à colombier-tourelle, près du village. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord: Belle maison abandonnée! (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord: La même, notez la belle pierre blonde. (Photo: Patrick Garcia)

    Je sais que j’en ai pour 45mn à pieds, ce qui va me laisser du temps pour visiter le village. Il a neigé il a quelques jours, et malgré ce glacial soleil, il reste de belles traces de poudreuse qui rehaussent le modelé du paysage… Je poursuis la D26, laisse à ma droite une stèle de fusillés, et en quelques minutes, je suis au croisement avec le C202 qui monte à gauche vers le bourg médiéval de « St Avit Sénieur ».

   Une croix des chemins en pierre marque ce carrefour et juste après, la D26 se partage, une déviation part vers la droite et suit le ruisselet « la Couze » qui est ici à son lieu de naissance.

   

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Montferrand en Périgord: "La Couture", une chartreuse restaurée par J.P. Verdon.(Photo: Patrick Garcia)

Je m’engage et immédiatement, je suis subjugué par une magnifique demeure, une chartreuse comme je les aime, haute, large, cossue, avec des mansardes régulières et une pierre blonde comme le miel…. Dans une prairie, je rencontre pour la première fois Jean Pierre Verdon. L’homme, d’un certain âge, est entrain de tailler les arbres de son parc. Au regard, je comprends que ce brave homme pourrait m’en apprendre beaucoup sur sa noble demeure, ce qu’il va faire, avec son affabilité coutumière.

    Le lieux se nomme « la Couture » et était à l’origine une « grange » d’un château des environs qui appartenait aux « de Biron ». Etant historien lui-même, il m’apprend que les magnifiques charpentes de la partie la plus ancienne, du 16ème siècle, ont été réalisées par les mêmes charpentiers qui ont réalisé celles du fameux château de Biron. Je suis en admiration et il me propose de visiter les lieux…

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Montferrand en Périgord (24): Autre vue, arrière, notez les toitures immenses. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): A gauche, les logements, en face, la magnifique grange 16ème. (Photo: Patrick Garcia)

 

 

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Montferrand en Périgord (24): La petite arcade au centre, a été ouverte par le propriétaire pour éclairer l'évier d'origine.(Photo: Patrick Garcia)

    Je n’en demandais pas tant et suis mon sympathique guide. Ce manoir est en fait une ferme noble en forme de carré avec une cour centrale.  La façade est du 17ème, à droite les bâtiments se sont succédés, accueillant les responsables des lieux ainsi que les parties nobles, tel le four et le fournil. A gauche, la grange, comme je le disais du 16ème et au fond, des bâtiments à vocation agricole et de stockage, ce me semble.

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Montferrand en Périgord (24): J.P. Verdon, historien, guide, conférencier, archéologue... mais surtout passionné de sa région!(Photo: Patrick Garcia) 

JP Verdon m’entraîne vers la grange, mais je ne peux m’empêcher de prendre un moment pour profiter du spectacle, ce bel alignement, ces façades irréprochables, ces toitures où tout est à sa place, pas une tuile « galette » qui penche, le manoir idéal….

    - « Vous savez, cela représente une vie de travail, elle demande beaucoup d’entretien, et quand nous l’avons trouvé, elle n’était pas dans cet état, mais l’essentiel était préservé, alors avec ma femme, on s’est mis à la tache, et le résultat est à la hauteur de nos espérances. » Et c’est vrai qu’après avoir gravi l’escalier qui monte au plancher de la grange, je suis estomaqué par la magnifique charpente en chêne, elle à plus de 500 ans et est comme neuve. Une carène de bateau à l’envers…. Fabuleux travail…

 

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Montferrand en Périgord (24): La charpente du 16ème de la grange, réalisée par les charpentier de Biron. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): Détail de la carène. (Photo: Patrick Garcia)

    JP Verdon me montre un endroit particulièrement soigné,  au centre, celui qui est le nœud de cette carène, une succession de croisillons savamment disposés qui rigidifient la masse incroyable de la toiture…

     

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En sortant, je suis intrigué par une arcade vitrée dans la façade donnant sur cour du logis 17ème. Le propriétaire m’explique que c’est l’emplacement de l’évier, qu’il a conservé, et qu’il y avait un arc de décharge et une fenêtre à cet endroit, ce qui lui a donné l’envie de la vitrer, ce qui est du plus bel effet. Je quitte ce charmant couple pour continuer ma montée vers le village médiéval.

 Montferrand en Périgord (24): L'évier originel, vue de l'intérieur. (Photo: Patrick Garcia)    

     Mais, Jean Pierre Verdon m’accordera la faveur, à ma demande, le moment venu, de me faire une visite commentée des peintures de l’église du 12ème siècle. L’historien fait partit du groupe archéologique de « Monpazier », mais aussi, plus proche, de celui de « Beaumont du Périgord », avec lesquels il tient des conférences sur les églises romanes en particulier…

 

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    Je continue à longer la « Couze » qui faisait tourner les meules du moulin de « Granjou », à présent à sec, son bief  et sa retenue montrent par les traces de mousse, à quel niveau arrivait l’eau qui actionnait les roues à aubes. A partir de ce moulin, le ruisselet disparait à droite dans la colline pour aller rejoindre, près de là, sa source.

Montferrand en Périgord (24): Le moulin de"Granjou" remis en eau par mes soins. "La Couze" arrivait par le flanc gauche, passait sous la route pour alimenter le bief. (Photo: Patrick Garcia)

    En quelques mn, je suis dans le bourg. J’ai arrêté mon chrono durant la visite de « La Couture ».

 

 

STE LIVRADE -MONTFERRAND DU P

 

Montferrand en Périgord (24): Le trajet à partir de Ste Livrade sur Lot. (Photo: Patrick Garcia)

 Montferrand est un bourg en hauteur tout en longueur…. J’arrive par un « T », à ma gauche, une petite école, et les maisons qui redescendent vers la D26, à ma droite, la place centrale, la mairie, la halle, l’église moderne, un manoir et au-dessus, les beaux restes du château médiéval.

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  Je suis pressé de voir le plus intéressant, mais au contraire, je redescends pour aller à la découverte d’éléments intéressants… La pente est forte et au bout de quelques mètres, je suis admiratif devant une maison assez ancienne « Maison Taylor » avec un encadrement de porte 18ème. Je longe la petite école, et jusqu’au croisement, R.A.S.

Montferrand en Périgord (24): Entrée du village en venant de "La Couture". (Photo: Patrick Garcia)

  Je remonte donc et j’apprécie mieux le décor du bourg. Par exemple vers la «  maison Taylor », c’est tout un ensemble, une maison noble, superbe qui s’offre à ma vue, peut être l’arrière et le côté de cette demeure. Des restes de tours carrées, une fenêtre à meneaux en angle, une fenêtre à fronton, des murs qui semblent avoir protégés ce manoir citadin… Je « mitraille » conscient que cela fera de beaux clichés à la gloire du hameau…

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Toujours sur le C202 qui est la seule artère du hameau, j’arrive au croisement avec la D26, le « T » d’où j’étais arrivé. A ma gauche, plusieurs portes cochères monumentales,  indiquent l’aisance de leurs propriétaires d’alors.

Montferrand en Périgord (24): Belle porte cochère avec date. (Photo: Patrick Garcia)

 

Sur l’une, la clé de voute indique en lettres romaines « MDCCL IV (1754) ».

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Montferrand en Périgord (24): Date de 1754 sur le claveau de la porte. (Photo: Patrick Garcia)

Une autre entrée indique « 1684 ». Ce cintre de porte est remarquable par les décorations qui soulignent son galbe. Ils me semblent reproduire une fleur ouverte avec 8 pétales… Toujours la même mais je vais la retrouver dans d’autres endroits du village.

 

     

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Sur la placette centrale, une magnifique halle à 16 colonnes. JP Verdon me dira plus tard qu’elle en comptait 8 de plus, soit 6 rangées de 4. Il m’indique que l’angle N-E. était le « pilori » où étaient exposés les condamnés du village.

Montferrand en Périgord (24): La superbe halle. (Photo: Patrick Garcia)

    Mon  cicérone me précise aussi, que l’église est du 19ème siècle… Autant dire que pour moi, aucune valeur historique… Mais, mais, en la regardant un peu, je trouvais curieux qu’elle soit « désorientée » si l’on peut dire.

     C’est-à-dire que l’entrée est tournée vers l’Est, avec son clocher, alors que c’est le chœur qui aurait dû occuper cette position, qui regarde l’Orient et Jérusalem, dans la plupart des cas.

   C’est ici que le disert Jean Pierre Verdon me souligne un épisode pagnolesque qui abouti à « l’inversion » de la dite église.

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Montferrand en Périgord (24): Le manoir d'un paroissien farfelu. (Photo: Patrick Garcia)

- « Contre cette église, à l’Ouest, vous avez remarqué une maison noble…. Le seigneur qui y résidait jouissait d’une vue sur le village qu’il ne voulut jamais perdre, surtout quand la commune, vers 1835, décida de construire une nouvelle église, plus proche que l’ancienne trop petite, sur le plateau. Sur le principe, ce « bigot » était d’accord. Mais pas chez lui, même si ces terres appartenaient à la commune. Surtout pas devant sa vue ! Un clocher devant sa vue ? Il fit des procès et fit intervenir tous ses relais…. Tant et si bien, que lassés, les gens de la commune inversèrent l’église, lui faisant faire un demi-tour à 180 degrés ! Mais entre-temps, les relations s’étaient tenues entre ce vieux râleur et la commune. L’église bâtie, le noble assistait quand même à toutes les messes, avec son personnel…. Mais seulement depuis sa fenêtre, car il n’entra jamais dans la nouvelle église, si ce n’est, pour être inhumé…. »

    Je pars à la découverte de cette maison noble. Effectivement, elle est collée à l’église, ou plutôt, c’est l’église qui s’y est collée. L’ensemble est charmant, des fenêtres à meneaux des ouvertures en forme d’arcades et une tour devenue pigeonnier, qui part complètement en travers, mais depuis tellement longtemps, que cela semble « normal »….

     La tour est à l’image de son propriétaire, rigolais-je… Tiens ! Je retrouve les mêmes décorations en forme de fleurs déjà aperçues sur la porte cochère plus bas … Sûrement le même propriétaire… L’ensemble est charmant et je mitraille encore…

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Montferrand en Périgord (24): Belle maison noble avec meneau d'angle. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): Autre très jolie maison noble. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): Sous le "nid d'aigle", superbe maison périgourdine. (Photo: Patrick Garcia)

     Bien sûr, cette maison noble n’aurait pas tenu une heure face à une meute de « routiers », mais cela suffisait à y être tranquille en temps normal, veillé par l’imposant château, juste au-dessus, qui pacifiait la région.

   Ses restes sont encore spectaculaires, même s’ils ont, soufferts et diminués, ils offrent une idée de la puissance protectrice qui concédait aux habitants terrorisés de ces époques troubles où la vie n’avait aucun prix pour les bandes armées de tout poil…

   

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Je monte vers le château, de part et d’autre de la route, des maisons magnifiques, anciennes et du plus beau style, un véritable village conservé dans « son jus » 17/18ème siècle. On doit tourner des films ici, si on ne le fait pas, c’est qu’on n’y connait rien !

    J’arrive à la bifurcation qui va au château, accueilli par un pan de rempart, une belle tour ronde découronnée, puis une belle vue s’offre à moi, à droite.

Montferrand en Périgord (24): Les courtines du château. (Photo: Patrick Garcia)

    Cela doit faire partie des « communs » du château, mais le bâtiment au toit mansardé, souligné par des broderies de neige est superbe, une fois de plus. Deux mansardes différentes une à « tête bombée » et une « Jacobine »… Pfffeee, si je peignais, il me faudrait « mille vie « pour assouvir ma passion des beaux sites… Mais je ferai comme les autres…  Alors, la photo, ça va plus vite…

   

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J’avance, la masse imposante du donjon domine les courtines que je longe. Il a été découronné, et a perdu ses créneaux et ses mâchicoulis, mais « la Bête » est bien vivante et en impose ! A l’époque de sa splendeur, il devait être « rrrrrredoutable », en roulant les « r » comme des roulements d’orage comme parfois encore, on parle par de chez nous….

Montferrand en Périgord (24): Le massif donjon découronné. (Photo: Patrick Garcia)

      J’ai essayé d’en savoir plus, il semble que ce château ait été élevé au milieu de 12ème siècle et qu’il avait 8 tours… Peu d’informations circulent sur son sujet, ou sont connues, de toute façon, il appartient à des particuliers et ne se visite pas, à priori. Il reste de tout çà, un ensemble de murs assez imposants, et qui, au cours des derniers 150 ans ont été débarrassés des demeures et autres masures qui étaient venues s’y accrocher comme des chancres.

   En effet, sur le site du village, une gravure représente le château à cette époque.  « Quant on voit l'aspect architectural et topographique de ce vieux château, il y a lieu de comparer le dessin original de Léo Drouyn (datant de 1846) à la photographie, pour s'apercevoir que de nombreux bâtiments ont disparu, qui donnaient par leur nombre et leur implantation sur les remparts mêmes, plus l'allure d'un village que d'une fière citadelle. On ne peut que se réjouir de ces dégagements qui laissent mieux apparaître les lignes des remparts. » L’endroit est agréable, beau et est assez poétique… En tout cas, je fais de nombreuses photos en espérant qu’elles seront aussi bonnes que la belle impression que je ressens…

 

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Montferrand en Périgord (24): Restes imposants des murailles et tours. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): Ancienne portifiée du château. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): Les beaux restes de la seigneurie. (Photo: Patrick Garcia)

    Je poursuis le C202 et je me dirige vers l’église « St Christophe », à 600 mètres du bourg. Elle possède des peintures très anciennes dont on me vante l’importance et la beauté. Bien sûr, elle est fermée, je me mords les lèvres… Mais je comprends, au vu des dégâts qui résultent des pillages et dégradations depuis quelques années.

    Je redescends vers le bourg. En face le château, je remarque mieux, une maison du 17ème, qui baigne dans le soleil couchant. Elle est superbe, je n’avais pas bien apprécié sa valeur à l’aller, dans l’ombre du donjon où elle était plongée, mais là…. Allez, un dernier regard à tous ces trésors et je reprends mon chemin le long de cette belle route où il ne passe que peu de véhicules, un vrai plaisir.  La descente est assez rapide et je retrouve Jean Pierre Verdon qui finit de ranger ses outils… Je lui explique que « St Christophe » est fermée et que je n’ai pu y accéder, sauf à l’extérieur. Ce brave homme me propose de me faire une visite commentée, lui qui est spécialiste des églises romanes…. Nous prenons rendez-vous et je rentre à mon véhicule heureux de mes découvertes et d’avoir fait connaissance avec ce charmant monsieur.

      Il m’a fallut en tout et pour tout, 1h40 aller et retour, mais j’ai arrêté mon chronomètre à chaque photo et visite… Si vous êtes aussi passionné que moi, comptez le double….

  

LA VISITE COMMENTEE DE « ST CHRISTOPHE » PAR JEAN PIERRE VERDON :

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Montferrand en Périgord (24): St Christophe, du 12ème, à gauche, reste de la nef, démolie en grande partie au 19ème. (Photo: Patrick Garcia)

Le jour dit, je passais prendre mon guide et nous allons nous garer devant la petite église romane, un peu esseulée, mais il devait y avoir un hameau autour…

   

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Jean Pierre m’a apporté une de ces publications sur un magasine spécialisé : « AQUITAINE HISTORIQUE ». Dans celle-ci, l’essentiel de la lecture est proposé par son texte qui décrit si bien cette petite église, remarquable à plus d’un titre. Je vais donc commenter cette visite sur la base même de ses écrits, plus fiables que les miens ! C’est lui, le spécialiste.

Montferrand en Périgord (24): La publication de J.P. Verdon. (Photo: Patrick Garcia)

« Jalon médiéval jailli de la verdure, l’ancienne église de Montferrand, entourée de son petit cimetière, est sise à quelques 800 mètres du village. Placée sous le patronage de St Christophe, elle fut le premier édifice paroissial.

    Elle se présente aujourd’hui au visiteur, sous la forme d’une puissante tour-clocher flanquée d’une nef minuscule.

Pourquoi ce déséquilibre architectural ?

Lorsqu’en 1849, Montferrand du P. se dota d’une nouvelle église, construite dans le centre du bourg, on abandonna un peu la chapelle St Christophe, désormais, privée de son culte.

On décida, alors, dans cette 2ème partie du 19ème siècle, faute de moyens financiers pour entreprendre de coûteuses réparations, d’abattre la majeure partie de la nef, ne laissant subsister, avec une toiture abaissée, que la seule petite travée qui jouxtait la tour-clocher. Ce faisant,   on détruisait, sans le savoir (les peintures murales étant cachées sous un épais badigeon) la plus grande partie de l’ensemble peint de la nef, le chœur, seul, demeurant intact. Pour autant, tout n’était pas perdu, car les vestiges restants permettent, on le verra, d’avoir une idée assez précise du programme iconographique d’origine.

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Montferrand en Périgord (24): La nef qui possédait de magnifiques peintures a été très tronquée. (Photo: Patrick Garcia)

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Montferrand en Périgord (24): Lors du remaniement, elle fut aussi abaissée. (Photo: Patrick Garcia)

      Quant à l’ensemble architectural, tel qu’il se présentait avant la démolition, nous en possédons un croquis fidèle réalisé en 1847 par Léo Drouyn : cet érudit girondin au crayon scrupuleux, nous a laissé un témoignage de l’état antérieur où l’on voit une vaste et haute nef (dont la trace est encore visible sur le côté occidental du clocher) se développer vers l’Ouest.

   La période contemporaine a reconnu  ce patrimoine, en 1973, inscription à l’inventaire des Monuments Historiques ; 1980 découverte des peintures murales lors de travaux dans l’édifice, 2001, classement au titre des Monuments Historiques.

   Mais nous ne possédons aucun élément d’information sur l’origine de l’église, en l’absence, au moins jusqu’à ce jour, de documents de référence, à l’exception, modestes témoignages, des bulles pontificales de 1153 et 1170 où figure « Sancti Christophori », parmi les possessions de l’église Sarlat.

   Ce sera donc à partir de l’analyse architecturale, qu’on pourra proposer une amorce d’interprétation de l’histoire du monument.

   Le mur Sud (et lui seul) de la petite partie de nef qui demeure, nous apporte à lui seul, une information importante. On y observe en effet, un appareil en « opus spicatum », plus couramment appelé en « arête de poisson », où l’on voit un bâti, constitué de rangs alternés de pierres posées en oblique, entrecoupés de petites assises horizontales.

   Ce dispositif, qui a perduré depuis l’époque mérovingienne, est difficile à dater avec certitude, mais il atteste qu’il existait ici, un édifice religieux antérieur, à la fois à la période romane et à la construction du château de Montferrand.

   Lorsque le village s’est développé, autour des remparts de la forteresse, Saint Christophe, probablement petit prieuré à l’origine, eut alors, par sa proximité, vocation à devenir l’église paroissiale. On peut donc supposer que le choeur sous berceau roman, venu se greffer à l’Est de l’édifice antérieur, a été construit sous l’égide, ou tout au moins, avec le concours des seigneurs de Montferrand.

   Ce choeur en petit appareil régulier, appuie son mur occidental sur la nef qui existait avant lui. Il composte des caractéristiques qui autorisent une datation dans le dernier tiers du 11ème siècle, c’est-à-dire au moment où se construisait le château.

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A l’époque gothique et probablement dès le 13ème siècle, une nouvelle campagne de construction dotait  Saint Christophe d’une tour-clocher barlongue. Cette tour en appareil layé, élevée au-dessus du chevet roman, porte plusieurs traces de remaniements.

Montferrand en Périgord (24): Quel meilleur guide que J.P. Veron, spécialiste de l'art roman, pour nous faire visiter St Christophe. Ici, il désigne des gravures, peut-être un niveau de maçon. (Photo: Patrick Garcia)

     En partie haute, la chambre des cloches est percée, sur chacune des faces, de larges baies en arc brisé discrètement ornées  de tores ou d’arêtes abattues.   Une corniche, qui souligne la base des baies, ceinture le monument. Les corbeaux qui la supportent sont simples, les quatre modillons des angles sont sculptés de visages humains.

     A l’intérieur, passée la petite travée de nef sous charpente, la voûte en berceau du chœur, petit chef d’œuvre d’harmonie au cintre parfait, se déploie d’un seul jet. Elle s’appuie sur un mur très épais comme le montre la profondeur des ébrasements, qui incorpore des arcs sur pilastres. Le chœur est à chevet plat.

   Lors des travaux de restauration, la dépose d’un massif appareillé, qui servait d’autel, appuyé sur le mur occidental , a permis de découvrir une fosse dans le sol, où avait été caché, probablement pendant les guerres de religion, une tête d’évêque mitrée, un buste de Saint Christophe sans la tête et une tête du Christ.

 

    D’une hauteur moyenne de 30 cm, ces trois objets sont sculptés dans du calcaire. Ils se trouvent actuellement dans l’église de Beaumont du P. Un emplacement a été aménagé dans l’église Montferrand pour qu’ils retrouvent prochainement leur sanctuaire d’origine.

 

LES PEINTURES MURALES REMISES AU JOUR

 

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 Patrimoine iconographique à la richesse surprenante, pour une si petite église, l’ensemble peint atteste que Saint Christophe fut en son temps, un lieu révéré. C’est seulement en 1980, lors de travaux dans l’église, que l’on redécouvrit les peintures cachées à la vue par un enduit (cette pratique du badigeon de recouvrement fut à l’honneur après le concile de Trente).

Montferrand en Périgord (24): Vue d'ensemble des peintures du choeur. (Photo: Patrick Garcia)

    La technique d’application, comme la plupart du temps au Moyen Âge, est celle de la détrempe : on peint avec des colles, additionnées de pigments, le plus souvent minéraux sur des enduits secs qu’on humidifie à cet effet.

   Les peintures la presque totalité des murs, la description qui suit en fait l’analyse, tableau par tableau.

 

SUR LE BERCEAU : LE COSMOS ET LE TÉTRAMORPHE (XV-XVIème siècles) :

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Montferrand en Périgord (24): Le monde céleste à visages humains, assez rares...(Photo: Patrick Garcia)

Couvrant toute la voute, c’est la composition la plus importante. On sait qu’un symbolique médiévale, la voûte évoque le monde céleste et plus fortement encore, la partie située à l’aplomb de l’autel. Cet emplacement est, avec les culs-de-four, lieu d’élection des représentations du « Christ en Gloire ». C’est le thème que nous allons donc tout naturellement retrouver ici.

La première partie évoque l’univers. Un semis d’étoiles constelle le cintre, formant une toile de fond qui met en relief les astres du jour et de la nuit. Ils sont représentés à visages humains, avec une lune au graphisme plein de saveur et un soleil ocre jaune, aux flammes rayonnantes qui donnent à cette figuration, une intense impression de vie.

 

 

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  Faisant suite à l’univers, apparaît le Christ en Majesté, consubstantiel au père et donc aussi, Dieu Créateur, c’est le « Cosmocrator ».

Montferrand en Périgord (24): Le Christ en Gloire au centre. (Photo: Patrick Garcia)

   Sur son premier vêtement, qui enveloppe les bras et dont le bleu est aujourd’hui atténué, ressort une riche tunique rouge sombre (le pouvoir) dont les plis s’évasent au-dessus des genoux. Assis sur un vaste trône, il porte les attributs de la souveraineté : la tiare et le globe surmonté de la croix papale. Sa main droite levée bénit à la manière grecque, avec deux doigts, index et majeur écartés.

   

 

 

Le « Christ » est représenté ici entouré des symboles des 4 évangélistes, selon le thème du « Tétramorphe » (du Grec 4 formes),  souvent présent dans l’iconographie médiévale.  C’est à la fois l’évocation de la vision d’Ezéchiel et la transposition graphique des « 4 Vivants » entourant le « Christ en Gloire »  dans l’Apocalypse de St Jean. (Ap.3.6-8).

    A chaque évangéliste est associée une figure symbolique selon un ordre immuable.

 

  

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A la droite du Christ, en partie haute, St Matthieu est représenté par un homme ailé, avec, dans un phylactère, la trace faiblement visible des mots « Homo Mat. ».

Montferrand en Périgord (24): St Matthieu, au centre gauche, on ne devine que ses ailes en rouge, à ses pieds des fleurs stylisées. (Photo: Patrick Garcia)

   Plus bas, le lion est « St Marc », avec la mention « Leo Marchus ».

A droite de St Matthieu, le lion.

   A la gauche du Christ, en bas, le « Taureaux de St Luc (ici dos à la lumière, il a gardé ses magnifiques couleurs), est identifié par le vocable « Vitulus Luchas »

  

 

 

L’aigle, symbole de « St Jean », le 4ème évangéliste, a ici disparu, effacé par une pénétration d’eau provenant du trou de passage de la corde des cloches. Selon la tradition, l’Homme, le Lion, le Taureau, ont leur regard tourné vers le Christ.

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Montferrand en Périgord (24): L'évangéliste St Luc représenté ici sous la forme d'un taureau. (Photo: Patrick Garcia)

   Le style de ce superbe ensemble appelle immédiatement une remarque quant à l’évidente inspiration byzantine. L’habituelle mandorle est remplacée ici par un bandeau géométrique, le trône rappelle l’ancien culte impérial et les traits su Christ (yeux en amande, lèvres épaisses et courte barbe) sont résolument orientaux, tout comme la façon dont sont représentés les animaux symboliques (torsion des corps, yeux ardents voire exorbités pour le taureau).

     On trouve près d’ici, à Martillac, dans le Lot, une représentation d’une facture étonnamment similaire qui pourrait faire penser à l’intervention d’un même atelier.

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Montferrand en Périgord (24): Un Christ représenté sous sa forme byzantine, d'après mon guide. (Photo: Patrick Garcia)

    Il faut mentionner, dans cette représentation, une assez curieuse particularité. Tandis que le corps du Christ en Gloire est peint sur la voûte, ses pieds apparaissent en « renvoi d’angle » sur le mur vertical du chevet plat. On a du mal à imaginer qu’il s’agit d’une maladresse de l’imagier. Il y a donc eu une intention particulière, et nous pouvons nous demander s’il s’agit d’une recherche de relief, d’une symbolisation de la « double nature » (vrai homme, vrai dieu) ou d’une volonté d’établir un lien explicite avec les scènes de fond de chœur ? La réflexion reste ouverte.

 

SUR LE MUR DU FOND DU CHŒUR : UNE « ANNONCIATION » ET LE SAINT PATRON DU LIEU (15-16ème siècle)

    A gauche de la petite baie axiale, se trouve une « Annonciation ». Marie, vêtue de bleu, est agenouillée sur une tour de lecture, elle tient un livre saint dans la main gauche et sa main droite, levée, paume ouverte, exprime l’accueil, l’assentiment.

  

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Dans ce type de représentation, l’ange Gabriel est habituellement figuré à droite de la Vierge, mais ici, très exceptionnellement, il apparait à gauche. Il est couvert d’une cape de couleur jaune (la parole divine) et vient annoncer à Marie la venue en elle de « l’Esprit Saint », sa future maternité et la nature éminente de son fils. Les phylactères, aux textes effacés, qui entourent la scène, devaient rappeler l’évangile de Luc (Luc.26-38).

Montferrand en Périgord (24): "L'Annonciation à Marie", par l'ange Gabriel, à droite. (Photo: Patrick Garcia)

   En renvoi d’angle, sur le mur nord, est peint un vase que l’artiste a sans doute décalé pour donner plus d’ampleur à la composition.

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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A droite de la fenêtre axiale, voici le saint patron de l’église : Christophe. Il est représenté sous la forme d’un personnage puissant à la tête forte, aux traits rudes et au menton couvert d’une large barbe. Son front est ceint d’un turban d’où sort une abondante chevelure. Il est revêtu d’une tunique jaune recouverte d’un vaste manteau bleu, sa main droite tient un épais bâton sur lequel apparaissent des bourgeons. Portée par ses larges épaules, une petite silhouette, dont la main droite est levée dans un geste de bénédiction tandis que la gauche porte un globe surmonté d’une croix : c’est le Christ Enfant.

Montferrand en Périgord (24): St Christophe.(Photo: Patrick Garcia)

   On retrouve illustrés dans cette scène, les éléments constitutifs de la légende St Christophe : personnage fruste, mais voulant servir Dieu, il mit sa force au service de son prochain en devenant passeur à gué. C’est au cours d’un franchissement de fleuve que, portant un frêle enfant sur le dos, il ploya soudain sous la charge. L’enfant répondit à sa surprise en lui révélant sa nature divine : « Je suis le Christ que tu sers par ta charité, tu planteras ton bâton de marche sur la rive, il y fleurira ».

   Symboliquement, il s’agit ici de rappeler cette vérité évangélique : partout où est la charité, le Christ est avec elle.

 

  

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Au-dessus de la fenêtre axiale, on voit dans un cartouche, une inscription en lettres gothiques. Le texte en latin est assez altéré et difficile d’accès. On peut en proposer une lecture suivante :

Montferrand en Périgord (24): Inscription et portrait de Dieu. (Photo: Patrick Garcia)

« Christum filium (sous la forme abréviative) tollo sed deo que carmina tollo 

« Christi (toujours en abrégé) formas videas ea inde tutus vadas »

   Que l’on peut traduire par, sachant que saint Christophe qui parle :

« Je porte le Christ fils (de Dieu) mais c’est à Dieu (le père) que je porte mes chants (de louanges) ».

On comprend que la phrase joue ici sur les deux sens du mot porter.

« Regardes les formes (l’image) du Christ et dès lors, pars protégé ».

    Citons pour mémoire, la présence, au-dessus de l’Annonciation et de Saint Christophe, de deux formes triangulaires, signes sacrés, peu explicites, et plus en hauteur, une sorte de nuée où l’on distingue un visage qui pourrait symboliser Dieu le Père.

 

SUR LA PREMIERE ARCADE DU MUR NORD DU CHŒUR : UN « MIRACLE » DE SAINT LEONARD (fin 12ème ou début du 13ème siècle).

 

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   Facilement identifiable grâce à l’inscription «  Leonardus » qui le surmonte, le saint, surdimensionné par rapport aux autres personnages de la scène, revêtu d’une robe rouge et le visage nimbé, est aussi porteur des caractères qui marquent sa prééminence.

Montferrand en Périgord (24): St Léonard.(Photo: Patrick Garcia)

   A ses pieds, deux personnages agenouillés, en position d’hommage, lui pressent les mains dans un geste de ferveur. Au-dessus du saint, deux anges en positions de vol montrent du doigt pointé, l’un Léonard, l’autre les deux personnages agenouillés.

    En bas et à droite de la représentation, on voit un petit bâtiment où apparaît un vantail de porte ouvert. L’hagiographie de Saint Léonard raconte que ce pieux ermite, contemporain de Clovis, aurait par la vertu de ses prières, sauvé la reine Clotilde prête à mourir en couches. Du roi qui voulait le combler de biens, il n’accepta (ayant délivré la reine) que la faculté de pouvoir à discrétion, libérer les détenus dans le royaume. Ce qui fit de lui le patron des prisonniers.

  A partir de là, le sens de la représentation devient clair, d’une prison symbolisée par le vantail ouvert, deux captifs libérés par l’intercession du Saint, lui témoignent leur gratitude, cependant que les anges indiquent que le « miracle » a été réalisé sous l’autorité divine, ce que semble confirmer la présence d’un visage (le regard de Dieu ?), peint sur l’intrados de l’arc, qui observe la scène.

    Il reste à nous interroger sur le commanditaire de cette scène et sa signification. On peut penser qu’ayant invoqué avec succès saint Léonard, un (ou des) bénéficiaires(s) a voulu attester par cette peinture, sa dévotion à l’ermite.

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Au crédit de ce sens, la présentation graphique qui nous livre un document, certes plein de vie, mais au trait extrêmement naïf, réalisé sans aucun souci de forme, avec un seul souci, semble-t-il, témoigner.

Montferrand en Périgord (24): Sur les visages, la peinture des yeux c'est éffacée, même si on les devine encore, les deux taches sombres, sont les pommettes. (Photo: Patrick Garcia)

 

 

 

 

 

LES PEINTURES DE LA NEF : LE MUR NORD (15-16ème siècle)

 

  

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A hauteur du regard, deux scènes se juxtaposent et se complètent. Du côté droit, on distingue l’énorme tête à gueule ouverte d’un monstre effroyable. Une chevelure hirsute achève de qualifier la bête : c’est le Léviathan, symbole de l’enfer, en référence au livre de Job (Jb.41, 11-13). Dans cette bouche béante se pressent des personnages fantomatiques aux formes tordues, avalées par le gouffre infernal.

Montferrand en Périgord (24): A droite, le monstre Léviathan, il dévore les mauvaises âmes pour les envoyer en enfer. (Photo: Patrick Garcia)

    A gauche, adossé à l’actuel mur occidental, une seconde composition laisse apparaître un personnage richement vêtu (robe rouge) chevauchant un félin qui marche (une patte est levée) vers le Léviathan. On y reconnaît la représentation symbolique de « l’orgueil ». Il paraît donc à peu près certain, que dans la nef ancienne, aujourd’hui détruite, suivait selon un schéma bien connu de l’iconographie médiévale, les autres péchés capitaux, dans leur cavalcade vers l’enfer.

 

 

 

LES PEINTURES DE LA NEF : SUR LE MUR SUD, A GAUCHE UN VESTIGE ROMAN (11ème-12ème siècle).

 

    Le vestige dont nous parlons est ce qui reste d’une composition détruite par l’actuelle petite fenêtre verticale au fort ébrasement oblique, ouverte tardivement.

   On distingue encore, par endroits, le bandeau décoratif qui encadrait la scène et en partie haute, trois personnages nimbés qui correspondent bien, par leur facture à la période romane. Les visages en teinte claire, se détachent avec leur nimbe sur un fond rouge sombre. Le premier saint à droite semble tenir un livre, le second a le bras levé et sa main droite touche une sorte de guirlande, enfin, du troisième personnage on ne distingue que le front et le nimbe. Trop fragmentaire pour être interprétée, cette peinture garde son  mystère.

 

LES PEINTURES DE LA NEF : SUR LE MUR SUD, A DROITE, LA CENE (15ème-16ème siècle)

 

   Montferrand en Périgord (24): Ci-dessous une partie de la "Cène". (Photo: Patrick Garcia)

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A droite de la fenêtre, on voit le début de la représentation d’une « Cène » ou ne figurent plus que deux participants. La table est dressée pour le « dernier repas », on devine des assiettes. Une coupe, le premier apôtre tient un pain rond, le second un couteau et sur un plat, on distingue des poissons, symbole évocateur, s’il en est. Bien évidemment, le thème se poursuivait dans la partie détruite de la nef ancienne où apparaissaient le Christ et les autres apôtres. Le bas de l’œuvre est endommagé et dans un phylactère où courent des lettres gothiques très altérées, on devine « Jude » qui serait ici Jude, dit Thadée, l’un des 12 apôtres, ainsi nommé pour le différencier de Judas Iscariote. Le nom des apôtres devrait donc se décliner au bas de l’œuvre dans toute sa longueur.

 

UNE SUCCESSION D’ŒUVRES QUI TEMOIGNENT DE L’IMPORTANCE CULTUELLE DU LIEU.

 

     Outre le vestige roman décrit, on distingue à plusieurs endroits, d’autres traces (probablement romanes) qui laissent supposer la présence de peintures antérieures sous les couches actuelles. Le saint Léonard est un cas à part, par sa datation, son thème, son graphisme et son cartouche à l’aigle.

   Quant aux représentations gothiques, on y reconnaît plusieurs mains, ce qui laisse supposer plusieurs périodes d’exécution. Il y a donc eu persistance dans ce monument, d’une volonté de décorer, révélatrice de l’intérêt qu’il suscitait.

   Malgré cette diversité, on trouve une certaine volonté de cohérence dans l’association des thèmes iconographiques, dont l’objet était à la fois de glorifier et d’enseigner : la Création symbolisée par le Christ dans le cosmos, le péché matérialisé par le Léviathan, l’Incarnation que préfigure l’Annonciation, la Cène enfin qui indique le sacrifice prochain et donc la rédemption messianique.

   Ainsi sont exprimées les grandes vérités chrétiennes. Christophe, quant à lui garde sa spécificité propre en tant que patron des lieux. Mentionnons enfin, pour mémoire, la présence d’un litre (essentiellement visible sur le mur nord du chœur), souvenir de funérailles des seigneurs de Montferrand. »

  C’est avec ce texte très fouillé que mon guide, Jean Pierre Verdon, m’a fait visiter ces lieux chargés d’histoire. Son talent de conteur n’a d’égal que sa science, acquise après de longues et nombreuses années de recherches dans le domaine des églises romanes.

- plan de leo drouyn 1845

 

Montferrand en Périgord (24): plan de St Christophe par Léo Drouyn en 1845  (Photo: Patrick Garcia)

croquis st christophe 1845

Montferrand en Périgord (24): La même en vue générale. (Photo: Patrick Garcia)

    Je le remercie encore pour offrir cette description étoffée aux lecteurs en quête d’information fiable sur la peinture de cette époque là, en Périgord, mais avant tout à Montferrand.

    Ainsi, après la découverte, de l’environnement, puis du village et du château, je finis par l’essentiel, l’église matrice du village, contemporaine du puissant castel. Ce village est un enchantement, on y trouve ici, et à quelques minutes de marche, des témoignages puissants du passé médiéval du Périgord. On a d’ailleurs du mal à s’imaginer que sous la macadam, ici, plus qu’ailleurs, les sabots des chevaux courraient semer la terreur pour certains, ou défendre contre l’envahisseur anglois, pour d’autres…. Ces lutes ont été incessantes, contre les suppôts de la perfide Albion, puis entre les protestants et catholiques, puis entre la noblesse et la royauté…. 

    Le Périgord est enfin, aujourd’hui, hâvre de paix, une fois pour toute. Oubliés les armes et le fer, pour enfin, fendre l’armure, offrant aux visiteurs, des sites majestueux et silencieux, d’où aucune complainte guerrière ne jaillit. Juste, le silence des pierres anoblies par l’éclat du sang trop répandu.   

   LA DESCRIPTION DE MONTFERRAND DU PERIGORD PAR L'INSTITUTEUR DU VILLAGE EN 1912!

 

                

     La commune de Montferrand fait partie du canton de Beaumont, d’où elle est éloignée de 11 kilomètres.
Son nom que l’on trouve écrit : Monferrand ou Montferrand signifie : Mont ferré. On trouve en effet, sur divers points du territoire, du minerai de fer qui servait autrefois à alimenter les forges situées dans la commune de Sainte Croix.
Montferrand est limité à l’est par les communes de Bouillac et de Saint Avit-Rivière, au sud par Saint Romain, à l’ouest par Sainte Croix et Saint Avit-Sénieur, au nord par Cadouin.
D’après le recensement de 1911, la population de la Commune est de 437 habitants et comprend 104 ménages ou feux.
Or, en 1840, la paroisse de Montferrand comptait 195 feux et
945 habitants, ce qui fait une moyenne de 5 personnes par feu.
A cette époque, la moyenne des naissances était de 24 ; tandis
qu’aujourd’hui elle n’est plus que de 7.

 

Au point de vue professionnel, les 437 habitants se répartissent ainsi
Professions

Cultivateurs 221
Ménagères 104
Domestiques 8
Maçons 2
Forgerons 2
Cordonnier 1
Epicier 1
Marchand de bois 1
Tonnelier 1
Boulanger 1
Tailleur 1

Marchand de bestiaux 1
Facteurs 2
Receveur des postes 1
Charron 1
Meunier 1
Menuisier 1
Aubergistes et cafetiers 3
Instituteur 1
Institutrice 1
Curé 1
Tailleuse 1

 

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LE BOURG


     Le bourg, bâti sur le flanc d’un petit mamelon, est traversé dans toute sa longueur par un chemin vicinal. Il est dominé par un château féodal en ruines, dont nous parlerons plus loin.

      Les habitations peuvent se diviser en deux catégories : les anciennes et les nouvelles.
     Les anciennes, celles qui ont été bâties il y a cent ans et plus, sont un peu orientées au hasard et nul goût n’a présidé à leur construction ; elles se composent du rez-de-chaussée comprenant une ou deux pièces et d’un grenier dans lequel on entasse les récoltes de blé, d’avoine, de pommes, de noix, etc.

      Ces maisons sont généralement dépourvues de toute commodité et très souvent la même pièce sert de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. Les abords ne sont pas toujours bien praticables et pour sortir il faut quelquefois traverser de véritables cloaques.
    Mais hâtons-nous de dire que ces habitations deviennent rares beaucoup ont été heureusement transformées par les générations nouvelles et d’autres ont disparu pour faire place à des constructions neuves. Celles-ci, mieux orientées, mieux aménagées et mieux distribuées témoignent des progrès de l’hygiène à travers nos campagnes.

     La cuisine forme toujours une pièce à part ; les chambres à coucher sont aérées et éclairées par de larges fenêtres, et beaucoup ont un premier étage.
    Au centre du bourg sur la place publique, on admire un vieil ormeau aux racines puissantes et dont la tête altière domine la cité. L’hiver, il est blanc de givre, tandis que l’été, son épais feuillage sert de refuge à quantité de moineaux qui y établissent leurs nids. Cet arbre, d’une hauteur de 19 mètres, a un tronc d’une circonférence moyenne de 4,25 m.

 

HYGIENE


    Peu à peu les règles de l’hygiène pénètrent nos mœurs campagnardes ; c’est ainsi que la propreté va prédominant de plus en plus le régime alimentaire s’améliore de jour en jour ; l’eau, principal véhicule de bien des maladies, est employée avec plus de circonspection ; les fumiers sont placés de manière à ne pas contaminer les puits et quantité d’ustensiles de cuisine malsains disparaissent peu à peu.
Disons enfin que la stabulation est aussi en progrès et que les animaux sont mieux logés qu’autrefois.


ALIMENTATION


       Si le régime alimentaire de nos grands-pères n’était point aussi varié que le nôtre, il était peut-être plus sain.
       Du pain de méture, de la bouillie de maïs, les légumes du jardin, les produits de la basse-cour et la viande de porc, voilà quel était leur menu. Si nous ajoutons qu’ils avaient du vin où étaient exclus le soufre et le sulfate de cuivre, l’on ne sera plus étonné de la robustesse de leur tempérament et de leur résistance aux maladies qui nous assaillent.
Actuellement la campagne, comme la ville, est inondée de produits manufacturés, conserves et denrées, véritables produits chimiques qui délabrent nos estomacs et ruinent nos santés.

VETEMENTS


    Nos aieux, qui ne subissaient pas comme nous les caprices de la mode, trouvaient aux villages tous les éléments nécessaires à leur toilette. Non seulement la laine de leurs moutons leur fournissait bas, chaussettes et gilets, mais encore une étoffe appelée cadis et qui servait à confectionner les habillements d’hiver ; quant aux costumes d’été, ils étaient pris dans la pièce de toile du tisserand.

     Aujourd’hui, le contact des villes a amené toute une transformation les vêtements de cadis ont été remplacés par des étoffes plus nouvelles ; les jolis bonnets de nos paysannes ont fait place à des chapeaux multiformes.
  
ÉCLAIRAGE


Pour s’éclairer nos ancêtres avaient une lampe à huile appelée « chareuil » ou « chaleuil », mais plus souvent des chandelles de résine faites par la ménagère et supportées par une « yoube » placée dans la cheminée.

On se servait aussi des chandelles de suif faites avec le suif des moutons tués pendant les vendanges.
Aujourd’hui tout cela a disparu pour faire place à nos actuels moyens d’éclairage, plus dispendieux, il est vrai, mais combien plus propres et plus éclairants !

MOEURS


Si les habitants de Montferrand se font surtout remarquer par leur ténacité au travail, leur économie et leur amour de la famille, il faut aussi dire qu’étant d’un tempérament gai et enjoué, ils aiment les fêtes dont les principales sont : les fêtes du Carnaval avec ses bals et ses réunions familiales, bruyantes ; les feux de la Saint Jean avec ses rondes populaires et enfin les réjouissances de la moisson et de la vendange.

Quand une personne se marie avec un veuf ou une veuve, il est encore d’usage d’aller la corner, comme on dit. Alors avec des instruments bizarres : casseroles, arrosoirs, sifflets, cornes, etc., on fait, chaque soir et quelques jours avant le mariage, une cacophonie épouvantable, devant la demeure de cette personne. Ce tapage cesse quand le corné a payé une bombance aux corneurs. C’est le charivari.



FETE LOCALE


    La frairie de Montferrand a lieu le dernier dimanche de juillet. Ce jour-là on reçoit de nombreux amis ; car si les Montferranais éprouvent toujours du plaisir à rencontrer de vieilles connaissances, ce plaisir est doublé quand ils les reçoivent chez eux.

    Toute l’après-midi, et une bonne partie de la nuit, il y a bal. La jeunesse évolue alors dans les valses, quadrilles, polkas et danses diverses et nouvelles.


HISTOIRES LOCALES ET CROYANCES


    Etant donné l’esprit un peu superstitieux de la population, les histoires et les croyances suivantes, que l’on se transmet de génération en génération, sont toutes empreintes de la frayeur de l’inconnu ou d’une crédulité mystique.


LES SORCIERS


Il faut admettre, dit-on, que puisqu’il y a certaines personnes qui ont le pouvoir de faire du bien, il peut aussi exister d’autres personnes ayant la faculté de faire du mal. Ainsi il n’est pas niable que les A ... et les B ... ont toujours été des sorciers de père en fils.
Et voici ce que l’on raconte
— Une bergère gardait son troupeau. Passe A ... qui engage la conversation : «Quelle belle brebis tu as là, Rosalie ? Regarde-moi donc cette toison l» et en même temps il la touche.
A ... continue sa route, la bergère rentre ses moutons. En arrivant au toit, la brebis touchée fait un saut et tombe morte.
— Un cultivateur avait deux superbes bœufs qu’il destinait à la foire prochaine. B ... rentre dans la grange, examine les bœufs, leur passe la main sur les reins et s’en va.
    A partir de ce moment, les bœufs ne mangèrent plus, dépérirent rapidement et c’est à grand peine qu’on put les vendre.
Alors que faut-il faire quand il y a eu ensorcellement ?
Pour les animaux, le remède est facile : il faut aller chercher la personne qui a jeté le sort (les gens disent :jeter son barbot). On la connaît toujours et tout en la considérant comme capable de donner un bon conseil, la prier de venir voir l’animal malade. Son toucher et sa visite suffisent à la guérison.
    Pour les personnes, le cas est plus sérieux et il faut aller nécessairement consulter le devin.

LE DEVIN


      C’est un personnage grave, sentencieux, s’écoutant parler et capable de lire dans un livre que lui seul peut déchiffrer.


     Quand on arrive chez lui, il n’est pas là ; mais il y a sa femme, son fils, sa fille qui reçoivent avec les plus grands égards : « Voulez- vous manger ? . . . Voulez-vous boire ?. . . Reposez-vous donc !» et ne manquent pas de questionner sur le but de la visite. Naturellement devant un si bon accueil, on s’ouvre et on raconte par le menu les souffrances de sa femme qui a été ensorcelée et les ennuis que l’on éprouve.


      Pendant cette confession le devin, qui est dans la pièce voisine, entend tout. Bientôt un bruit de pas se fait entendre dans la cour. «Ah / le voilà.» Et en effet la porte s’ouvre et notre homme rentre. Mais il connaît, à vous dévisager, le motif de votre voyage : «C’est votre femme qui est malade, cela l’a prise ainsi . . ., cela la tient comme çà ; elle a été ensorcelée ; vous ferez ceci, vous ferez cela, et votre femme ira mieux . . . Mais défiez-vous de votre voisin . . . »
Et après avoir ouvert son escarcelle, on repart enchanté et en même temps surpris de la justesse avec laquelle le devin a découvert la maladie.


VIEILLES CROYANCES


   Beaucoup de personnes ont encore conservé un certain esprit de routine dont elles s’éloignent difficilement. Il en est même quelques-unes que les progrès scientifiques effraient.
      Ajoutons que la croyance à beaucoup de vieilles superstitions subsiste encore et est même fortement ancrée dans certaines familles. C’est ainsi que renverser la salière, briser une glace, être treize à table, commencer quelque chose un vendredi, etc., sont autant de choses qui portent malheur.
    En agriculture, on redoute les méfaits de la lune rousse ; pour qu’il y ait des noix, il faut que le noyer goutte le jour du Mardi-Gras. Au point de vue météorologique, certaines personnes admettent que le vent reste les trois quarts de l’année au point cardinal qu’il occupe pendant la messe du dimanche des Rameaux. Et quand il pleut le premier mardi de la lune, c’est de mauvaise augure pour toute la lune.

 
    Si, d’une manière générale, on croit que les médecins soient aptes à soigner la plupart des maladies, on admet cependant qu’il en est d’autres auxquelles ils n’entendent rien. C’est dire que certaines gens croient encore à l’influence des bons génies, aux sorciers. Dans ce cas, on abandonne le médecin pour avoir recours aux rebouteurs, aux empiriques.

 
    D’autres enfin croient aux revenants.

 
     Aussi n’est-il pas rare d’entendre raconter, et avec une convict ion profonde, l’histoire de un tel qui fut ensorcelé, et la non moins étonnante histoire de tel autre qui, après sa mort, revenait chaque soir faire certaines manifestations à sa famille, afin qu’on lui fasse dire des messes pour tirer son âme du purgatoire.

     Si une poule chante le jeau, comme on dit, c’est signe de malheur et il faut se hâter de la tuer (on ne doit pas la vendre), car autant elle chante de fois, autant de louis de dix francs elle fait perdre à son maître.

 
     Il faut aussi s’abstenir de donner du pain bénit à la volaille, aux chats et aux chiens. Si ces animaux en mangent, ils deviennent très méchants et les chiens hurlent à chaque fois qu’ils entendent sonner la cloche de l’église. Enfin quand on entame un pain, il faut toujours faire la croix, cela porte bonheur.


PROVERBES LOCAUX


S’il tonne en janvier ou février,
Renverse tes cuves sur le fumier.


Temps rouge au matin
L’eau est par chemin.

 
Temps rouge au soir,
Bon espoir.


Quand les hirondelles volent bas
Mets ton foin en tas.

Bonne apparence
Triste espérance.


L’arc en ciel du matin
Ne doit pas détourner de son chemin.

 
Quand il tonne en avril
On peut foncer barriques et barils.

 
En avril ne quitte pas un fil
En mai quitte ce qui te plaît.



ANCIENNES MESURES LOCALES


Malgré l’établissement du système métrique et son emploi obligatoire, il existe encore certaines mesures locales, d’un usage quotidien à Montferrand, comme dans les environs, et dont nous donnons, ci-après, la nomenclature et la valeur.


Longueurs:

Toise : 2 mètres ou 6 pieds;
Aune : 1,20m
Pied : 0,33 m;
Pouce : 0,027 m;
Ligne : 0,002 m.


Surfaces:

Poignerée: 10 ares;
Toise carrée : 2 m de long sur 2 m de large.


Volumes:

Toise cube : 2 m de long, 2 m de large et 2 m de haut

Pied cube : 0,33 m de long, 0,33 de large, 0,33 de haut.
Capacités : Boisseau : 30 litres;
Pinte :1,20 L.;
Chopine : 0,50 L.

LE SOL


   Le sol de la commune de Montferrand est accidenté par une succession de collines peu élevées. Des coteaux, souvent très escarpés, autrefois tapissés de vignes et couronnés de bois, contrastent avec d’autres couverts de terres arides.

En général, les terres sont fertiles et assez profondes et s’adaptent à toutes sortes de cultures.

 
La superficie totale de la commune est de 1 310 ha qu’on peut répartir ainsi :
- Terres cultivées : 511 ha

- Vignes : 63 ha

- Châtaignerées : 230 ha

- Prairies: 112 ha

- Forêts ou bruyères : 325 ha

- Friches : 70 ha.


     L’exploitation du sol se pratique de trois manières différentes il y a le faire-valoir direct, quand le propriétaire cultive sa propriété seul ou avec des domestiques ; le métayage, quand le propriétaire et celui qui cultive ont chacun la moitié des revenus ; dans ce cas le maître fournit le sol et le cheptel, et le métayer son travail ; enfin le fermage, quand un homme, fournissant bétail et instruments aratoires, exploite une propriété à sa guise et paye une redevance annuelle au propriétaire. Dans les deux derniers cas, métayers, fermiers et propriétaires sont tenus à des engagements respectifs, mentionnés dans un bail.
A Montferrand, c’est le faire-valoir qui est le plus en usage.



FAUNE ET FLORE

 


     Les hôtes habituels de nos bois sont : le sanglier, le renard, la fouine, le blaireau, la belette, l’écureuil. Il y a quelques années, un loup fut tué dans la forêt de la Bessède. Depuis on n’en a plus vu.

    Les serpents que l’on rencontre sont : la couleuvre (vulgairement appelée dard) et plusieurs de ses variétés, dont la couleuvre à collier. Toutes sont non venimeuses et, par suite, inoffensives.
Comme plantes, on trouve : l’absinthe, l’ajonc, l’anémone, l’arête-boeuf, l’angélique, les bruyères, la grande cigué, la petite cigué, le chardon, le genêt à balai, la douce-amère, la lavande, le lierre, la menthe, la morelle, la mélisse ou citronelle, l’oseille, le pied d’alouette, la pâquerette, le plantain, la sauge, le saigne-nez ou mille feuilles, la sanguenite, le sureau hièble, le tussilage ou pas d’âne, la violette, la verveine, la valériane, etc., etc.
Il y a aussi une quantité de plantes auxquelles les habitants attribuent des propriétés médicinales et qu’il faut cueillir à tel ou tel moment de l’année. Nous donnons, dans le tableau suivant, celles que nous avons pu nous procurer, en respectant scrupuleusement les croyances.

BOIS


   Les bois, situés surtout au nord et au sud de la Commune, occupent une étendue de 325 hectares ; ils ont pour essence dominante le chêne. On y trouve aussi des hêtres, des frênes, des charmes, des taillis de châtaigniers, dont le bois sert à faire des cercles de barriques, des échalas pour les vignes, des manches de pelles, de rateaux, etc.
     Comme champignons citons : les cèpes, les oronges, les chanterelles, les morilles, les carnioles, les barbes, tous comestibles, recherchés et consommés. A noter encore une certaine quantité de champignons vénéneux ou tout au moins suspects et auxquels on ne touche pas.



HYDROGRAPHIE

 
   Comme hydrographie, la commune de Montferrand est traversée par un petit cours d’eau appelé «La Couze». li a pour affluent un petit ruisseau nommé Le Peyronnet qui prend naissance dans la forêt de la Bessède.
Dans sa traversée, la Couze reçoit à droite et à gauche les eaux de plusieurs fontaines abondantes qui viennent grossir son cours.

 

ADMINISTRATION

 
   Au point de vue administratif, Montferrand dépend de la sous- préfecture, du tribunal, du bureau de recrutement et de l’inspection primaire de Bergerac ; du canton, de la brigade de gendarmerie, du timbre et domaine de Beau mont ; de la perception de Rampieux.



PRODUITS INDUSTRIE COMMERCE


    La fertilité du sol de la Commune le rend apte à toutes les cultures. Aussi la population essentiellement agricole, cultive-t-elle le blé, le seigle, le maïs, l’avoine, toutes les céréales en un mot. D’ailleurs, une sélection soignée des graines de semences, des assolements intelligents et l’usage des engrais chimiques donnent de bons rendements.


    La vigne y tient une assez large place. Le vin récolté est ordinairement consommé par les habitants et est rarement exporté.


     Les arbres fruitiers sont nombreux ; on y trouve principalement le noyer, le prunier, le châtaignier, le cerisier, etc. Depuis quelques années, les noix et les prunes atteignent des prix assez élevés, ce qui constitue d’importantes ressources pour les habitants.

 
    Le châtaignier, très répandu dans le pays, est, depuis plusieurs années, exploité pour livrer son bois aux usines de Couze ou de Brive. Ce bois, très recherché, se vend bien ; aussi les propriétaires font de véritables hécatombes de ces arbres. Il serait plus sage, croyons-nous, d’être plus modéré dans l’exploitation de cette richesse du pays. Qui veut voyager loin, ménage sa monture.
     Autrefois, des deux côtés de la plus grande partie du cours de la Couze, on trouvait de nombreuses chénevières. Il est regrettable que l’on ait abandonné cette culture du chanvre pour se rendre tributaire de produits similaires importés, dont la qualité ne vaut pas celle du chanvre. Par suite, on a rendu muets les métiers des tisserands qui étaient jadis très nombreux à Montferrand.


     La culture des plantes sarclées et l’établissement des silos bien compris, favorisent l’engraissement du bétail : bœufs, porcs et moutons.
Mentionnons encore les produits de la basse-cour dont mainte ménagère tire de bons revenus.


   L’ensemble de ces diverses ressources crée à Montferrand un petit bien-être général qui serait doublé si les moyens de transport étaient plus faciles.

       Mais à notre époque, tout cela ne suffit plus.

     Ce que l’on considérait comme suffisant et avantageux il y a soixante ans, est aujourd’hui vieillot, démodé et ne répond plus à nos besoins.
Montferrand ne possède ni train, ni tramway. En 1886, un bureau de poste a été créé et fonctionne depuis.

Texte reproduisant la monographie demandée aux instituteurs des villages en 1912

 PATRICK GARCIA